C. GlYCÉRO-PHOSPHATE de CHAUX, SOUDE, MAGNÉSIE, 30 CCU
grammes ù. 1 gramme par jour, au milieu du repas; de fer, 10 à 30 centigrammes en cachets, pilules, sirops ou solutions. Les préparations liquides sont préférables, spécialement la solution saturée de GO*.
En injections hypodermiques, prendre une solution de glycéro-phosphate de chaux d 5 p. 100, de soude i\ 20 p. 100 et injecter chaque jour de 1 à 10 centicubes, soit au maximum 50 centigrammes de sel de chaux et 2 grammes de sel de soude. La piqûre, indolore au premier moment, est généralement suivie, après un court intervalle, d'une sensation de vibration, jmis d'engourdissement, dans la région intéressée. Cette sensation, quelquefois douloureuse, peut persister une demi-journée.
1). lïVl'OPHOSPHITES DE CHAUX ET DE SOUDE. — 10 à 50 CCUti-
granimos par jour ; à doses phis faillies chez les enfants : siroj) ou solution.
Qo Empoisonnement par le phosphore. — On a pu
signaler des inconvénients de Tusage prolongé des phosphates ou des hypophosphites. Mais le mot d'empoisonnement ne peut s'appliquer qu'aux accidents provoqués par le phosphore en nature. Ils sont de deux ordres : i^ les accidents professionnels, à marche chronique, trop fréquents chez les ouvriers allumettiers, et aboutissant le plus souvent à la nécrose partielle ou totale du maxillaire inférieur {mal chimique) ; 2^ les désordres mortels dus à l'ingestion fortuite ou criminelle du phosphore. Dans ce dernier cas, le sujet éprouve d'abord une sensation de brûlure plus ou moins vive à l'estomac, et présente des signes de gastro-entérite aiguë, auxquels succède une période de deux ou trois jours d'un calme trompeur. Pendant ce temps le phosphore absorbé détermine la nécrose des cellules du foie et de divers autres parenchymes, et la mort survient avec tous les signes de l'ictère grave (ictère, diminution considérable de l'urée, phénomènes nerveux, hémorragies, etc.). L'abaissement du chiffre de l'urée mesure l'étendue de la destruction de la glande hépatique et donne en quelque sorte le pronostic.
Traitement. — Vomitif ou lavage de l'estomac, si l'on peut intervenir avant que les dernières traces de poison aient passé dans le duodénum. Puis, purgatif salin ou lavement purgatif. Diète au début ; éviter l'huile et le lait, qui dissoudraient le phosphore et en faciliteraient l'absorption.
Après ces préliminaires, potion à l'essence de térébenthine, 10 grammes avec 300 grammes de véhicule (julep gommeux, sirop d'écorce d'oranges et eau, etc.), à prendre en six fois en vingt-quatre heures et à continuer plusieurs jours, pendant et après l'évolution de l'ictère phosphore. Ce traitement, préconisé par Andant et Rondot (de Bordeaux) est bien supérieur au traitement par le permanganate de potasse (lavage et ingestion d'une solution à 1 p. 1000) récemment vanté en Allemagne et dont les résultats sont très aléatoires. Le mécanisme de l'action favorable de la térébenthine est encore à découvrir, mais il est réel. D'ailleurs, pour éviter toute intoxication, c'est une pratique en cours chez les ouvriers qui travaillent le phosphore de por-
i92 THÉaAPEUTIQUE DES MALADIES DE LA NUTRITION
ter, suspendu à leur cou, un sachet de cuir ou un petit pot plein d'essence de térébenthine.
§ 6. — Le soufre et ses composés
±^ Le soufre dans l'organisme. — Elément normal de la constitution chimique de nos tissus, le soufre est encore assez mal connu à ce point de vue. On sait qu'il existe dans la plupart des albumines, dans la proportion de là 16 par rapport à Tazote, qu'il fait partie des taurocholates (sels biliaires), qu'il se retrouve dans l'urine à l'état de sulfates, dans la salive à Tétat de sulfocyanure de potassium, que l'épiderme et ses dérivés sont les parties de l'économie les plus riches de cette substance. Mais on est loin d'être aussi bien fixé sur son rôle et ses combinaisons intimes qu'on l'est pour le fer ou le phosphore. Il reste entendu seulement qu'il ne se rencontre jamais en nature, mais toujours à l'état de combinaison.
