M ET IIODES G EN EGALES
Les pièces fixées au sublimé se prêtent facilement à toutes les colorations ultérieures.
§ 8. — Modes d'emploi particuliers des fixateurs
Dans certaines circonstances, soit pour mieux assurer la pénétration du fixateur, soit pour éviter la déformation des membranes soumises à la fixation, il est bon de modifier le mode d'emploi des réactifs indiqué ci-dessus. On peut alors, d'une part, injecterle liquide fixateur dans l’organe lui-même ; d'autre part, tendre sur un cadre rigide les membranes dont on veut éviter la déformation et la rétraction.
1° Injections interstitielles ou intra-vasculaires. —
Pour remédier à la faible pénétration de certains fixateurs, on a pensé à les injecter dans les lacunes des tissus, ou dans les vaisseaux, afin de les mettre le plus directement possible en contact avec les éléments qu'ils doivent atteindre.
C'est Ranvier qui a imaginé le principe des injections interstitielles, et l'on sait quels beaux résultats cette méthode lui a donnés dans l'étude du tissu conjonctif. Voici comment on procède : on charge une seringue de Pravaz, munie de sa canule tranchante, du liquide fixateur choisi ; puis, piquant le tissu, on y pousse l’injection. Dans les tissus lacunaires, comme le tissu conjonctif lâche, le liquide se répand aisément entre les différents éléments et les fixe d'une manière parfaite. Dans d’autres cas, par exemple pour les ganglions lymphatiques, la rate, l'injection interstitielle poussée dans ces organes les débarrasse des éléments migrateurs qui n’y sont que momentanément arrêtés, et met en évidence, tout en les fixant, les follicules des ganglions ou les cordons pulpaires de la rate. Ces exemples s’appliquent à des objets particulièrement propres à l’emploi de ce mode de fixation, mais on peut aussi l'utiliser dans des cas moins favorables, pour les glandes en grappes, pour l’étude des muqueuses oiude la peau dont les lymphatiques s’injectent ainsi admirablement et portent partout le réactif fixateur. Il n’y a guère que certains
parenchymes très compacts, tels que celui du foie, qui ne se prêtent pas à ce mode de fixation parce que l’injection ne peut les pénétrer d'une manière suffisante.
Dans ces cas, on peut pousser le fixateur par les vaisseaux propres de l'organe. Comme certains fixateurs peuvent déterminer la coagulation du sang et obstruer par suite le système capillaire, ce qui soustrairait une partie de l’organe à l’action fixatrice, il est bon d'injecter préalablement par l'artère un peu de la solution physiologique de sel à la température de 40° environ, s'il s’agit d'un organe tout à fait frais et que l'on vient d'enlever à un animal à sang chaud, à la température de la chambre dans les autres cas. Lorsque le sang a été enlièrement chassé par l'eau salée, on pousse le fixateur qui, trouvant au-devant de lui les voies libres, pénètre intimement loute l’épaisseur de la pièce.
Par ce moyen on peut fixer des organes entiers, et on peut se procurer ainsi des pièces de grandes dimensions, indispensables pour l’étude de l’anatomie microscopique.
On peut employer pour ces injections interstitielles ou intra-vasculaires la plupart des réactifs fixateurs, mais comme le liquide injecté ne peut agir d’une manière efficace que pendant un court espace de temps, soit- qu'il s'altère rapidement au contact des tissus, soit qu'il s'écoule trop vite, il est bon de n'injecter que des fixateurs énergiques et rapides tels que l'acide osmique et les mélanges qui en renferment.
Pour éviter l’altération de la canule en fer de la seringue par certains des produits injectés, on se sert d’une canule en platine iridié.
