MÉTAUX
L'acier sous forme de tige d'acier, de tôle, de ruban et de fil d'acier, est le métal le plus souvent employé pour la confection des appareils orthopédiques.
Les tiges d'acier que l'on peut battre, forger, étirer, tourner, forer, limer et tiemper, servent à constituer les montants latéraux des appareils à attelles, les charnières, etc.
La tôle d'acier (tôle d'acier fondu) sert à confectionner les semelles pour le pied, les arceaux trochantériens, les béquillons, les montants de renforcement et les matrices pour les attelles de cuir et autres.
Le ruban d'acier (ruban d'acier blanc ou bleu poli et deux fois trempé) sert à fabriquer les montants de renforcement pour les corsets de cuir et les attelles de cuir, les tiges des corsets en étoffe, les arceaux à ressort et les montants à ressort de toute sorte.
Le fil d'acier ou acier rond (fil d'acier fondu étiré dur) est employé pour la fabrication des ressorts en spirales, des tiges rondes et des arceaux à ressort.
Le fer est employé sous forme de fil de fer pour renforcer les appareils plâtrés ou pour les tuteurs de tête et aussi pour les rivets de fer.
Le cuivre qui est surtout employé pour fabriquer des rivets et des semelles pour pied plat ; Yétain, en alliage avec le plomb, le fer-blanc, les différents bronzes {bronze oV aluminium, etc.), sont d'un emploi restreint.
Le laiton fait d'alliage de cuivre et de zinc, sous forme de feuille ou de fil de laiton brut, est souvent utilisé pour la fabrication des boutons, des rivets, des chevilles, des pointes à deux tètes, des anneaux et des agrafes.
L'aluminium en alliage a été surtout recommandé récemment, en raison de son faible poids, pour la confection des corsets (Phelps) et des semelles pour pied piaf.
L'aluminium peut être recouvert d'un émail appliqué à chaud qui prévient les fissures et le protège contre la transpiration.
Les attelles ou montants en aluminium pour les appareils des membres inférieurs ne possèdent pas une solidité suffisante et exposent à des ruptures fréquentes.
Nous avons décrit le mode d'application, sur des moules eu plâtre ou en bois, du cuir et d'autres substances (feutre, celluloïd, etc.) qui forment la carcasse des appareils orthopédiques.
L&peau de chien, souple, élastique, exerçant une certaine compression., est utilisée avec avantages dans quelques appareils, lorsqu'il n'est pas nécessaire d'avoir une contention
B. — Gaines. — Valves. — Embrasses.
Doublure. — Bordure. — Garniture
Les gaines, valves ou embrasses (cuissard, pour la cuisse, molletière, pour la jambe), parties constituantes des appareils, sont, en général, en cuir, réunies par des montants, consolidées par des tuteurs.
L'intérieur des appareils est doublé avec de la peau, en général de la peau de chamois.
On colle la peau à la surface interne de l'appareil avec de la colle d'amidon ou mieux avec de la colle dextrinée.
La peau est rabattue sur les bords, cousue à la machine ou simplement collée.
On place, le long des bords, des œillets et des crochets. Avec une pince emporte-pièce, on perce des trous dans lesquels on place des œillets que l'on sertit avec une pince spéciale.
Les crochets sont fixés sur une enclume, sertis avec un poinçon spécial que l'on trouve dans le commerce.
G. — Tuteurs. — Montants
Les tuteurs métalliques destinés à consolider, à renforcer certaines parties, sont travaillés à froid au marteau, sur l'enclume, adaptés sur l'appareil et courbés suivant les indications. Des trous sont faits, de distance en distance, pour la pose des rivets. On forge ensuite les lames métalliques et on les fixe avec des rivets de laiton ou de fer dont on écrase les deux extrémités avec un marteau.
