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CHAPITRE II

PRÉPARATIONS DESTINÉES A L'ANATOMIE MICROSCO- PIQUE DES CENTRES NERVEUX.

L'anatomie microscopique des centres nerveux est une étude qui a fixé dans ces dernières années l'attention d'un grand nombre d'investigateurs : les procédés de préparations mis en usage dans ces recherches peuvent du reste servir de types pour toutes les études analogues, c'est-à-dire pour la solution de toutes les questions de texture d'organes pouvant être soumis à des séries de coupes régulièrement et méthodiquement conduites. Comme nous nous sommes, pour notre part, plus particulièrement occupé de l'anatomie microscopique de^la moelle épinière, du bulbe et de la protubérance, nous donnerons ici la série complète des manipulations exigées par cet ordre de recherches.

Les centres nerveux sur lesquels nous ayons pratiqué des coupes microscopiques ont toujours été durcis par le bichromate de potasse et par l'acide chromique : des fragments, comprenant tout le bulbe ou toute la protubérance, étaient placés, immédiatement après leur extraction, dans la liqueur de Mûller (bichromate de potasse : 25 ; eau : 1,000) ; le liquide était renouvelé au bout de vingt-quatre heures, puis au bout de trois ou quatre jours. Après un séjour de deux à trois semaines dans la liqueur de Mûller, les pièces étaient placées dans une solution d'acide chromique à 3 p. 1,000, et y séjournaient au moins deux mois: il faut avoir soin de renouveler la solution chromique d'abord tous les deux jours, pendant la première semaine, puis seulement tous les huit jours. Vers le milieu du second mois de séjour dans la solution chromique, il devient inutile de renouveler celle-ci, et les pièces, placées dans un flacon bien bouché (avec quelques fragments de camphre pour empêcher le développement des moisissures), peuvent se conserver indéfiniment: elles sont d'autant meilleures qu'elles sont plus anciennes ; du moins nous avons pratiqué les meilleures coupes sujL^ des pièces qui avaient séjourné depuis

dix-huit mois dans la solution chromique. 11 est un procédé qui permet de durcir plus promptement, et qui donne des pièces d'une consistance singulièrement homogène, sans aucune fragilité ; mais il ne doit être employé que pour les coupes d'ensemble, car il altère légèrement la forme des éléments anatomiques ; encore cette altération a-t-elle parfois des avantages, puisqu'elle se traduit simplement par un gonflement des cellules nerveuses et des cylindres-axes, qui deviennent ainsi plus apparents. Ce procédé consiste à plonger tout d'abord les pièces dans un mélange par parties égales d'acide acétique (du commerce) et de glycérine : au bout de vingt-quatre heures on place la pièce dans la liqueur de Mûller, puis, quarante-huit heures après, dans l'acide chromique : cette dernière solution est renouvelée une ou deux fois, et, au bout de huit à dix jours, la masse nerveuse présente, dans toute son épaisseur, la consistance la plus favorable à la pratique des coupes. Ce jDrocédé est trèsavantageux pour les encéphales de petite dimension, pour l'encéphale du rat, delà chauve< souris, par exemple; il dispense en effet d'extraire les masses nerveuses de la boîte crâ-

nienne : il suffît d'ouvrir celle-ci, d'ea enlever la calotte, et de plonger la pièce ainsi simplement préparée dans le mélange acéto-glycérique : lorsque après durcissement on veut pratiquer les coupes, on peut ou bien extraire l'encéphale, qui forme une masse homogène suffisamment élastique pour se prêter à cette opération, ou bien pratiquer les coupes sur la pièce entière, les parois crâniennes, décalcifiées, ne résistant au rasoir que comme du tissu cartilagineux (1).

Enfin nous avons même obtenu d'excellents résultats en plongeant les pièces : 1° dans de l'eau fortement acidulée d'acide azotique (5 à 6 d'acide pour 100 d'eau) ; huit jours de macération dans ce liquide ; 2° dans la liqueur de Mûller ; cette solution de bichromate de potasse pénètre facilement les pièces les plus volumineuses ; au contact des tissus imprégnés de solution azotique, le chromate se décompose en donnant naissance à de l'acide chronique libre : on renouvelle tous les jours (pendant une semaine) le bain de liqueur de Mûller ; après

(1) Voy. Mathias Duval, Recherches sur l'origine réelle des nerfs crâniens (Journ. de Vanatomie et de la physiologie ^q Ch. Robin et Pouchet, 1876, 1877 et 1878).

oetemps, la pièce, suflisamment durcie, est conservée dans une solution d'acide chromique (3 p. 100). Le procédé est surtout précieux pour durcir une pièce volumineuse, qui, par tout autre manière d'agir, ne saurait être pénétrée profondément par le liquide durcissant : il nous a donné de bons résultats pour durcir un hémisphère cérébral d'homme, ou la masse entière d'un encéphale de singe, de chien, de chat, etc.