2° Fixation après tension. — Dans certains cas où l’on a affaire à des organes très rétractiles (épiploon) ou contractiles, parce qu’ils renferment des fibres lisses (vessie, intestin, etc., etc.), il importe de fixer ces organes tendus, sinon la rétraction qu'ils subissent lorsqu’on les enlève de la place qu'ils occupent dans l’organisme, plisse et froisse les éléments qui les composent et rend les préparations moins belles et plus difficiles à interpréter. Ainsi, lorsquon fixe un
HO
MÉTHODES GÉNÉRALES
fragment d’intestin abandonné à lui-même, la contraction de ses tuniques musculaires en le plissant de diverses manières empêche d'avoir des coupes régulièrement perpendiculaires ou parallèles à son axe longitudinal, les seules qui donnent des images bien claires de sa structure.
Pour remédier à cet inconvénient, on ouvre l’intestin, on le débarrasse de son contenu et on le fixe avec des épingles sur un cadre de liège, en le tendant modérément, puis on le plonge dans le liquide fixateur. La fixation se fait alors régulièrement, toutes les parties des tuniques s'imprègnent également du
réactif, ce qui n’arrive pas si on laisse se former des plis dont le fond est à peu près à l'abri du fixateur, et, de plus, il est facile de faire des coupes perpendiculaires entre elles sur toute leur étendue. Les cadres tenseurs se font très facilement aux dimensions voulues, on les découpe avec un bistouri dans des lames minces de liège que l’on trouve partout. Il ne faut pas se contenter de tendre la membrane contractile sur une lame de liège, car une de ses faces serait presque complètement à l’abri du réactif, mais il faut évider le milieu de la lame de façon à en faire un cadre véritable comme il a été dit.
Il existe des membranes trop délicates pour pouvoir être fixées à l'aide d’épingles qui les déchireraient et qui doivent cependant être fixées à l’état d’extension, tels sont l'épiploon ou le mésentère des petits animaux, rats, cobayes, lapins, etc. Dans ces cas on emploie des tenseurs imaginés par Eternod. Ce sont des anneaux en ébonite, très légèrement tronconiques et s’emboîtant les uns dans les autres, par paires. Lorsqu'on veut s’en servir, on glisse le plus petit des deux sous la membrane choisie, encore en place dans l’organisme, et on l’en coitfe comme de la peau d’un tambour, puis on enfonce pardessus la membrane l’anneau le plus large qui emboîte le pré-
Fig. 42.
Anneaux tenseurs d’EïF.RNOD.
cèdent en serrant entre eux deux la membrane qui se tend régulièrement. Lorsque les deux anneaux sont entièrement emboîtés l’un dans l’autre, la membrane est maintenue en place ; on peut alors la couper avec des ciseaux en suivant le contour de l’anneau extérieur et porter dans le fixateur choisi le petit système des deux anneaux conjugués et la portion de membrane qu’ils ont immobilisée.
Il faut prendre garde de ne pas séparer les anneaux avant que la rétracti 1 i té de la membrane ait été abolie par l’action des réactifs, ce qui arrive en général après un temps assez court dont la durée sera indiquée ultérieurement pour certains cas particuliers. En général, une portion d’épiploon ou de mésentère ainsi tendue ne revient plus sur elle-même après être restée un quart d’heure dans l’alcool à 90° ou quelques heures dans la liqueur de Flemming. Lorsque la rélractilité a été abolie, la membrane mise en liberté par la dislocation des anneaux tenseurs est devenue uu peu rigide et ne revient plus sur elle-même.
§ 9. — Règles générales pour la fixation
11 importe avant tout de prendre des organes absolument frais, que l’on fixe immédiatement après les avoir enlevés à un animal qui vient d'être sacrifié. Les larves de petite taille, les embryons sont plongés vivants dans le liquide fixateur. Lorsqu'on a affaire à des parties prises sur le cadavre d’un animal mort depuis plusieurs heures, on ne peut plus compter sur une lixation véritable, et l'action du réactif se borne font au plus à arrêter la décomposition cadavérique à un point donné.
Les objets à fixer doivent toujours être suspendus dans les liquides fixateurs, ce que l'on obtient soif en les attachant à un fil, soit en garnissant d’un peu de coton hydrophile le fond du ilacon dans lequel a lieu la lixation.
La quantité du réactif fixateur doit être équivalente à 50 fois au moins le volume de l’objet à fixer.