III. MONSTRES SYMÉLIENS
Caractères généraux et formation embryonnaire des monstruosités syméliques. — Distinction des genres. — 1° Genre Symèle. — 2° Genre Uroméle. — 3° Genre Sirénomèle. — Considérations générales sur les Syméliens. — Disposition des organes sousdiaphragmatiqu.es chez les Syméliens. — Fréquence de cette monstruosité,
Caractères généraux et formation des monstruosités syméliques. — La soudure des membres, facilement expliquée par l'accolement et la rencontre, des bourgeons latéraux primitifs, sous l'influence d'une compression, n'a été, jusqu'à présent, observée que sur les membres abdominaux.
Il y a aussi un fait constant, c'est que la fusion ne se fait jamais sans qu'il y ait absence d'une partie plus ou moins considérable de l'un et de l'autre des membres réunis; souvent même l'organe unique qui en résulte ne renferme pas les éléments complets d'un seul membre.
D'autre part, les monstruosités syméliques s'accompagnent toujours du changement de rapport des parties accolées. Ainsi, les membres s'unissent par leur face externe et non par leur face interne, de telle sorte qu'ils sont retournés sur eux-mêmes, les talons reportés en a-v ant et les orteils en arrière; les gros orteils sont en dehors et les petits en dedans.
M. Dareste est parvenu à fournir l'explication de cette monstruosité, et il le fait de la façon suivante.
Par suite de l'arrêt de développement du capuchon
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caudal, les bourgeons des membres postérieurs ne peuvent descendre des deux côtés du corps; ils sont renversés en arrière et placés au-dessous de l'extrémité
de l'embryon. Ils se rapprochent alors l'un de l'autre par leurs bords extérieurs devenues internes. Puis, si la pression continue à s'exercer, ils se soudent entre eux et donnent naissance à un membre unique, contenant, en plus ou moins grande cpuantité, les éléments des deuxmembres.
Distinction des genres.
— C'est le degré de la fusion et la disposition de l'organe unique qui en résulte, qui servent de base à la distinction des trois genres reconnus par Isidore Geoffroy- Sain t-Hilaire, dans la famille des Syméliens. — Par ordre de complication croissante, ces trois genres sont ; 1° le genre Symèle ; 2° le genre Uronièle et 3° le genre Sirénomèle.
1° Genre Symèle. — Dans le genre Symèle figure 176,les deuxmembres soudés sont presque complets et se
Fio. 176. — Symèle.
SYMBLIENS 365
terminent par un pied double, dont la face plantaire est tournée en avant et la face dorsale en arrière.
C'est, de tous les monstres de cette famille, celui qui s'éloigne le moins du type normal.
2° Genre Uromèle. — Dans le genre Uromèle la fusion est plus intime et les deux membres plus imparfaits. On trouve, à l'extrémité de l'organe unique provenant de la fusion, un pied simple très réduit, à face plantaire tournée en avant, terminé souvent par un seul doigt apparent, les autres faisant plus ou moins complètement défaut.
Fia. 177. — Monstre uromèle.
La disposition de ce membre composé, qui placé sur la ligne médiane se continue en ligne droite avec le corps et devient assez grêle, simule parfois un prolongement caudal (fig. 177).
3° Genre Sirénomèle. — Dans le troisième et dernier genre, les membres abdominaux, très incomplets et absolument confondus, forment une masse conique, à pointe postérieure dépourvue de doigts; ils représentent quelque peu un prolongement abdominal du tronc, prolongement qui donne à l'ensemble de l'individu une forme bizarre, assez analogue à celle que les anciens
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auteurs ont attribuée à leurs sirènes. De là le nom de Sirènomèles, donné aux monstres de ce genre (fig. 178 et 179).
inférieure du corps). nomèle.
(I. Geoffroy-Saint-Hilaire). (D'après Cruveilhier).
