LA THÉRAPEUTIQUE ET LES DOCTRINES MÉDICALES
veux, et à la médecine physiologique les éludes qui nous montrent qu'en tout état de cause, infection microbienne, intoxication, action exagérée des agents physiques et même traumatisme, notre corps réagît toujours de la même façon par un trouble de ses fonctions : congestion, anémie, fièvre, douleur^ hypersécrétion.
Est-ce à dire que l'immense labeur de ces vingt dernières années soit stérile et qu'il n'ait fait que promener l'esprit médical dans le cercle vicieux qu'avaient déjà parcouru nos pères t Telle n'est pas notre pensée. Nous croyons au contraire qu'il a précisé d'une façon irréfutable bien des points que nos prédécesseurs avaient plutôt devinés que démontrés : sans le vouloir, sans le savoir peut-être, il a dégagé dans cha({ue doctrine les faits exacts qu'elle contenait, a reconnu la part de vérité qu'il fallait attribuer à chacune d'elles, et bien établi désormais qu'il ne fallait pas chercher dans un seul principe la pathogénie des maladies, que leur origine et leur mécanisme étaient nudtiples, que c'était une chimère de généraliser à toutes ce qui était réel pour une seule. Mais ce (in'il faut bien retenir, et ce que mettait si excellemment en lumière M. Bulxhakd, c'est que tous ces travaux n'ont pas renversé le vieil édifice médical, ils l'ont assaini et embelli. « Quelque importante que soit une découverte médicale, elle ne déborde pas la médecine, elle peut y trouver sa place* ».
9^ Définition de la maladie ; les diathèses. — Pénétrées de ces notions nouvelles, qui nous font assister à l'entrée dans notre organisme des germes morbides et à leur évolution, à la lutte qui s'établit entre eux et nous; éclairés sur d'autres points par les recherches récentes de la chimie I)iologi(iue, qui s<nilève peu à peu le voile jusiju'à présent impénétrable des actions chimiques accomplies dans l'intimité de nos tissus, nous nous faisons des maladies aiguës et chroni([ues une idée plus exacte que nos prédécesseurs. Les premières, suivant la définition du
* Ch. BoDCiiARD,Le5 médicaments d'origine animale^ Congrès français de médecine, Bordeaux, 1895.
10 r, EN ÉR ALITES
professeur Bouchard nous n]»paraissenl coiiime Tensenihle des phénomènes ([no présente Torganisnie subissant l'infloenee de la ranse niorhiliipie et ns-i crissant contre elle,, heureuse détinition «pii montre la double oritïine des symptômes, les uns résultant directement, par action mécanique ou chimique, de la présence des ^^ermes pathogènes, les autres provenant des etîorts de la nature médicatricc jjour se débarrasser de ces germes et annihiler leur]ioison. X«>tre conception des maladies chroniques est peutêtre moins claire : on peut les entrevoir cependant comme la nuinircstation de désonlres variés, sm'venant dans notre éeononn'esous rinlluence d'une modilication pennanente et presque définitive de la «'omposition «le nos liquides et de nos tissus organiques. Va\ vertu de Thérédité. en vertu «rime mauvaise aération ou «l'une mauvaise alimentati(m. en vertu «l'im abus prolongé des fonctions cén'Ou'ales, «ligesti vos. mus<Mdair(\s du génitales, en vertu aussi «l'intoxications prolong«!^es de nature juicrobieun*', il se pro«hiit chez tels ou tels sujets une altérati(m babitu«dl«» «les é«li;uiges nutritifs. Le taux de la nutrition y cbaiige peu à peu de valeur: il finit par être définitivement diflÏTent «lu taux normal. Alors (^st cn'ée la diathèse, «pii suivant la «lé(initi«ui «[ue u«)us «Mnpruntons encore à M. BoroHAHu. est un t«Mupéranient morbide «(ui provoque, prépare et entretient des alîerlions d*«)rdre dilîérent.
10'' Les méthodes thérapeutiques. — Cos notions somnuiircs «le patliol«>gie générale nous permettent «l'aborder avec plus «le mélboile les «[uest ions «le tbérajjeutifpie générale. Toutes les fois «pie la «bos»» sera possible, le médecin cliendiera à faire de la thêta }teatinHo paf/nKjrni</n(', c'est-à-«lire à mettre (^n «euvre tous b»s moy«'ns «tout il (lisp«)se p«)m' attaquer la cause du mal : antisepsie interne «>u externe pour «h'truire les germes pathogènes , hygiène aliuu'utaire appropriée, restitidion à l'organisjne «les éléments «(ui lui nuin«(uent pour ramener à l'état nornud le taux «les é«banges nutritifs ; et si la cause prochaine lui é«bappe. il «lirig(»ra s(»n action contre «'Cs dés(u-«lres «pii vont devenir «ausf's et ipd constituent l'embalnement pathogéni«iue «les aci'i«lents su«-«'essifs. Mettant à jirofit ses «onnaissances
LA THERAPEUTIQUE ET LES DOCTIUXES MEDICALES 11
sur l'évolution normale «les maladies, il fera quelquefois de la thérapeutique naturiste , c'est-îi-dire ([u'il confiera à la nature niédicatrice le soin de jiuprir une maladie, dont la marche est habituellement bonne. Dans le cas où l'issue de la lutte est incertaine il cherchera à imiter la nature en provoquant une de ces crises par lesquelles elle termine quehjuefoisles affections les l»lus graves (crises sudorales, urinaires, intestinales, hcmorra- {iiques, etc..) : il fera alors de la thérapeutique phi/aioloqique.
Lorsqu'il a tenté de repondre à ces preun'ères indicali<ms, le médecin n'a plus alors «omme ressoiuN-es nouvelles que la thérapeutique si/mptoDiatique : à l'aide d'agents médicamenteux dont il connaît les elfets, il combattra la douleur, la lièvre, le délire, la constipation, r.ctte médication est parfois la seule possible, mais elle doit être souvent dirigée avec une grande prudence. Parmi les symptôuies, les mis, nous le savons, sont les conséquences immé(nates des actions pathogènes et peuvent être combattus avec toute espèce d'avantages, jnais les autres traduisent l'i^lfort curateur de la nature, et il v a peut-être danger d'en em[)éclier la uumifestation. C'est ainsi ([u'il est quehpiefois fâcheux d'arrêter brusquement un llux intestinal, une sueur abondante, une hémorrhagie périodi<[ue. La suppression de ces phénomènes peut entrainer de graves couiplications. En général il est d'une mauvaise i)rati«[ue de vouloir anéantir un à un tous les syjnptomes d'une mahidie : on s'ex- ])ose à verser dans hi polypharmacie, et pour avoir voulu trop vite soulager le nuïlade, à troubler et prolonger l'évolution réguiicre de son mal.
Knlln, dans bien des cas. on s'adresse à la thérapeutique empirique. Ici on emploie le remède , non pas parce (ju'il i)eut anéantir la cause ou provoquer des crises curatrices ou atténuer les symptômes , on l'emploie parce qu'il guérit sans ([u'on sacJie pom'qnoi. C'est ainsi que l'on administre le mercure dans la syphilis. Ce n'est pas la thérapeuti([ue la jilus nol)le: c'est malheureusement lapins employée dans bien des cas; c'est quelquefois la seule possible, quelquefois la phis utile.
Telles sont les dilTérentes idées qui dirigent le médecin dans ses prescriptions. Il nous faut maintenant aborder l'étude des
ageots dont il dispose pour atteindre ces divers buts, l'étude de leurs effets sur l'homme sain et sur l'homme malade.