Lorsqu'on veut pratiquer des coupes sur une pièce durcie par l'un des procédés précédents et ayant séjourné pendant un temps suffisant dans l'acide chromique, on commence par plonger cette pièce pendant six ou huit jours dans Talcool à 36°. Un séjour plus prolongé dans l'alcool a souvent pour effet de rendre les éléments anatomiques moins propres à se colorer parle carmin ; un séjour moins prolongé ne produirait pas l'effet que l'on se propose d'obtenir par cette immersion. Voici quel est cet effet : les coupes devant être montées dans la résine du Canada, ou dans le dammar, devront être préparées par une immersion successive dans l'alcool ordinaire, puis dans l'alcool absolu : or, si la pièce n'a pas antérieurement séjourné quelque temps

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dans l'alcool, les coupes, au premier contact de ce liquide, et surtout de l'alcool absolu, sont ridées, et il est impossible de les monter d'une manière bien régulière; il se produit des plis, des disposijions godronnées, des déchirures, qui, outre l'inconvénient minime de nuire à la beauté générale de la préparation, peuvent porter sur des points importants à étudier avec soin et en rendre l'examen difficile. Après une semaine de séjour dans l'alcool ordinaire, la pièce est disposée pour être placée dans le microtome : à cet effet la pièce est plongée dans l'eau pendant quelques heures, puis dans une solution très-épaisse de gomme, mêlée à un volume égal de glycérine. En même temps on prend un bâton de moelle de sureau, que l'on découpe en une longue bande ; c'est-àdire que, plaçant un rasoir parallèlement à Taxe du bâton de sureau, on détache de celuici une couche mince comme une feuille de fort papier, par une manœuvre facile à indiquer en disant qu'on fait avec le rasoir et le papier la même chose qu'avec un couteau et un fruit que l'on pèle. On peut ainsi débiter tout un bâton de sureau en une longue bande que l'on étale sur la table et sur laquelle on place, à

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l'aide d'un pinceau, une forte couche du mélange de solution gommeuse et de glycérine : la pièce (fragment de moelle épinière, de bulbe, etc.), plongée depuis quelques minutes dans le même mélange , en est retirée et placée sur la feuille de moelle de sureau : elle est alors roulée dans celle-ci, à peu près, qu'on nous permette l'expression, comme le tabac dans le papier de la cigarette, puis légèrement ficelée avec un fil. La pièce ainsi emmaillottée est finalement plongée dans l'alcool ordinaire.

Au bout de quelques heures la gomme est coagulée par le contact de l'alcool, et la pièce, emprisonnée dans son maillot de sureau et de gomme solide, forme une masse cylindrique qui peut supporter toutes les manipulations possibles sans aucun danger de fragmentation. Elle est donc introduite dans la cavité du microtome, et l'on place entre elle et les parois de cette cavité des bâtonnets de moelle de sureau, bâtonnets bien secs, que l'on comprime entre les doigts, pour réduirecon sidérablement leur volume (leur épaisseur) et en introduire le plus grand nombre possible, de manière à bien caler- la pièce. On verse alors de l'alcool

ordinaire dans la cavité du niicrotome ainsi remplie : le sureau sec et tassé s'imbibe d'alcool et se dilate : il en résulte que la pièce se trouve fixée d'une manière absolue, plus absolue que par tous les procédés généralement employés, et notamment que parl'usage de paraffine fondue et coulée dans le microtome.

