CHAPITRE II
LE RÉGIME ALIMENTAIRE DANS LES ^LVLADIES AU POINT DE VUE DE LA NUTRITION GÉNÉRALE
La nature et la quantité des aliments ont dans le traitement des maladies une importance de premier ordre. L'adage de Celse n'a pas vieilli : optimum remedium est cibus opportune datus. Dans les pages qui vont suivre, cette question du régime alimentaire va être étudiée au point de vue de la nutrition générale; l'influence de la nourriture sur le tube digestif luimême fera l'objet d'un chapitre spécial (t. 11) avec l'étude des médicaments et des agents qui font sentir leurs effets principaux sur l'appareil de la digestion. En ce moment nous supposerons «iue cet appareil fonctionne normalement.
Il faut à ce sujet établir une cei'tainc réserve. Il y a quelques années, sous l'influencé des idées de Likbig et des travaux qui avaient suivi la puldication de ses ouvrages, on croyait ou on paraissait croire c[ue tous les aliments se réduisaient dans l'estomac et dans l'intestin à un très petit nombre de principes immédiats : peptone et glycose par exemple, prêts pour l'absorp-
lion et passant tels quels dans la circulation. En poussant {\ l'extrême cette simplification, on en serait arrive à penser qu'il est indifférent de prendre du lait, de la viande ou des œufs, les corps albuminoïdes de ces différents mets aboutissant en définitive à donner de la peptone. Cette indifférence à l'égard des diverses variétés de peptones qu'on commençait cependant à connaître, était telle que P. Bert écrivait en 4872 : « Je passe sous silence les différences peu importantes des peptones venant de diverses origines ^ »
Or c'est s'abuser étrangement que de traiter avec dédain ces origines diverses. La molécule d'albumine est d'une complexité telle que nous nous en faisons difficilement une idée, même approximative; elle est associée à des métalloïdes, soufre ou pliosphore, en quantités variables; et pour ce qui concerne leur évolution dans l'organisme, les albuminoïdes digérés et absorbés gardent jusque dans leur assimilation intime à nos tissus, jusipie dans leur désassimilation, des différences d'action et sans doute fie composition, quelquefois très légères, quelquefois très considérables, dont la chimie biologique nous apprendra de mieux en mieux à tenir compte. La persistance des effets des sérunis et des sucs organiques, malgré l'action des sucs digestifs, les différences d'aspect et de composition de l'urine suivant la nature des aliments azotés pris aux rei>as, sont des exemples choisis entre mille pour bien fuire comprendre l'importance de l'assertion suivante : en fait de régime alimentaire, toute généralisation est fausse et aboutit à des erreurs thérapeutiques. Déterminer les régimes en s'appuyant uni(iueinent sur la classification (b's aliments en azotés, gras et hydrocarbonés, constitue une simplification fort commode, mais fort dangereuse, et il faut de toute nécessité étu<lier séparément l'action de chacune des innombrables substances (pii serventà notre nourriture : viandes de Ixiîuf, de mouton, de porc, volaille, œufs, lait, légumes, poissons, etc. In traité de physiologie véritablement humaine qui exposerait les qualités nutritives et digestives de chacune d'elles serait un ouvrage précieux ; mais ce traité est encore à faire.
* Art. Digestion, DIct. de médecine cl de chirurr/ie praliques.
L'homme adulte perd» ù l'état normal, par ses excrétions 21 grammes d'azote et 230 grammes de carbone (P. Beht). Il est donc utile qu'il retrouve dans sa ration d'entretien l'cquivaleut de ce qu'il perd ; s'il se nourrit insuffisamment, il «lépérit et subit peu i\ peu les atteintes de ce mal dont les degrés sont infiniment nombreux et <iu'on appelle la misère phvsiologi([ue; si la privation est absolue, c'est l'inanition et la mort en une douzaine de jours. Ces données très exactes, pour l'état sain ne sont pas exactement applicables à l'état pathologitpie. La présence ou ral)sence de la fièvre permet d'établir deux séries de cas bien distincts.