Le renouvellement régulier du soufre de l'organisme se fait par l'alimentation. Dans l'intestin et dans les tissus, ce métalloïde rencontrerait, d'après M. Uey-Pailhade, une substance spéciale, le philothiou, qui favoriserait la formation d'hydrogène sulfuré. Il est certain, (pi'à Tétat normal, l'intestin renferme toujours quelque peu de ce gaz, témoin la coloration noire par sulfure de bismuth des fèces chez les sujets qui prennent une dose même minime d'un sel bismuthi(jue. Le soufre s'élimine ensuite par Turiric, la bile et par la desquamation continue de l'épidorme. Existe-t-il des états pathologiques où le corps subit de trop fortes (lé|)erditious en soiifrc ? Kxiste-t-il des inanitions sulfurées j^ (SorLiEK.) Schulz l'a prétendu, et le fait est vraisemblable. Il est d'accord avec l'utilité des préparations sulfurées dans les dermatoses A grandes descpiamations.
De tout temps, le soufre a été considéré connue un des agents les plus actifs do la thérapeuti<(ue ; mais ses pnqu'iétés multiples et dissemblables l'ont fait changer bien souvent de catégorie dans les classifications. « I'lvssk purifiait sa demeure à l'aide de soufre brûlé ; Achille rendait sa coupe plus pure par *** contact de la même substance ; Pline et Dioscohide multiplient
ses indications contre les dartres et les aJOTections des voies respiratoires » (Ferras), et notre époque comme la plus haute antiquité emploie encore le soufre comme désinfecUmt, comme cathérétique, comme derma tique, comme eupnéique. Elle y a ajouté ses propriétés nutritives générales; et ce sont ces dernières qui nous donneront peut-être un jom* Texplication de toutes ses vertus spéciales et locales, l'action désinfectante et antiseptique étant mise à part.
2° Soufre et ses composés utilisés en thérapeutique. —
Le soufre S est un corps jaune, très cassant, que l'on peut obtenir tantôt à l'état cristallisé, soluble faiblement dans Téther, très soluble dans le sulfure de carbone, tant^ît à l'état amorphe et entièrement insoluble. 11 est employé en médecine sous trois formes : soufre en canons, Heurs de soufre (soufre sublimé souvent impur), soufre précipité (magistère de soufre).
Mais il est beaucoup plus souvent utilisé à l'état de combinaison : hydrogène sulfuré H^S, gaz incolore, fétide, acide, et soluble dans l'eau ; acide sulfureux SO*, gaz incolore, acide et soluble dans l'eau, à odeur et k saveur très piquantes.
Les sulfures alcalins (sulfures de potassium, de sodium, do calcium) sont des composés peu stables. Très utilisés dans les eaux sulfureuses naturelles, ils sonl peu connus et peu employés à titre de préparations pharmaceutiques. Le plus réputé était jadis le foie de soufre, trisulfure de potassium, ou sulfure de potasse, K'^S^, toujours mélangé d'hyposulfite de potasse K^S^O^. On le prépare en faisant chauffer ensemble 1 partie de soufre et 2 de potasse. C'est une substance vert jaunâtre, amère, à odeur repoussante, très soluble duns l'eau. Le monosulfure de sodium Na^S + 9 H* 0 est une sul)stance cristallisée, dont l'emploi est peu usuel.
Le sulfure de carbone GS"^, liquide très limpide, acquérant par sou mélange habituel avec iI*S une odeur nauséabonde, est plus connu par les accidents toxiques (lu'il provoque chez les ouvriers qui le produisent que par ses applications thérapeutiques.
Les sulfites et les hyposulfites sont des sels alcalins dégageant
facilement de l'acide sulfureux au contact des acides et réputés pour leur action antiputrescible.
Les sulfates sont des sels blancs, cristallins, très solubles (sulfate de soude, magnésie, etc.).