Quant au microtome employé, nous avons

Fig. 43. — Microtome.

précédemment (page 183) donné à ce sujet tous les détails nécessaires, et insisté sur l'avantage d^adopter le type le plus simple : nous dirons donc seulement que nous nous servons du inicrotome que fabrique M. Nacliet (en cuivre nickelisé)^ et qui se compose simplement d'un cylindre plein, montant à l'aide d'un pas de vis dans un cylindre vide, lequel est terminé à sa

partie libre et supérieure par un plateau ; seulement, comme il est bon d'avoir à sa disposition des microtomes dont la cavité soit à peu près en rapport avec les dimensions des pièces, avec l'étendue des coupes que Ton veut pratiquer, nous avons prié M. Nachet de nous faire construire une série de microtomes dont le calibre va successivement en croissant: le petit modèle, représenté ici (fîg. 43), est employé pour recevoir les moelles d'homme, de bœuf, et les bulbes de chien, de chat^ etc. ; un modèle plus fort (calibre intérieur, 3 cent, de diamètre) est pour le bulbe humain ; un troisième t^pe (4 ou 6 cent, de diamètre intérieur) permet de comprendre en une seule préparation toute la protubérance annulaire de l'homme, avec les tubercules quadrijumeaux et les pédoncules cérébelleux moyens ; et enfin le plus grand modèle que nous ayons employé jusqu'ici (8 c. de diamètre) permet de faire des coupes de la totalité d'un encéphale de singe, et de la plus grande partie (masses centrales) d'un hémisphère humain.

La pièce étant installée, de la manière susindiquée, dans le microtome correspondant à ses dimensions transversales, on tourne le bouton qui termine le cylindre plein, de manière à

faire monter la pièce et à l'amener à ajFfleurer le niveau du plateau qui termine le cylindre creux : avec le rasoir on pratique deux ou trois coupes destinées à régulariser la surface de section de la pièce, c'est-à-dire à faire que cette surface, dans toute son étendue, ne fasse qu'un seul et même plan avec le plan du plateau du microtome, et dès lors on peut procéder à de bonnes coupes, bien régulières et propres à l'étude. Mais, avant d'indiquer la manière de faire, de recueillir et de traiter ces coupes, qu'il nous soit permis de dire un mot du rasoir. Nous voulons seulement insister sur ce fait que les rasoirs à lame parfaitement plate d'un côté, rasoirs qu'on a beaucoup vantés dans ces dernières années, sont peu favorables à la pmtique des coupes avec le microtome : il est impossible de les conduire d'une manière régulière sur le plateau du microtome, parce que leur surface plane adhère trop sur ce plateau, mouillé d'alcool (comme nous le dirons plus loin), et que les moindres parcelles de sureau, de gomme, ou de tissus nerveux, qui restent sur le plateau, entravent la marche de l'instrument et le font osciller. Il faut alors se servir du rasoir en plaçant sur le plateau du microtome non pas le

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côté plat, mais le côté évidé de la lame. Dans ces circonstances autant vaut choisir tout d'abord un rasoir de forme ordinaire, c'est-à-dire évidé sur le plat, des deux côtés, de telle sorte qu'il ne s'applique sur le plateau du microtome que par le dos, d'une part, et par la partie tranchante d'autre part.

Pour pratiquer les coupes, on imprime au bouton du microtome un mouvement de rotation qui fait légèrement monter la pièce audessus du plateau ; toute l'épaisseur qui dépasse ce plateau sera enlevée par le rasoir, et constituera l'épaisseur de la coupe obtenue. 11 est donc facile de préciser, d'après l'étendue du mouvement de rotation du bouton, l'épaisseur donnée à la coupe. Ainsi la largeur du pas de vis de nos microtomes de moyen calibre étant d'environ 1/2 millimètre, comme nous ne faisons décrire au bouton, d'une coupe à l'autre, qu'un déplacement angulaire de 1/18 de circonférence, nous pouvons conclure que nos coupes les plus minces ont environ une épaisseur de 1/36 de millimètre: cette épaisseur est parfaitement uniforme dans tous les points.

Lorsque la surface de la pièce, toujours humectée d'alcool, a été amenée au point d'affleu-

rement nécessaire pour une bonne coupe, on pratique celle-ci à l'aide du rasoir, dont la lame a reçu, sur sa face supérieure, quelques gouttes ^ d'alcool. Nous n'insisterons pas ici surce manuel opératoire: tous ceux qui ont pratiqué des sections microscopiques savent que la surface du rasoir employé doit être mouillée d'un liquide qui permette à la coupe de glisser sur la face supérieure de la lame, de façon que les parties déjà sectionnées ne se dissocient pas à mesure que l'instrument tranchant pénètre plus loin ; ils savent aussi que, de tous les liquides, l'alcool est un de ceux qui mouillent le plus régulièrement la lame d'acier.