Considérations générales sur les Syméliens. —
Les monstres syméliens ordinairement bien conformés dans leur partie sus-diaphragmatique, sont très imparfaits inférieurement, surtout dans les régions lombaire et pelvienne.
La partie terminale du tube digestif est toujours anormale ou en grande partie incomplète, j Les organes génito-urinaires font partiellement ou totalement défaut, et, dans le genre Sirèno mêle par exemple, on n'en trouve pas de trace. Les capsules surrénales elles-mêmes n'existent pas.
Les anomalies de cette famille sont toujours graves, les sujets qui en sont atteints naissent souvent avant le terme, mais, dans tous les cas, ne sont jamais viables; ils meurent en naissant ou peu de temps après la naissance.
La symélie est d'ailleurs peu fréquente et des trois
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genres que nous avons signalés, c'est le genre Sir énomèle qui se rencontre le plus souvent. Geoffroy - Saint-Hilaire ne l'a étudié que chez des individus de l'espèce humaine ; il en existe cependant quelques rares observations chez les animaux.
Tribu II. — La monstruosité porte sur les cavités thoraciques et abdominales.
La deuxième tribu contient des monstruosités essen tiellement caractérisées par l'absence plus ou moins complète de la paroi antérieure du tronc, avec mise à nu et hernie d'un nombre plus ou moins considérable de viscères pectoraux ou abdominaux.
Cette éventration, compliquée d'ailleurs par d'autres malformations, variables suivant les genres, constitue la Célosomie.
MONSTRES CELOSOMIENS.
Explication embryologique de la formation de la Célosomie et caractères de cette monstruosité. — Célosomie chez les animaux ; malformations concomitantes. — Enumération et définition succincte des principaux genres de Célosomiens.
Formation de la Célosomie. — L'embryologie nous apprend qu'à la suite de l'incurvation de la partie périphérique des replis céphalique, caudal et latéraux, l'embryon, primitivement étalé à la. surface de l'œuf, se trouve transformé en un cylindre ouvert en bas, mais qu'au fur et à mesure que l'évolution se continue, cette ouverture inférieure se rétrécit.
Les bords en présence, représentés par les lames
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somatopleurales, sont destinés à se souder complètement de manière à fermer en avant la cavité viscérale.
Fig. 180. — Célosomien (I.-Geoffroy-Saint-Hilaire).
Les monstres célosomiens résultent précisément d'un défaut de développement de la somatopleure, dont les deux moitiés ne se rejoignant point ou ne se rejoignant
CÉLOSOMIENS 369
qu'imparfaitement, laissent librement ouverts le thorax, l'abdomen, ou ces deux cavités à la fois, de telle sorte que les viscères, qu'elles doivent emprisonner, restent à découvert et font hernie au dehors (fig. 180 et
Fia. 181. — Monstre célosoniien, veau (d'après Baumeister).
Célosomie chez les animaux; malformations concomitantes. — La célosomie est excessivement fréquente chez nos animaux domestiques, chez les bovidés particulièrement. Elle est rarement simple et s'accompagne, presque toujours, de l'avortement ou de la direction vicieuse des membres, d'anomalies viscérales, de déviations plus ou moins considérables de la colonne vertébrale et du tronc (fig. 182).
Ces déviations sont certainement dues à des arrêts de développement des enveloppes fœtales et à des compressions mécaniques. Celles-ci ont changé les rapports normaux des bords qui aui'aient dû être en contact, et par suite ont mis obstacle à la rencontre et à la soudure des parties qui, en s'unissant, devaient clore la paroi antérieure du tronc.
L'énumération et l'étude détaillée des nombreux gen-
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res de célosomiens, quoique intéressante, compliquerait inutilement notre précis; je me contente de les indiquer dans un tableau synthétique, en mettant, en regard de chaque genre, une très courte description des caractères qui le distinguent des autres.
Fig. 182. — Squelette de célosomien montrant la déviation de la colonne vertébrale (d'après Gurlt).