30 Effets physiologiques. — Le soufre appliqué sur la peau produit une irritation légère, qui peut aller jusqu'à la vésiculation si le contact est prolongé et la dose forte. Cette action est due à la production d'acide sulfliydrique, grâce à l'influence des matières grasses cutanées et à la clialcur organique : ainsi s'expliquerait la valeur antiparasitaire et antimicrobienne du soufre, qui par lui-même semble inerte. Au contraire H^S a une valeur toxique indéniable pour les organismes inférieurs ; il est d'ailleurs un poison très violent pour l'homme dont il décompose l'hémoglobine et trouble gravement le système nerveux. A fortes doses, il peut même amener des accidents foudroyants.
Cette même série de phénomènes s'observerait dans le cas où le soufre est pris (i l'intérieur ; il agit comme un purgatif doux, non par lui-même, mais par H-S, qui se forme à ses dépens dans l'intestin. L'absorption des combinaisons sulfurées ainsi produites n'est pas assez abondante pour déterminer des phénomènes toxiques. Les sulfures alcalins, soit par décomposition, soit en apportant avec eux de l'hydrogène sulfuré tout formé, donnent lieu aussi à l'absorption de ce gaz. Celui-ci s'élimine par la peau et surtout par la surface broncho-pulmonaire (Cl. Beunard) : de là l'action de ces remèdes sur les affections des voies respiratoires, de là peut-être aussi leur effet congestionnant. Une partie des sulfures introduits est d'ailleurs neutralisée à ces divers points de vue, en se transformant en sulfates qui s'éliminent par l'urine. Où et comment s'opère ce changement? La physiologie est muette sm'cc point.
Quel lien rattache ra}>sor{)tion du soufre aux modifications très importantes de la nutrition générale ? On l'ignore également. Le pouls est accéléré, la chaleur augmentée, l'urée et l'acide uricpie augmentés <lans l'urine, de même que les sulfates ; les états constitutionnels sont modifiés. Mais la raison de ces faits nous échappe.
Si la production d'H^S semble le fait saillant de l'ingestion du soufre en nature et des sulfures alcalins, la formation de S03 paraît être celui de l'absorption des sulfites et des hyposulfites. PoLLi avait fait à ce sujet des expériences qui ont été critiquées, mais qui cependant étaient fort intéressantes. Après xme longue période d'oubli, on revient aujourd'hui aux idées qu'il avait développées.
Somme toute, la physiologie des composés sulfureux est peu avancée, et si les effets antiseptiques et antiputrides sont bien expliqués par la formation de H*S ou SO^, les effets du soufre sur la nutrition générale sont absolument obscurs, et rien ne fait prévoir dans cette physiologie l'action si énergique de ces substances dans toute une série de maladies où elle est empiriquement connue depuis des siècles.
Les sulfates, dont l'action est toute spéciale, seront étudiés au chapitre des Purgatifs.
^0 Emploi thérapeutique du soufre et de ses dérivés.
— Le soufre, agissant comme excitant des parois intestinales et comme antiseptique, peut être utilisé soit contre la constipation, soit contre la diarrhée. A la dose de 10 k 50 grammes, pur ou associé au miel, il est excellent contre la constipation, dont il vient k bout sans coliques ; il est recommandé contre la colique saturnine ; associé à la gomme (Soulier), il est bon dans certaines entprites infectieuses. La dyspepsie des hémorrhoïdaires, la lithiase biliaire s'en trouvent bien. Mais si l'on veut obtenir un véritable effet antiputride, il faut s'adresser k l'eau sulfo-carbonée que Dujardin-Beaumetz préconisait si vivement dans la fièvre typhoïde. Sous son influence, les selles perdent à la fois leur fétidité et leur toxicité. Ingéré à dose modérée, ce remède ne produirait jamais les phénomènes nerveux si graves décrits par Delpech chez les ouvriers qui en respirent les émanations. Comme une grande partie de la quantité de sulfure de carbone introduit dans l'estomac est rejetée avec les selles sans avoir été absorbée, il pourrait agir dans la dothiénenthérie, non pas en combattant l'infection même, mais en atténuant la résorption des produits formés dans l'intestin et en prévenant
les intoxications secondaires ; pareil résultat n'est point î\ dédaigner surtout dans les formes abdominales.