Par contre nous insisterons sur la nécessité de pratiquer un nombre presque indéfini de coupes, se succédant sans interruption, c'est-àdire de telle manière qu'un segment donné de l'axe cérébro-spinal, du bulbe par exemple, se trouve débité en une série de coupes fines, sans aucune perte de substance. C'est ce que nous avons essayé de réaliser dans nos recherches, et c'est à cette méthode que nous devons le caractère essentiellement démonstratif de nos collections de préparations. Nous nous sommes donné ])our règle d'arriver au résultat suivant: une

longueur de 1 millimètre de bulbe humain sera débitée en trente-six coupes(dont chacune a 1/3G demillimètre). Cescoupes sont récuse à partdans des godets numérotés : on peut en recevoir de trois à quatre dans chaque godet, parce qu'il n'y a pas de différence bien sensible dans l'organisation de segments aussi peu distants les uns des autres; mais toujours est-il qu'avec des préparations régulièrement échelonnées à une aussi minime distance, il est impossible de laisser échapper les moindres éléments de transition dans l'organisation des étages successifs de l'isthme de l'encéphale, région si importante et à métamorphoses si brusques, que peu d'auteurs nous paraissent jusqu'à ce jour en avoir saisi les phases rapides et compliquées.

Parmi les travaux d'une importance capitale sur l'anatomie microscopique de ces régions, il faut avant tout citer les belles planches et les descriptions de Slilling. Or nous avons eu maintes fois à faire remarquer que si ces planches sont souvent irréprochables, il n'en est pas de même de leur interprétation^, l'auteur attribuant à tel nerf un noyau qui appartient à tel autre; c'est que les connexions ne peuvent être saisies que si elles sont suivies sur un nombre

de coupes se succédant régulièrement, sans interruption; de ce qu'un noyau ou amas de cellules nerveuses se trouve placé dans un certain étage du bulbe ou de la protubérance en un point où il semble faire suite à un faisceau radiculaire observé dans un point analogue sur des coupes pratiquées à un étage différent et peu éloigné, on n'en saurait conclure que ce faisceau provient de ce noyau, si on ne possède toutes les coupes intermédiaires propres à montrer les détails intimes et successifs de cette connexion supposée.

Les coupes longitudinales, ou pratiquées selon différents plans obliques, sont toujours utiles pour permettre d'embrasser en une seule vue des dispositions générales importantes ; mais elles deviennent beaucoup moins nécessaires, et ne sont jamais indispensables, du moment que Ton possède la série complète de coupes perpendiculaires à l'axe, lesquelles permettent de suivre d'une manière pour ainsi dire mathématique, et de reconstruire comme parles procédés de géométrie descriptive, le trajet de faisceaux qu'on ne perd jamais de vue.

Nous avons indiqué précédemment l'emploi des réactifs colorants et la manière de conserver

les coupes colorées (voy. pag. 216,225,249). Pour bien préciser ici la succession et la durée de ces diverses opérations, nous dirons seulement que ces coupes, reçues dans des godets numérotés et pleins d'eau, restent dans ces mêmes godets jusqu'à ce qu'elles soient montées, c'est-à-dire qu'elles ne sont jamais mêlées les unes aux autres ; l'eau du godet est remplacée par une solution de carmin;aubout de vingt-quatre heures, celle-ci est remplacée par de l'eau légèrement acidulée (acide acétique), à laquelle on substitue immédiatement de l'alcool ordinaire, puis au bout de quelques heures de l'alcool absolu. Dans ce dernier milieu les coupes sont complètement privées d'eau, et l'on peut au bout de dix minutes remplacer l'alcool absolu par de l'essence de térébenthine rectifiée. Les coupes ainsi préparées sont montées dans la térébenthine du Canada (rendue liquide par l'addition de chloroforme), ou dans la résine de dammar.

Cependant il est bon de coaserver quelques préparations dans la glycérine : à cet effet, lorsque les pièces ont subi l'action colorante du carmin, et que celui-ci a été fixé par l'action de l'eau acidulée, on prend dans ce dernier bain quelques coupes que l'on fait, à l'aide d'un

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pinceau, glisser sur la plaque de verre, où elles sont alors montées dans une goutte de glycérine. Ces pièces, moins transparentes que celles qui seront montées dans la térébenthine du Canada, après action de l'alcool, présentent cependant de grands avantages pour Fexamen de l'ensemble de la substance grise, dont les tractus, dans les parties réticulées du bulbe, se présentent d'une manière très-tranchée, avec de faibles grossissements, et laissent parfaitement saisir leurs diverses connexions.

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