Les montants relient entre eux les divers segments d'un appareil et assurent leur jeu dans une direction déterminée. Avant d'être forgés, ils sont appliqués sur le moule dans le point précis qu'ils doivent occuper, modifiés dans leur forme, puis forgés et définitivement rivés.
Les montants qui réunissent plusieurs parties d'appareils, constituent un long bras de levier qui permet d'obtenir, lorsqu'on agit sur leurs extrémités, des mouvements de rotation étendus. Si les trois attelles de la cuisse, de la jambe et du pied sont réunies, on peut, en imprimant un mouvement de rotation au montant de la cuisse, placer le pied en forte rotation externe ou interne.
Afin d'obtenir Y allongement ou le raccourcissement, on dispose deux montants qui glissent l'un sur l'autre et qui sont pourvus à leurs extrémités, de fentes dans lesquelles mordent des vis à écrous.
L'allongement peut encore être obtenu au moyen d'une double coulisse, pourvue d'une vis de rappel.
APPAREILS ORTHOPEDIQUES
D- — Articulations des appareils. — Charnières
Les articulations qui réunissent les attelles des appareils sont de divers mécanismes et formes.
Leurs axes doivent être déterminés avec une grande précision en se basant sur la physiologie des diverses articulations.
On utilise surtout l'articulation à charnière ou l'articulation à sphère ou à boule.
L'articulation à charnière, ne permet des mouvements libres que dans un plan donné.
Fig. 216. — Charnière en fourchette.
Fig. 217. — Charnière en deux pièces, avec boulon.
Il existe un assez grand nombre de modèles de charnières. Nous ne citerons que les principaux.
La charnière en fourchette (fig. 216), la charnière en deux pièces, avec boulon (fig. 217), sont couramment employées, mais sont moins résistantes, moins solides que les charnières à disques, doublement fraisées (fig. 218).
La charnière à action latérale (fig. 219) qui ne se meut qua dans un "plan perpendiculaire à la surface des attelles, à le façon des gonds d'une porte, est surtout utilisée pour obtenir
le mouvement d'abduction dans les appareils pour les difformités de la hanche et de l'épaule.
Fig. 218. — Charnière à disque doublement fraisée.
Fig. 219. — Charnière à action latérale.
Fig. 220. — Double charnière.
Fig. 221. — Double charnière.
L'articulation à charnière présente le très grand inconvénient de ne donner des mouvements que dans un seul plan.
APPAREILS ORTHOPEDIQUES
En plaçant plusieurs charnières au-dessus ou à côté les unes des autres, on obtient des mouvements dans plusieurs plans.
La lig. 220, d'après Gocht, représente un modèle de ces doubles charnières.
La charnière inférieure donne un mouvement d'abduction et d'adduction, la charnière supérieure un mouvement de flexion et d'extension.
On peut, à l'aide devis placées dans les fentes et les trous
Fig. 222.
Articulation à boulon fixe.
représentés dans la figure, fixer le mouvement de flexion ou d'extension au degré voulu.
Dans le modèle de la fig. 221, d'après Gocht, la charnière à action latérale qui donne l'abduction et l'adduction, est placée directement sur le boulon de la charnière qui donne la flexion et l'extension.
L'amovibilité des attelles, surtout utile dans le traitement des difformités des articulations du pied et du genou, parce qu'elle permet de substituer à un appareil une chaussure de jour, est obtenue par le type d'articulation à boulon fixe (fig. 222) (Gabelschlùssels-charnière, ail.), (Keyhole Catch., ang.).
Dans ce mécanisme, un boulon fixe est reçu entre deux branches de fourchette, creusées à l'extrémité du montant articulaire en forme de trou de serrure.
Les pièces articulées ne se disjoignent que dans la flexion à angle droit de l'appareil et de l'articulation. L'articulation à dent oblique (fig. 223) a l'avantage de pou-
Fig. 223. — Articulation à dent oblique.
Fig. 224. -- Articulation à sphère.
Fig. 225. Articulation à boule libre.
voir être disjointe, sans qu'il soit nécessaire de déplacer le membre.