a. Affections des voies respiratoires, — Dans le traitement de ces affections, le soufre est prescrit sous forme d'eaux minérales naturelles, et c'est en étudiant ces dernières que nous aurons occasion de voir ses effets. Dès à présent, et en s'en tenant aux préparations pharmaceutiques, on peut dire que les sulfures alcalins (monosulfure de sodium ou de calcium) ne peuvent être prescrits que dans les affections chroniques, qu'ils doivent être évités dans les cas aigus et fébriles, que leurs véritables indications sont la longue durée de la maladie, l'abondance et le caractère muco-purulent de l'expectoration, le tempérament lymphatique et arthi'itique des sujets: qu'elles sont en définitive les mêmes que celles des eaux naturelles. Leurs effets sont aussi les mêmes, quoique moins énergiques; appliqués à bon escient, ils amènent avec rapidité la diminution et la clarification des crachats, la facilité et l'amplitude plus grandes de la respiration ; administrés îi tort, ils peuvent donner de la fièvre, de la sensation de plénitude thoracique, de la congestion, des crachats sanguinolents. Au point de vue de la tuberculose pulmonaire, on peut leur appliquer ce qui sera dit des eaux naturelles. Leur véritable utilité se trouve dans le traitement de la bronchite chronique simple ou avec dilatation.
Une mention spéciale doit être faite pour le sulfure de calcium, conseillé, il y a quelques années, dans le traitement de la diphtérie pharyngée et laryngée. Pris à doses fractionnées (1 centigramme toutes les heures), ce remède donnait rapidement îi l'haleine une odeur sulfliydriijue, et soit par le passage de H-S à travers les canaux tapissés de pseudo-membranes, soit pour <rautres motifs, il en résultait une certaine amélioration, li'application directe des antiseptiques avait déjî\ fait oublier cet agent cjuc la découverte du sérum antidiphtérique a fini par reléguer au dernier plan. Rappelons que les insufflations do fleur de soufre faites dans la gorge toutes les trois heures avaient été aussi conseillées.
Dans la gangrène pulmonaire , le sulHto de soude a paru agir favorablement ; il fliniinue la fétidité de l'haleine et Tabon-
(lance de l'expectoration. Il serait à éviter chez les malades prédisposés aux hémoptysies. L'hyposuilltc de soude a les mêmes clîets.
L'acide sulfui*eux, dégagé dans la combustion du soufre, a été essayé comme parasiticide dans le traitement de la tuberculose pulmonaire, sous forme d'inhalations. Les malades arrivent assez rapidement à tolérer l'odeur et la saveur de ce gaz ; les crachats et la toux diminuent quelquefois ; mais on ne constate pas d'effet réellement curateur.
b. Nutrition générale y rhumatisme chronique. — Dans l'inanition sulfurée, Schulz et Shubing prescrivent le soufre à l'intérieur. La difficulté n'est pas de le prescrire, c'est de reconnaître cette inanition sur les caractères de laquelle la clinique ne s'est point prononcée.
Dans les arthropathies. dans les névrites rhumatismales, le soufre est depuis longtemps employé, soit simplement eu saupoudrant les membres malades et en les enveloppant d'ouate, ce qui détermine une forte sudation , soit plus fréquemment à l'état de sulfures alcalins dissous dans Teau d'un bain (bains sulfureux, bains de Barèges artificiels). Il ne faudrait pas croire avec NoTHNAGEL et RossBACH que les effets de ces bains soient dus uniquement à la chaleur et que le soufre n'y soit i)our rien. Leur action sur les douleurs articulaires et sur la nutrition générale du rhumatisant chronique est indéniable : elle est analogue à celle des bains natiu*els, mais bien amoindrie. Ils ont la réputation de faciliter l'élimination par la peau de certaines substances toxiques (plomb, merciu'e) et peut-être même de certains virus {syphilis).
c. Dermatoses. — Enfin c'est dans la thérapeutique dermatologique que le soufre employé à l'extérieur compte ses plus beaux succès; il y est utilisé comme parasiticide et comme médicament eutrophique.
