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L E BAUME DU C A N A D A

Les résines sont des substances transparentes, solubles dans le chloroforme, le xylol, les huiles essentielles, insolubles dans l’eau et précipitées par l'alcool sous la forme d’une substance blanchâtre. Celles que l'on emploie en histologie

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sont le baume du Canada (qui malgré son nom de baume est une résine) et la résine dammar.

Le baume du Canada s’emploie dissous dans le xylol ou dans le chloroforme ; sous cette dernière forme (baume au chloroforme) il est particulièrement utile pour monter les préparations renfermant des graisses teintes par l'acide osmique.

La résine dammar est dissoute dans la térébenthine et dans la benzine (voy. la formule p. 68).

Quelle que soit la résine choisie, sa solution doit être parfaitement limpide et d’une fluidité telle, que prise au bout d’une baguette de verre, elle tombe lentement goutte à goutte sans s’étirer en filament. Si, à la longue, cette lluidité disparaissait par suite de l’évaporation, on la ramènerait au point voulu en ajoutant un peu du dissolvant qui a servi à faire la solution.

L’emploi des résines comme milieu réfringent et conservateur nécessite une série d’opérations que l’on peut grouper en trois temps : i° déshydratation des pièces ; 2° pénétration par une essence, — éclaircissement ; 3° montage proprement dit.

1° Déshydratation. — Toute pièce que l'on veut monter dans une résine doit être au préalable parfaitement déshydratée par des passages successifs dans des alcools de titre progressivement croissant, puis dans l’alcool absolu. La déshydratation doit être complète, sans quoi la pièce ne se laissera pas pénétrer par l’essence au temps suivant, et se ratatinera ou se déformera.

Les coupes minces sont déshydratées après quelques minutes de séjour dans l’alcool absolu, les pièces un peu épaisses, un blastoderme de poulet au troisième jour de l’incubation, par exemple, demandent au moins une heure de séjour dans le même liquide.

2° Pénétration par une essence, éclaircissement. —

Les pièces déshydratées par l’alcool absolu ne peuvent pas être mises en contact avec les résines, car l'alcool qu'elles renferment précipiterait ces dernières. Elles doivent être au préalable

baignées dans un liquide qui se substitue à l’alcool et qui soit miscible à la résine. Plusieurs liquides possèdent ces propriétés, ce sont entre autres le xylol et les huiles essentielles. Parmi ces dernières nous ne citerons que les essences de girolle, de bergamote et d'origan qui sont plus particulièrement employées.

Nous indiquerons d’abord leurs propriétés.

L’essence de girolle a la propriété de ne pas trop s’étaler sur la lame de verre et de rester ramassée en une goutte à la place où on l’a mise ; à cause de cela elle baigne facilement les coupes sur lesquelles on l’a déposée et les pénètre aisément. Elle a le défaut de décolorer parfois les préparations, et notamment celles qui ont été colorées avec l’éosine ou avec d'autres couleurs d'aniline. Toute essence de girolle qui décolore fortement les pièces doit être rejetée. Lorsque celle que l’on possède ne décolore pas trop énergiquement, on peut s’en servir avec avantage, car c’est un excellent réactif. Si l’on craint que son action décolorante se prolonge après le montage, on peut l'arrêter en chassant l’essence par du xylol lorsqu’elle a bien pénétré les coupes.

L’essence de bergamote s’étale sur les lames de verre en formant une couche très mince, on ne pourra donc pas l’employer pour pénétrer un objet un peu épais qu’elle ne recouvrirait pas. Elle décolore moins que l'essence de girolle, et à ce titre doit lui être préférée toutes les fois que l'on redoute une décoloration trop forte, par exemple dans les colorations au bleu polychrome.

L’essence d'origan reste ramassée sur la lame comme l’essence de girolle, elle ne décolore pas du tout l'éosine, et à cause de cette propriété elle doit être employée dans la double coloration à l'hématéine et à l'éosine.

Ces trois essences sont également utiles. Avec les indications ci-dessus il est facile de décider laquelle on doit employer dans un cas donné.

Quelle que soit celle que l’on a choisie, le mode d'emploi est le même. Lorsque les coupes sont bien déshydratées, on enlève l’excès d’alcool sans les toucher, on verse sur elles quelques gouttes de l’essence et l’on attend quelques minutes au

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bout desquelles celle-ci s’est entièrement substituée à 1 alcool et imprègne parfaitement les coupes.

Non seulement les essences permettent la pénétration de la pièce par la résine, mais encore elles lui donnent une grande transparence qui les a fait dénommer souvent agents éclaircissants.