Dans tous les cas, la gravité de l'anomalie permet de comprendre la non-viabilité des monstres célosomiens.
Genres reconnus dans la famille des Célosomiens.
1° Aspalasome. — Éventration latérale ou médiane, occupant principalement la portion inférieure de l'abdomen. Appareil urinaire, appareil génital et rectum s'ouvrent au dehors par trois orifices distincts.
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2° Agénosome. — Eventration latérale ou médiane, occupant principalement la portion inférieure de l'abdomen. Organes génito-urinaires nuls ou très rudimentaires.
3° Cyllosome. — Eventration latérale, occupant principalement la région inférieure de l'abdomen. Absence ou développement très imparfait du membre pelvien du côté occupé par l'éventration.
4° Schistosome. — Eventration latérale ou médiane sur toute la longueur de l'abdomen ; corps tronqué après l'abdomen. Membres pelviens nuls ou très imparfaits.
5° Pleurosome. — Eventration latérale occupant principalement la portion supérieure de l'abdomen, et s'étendant même au-devant de la poitrine. Atropbie ou développement très imparfait du membre thoracique du côté occupé par l'éventration.
6° Célosome. — Eventration latérale ou médiane, avec fissure, atrophie ou même absence totale de sternum et déplacement herniaire du cœur.
7° Dracontisome (Joly). — Eventration médiane, abdominale et thoracique ; appareil génito-urinaire incomplet. Colonne vertébrale très fiexueuse et comme tordue sur elle-même. Sternum divisé en deux parties très écartées l'une de l'autre.
Côtes pour la plupart horizontales, comme les fausses côtes du dragon ; les quatre dernières paires se réunissant à la face dorsale du monstre, pour y former une seconde poitrine que traverse un des membres postérieurs. — Les trois autres membres sont plus ou moins anormaux quant à leur forme et à leur position.
8° Chélonisome (Joly). — Eventration médiane, ou latérale, thoracique et abdominale ; fissure complète du
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sternum. Appareil urinaire nul. Colonne vertébrale contournée sur elle-même en haut et en avant, de telle sorte que les régions sacrées, lombaires etcoccygiennes, ainsi que les membres pelviens, sont reportés sur le dos et contenus dans un thorax situé au-dessus de la colonne vertébrale et fermé par les côtes redressées verticalement en haut.
9° Streptosome (Joly).— Éventration médiane, abdominale et thoracique; organes herniéscontenusdans une espèce de sac membraneux. Rachis tordu dans la région lombaire, dételle sorte que les membres postérieurs sont reportés en avant, sur le côté du train antérieur, à droite ou à gauche, suivant le sens de la torsion.
Ce genre a été vu par Joly sur une pouliche; Méry l'a observé aussi sur un enfant, qui était atteint d'exencéphalie ; nous l'avons étudié nous -même sur un veau, qui nous a été envoyé récemment par M. Page, vétérinaire à Pontailler (Côte-d'Or).
Tribu III. — La monstruosité porte sur le crâne et l'encéphale.
Chez les monstres de cette tribu, la face est à peu près normale, mais la boîte crânienne, très imparfaite, ne renferme plus exactement l'encéphale qui, lui-même, est plus ou moins modifié.
Dans une première famille, celle des E xencéphaliens , le système nerveux cérébro-spinal fait hernie hors du crâne et du canal vertébral. Dans la deuxième, celle des Pseudencèphaliens, le système cérébro-spinal fait partiellement défaut, et se trouve remplacé par un tissu vasculaire plus ou moins comparable au tissu du corps caverneux. Enfin, dans la famille des Anencéphaliens,
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l'encéphale manque complètement, et la moelle épinière est elle-même absente en totalité ou en partie ; ces organes sont remplacés par une poche pleine de sérosité qui se trouve logée sur le crâne et la colonne vertébrale, toujours ouverts en arrière.