Son influence heureuse sur la gale est bien connue depuis les beaux travaux de Bazin et de Hardy. Le traitement comprend : i^ une friction de 20 minutes au savon noir et à l'eau tiède sur tout le corps, pour ouvrir les sillons de l'acare; 2*^ un bain tiède de 30 à. 60 minutes pour calmer l'irritation produite par
la frotte; Z^ une friction de 20 minutes avec la pommade d'HEL- MERiGH modifiée par Hardy. Le malade reste enduit de la pommade jusqu'au lendemain matin. Pendant le bain, les vêtements sont passés à Fétuve. Après ce traitement, sHl est 6te*t fait, la gale est guérie en ce sens que les acares sont morls; mais il reste les lésions pustuleuses et eczémati formes qu'ils avaient provoquées et dont la disparition demande encore plusieurs jours. L'irritation cutanée produite par la froUc est quelquefois assez vive pour entraîner une albuminurie passagère.
Un grand nombre de dermatoses non parasitaires peuvent être traitées par le soufre intus et extra. Celles qui s'y montrent le plus dociles appartiennent au genre des éruptions séborrhéiques : séborrhée du cuir chevelu, acné séborrhéique, eczéma séborrhéique. Les pommades à la fleur de soufre constituent pour ces cas d'excellentes préparations ; on peut aussi appliquer la fleur de soufre à l'état pulvérulent, ou à l'état de suspension dans l'alcool.
Le soufre peut agir utilement aussi bien dans les dermatoses sèches que dans les dermatoses humides; mais son action est infidèle. Tnxa explique ainsi ces phénomènes : l'acide sulfhydrique est l'agent de ces divers effets, quand le soufre est appliqué comme topique, et même s'il est donné à l'intérieur. A petites doses, il agit sur l'endothélium vasculaire, prévient la diapédèse, détermine des effets siccatifs et favorise la reconstitution de l'épi derme : action kératoplastique ; à fortes doses il exagère le courant d'osmose à travers les parois vasculaires, est véritablement exsudatif, et favorise la désintégration des formations cornées pathologiques : action kératohj tique. 11 serait intéressant de vérifier l'exactitude de ces assertions et de les appliquer aux effets du soufre sur les viscères. En attendant ce contrôle, on s'en tiendra aux données cliniques et on prescrira le soufre à • fortes doses dans les lésions hyperkératosiques : pityriasis capitis, ichtyose, psoriasis, etc ; on le prescrira à faibles doses et sous forme de préparations complexes (ichtyol, résorcine), dans les dermatoses humides, eczéma, etc.
5<) Préparations et doses :
A. A l'intérieur :
1^ Soufre en nature 10 à 50 grammes par jour mêlé, à
du miel pour la constipation.
2*^ Tablettes de soufre du Codex de 4 à 8 par jour. 3^ Baume de soufre anisé (soufre, 1 ; essence d'anis, 4).
Entre dans la composition des célèbres pilules de
Morton, très utiles dans les bronchites chroniques
avec forte expectoration.
4^ Sulfure de carbone. — Eau sulfo-carbonée de Dujardin-
Beaumetz.
Sulfure de carbone 10 grammes
Kau 500 —
Kssence de menthe IV gouttes
Agiter, laisser déposer. Donner 5 à 12 cuillerées par jour, dans un demi-\erre d'eau rougie ou de lait.
0*^ Acide sulfureux. Brûler du soufre ou du sulfure de carbone. On trouve dans le commerce des bougies toutes préparées à cet usage et qui brûlent 10 grammes de soufre par heure ; on les allume pendant dix minutes deux ou trois fois par jour.
6*^ Sulfures alcalins. Sirop de monosulfure de sodium (Codex).
10 ccntigr. pour 100 grammes : doit être préparé cxtemporanément. 2 à 4 cuillerées à café par jour.
7^ Sulfure de calcium. 8 à 10 pilules de 1 centigramme chacune par jour.