Plus simplement, mais aussi avec plus d'inconvénients, les vis des charnières sont enlevées à volonté, au moyen
d'un tournevis, de façon à rendre les attelles amovibles.
Divers types d'articulations amovibles peuvent être disposées sur des attelles fixées à des chaussures, en général, au niveau du talon.
L'articulation à genouillère ou à sphère avec simple vis de pression (fig. 224), l'articulation à sphère avec deux vis de pression à arrêt (fig. 224), l'articulation à boule libre (fig. 225), dont les figures font comprendre les mécanismes, ont été utilisées pour quelques appareils à torticolis et à pied bot (voir fig. 304 et 305, page 240, appareil à pied bot de Nèlaton. Modèle de Collin).
Dans l'articulation dite universelle de Stillman, trois articulations que l'on peut fixer au moyen d'une clef permettent des mouvements dans tous les plans, sans qu'il soit nécessaire, comme dans les articulations à boule, soit de fixer, soit de libérer tous les mouvements.
Les dispositifs d'arrêt des charnières qui permettent de limiter le mouvement des articulations et de les placer sous un angle déterminé, sont nombreux.
Dans la charnière à disque, une saillie placée à la fois sur le montant supérieur et sur l'inférieur, formant un angle plus ou moins ouvert (voir fig. 218), suivant l'étendue que l'on désire donner aux mouvements, forme un excellent arrêt fixe. Dès que le mouvement arrive à la limite voulue, les deux montants se heurtent
au niveau de la saillie et le ^^^ -Jfcî\
mouvement est arrêté. j|llJ™5J5^?J9^
La fig. 226 représente le méca- jTf
nisme d'arrêt des articulations |j
par un levier à téton. Fig 226 Levier à télon
L'articulation à verrou est très fréquemment employée dans les appareils pour difformités des membres inférieurs. Elle permet de donner à l'articulation des mouvements temporairement et dans des limites déterminées. Elle immobilise en extension le membre inférieur pendant la marche, mais permet la flexion dans la position assise.
Fig. 228. — Appareil de Willard.
Fig. 227. —--Articulation à verrou.
APPAREILS ORTHOPEDIQUES
La fig. 227 représente un modèle de verrou. Un verrou d'acier placé sur un montant glisse dans une targette fixée sur l'autre montant.
L'articulation de l'appareil pour coxalgie de Willard (lig. 228), est fixée, dans la position désirée, par un verrou.
Le verrou donne une fixation facile et très solide de l'articulation. Il expose moins à des ruptures que les méca-
Fig. 229. — Articulation à cadran.
Fig. 230. — Appareil secteur de Slillman.
nismes avec cliquet ou bague, actionnés par un ressort. Il ne peut cependant être employé que lorsque les deux segments de l'articulation sont en rectitude.
Lorsqu'on veut fixer un membre dans une position en flexion, dans une meilleure attitude, avant le redressement parfait, on emploie le mécanisme de l'articulation à cadran, fig. 229.
On peut encore adopter le mode de fixation, préconisé par Stillman, au moyen d'attelles à secteur (fig. 230 à 232).
Les fig. 230 à 232 représentent le mécanisme de l'appareil à secteur de C.-F. Stillman, recommandé pour la correction des contractures de la hanche et du genou.
Les embrasses métalliques sont fixées par un appareil plâtré, au-dessus et au-dessous de l'articulation malade.
Fig. 231. — Appareil de Still- Fig. 232. — Le même appareil, man pour la contracture de après application,
la hanche.
On peut encore utiliser la fixation au moyen de crampons ou d'agrafes fixés à deux saillies, au-dessus et au-dessous de la charnière, ou au moyen d'un ressort qui s'engrène dans un segment de roue dentée.
