II. MONSTRES MONOSOMIENS
Caractères des monosomieus. — Étude des genres. — Genre atlodyme, — Genre iniodyme. — Genre opodyme. — Histoire d'un jeune chat opodyme ayant vécu. — Particularités anatomiques de cet animal. — Genre rhinodyme.
C'est l'unité du corps et la fusion intime des deux troncs en un seul, qui caractérisent essentiellement les monosomieus.
Fio. 241. — Monstre monosomien. — Atlodyme. Partie antérieure d'un squelette de veau, montrant le mode de division des premières vertèbres cervicales, dans l'atlodymie. (Musée de l'Ecole vétérinaire de Lyon.)
Un examen anatomique minutieux peut seul faire retrouver les vestiges de la duplicité essentielle de l'être; d'ailleurs, celle-ci ne se montre, le plus souvent, que dans la région céphalique, ou tout au plus à partir de la région supérieure du cou.
Les monosomiens se divisent en quatre genres.
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Genre Atlodyme — Le genre Allodyme renferme des monstres offrant, à l'extrémité antérieure d'un seul /corps, un cou unique supportant deux tètes contiguës, '.l'une avec l'autre, par leur portion postérieure et latérale. Cette disposition implique l'existence de deux atlas ou d'un atlas double, à l'extrémité de la tige cervicale ssimple, et c'est ce qui justifie le nom donné à ce genre (fig.241).
Rarement observée chez l'homme, l'atlodymie se rencontre chez les animaux, les bovidés et les ovidés .particulièrement. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire l'a -vue chez deux serpents, un trigonocéphale et une vipère.
Genre Iniodyme. — Dans le genre Iniodynie, les i deux têtes ne sont plus seulement contiguës, mais réu-
Fio. 242. — Monstre monosomien. Fio. 243. — Têtes squelettiques Iniodynie. d'un agneau iniodyme. (Musée
de l'Ecole vétérinaire de Lyon.)
nies latéralement dans la région occipitale, parfois aussi, dans la portion postérieure de la région pariétotemporale (fig. 242, 243 et 244). — Suivant le degré de soudure des têtes, les deux oreilles, placées sur l'axe
d'union, sont rapprochées l'une de l'autre et libres, ou bien plus ou moins intimement soudées; elles sont quelquefois confondues en une seule qui peut, dans les cas extrêmes, faire complètement défaut.
Genre Opodyme. —
Enfin, dans le genre Opodyme l'union, toujours faite par les côtés de la tète, s'étend de l'occiput à la région
Fio. £44. — Monstre Iniodyme.
(D'après- Amb. Paré.)
Fig. 245. — Monstre nionosomien. — Opodyme.
oculaire (fig. 245); il y a rencontre sur la ligne médiane des deux yeux internes, qui sont renfermés dans deux orbites distinctes ou dans une cavité orbitaire commune. Dans ce dernier cas, il arrive également que les deux yeux se confondent en un seul œil central, ou disparaissent.
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En résumé, chez les opodymes, la tête est simple en arrière, mais se sépare en deux faces distinctes, à partir lie la région oculaire (fig. 246).
fFiG. 246. — Crâne d'un veau opodyme, face antérieure et postérieure. (Musée de l'Ecole vétérinaire de Lyon.)
Dans le courant du mois de septembre 1891, on nous ;apporta un jeune chat opodyme, plein de vie, que nous ravons pu conserver ainsi pendant cinq jours, mais qui test mort au bout de ce temps.
La dissection de cet animal a été faite par M. le pro -
Fio. 247. — Chat opodyme
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esseur Lesbre, avec lequel nous avons publié sur ce lujet, une étude anatomique et physiologique dont nous onnerons ici un très court résumé1.
Notre animal montrait extérieurement tous les caractères rdinaires des opodymes (fig. 247 et 248).
Les membres et le tronc (cou y compris) soumis à la dis ection la plus minutieuse ' 'ont présenté d'autre nomalie qu'une vertèbre orsale et une côte suplémentaire (14 vertèbres orsales et 14 côtes au eu de 13). A cela près out est normal, os, musides, viscères. R émargions notamment que le urynx, la trachée, l'œsolaage sont simples, qu'il llu est de même de tous -s muscles du cou et de
conque et que le cœur et les gros vaisseaux n'offrent rien p particulier.
. Après avoir extrait le segment cervical de la moelle épieère, nous avons constaté que cet organe était simple.
Tout l'intérêt de la dissection résidait donc dans la tête. iEn enlevant la peau, on s'aperçoit que les deux yeux Mêmes ou concentriques sont soudés (fig. 249) et logés ins une vaste orbite commune (fig. 250) ; leur soudure eest que superficielle car les deux cornées sont indépenitntes et séparées l'une de l'autre par une bande de sclérose de 1 à 2 millimètres de largeur. Les deux ouvertures 'lpébrales répondant à cet œil double se sont confondues
moment où l'on dépouillait la tète, ce qui prouve la fra-
!l Bulletin de la Société oV Anthropologie de Lyon, 1891.