S^ Poudre sulfureuse de Pouillet, composée de monosulfure de calcium, bicarbonate de soude, sulfate de soude, sulfate de potasse et acide tartrique, en parties égales. Permet la préparation rapide d'une eau sulfureuse artificielle pour l'usage interne.
9*> Sulfites et hyposulfitcs de soude de 5 à 10 et môme 15 grammes dans une potion gommeuse de 150 grammes. A dose plus forte, action purgative.
Le sirop d'escargots, autrefois populaire danâ les bronchites, aurait dû ses effets aux substances soufrées que contiennent ces animaux.
B: A l'extérieur :
1° Fleur de soufre en poudre.
Employée pure ou mélangée à d'autres topiques pulvérulents (s.-n. Bismuth, amidon, oxyde de zinc, etc.) 2*^ Pom made soufrée .
Soufre en poudre, 1 .
Vaseline, lanoline ou axonge 10.
Pçut se combiner avec d'autres topiques : s.-n. Bismuth, oxyde de zinc, borax, acide borique, etc. 3*^ Pommade d'IIelmerich modifiée par Hardy :
Fleur do soufre 2
Carbonate de potasse 1
Axongo 12
4'^ Bains sulfureux, dits bains de Barèges artificiels. Formule du Codex :
Monosulfure de sodium ( » ^ /.a
nui 1 j- < ua 60 fframmes
Chlorure de sodium ( ®
Carbonate de soude 30 —
Pour un bain.
L'acide sulfliydrique est un bon germicide, mais ses émanations sont trop toxi(iues et trop fétides pour être facilement utilisées. Au contraire, l'acide sulfureux produit par la combustion du soufre (15 grammes pour un mètre cube) dans une pièce l)icn close paraît un excellent désinfectant. La détérioration des tentures et des dorures est un obstacle à la généralisation de son emploi.
§ 7. — Iode
1'' Les composés iodés de l'organisme. — Nos connaissances sur le rôle physiologique et thérapeuticjue de l'iode sont en liasse de subir une modification profonde. Il y a quelques
années ce métalloïde était considéré comme absolument étnmger à l'organisme'; si on en avait trouvé des traces dans l'huile de foie de morue, ce fait n'avait pas expressément frappé les observateurs et était d'ailleurs considéré comme en rapport avec la teneur en iodure de l'eau de mer. Mais Baumann a démontré récemment que le corps thyroïde des mammifères contient une substance albuminoïdc spéciale, toujours combinée avec l'iode, et qu'il a appelée Viodothyrine.
On ne peut donc plus considérer l'iode comme une substance essentiellement altérante; il faut le faire rentrer dans la catégorie des médicaments qui viennent d'être étudiés, et qui ont un rôle physiologique à remplir. Nos tissus ont besoin d'en posséder une quantité déterminée; ils peuvent soniîrir de l'absence, de l'insuffisance ou de l'excès de ces substances.
L'empirisme ancien a longtemps utilisé les éponges brùb'cs dans le traitement du goitre ; Coindet et Dumas ont reconnu que l'iode se trouve dans ces éponges, et ont fait de ce métalloïde encore peu connu le médicament du goitre. Pbis tard, LuooL et RicoRD en ont fixé le rôle thérapeutique, et avec la leçon célèbre de Wallace (1836) les iodures ont inauguré leur prospérité médicale.
L'iode existe en combinaisons salines dans l'eau de nier et dans beaucoup d'eaux minérales, dans les éponges, dans les plantes marines (algues, fucus, varechs) et dans certaines plantes d'eau douce réputées pour leurs vertus dépuratives (cresson). Il cristallise en lames rhomboï<lales, gris violacé, donnant des vapeurs violettes, peu soluble dans l'eau, sauf addition de Kl, soluble dans l'alcool, l'éther, la glycérine et l'huile.
2^ Pouvoir antiseptique. — L'iode paraît un agent excellent pour arrêter les fermentations. 11 neutralise à très faible doses, en solution à 1/12000*' le virus charbonneux (Davaine) ; l'eau iodée à l/bOO annule ou neutralise la toxicité dos cultures tétani(iues filtrées (Vaillard et Roux) ; il annihile la virulence du pus chaiicreux, du vaccin, des venins.