APPAREILS ORTHOPEDIQUES
Nous signalons plus loin les mécanismes d'arrêt, très souvent employés, obtenus avec de simples vis (fig. 237), avec la vis à pression (fig. 238 et 239), avec la roue à un ou deux rockets (fig. 244), avec la crémaillère, fig. 247.
Fig. 233. — Appareil de Hessing.
Fig. 234. — Secteur de Braatz.
Dans son appareil pour la correction des contractures en flexion du genou ; (fig. 233), Hessing immobilise les charnières et fixe l'articulation au degré de flexion voulu, au moyen d'arcs métalliques, pourvus à leurs extrémités de fentes et de vis.
Citons enfin l'articulation dite excentrique, articulation de Braatz, destinée aux appareils de redressement des contractures en flexion du genou.
La disposition de cette articulation est en rapport avec cette notion mécanique que le rayon de la courbure de la surface condylienne, sur une coupe verticale et antéro-postérieure, est beaucoup moins long en arrière qu'en bas et en avant.
La courbure concentrique du secteur de Braatz (fig. 234) permet à l'articulation fémoro-tibiale de suivre la courbe parabolique que décrivent les tubérosités tibiales dans leur révolution autour des condyles. Au lieu de décrire un simple mouvement de charnière, l'appareil s'allonge pendant l'extension, les tubérosités tibiales éloignées des surfaces condyliennes ne viennent pas buter contre elles. Grâce au puissant mouvement d'extension de l'appareil, le genou se redresse, la subluxation tibiale en arrière n'est pas favorisée.
La fig. 234 représente le mécanisme et le mode d'action de cette articulation.
Dans notre pratique, nous employons souvent l'articulation de Braatz dans le cas de contracture du genou en flexion. En plus de cette articulation, notre appareil est muni d'un puissant ressort, placé à la partie antérieure, suivant les indications données par Hessing (voir page 206, fig. 249).
Forces employées en orthopédie
Les forces développées par les appareils orthopédiques sont :
1° Les forces à tension ou à extension fixe ;
2° Les forces élastiques ; . 3° La pesanteur.
Nous décrirons quelques types de ces différents mécanismes.
1° Forces à tension fixe
Levier. — Le mécanisme du levier est fréquemment mis en usage pour obtenir un mouvement et une action de redressement.
En général, le levier n'a qu'un seul bras, la force et la charge se trouvant du même côté que le point d'appui. La
Fig. 235. — Sabot de Venel.
Fig. 236. — Appareil de Mathieu.
charge est représentée par la résistance que la partie déformée oppose à la correction.
Venel, un des premiers, a préconisé, dans son sabot (fig. 235), le mécanisme du levier flexible en fer doux, gardant l'inflexion donnée, qui a été adopté pour la construction d'un grand nombre d'appareils pour pieds bots.
Le pied est solidement fixé sur une semelle, ou mieux sur une semelle avec guêtre. Un levier est fixé à la partie latérale externe ou interne de la semelle. L'extrémité supérieure du levier, plus ou moins éloignée de la jambe, est attirée et fixée au tiers supérieur de la jambe, produisant un mouvement du pied de dedans en dehors et la correction du varus.
Le levier peut être d'abord fixé sur la jambe, le pied étant ensuile attiré vers le levier au moyen d'un appareil ou même de simples bandes.
Le mécanisme du levier est simple, efficace, facile à graduer. Grâce aux diverses courbures qu'on peut lui donner, on obtient divers mouvements, particulièrement ceux de rotation combinés à l'abduction ou à l'adduction.
Il est très utile pour la correction des difformités des exlrémités (pied bot), des membres (genu valgum), du tronc {scoliose).
Dans V appareil de Mathieu (fi g. 236), une tige d'acier coudée à angle droit, de façon à former deux branches inégales formant levier, est adaptée sur le segment postérieur de chaque demi-cercle de la ceinture, de telle sorte que la branche la plus courle s'unisse avec l'extrémité supérieure du tuteur, tandis que la longue branche se dirige horizontalement en arrière vers la ligne médiane. La tension de la courroie à boucle engagée dans l'extrémité postérieure de ces deux leviers, attire en arrière la partie supérieure des montants et détermine un mouvement de rotation des tuteurs qui porte les membres et les pieds en forte abduction.