Guinard, Tératologie. Pf
- Tète du sujet précédent, vue de 3/4.
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gilité du petit pont de peau qui les séparait. La conjonctive est commune, mais on observe à chaque angle nasal un pli semi-lunaire, une caroncule et des points lacrymaux.
Sans nous arrêter sur les particularités des os, des muscles et des glandes, nous arriverons aux bouches et au pharynx.
Fio. 249. — Vue intérieure de la base du crâne, sur laquelle on peut voir la soudure des yeux interne.
apophyse basilaire. — Sf, si, selles lurciques. — elh, elh, diverticules
ethmoidaux. — CE', CE1, yeux externes. — Œ:, Œ:, yeux interneà soudés
N, les A nerfs optiques — c, crête cérèbro-cérebelleus e. — 1,1, trous optiques au nombre de quatre. — 2, 2, 2, trous grands ronds (le médian résulte de la fusion des 2 internes). — 3, 3, trous ovales. — 4, 4, trous carotidiens. — 5, 5, hiatus auditifs internes. — 6, 6, trous déchirés postérieurs.
Les deux bouches communiquent largement en arrière des branches internes des maxillaires inférieurs, et s'ouvrent dans le même pharynx. La gauche présente un palais et un voile du palais normaux ; la droite a le palais fissuré sur ligne médiane et manque de voile du palais ; du moins celui ci n'est représenté que par deux petits bourgeons muqueux Les deux langues sont soudées à la base et viennent ains s'adosser à l'épiglotte et prendre attache sur l'hyoïde.
Pharynx. — Le pharynx est simple, mais très ample indépendamment de la communication buccale, il présente
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> >ar côté, les embouchures des deux trompes d'Eustache, en i >as, les entrées du larynx et de l'œsophage en haut, les deux irrière -narines du nez gaucho,
Fia. 250. — Vue antérieure des deux faces, montrant sur le milieu la cavité orbilaire commune.
I ; N, N, os du nez. — M S, maxillaires supérieures. — J Zygomaliques. — f Les Zygomalirrues internes soudés.— I, os incisifs. — M I, branches externes •es maxillaires inférieurs. — Mi, branches internes des maxillaires inférieurs. - ■ H, hyoïde. — La, larynx. — T, origine de la trachée.
La voûte du crâne étant enlevée avec soin, on découvre, iinsi que le montre la figure 252 : 1° un cervelet simple qui aaraît normal ; 2J deux cerveaux divergents en avant, dont as hémisphères internes sont cunéiformes et se terminent nn. pointe à 6 ou 7 millimètres du cervelet, en sorte que, sur eîtte longueur, les hémisphères excentriques s'adossent l'un
l'autre ; de derrière on dirait les deux hémisphères d'un iaême cerveau qui ont divergé en avant et ont admis entre iux deux coins d'une substance cérébrale surajoutée.
Gonséquemment, on distingue trois scissures interlignai • sphériques ; une médiane, entre les deux cerveaux, située exactement dans le plan médian, très étroite et occupée par les pies-mères confondues — deux autres situées latéralement, branchées sur la partie postérieure de la précédente et formant ensemble un angle d'environ 80" ; elles séparent les hémisphères de chaque cerveau, mais ne sont pas exactement dans les axes des deux faces, car ceux-ci sont notablement moins divergents.
Fia. 251. — Vue postéro-supérieure Fig. 252. — Vue supérieure du crâne * . de l'encéphale * \
* O occipital. - T, temporal. - 2, apophyse zygomatique. —H, trou auditif t\ P, pariétal. — P', pièce impaire résultant de la coalescence des deux pariétaux concentriques. — F. F, les 2 frontaux.
" H, H, hémisphères excentriques. — h, h, hémisphères concentriques. — G, cervelet. — B, les 2 bulbes accolés n'en formant qu'un en apparence. '
L'encéphale extrait tout entier de sa cavité, nous l'examinons par la baseet nous voyons, commele montre lafigure 249 : 1° les quatre hémisphères cérébraux, les internes simplement accolés par du tissu conjonctif, mais en aucun point soudés ; 2° un isthme encéphalique (pédoncules cérébraux, pont de Varole et bulbe), qui paraît unique à un examen superficiel, ' mais qui est réellement double, car il se laisse diviser sur la ligne médiane en deux moitiés simplement accolées par du tissu conjonctif, moitiés représentant chacune un isthme indé-
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endant. La bifurcation part du collet du bulbe. Au niveau es bulbes et des protubérances, la convergence est si grande ue les deux moitiés adjacentes ont subi une absorption de ontact à peu près totale, en sorte que les moitiés externes estantes, en s'accolant, donnent l'illusion d'un bulbe et d'une
Fig. 253. — Vue inférieure Pig. 254. — Vue supérieure des de l'encéphale *. deux isthmes et des noyaux gris
de la base des deux cerveaux **.