S"* Abso^rption et transformation. — Appliqué en badigeonnages sur la peau, il est absorbé comme tout corps capable de donner des vapeurs au contact du corps. Cette absorption minime, si la partie badigeonnée est abandonnée à l'air libre, peut aller jusqu'au tiers de la quantité déposée sur le tégument, si le badigeonnage est immédiatement suivi d'un pansement occlusif*. Plus l'épiderme est sain, plus l'absorption est complète et rapide; aussi ne tarde-t-elle pas à cesser, car l'iode irrite la peau, fait soulever l'épiderme en vésicules, détermine quelquefois une vraie vésication ou, au contraire, lui fait subir une sorte de tannage qui le durcit et le rend imperméable. Dans tous les cas, on voit se détacher au bout de quelques jours des lamelles plus ou moins larges.
Au-dessous de cet épidémie, le derme congestionné présente une diapédèse assez considérable des globules blancs et présente une infiltration tout à fait analogue à celle de l'érysipèle (érysipèlc iodiquc).
Sous forme de vapeurs, l'iode peut être absorbé par les voies respiratoires; mais c'est un procédé rarement utilisé aujourd'hui. Les faibles doses d'iode introduites dans l'estomac sont aussi absorbées, mais on est mal renseigné sur les mutations qui se passent au contact du suc gastrique et des aliments.
L'introduction accidentelle de grandes quantités d'iode a été surtout observée dans les cas où après avoir injecté une solution iodo-îodurée dans un kjste cm une cavité pleurale, un incident opératoire rendait impossible le retrait de ce liquide. L'absorption dans ce cas semble très inégale; (juebiuefois des accidents toxiques éclatent très vite; mais il n'en est i)as toujours ainsi : dans un cas, j'ai pu retirer au bout de quatre jours une très forte quantité d'iode de la plèvre d'un malade. Des douleurs extrêmement violentes dans le coté, avaient constitué le seul trouble attribuable au séjour de l'iode.
Introduit dans le sang, ce métalloïde s'y combine avec le sodium et y circule sous forme d'iodure de sodium. Mais il n'est pas démontré qu'il ne forme pas des combinaisons spéciales
' LiNossiEH et L.v.N.sois, Bull, génév. de Ihér.y mai 1897.
avec les albuminoïdes. « L'hémoglobine peut aussi fixer d'assez grandes quantités d'iode sans perdre pour cela ses propriétés. »> (NoTHNAGEL et RossBACH.) L'iode peut 'ensuite se dégager de ces combinaisons, et sous l'influence d'un acide faible, de CO* par exemple, se retrouver à l'état naissant (Bixz). On en est réduit sur ce point à des hypothèses ou à des expériences in vitro toujours sujettes à des interprétations différentes.
C'est par l'urine que s'élimine l'iode, non pas en nature, mais sous forme d'iodure de sodium. Si on verse dans l'urine un peu de chloroforme puis d'acide nitrique nitreux, on voit par l'agitation le chloroforme prendre une coloration rouge rubis due à l'iode mis en liberté. On peut aussi verser dans le verre un peu de poudre d'amidon et de l'acide nitrique; l'iode dégagé se combine avec l'amidon qu'il colore en bleu (iodurc d'amidon).
Les glandes salivaires servent aussi à l'élimination de l'iode ; il en serait de même, quoiqu'on l'ait nié, des glandes stomacales; dans les cas d'empoisonnement par de fortes quantités d'iode, les vomissements ont parfois contenu des iodures.
4f^ Toxicité. — A quelle dose l'iode devient-il toxique "? D'après Bôhm, les chiens supportent 2 à 3 centigrammes d'iode associé à l'iodure de sodium en injection intraveineuse. Ces données sont difficilement applicables à l'homme. Les accidents observés chez ce dernier l'ont été dans deux cas : 1° al)sorption rapide d'iode injecté dans une cavité ; 2^ prolongation intempestive de la médication iodée à l'intérieur.