Vis. — Divers systèmes de vis, disposées au niveau des articulations des appareils, servent à régler, à limiter, à fixer certains mouvements.
Vis à marteau sur le champ (fig. 237). — La fig. 237 représente la disposition et le mode d'action de ce mécanisme.
Vis à marteau sur le plat. Vis à pression (fig. 238 et 239). — Dans ce mécanisme simple, facile à graduer, n'immobilisant pas les membres et produisant un mouvement d'exten-
APPAREILS ORTHOPEDIQUES
sion étendu, la saillie plus oa moins grande du levier placée près de l'articulation de deux tiges, entre le prolongement du tuteur quelle traverse et celui sur lequel elle appuie, a pour effet d'augmenter ou d'effacer à volonté l'angle formé par leur réunion.
La vis à pression est surtout utile dans les appareils pour
Fi g. 237. — Vis à marteau sur le champ.
F, g. 238-2.39. — Vis à pression.
la correction des attitudes vicieuses du membre inférieur, à la suite de coxalgie, de luxation congénitale de la hanche. Elle permet de placer le membre soit en abduction, soit en adduction (appareil de J. Guérin, de M. Schecle).
Ce mécanisme est aussi avantageusement utilisé dans quelques appareils de traitement des ankyloses et des pieds bots (voir fig. 302 et 303, page 239).
La fig. 240 représente la barrette d'articulation avec vis de pression, permettant les mouvements de rotation externe et interne du membre inférieur, surtout utilisée dans les appareils orthopédiques destinés à immobiliser ou à redresser l'articulation de la hanche.
La fig. 241 représente le mécanisme de charnière mue par une vis de pression appliqué par Bonnet (de Lyon) aux appa-
Fig. 241. — Charnière de Bonnet avec vis de pression.
Fig. 240. — Barrette d'articulation avec vis de pression.
reils destinés à produire une forte rotation en dehors du membre inférieur.
Vis de rappel (fig. 242). — La figure représente la disposition le plus souvent adoptée. Le membre est fixé entre deux tuteurs articulés au niveau de la jointure. L'une des extrémités de la vis de rappel est fixée par un pivot au cercle métallique qui relie les montants de la partie supérieure de l'appareil, tandis que l'autre extrémité, creusée d'un pas de vis, est reçue dans une mortaise située sur le demi-cercle unissant les montants inférieurs. Un écrou courant sur ce pas de vis permet de l'arrêter au degré voulu et par conséquent de produire, soit l'extension, soit la flexion.
APPAREILS ORTHOPEDIQUES
Le parallélogramme avec vis de rappel, représenté fi g. 243, peut être utilisé dans les appareils destinés à produire Vècartement des membres inférieurs.
Fig. 212. — Vis de rappel.
Fig. 243. — Parallélogramme avec vis de rappel .
Engrenage à pignon. — Roue dentée à pignon. — Ce mécanisme se compose d'une vis sans fin, mobile à l'aide d'une clef (pignon) adaptée sur la face externe de l'extrémité de l'un des tuteurs et mordant sur une roue dentée, à rochet, fixée sur l'extrémité correspondante de l'autre tuteur (fig. 244).
L'engrenage à pignon peut produire des mouvements de flexion et d'extension étendus ; il permet le développement progressif d'une assez grande force ; il se place sur les parties latérales des appareils, dans les axes des mouvements. Il a l'inconvénient d'immobiliser les jointures et de ne permettre des mouvements que dans un seul plan.