L’éclaircissement qu’elles produisent s’explique aisément par leur réfringence qui est comme on sait, très élevée. En pénétrant la pièce et en s'incorporant à elle, elles suppriment les réflexions totales qui se produisaient par le passage des rayons lumineux à travers les éléments histologiques et l'alcool interposé, doué d'une réfraction beaucoup plus faible que la leur, parsuite, elles donnentàla préparation une clarté quifrappetout d’abord. Aussi les auteurs désignent-ils cette phase du montage des pièces sous le nom d’éclaircissement. En réalité, il n’y a pas à envisager que l’éclaircissement seul, mais encore le fait de rendre possible le montage dans la résine, ce qui est en somme le but cherché. D’autre part, l’éclaircissement produit par les essences est assez grand pour rendre suffisamment transparent un objet aussi épais qu'un embryon de poulet de 3 jours, il a donc une réelle importance et rend de grands services dans l’étude des préparations.

A la rigueur, les essences dont nous venons de parler pourraient constituer le milieu réfringent et conservateur nécessaire au montage des pièces, mais à cause de leur fluidité il serait assez difficile de les emprisonner sous la lamelle et surtout de les y maintenir. Il est donc préférable d’employer comme milieu définitif un corps jouissant des mêmes propriétés, mais susceptible de se solidifier autour de la pièce de manière à ne plus permettre ni déplacement de la lamelle ni pénétration de bulles d'air sous cette dernière. Les solutions résineuses sus-indiquées répondent parfaitement à ce but.

Remarques 'pour le traitement par les essences des coupes au collodion. Dans -ces coupes, il faut éviter de déshydrater avec l'alcool absolu qui dissout le collodion, et surtout d’employer l’essence de girofle qui le dissout bien plus énergiquement encore. Voici comment on procède. On déshydrate par un long

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séjour dans l’alcool à 90°, puis on éclaircit par l’essence de bergamote qui ne dissout pas le collodion, mais qui a l’inconvénient de rétracter un peu la pièce. Aussi on peut employer encore le procédé de Weigert. Après déshydratation dans l’alcool à 90°, on traite les coupes par un mélange de trois parties de xylol et d’une partie d’acide phénique anhydre, ou encore de deux parties d’huile d’aniline et d’une partie de xylol, puis par le xylol pur, et on monte dans le baume au xylol.

3° Montage. — Lorsque l’essence a parfaitement pénétré les coupes, on l’enlève, en la faisant couler sur la lame convenablement inclinée. Si l’on veut arrêter net son action décolorante avant de monter la préparation, on verse sur les coupes quelques gouttes de xylol qui se substituent à elle, mais en général cela n’est pas nécessaire, et aussitôt l’essence écoulée, on la remplace par une ou deux gouttes de la solution résineuse choisie portées sur la laque de verre à l'aide d’un agitateur plongé dans le flacon de baume ou de résine.

On a essuyé d’avance une lamelle de dimensions appropriées à celles de la préparation à recouvrir. On la prend de la main gauche par la tranche afin d’éviter de la ternir avec les doigts, et on dépose sur sa face tournée en haut, une goutte de la résine. Prenant alors la lamelle de la main droite, et toujours par sa tranche, on retourne en bas le côté sur lequel est déposée la résine, et on la rapproche de la lame, en la maintenant parallèlement à cette dernière. Bientôt la résine placée à la face inférieure de la lamelle touche celle qui recouvre la coupe, et on peut laisser la lamelle tomber doucement à plat sur la lame. La résine placée entre elles deux s’étale régulièrement à partir du centre en chassant devant elle l’air qui pourrait exister entre les deux lames. Ainsi est évitée, dans la majeure partie des cas, la formation des bulles d’air, qui, lorsqu’on n’a pas pris les précautions indiquées, se produisent souvent au sein de la résine ou sur la coupe. Du reste, en employant des solutions résineuses fluides, on n’a guère à craindre les bulles d’air; si quelques-unes se forment, malgré toutes les précautions prises pour les éviter, il est

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facile de les chasser en inclinant convenablement la préparation, de plus, si elles sont petites, elles disparaissent généralement d’elles-mêmes, en se dissolvant dans la résine.

La résine placée entre la lame et. la lamelle se sèche peu à peu, devient solide et maintient suffisamment les deux verres en place pour qu'il ne soit pas nécessaire de mettre autour de la lamelle une bordure ou un lutage, comme on doit le faire si l’on monte à la glycérine. Il importe de surveiller les préparations, surtout celles qui sont épaisses, pendant quelques jours, parce que la résine en séchant se rétracte et par suite entraîne la pénétration de flaques d’air sous la lamelle. Pour remédier à cet inconvénient on dépose une goutte de résine sur le bord de la lamelle, au voisinage de la bulle d’air, elle pénètre par capillarité et remplit exactement le vide.

Le plus souvent on n'attend pas que la résine sèche lentement, et l’on active sa dessiccation en chauffant les coupes sur une étuve portée à 40° environ. Au bout de quelques heures la résine est parfaitement dure et les lamelles bien fixées ne peuvent plus être déplacées. Cette manœuvre doit être employée toutes les fois que l’on désire étudier de suite avec un objectif à immersion des préparations que l’on vient de faire ; si on ne desséchait pas ainsi la résine, la lamelle resterait mobile pendant plusieurs jours, et comme elle doit être essuyée après l’immersion, ce moyen d’étude ne pourrait être employé.