H, H, h, h, B, comme dans fig. 5. — 0, lobules olfactifs et leurs racines. P. iPêdoncules cérébraux excentriques. — p.p. pédoncules cérébraux conceniques. — c c, 2 chiasnas des 4 nerfs optiques. — M, 2 protubérances acco- < s n'en formant q,.une en apparence. — C, cervelet. — III, Nerfs oculo- Meurs communs. — V, Nerfs trijumeaux. — V', Tronc nerveux, vertige i 2 trijumeaux internes confondus.
"CS, Corps striés. — Co, couches optiques. — T S, tubercules jumeaux entriques. — t j, tubercules jumeaux concentriques. — v, valvules de uussens. — R, ruban de Reil. — p c a. p c m. p c p. pédoncules cérébelleux oérieur, moyen, postérieur. — C R, corps restiformes bordés en dedans par live postérieure. — IV, nerfs pathétiques.
votubérance uniques, d'autant mieux que les nerfs qui en uergent sont simples. Mais si l'on regarde de près chaque 'îdoncule cérébral apparent, on constate une évidente duocité ; en effet il se divise en avant en deux faisceaux inéloix qui pénètrent dans les hémisphères du cerveau corresmdant, et de plus, il est circonscrit par deux bandelettes itiques qui forment chiasma à sa partie antérieure, d'où il
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résulte qu'il existe quatre bandelettes optiques, deux chiasmas et quatre nerfs optiques (fig. 253).
En rasant la partie supérieure des deux cerveaux, on voit que chacun d'eux a son corps calleux, son trigone, ses cornes d'Ammon, ses corps striés, ses couches optiques ; seulement le corps strié et la couche optique de l'hémi sphère interne sont beaucoup plus petits que ceux de l'hémisphère externe.
Quant aux tubercules jumeaux, on distingue d'abord deux tubercules nates et deux tubercules testes bien développés, et de plus, dans leur intervalle, deux petits coins de substance grise extrêmement réduits, adossés sur la ligne médiane et figurant certainement un vestige des tubercules jumeaux concentriques qui se sont pour ainsi dire absorbés sur le plan de contact des deux isthmes (fig. 254).
Plus en arrière, la convergence des deux isthmes est telle qu'ils paraissent réduits chacun à leur moitié externe ; aussi trouve-t-on un quatrième ventricule simple, des pédoncules cérébelleux simples, un cervelet unique. Néanmoins, jusqu"à la région de l'entre-croisement des pyramides, les deux isthmes sont séparables et par conséquent autonomes.
Nous avons cru bon de donner quelques détails sur l'observation précédente, parce que, d'abord il s'agit d'un cas exceptionnel, — nous ne connaissons pas à' exemple authentique de sujet opodyme ayant vécu ; — ensuite, parce que les renseignements qui nous ont été fournis par la dissection peuvent permettre de se faire une idée de l'organisation générale du genre dans lequel la soudure est poussée à une limite extrême.
Genre Rhinodyme. — Aux genres précédents, nous ajouterons celui qui a été étudié par Joly, chez un chat, et qu'il désigne sous le nom de Rhinodyme.
Dans ce genre, la tendance à l'unité est tellement
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prononcée, les traces de dualité sont si peu marquées, qua première vue l'animal paraît être un sujet simple atteint de bec-de-lièvre ou de gueule-de-loup (fig. 255).
Il n'y a plus d'orbite pour loger les deux yeux internes, plus de paupières apparentes.
Fia. 255. — Chatte rhinodyme (N. Joly).
B, Face du sujet droit ; B', face du sujet gauche- A A, vei.v ™„
Z^n' G' 'ed ^r62 S°nt ~ aU ^ ^"-Tn S soudes, G, G- dem -mâchoire supérieure; F, cloison mince, couverte d'un
pinceau de poils qui sépare seule les deux demi-màchoires supérieures "
inférieures et représente, d'après l'auteur, les deux demi-faces concentriques!
Joljle définit ainsi : « Un seul corps; tête unique en arrière, mais formée en avant de deux moitiés de face tout à fait contiguës, mais non complètement soudées sur la ligne médiane; appareil oculaire atrophié ou nul du côté de l'axe d'union; deux demi-nez contigus, séparés à leur origine par un léger enfoncement. »
Quand on ouvrait la bouche de l'animal que Joly a étudié, on voyait, sur la ligne médiane, un pinceau de poils qui occupaient le milieu d'une saillie assez prononcée, formée par l'adossement des moitiés latérales internes des deux maxillaires supérieurs.