On peut rendre l'articulation fixe ou mobile à volonté, en faisant correspondre le pignon avec un pas de vis par l'intermédiaire d'une tige. Si l'on tourne la tige du pignon dans le pas de vis, le pignon descend; son engrenage se rencontre avec celui de la roue dentée, et l'articulation devient fixe. Si, au contraire, on détourne la vis, on fait remonter la tige
du pignon, les engrenages se quittent, et l'articulation est libre (Charrière).
On peut aussi obtenir un excellent mécanisme d'arrêt, en adaptant au tuteur portatif à roue dentée le verrou en usage dans la construction des appareils prothétiques (Charrière).
En plaçant plusieurs vis sans fin sur des attelles, à diverses hauteurs, dans divers plans, on peut obtenir des mouvements dans plusieurs sens.
La figure 245 représente le mécanisme de la roue dentée
Fig. 244. — Roue dentée à pignon.
à pignon utilisée dans l'appareil pour la coxalgie et pour la réduction de la luxation de la tête du fémur de F.-V. Raspail.
(m) Vis de pression servant à rendre l'articulation libre ou mobile à volonté ; (pn) noix d'engrenage, engrenant sur une circonférence dentelée (o), afin d'obtenir la flexion ou l'extension; (q) charnière dans laquelle joue le râteau (r) qui est mû par la noix d'engrenage (s), représentée ici, recouverte par son chapeau, et dont les mouvements produisent l'abduction ou l'adduction du membre.
La vis sans fin (t) sert à produire l'allongement ou le raccourcissement de la tige, et permet par conséquent de donner au membre le degré d'extension désiré.
APPAREILS ORTHOPEDIQUES
La fig. 246 représente l'engrenage avec verrou de l'appareil de C. Raspail pour le traitement des ankyloses du genou.
Une noix d'engrenage (h) fixée sur la jambière, s'engrène sur la pièce circulaire dentelée (j) fixée sur l'extrémité inférieure du cuissard extérieur. Le jeu de ces pièces engrenées
ïï Fig. 245. - Roue dentée || à pignon, d'après F.V.
O Raspail.
Fig. 246. — Engrenage avec verrou.
donne le mouvement d'extension de la jambe sur la cuisse. La pièce dentelée (j) est susceptible de pivoter, si l'on retire le verrou (g) de sa mortaise (i), la jambe peut alors s'étendre ou se fléchir en obéissant aux efforts musculaires. Le verrou est relevé au moyen du bouton (h) ; le ressort (/) le repousse dans la mortaise (/) en pressant sur le crochet (g), quand le bouton (h) ne le relève pas.
Le mécanisme de l'engrenage à pignon fort ingénieux, mais fragile et un peu compliqué, est actuellement un peu délaissé.
Crémaillère. — Le mécanisme très simple de la crémaillère (fig. 247) est constitué par deux attelles ou tiges d'acier qui glissent l'une sur l'autre, ou l'une dans l'autre.
Au moyen d'une crémaillère et d'une clef, on peut, de cette façon, allonger ou raccourcir l'attelle principale.
Si les tiges sont fixées aux deux extrémités d'un membre, l'allongement, obtenu par l'action de la crémaillère, produit une extension au niveau des os et des articulations.
La crémaillère est surtout employée dans les appareils Américains d'extension et de marche, pour le traitement de la coxalgie (voir pages 230 et 231, fig. 282 à 284, appareils de L. A. Sayre), des luxations congénitales de la hanche, et aussi pour obtenir le redressement des ankyloses.
Une longue attelle externe, composée de deux parties glissant l'une dans l'autre, au moyen d'une crémaillère, est fixée en haut à une ceinture pelvienne, en bas à une guêtre, à une seinelle, à un soulier.
Les divers modèles de vis dont nous venons d'étudier le mécanisme, peuvent servir pour arrêter et limiter les mouvements dans les appareils dits à points d'arrêt.
Dans les appareils pour pied bot, on peut obtenir assez simplement l'arrêt en fixant une simple vis dans un des trous pratiqués sur la branche verticale de l'étrier.