Les préparations montées au baume sont d'une conservation indéfinie.

4° Avantages et inconvénients du montage des coupes dans une résine. — Le montage dans les résines offre des avantages considérables, aussi se généralise-t-il de plus en plus. Il assure une conservation indéfinie des préparations, sans qu’il y ait besoin de surveiller ces dernières, tandis que les imperfections des luts employés pour border les préparations faites à la glycérine oblige à une surveillance continuelle, qui ne sauve pas toujours les pièces.

Les préparations montées au baume sont au contraire très

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solides, on peut les transporter, les faire voyager sans crainte d’accidents. Elles supportent bien mieux que celles qui sont montées dans la glycérine l’essuyage de la lamelle nécessaire après observation à l’aide d’un objectif à immersion.

Enfin le montage dans les résines donne aux coupes une très grande transparence, à cause de la grande réfrangibilité du milieu. C’est même là, sous certains rapports, un inconvénient, car souvent des structures très fines, si elles ne sont pas fortement colorées, disparaissent dans la résine, comme y disparaît un bâton de verre, par suite de l'identité presque complète entre leur propre indice de réfraction et celui du milieu.

Lorsqu'on monte dans une résine dissoute par le xylol ou l'essence de térébenthine des coupes contenant de la graisse imprégnée en noir par l'acide osmique, le dissolvant de la résine dissout aussi la graisse osmiquée. Cette dernière se répand dans la préparation sous la forme de nuages noirs, plus ou moins épais, qui obscurcissent les coupes au point de les rendre parfois inutilisables. On peut éviter cet inconvénient en se servant de baume dissous dans le chloroforme, ou bien d'une solution au xylol très épaisse, ou encore de baume rendu liquide par la chaleur. La quantité de dissolvant libre étant alors nulle ou très petite ne peut dissoudre la graisse.

§2. — Montage a la glycérine

On peut employer comme milieu réfringent la glycérine; dans ce cas, la série des opérations nécessaires est plus courte et ne comprend que deux temps : 1° le montage, 2° le lutage.

1° Montage. — Les coupes montées dans la glycérine n’ont pas besoin d’être déshydratées préalablement et on peut les recouvrir du milieu conservateur dès qu'elles ont été lavées à l’eau, ou bien à la glycérine s'il s’agit d’une coloration au picrocarmin.

En fait, pour ces dernières que l'on peut prendre comme exemple, le montage succède immédiatement aux lavages dont il a été parlé plus haut (voy. p. 173). Dès que ces lavages à

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la glycérine sont terminés, on enlève soigneusement l'excès de ce liquide, et on essuie la lame tout autour de la coupe, sans toucher à cette dernière. Comme il importe pour la solidité du lutage, dont il va être question ci-après, que la lame n’offre pas la moindre trace de glycérine aux points sur lesquels reposera le lut, il est bon, en enlevant la glycérine, de laver la lame avec un linge trempé d'alcool qui la nettoie parfaitement.

On ne laisse sur la coupe qu’une très petite quantité de glycérine, juste ce qu'il faut pour remplir avec une goutte de glycérine qu'on mettra sur la lamelle (absolument comme on le fait avec le baume) l'espace compris sous cette dernière. En effet, lorsqu’on a placé le couvre-objet sur la préparation exactement comme il a été dit plus liant à propos de la résine, si la glycérine dépasse trop la lamelle, on aura de la peine à faire le lulage, et c'est pourquoi il faut s’habituer de bonne heure à reconnaître la quantité de glycérine nécessaire et suffisante pour monter la préparation. Dès que la lamelle est en place on procède au lutage.

2° Lutage. — Le lutage consiste à recouvrir les bords de la lamelle d'une substance solidifiable, le lut, qui s'appuyant à la fois sur la lame et sur la lamelle les unit l'une à l'autre et enferme entre elles le liquide conservateur. Il y a une infinité de luts, et aucun n'est parfait, mais cela a perdu beaucoup d'importance depuis la généralisation du montage dans les résines. Nous employons depuis longtemps les deux procédés de lutage suivants : a, lutage à la paraffine et à la cire; 6, lutage au baume du Canada.

a. Lulage à la paraffine et à la cire. — La lame et les bords de la lamelle mise en place sont avant tout parfaitement nettoyés, parce que la moindre trace de glycérine empêche une bonne adhérence du lut. Pour cela on peut se servir d’un linge très fin ou d’un pinceau trempés dans l’alcool qui dissout bien la glycérine, et laisse le verre parfaitement sec. On promène avec soin ce linge ou ce pinceau sur les bords de la lamelle en ayant grande attention de ne pas la déranger, et comme c’est là une opération délicate, il est bon d’avoir bien

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