2° Forces élastiques
La force élastique que développent les ressorts métalliques ou les substances élastiques (bandes de caoutchouc, tissu de bretelles, tissu de caoutchouc, etc.), est très souvent utilisée
APPAREILS ORTHOPEDIQUES
soit pour presser et tirer, soit pour renverser l'arc des courbures, en agissant à ses deux extrémités, dans une direction perpendiculaire à sa corde, soit pour produire ou limiter certains mouvements au niveau des articulations.
L'agent élastique peut être fixé sur des bandages très simples (voir pages 2 et 3, fig. o) ou sur des appareils plus compliqués, ceintures, corsets, tuteurs, bottines.
a). Ressorts métalliques. — Les ressorts métalliques, fabriqués avec des lames d'acier, blanc ou bleu, poli et deux fois trempé, de formes très variées, sont le plus souvent : droits, en forme de S, de batterie de fusil, de boudin, enroulés, coniques, de forme spirale ou serpentine.
Lorsqu'il doit agir par pression comme agent de compression, le ressort, généralement de forme conique, est contenu dans une plaque ou pelote.
Les ressorts de pression, souvent combinés avec des ressorts de traction, sont assez souvent employés dans les appareils pour difformités du tronc (malformation du thorax), et pour les déviations vertébrales.
Le ressort métallique, comme agent de traction, a de très nombreuses applications.
Scarpa, un des premiers, a utilisé l'action énergique de traction des ressorts dans son appareil (fig. 248), pour le traitement du pied bot varus équin.
Un premier ressort (fig. 248) placé le long du bord externe du pied a pour fonction d'exercer, au niveau des extrémités, des tractions sur les bouts de l'arc formé par le varus, pendant que son milieu prend point d'appui sur la convexité de l'inflexion tarsienne.
Un deuxième ressort métallique, recourbé en dehors et
Fig. 248. — Appareil de Scarpa.
en arrière, disposé suivant les indications de la figure, exerce, lorsqu'il est appliqué contre la face externe de la jambe, un effort très énergique de traction qui produit la correction de l'équinisme.
Dans l'appareil de Hessing, un puissant ressort, placé suivant les indications de la fig. 249, produit une traction qui
Fig. 249. — Appareil de Hessinf
Fig. 250. — Ressort d'Ivernois en batterie de fusil.
a pour efïet d'augmenter l'angle formé en arrière du membre inférieur par les axes de la cuisse et de la jambe.
Les orthopédistes anciens, et quelques modernes, adoptent les ressorts dans les appareils de pied bot dans le but de produire ou de limiter certains mouvements.
Dans le cas de pied botvarus équin, on cherche à restrein-
APPAREILS ORTHOPEDIQUES
dre le mouvement d'extension et à favoriser le mouvement de flexion.
La fig. 250 représente le mécanisme du ressort en batterie de fusil, employé d'abord par Delacroix et par d'Ivernois, recommandé, avec quelques modifications, par Bouvier.
Ferdinand Martin, en 1836, a préconisé le ressort en batterie de fusil dans la construction de ses appareils prothétiques.
Le ressort en forme d'S (fig. 251) a été surtout utilisé pour les appareils de marche dans le pied bot paralytique.
Fig. 251 — Ressort en forme d'S.
Fi?. 252. — Branche avec ressort.
Dans le cas particulier représenté par la fig. 251, le ressort limite le mouvement d'extension et facilite le mouvement de flexion pouvant suppléer ainsi les muscles paralysés de la région antérieure de la jambe.
Nous avons signalé le ressort qui agit sur une roue dentée et qui est surtout employé comme mécanisme d'arrêt.
Ces différentes formes de ressorts sont peu puissantes, peu solides, se détendent après quelques jours d'usage, se rompent fréquemment pendant les mouvements violents.
Les ressorts en spirale fabriqués avec du fil de fer plus ou moins résistant (Mellet), ou mieux avec du fil d'acier anglais de forme ronde, possèdent une puissante force élastique qui peut être très utile pour obtenir, dans quelques appareils, la pression, la traction ou un mouvement de rotation.
Les ressorts en spirale peuvent être cousus, en nombre suffisant, dans de la toile ou de la peau, de façon à constituer des bandes élastiques, semblables au tissu des bretelles (Mellet). -
Duchenne (de Boulogne) a recommandé les tractions avec les ressorts en spirale pour la correction des attitudes vicieuses des extrémités par contracture ou paralysie.
Dans l'appareil de Doyle (voir lig. 300, page 238), un ressort en spirale enroulé à droite et fixé à ses extrémités entre les points fixes des attelles, est assez fortement tiré dans un sens contraire à sa tension, c'est-à-dire à gauche. 11 se produit dès lors un fort mouvement de rotation de toute l'extrémité inférieure.
La figure 252 représente une branche avec un ressort qui peut produire soit l'expansion, soit l'extension continue.
Dans quelques appareils, les ressorts enroulés en spirale agissent par expansion. Placés en arrière du genou, dans le cas de contracture eh flexion de cette articulation, ils agissent en ouvrant l'angle de flexion {appareil de L. A. Sayre).
Les ressorts de forme serpentine, que quelques orthopédistes dénomment improprement ressorts à spirales plates, sont composés de fils d'acier plats. Ils servent à former des charnières, à réunir les attelles des appareils, à donner aux membres une position fixe de correction. Heusner a utilisé ces ressorts pour la confection de divers appareils et particulièrement pour des appareils à pied bot (voir fig. 301, page 239).
Les ressorts de forme spirale ou serpentine ont l'inconvénient de se détendre et de se rompre facilement.
b). Caoutchouc, Tissus élastiques. — L'emploi du caoutchouc et des tissus élastiques recommandé d'abord par Mellet, puis par Rigal (de Gaillac), Duchenne, Bigg, H.-O. Davis, Barwell, Andrews, Blanc, Charrière, est actuellement revenu en faveur et surtout utilisé pour la confection des appareils pour difformités paralytiques des membres.
L'appareil de L.-Â. Sayre (voir fig. 306, page 240) et {'appareil de Trélat (voir fig. 308, page 241), modifications de l'appareil de Blanc (de Lyon), sont des types d'appareils de redressement basés sur l'emploi de lacs ou de tubes en caoutchouc.
Dans les appareils pour difformités paralytiques, des bandes de tissu élastique, judicieusement fixées sur des attelles ou des ceintures, fixent non seulement les membres dans une position favorable à la marche et à la station, mais peuvent encore, ainsi que Delacroix et Duchenne l'ont démontré depuis longtemps, suppléer les muscles paralysés.
Nous employons souvent des appareils à tracteurs élastiques dans le traitement des difformités paralytiques des membres inférieurs.
De larges bandes de tissu élastique, placées en différents points de l'appareil, suppléent les muscles absents et placent le membre en position corrigée.
Une plaque de tissu élastique fixée de chaque côté de l'appareil, au-dessus et au-dessous du genou, ou des bandes de caoutchouc entrecroisées au niveau de la rotule, suppléent en partie le muscle quadriceps paralysé et facilitent la marche et la station debout.
3° Pesanteur
La pesanteur est une force largement utilisée en chirurgie orthopédique. L'effet de la pesanteur est, en général, obtenu au moyen de la position du sujet ou de poids suspendus à des cordes se réfléchissant sur des poulies, ou attachées à un point fixe, ou tendues par des poids ou par un treuil. Nous donnons de nombreux exemples de ce genre d'appareils.
is.
Nous indiquons dans notre chapitre sur le mal de Pott et la scoliose le parti que l'on peut tirer de la position du sujet pour obtenir le redressement.
Le poids de certaines parties du corps, placées en réclinaison, contribue à redresser l'arc de la déviation vertébrale.