Il faut noter d'abord Talbuminurie, qui peut succéder ù. une simple application d'iode à l'extérieur (J. Simon) et qui est passagère ou prolongée; il faut noter des accès de gastralgie plus fréquents dans la médication par l'iode à l'intérieur. Mais les cas les plus communs se caractérisent par trois symptômes : l'amaigrissement rapide, l'appétit exagéré et les palpitations. 11 est impossible de ne pas être frappé de ce fait que les mêmes signes se rencontrent dans les intoxications par les préparations de corps thyroïde et dans le goitre exophtalmique. C'est que dans tous ces cas que l'iode vienne directement de l'extérieur sous forme de remède, ou qu'il vienne de l'intérieur par suite d'un
excès de fonctionnement de la glande thyroïde, Torganisme est satnré du métalloïde, et plus probablement d'une combinaison organirpie de ce métalloïde. En effet, il peut supporter impunément des doses colossales d'iodures alcalins; mais si l'iode entre en combinaison intime avec l'organisme, s'il circule dans nos tissus sous forme de tbyroïodine ou de quelque combinaison analogue, il devient alors d'une toxicité supérieure. Peutêtre, est-ce pour cela que l'iodisme est produit plus facilement par l'ingestion de petites doses que par l'ingestion de doses plus considérables (Baillarger).
Etant donné l'influence du corps thyroïde sur la nutrition du système neneux on n'est pas surpris de voir sunenir après les trois premiers symptômes d'iodisuie signalés plus haut, des troubles graves de l'appareil cérébro-spinal, excitation, maux de tète, perlurI)ations intellectuelles, coma, etc., mais il est rare ({u'on laisse l'intoxication arriver à ce degré.
Les accidents d'élimination de l'iode (salivation, conjonctivite, coryza, acné, etc.) appartiennent plutôt aux iodures et seront étudies ([uand il sera ciuestion de ces médicaments.
5*» Indications thérapeutiques. — O"oi(iue présentant plus d'un i)()iut de contact avec celles des iodures, elles en sont néanmoins très distinctes et se rapportent }\ trois chefs : action révulsive, action antiseptique, action trophique.
a. Action révulsive. — Le badigeonnage de teinture d'iode est rrc(|ueunneut employé pour combattre les laryngites, les bronchites, les j)leurésies sèches, les rcli<iuats d'épanchements pleuréti<iues, les douleurs ovariennes, les arthrites. Il est quel- (jucfois assez douloureux, surtout chez les sujets îX peau fine: il l>eut être renouvelé sur les mêmes points trois ou quatre jours consécutifs, mais il est i)lus sage de mettre des intervalles. Insignifiante chez (|uelques malades, son action (vst réellement efficace chez d'autres, en vertu de réactions individuelles impossibles à prévoir, mais «pie l'on retrouve toujours les mêmes chez les mêmes sujets. Il donne chez quelques-uns de véritables éruptions eczcnuiteuses.
Pareilles applications sont utiles sur les ganglions lynipha-
tiques en voie de ramollissement tuberculeux. Elles ont été aussi conseillées, mais sans grand succès, sur les plaques de pelade et de pityriasis versicolore. Elles font rapidement disparaître les plaques d'herpès circiné parasitaire.
En tout état de cause, il est sage de ne pas badigeonner en une seule fois une surface de plus de 15 à 20 centimètres de 'oùié. Étendre davantage l'application du révulsif, serait exposer le malade à des réflexes fâcheux. Ces badigeonnages sont faits en une, deux, trois ou quatre couches, à l'aide d'un tampon d'ouate ou d'un pinceau trempé dans la teinture d'iode. Ou applique ensuite une lame d'ouate ou xme pièce de toile, pour protéger à la fois la peau du malade et son linge, qui malgré cela se colore presque toujours en brun violet.
Les applications du coton iodé, préparé à l'avance, ont les mêmes effets. Le coton se décolore en abandonnant peu à peu l'iode au tégument du malade.
Sur les surfaces muqueuses, l'iode doit être employé avec plus de réserves. Associée avec la teinture de racines d'aconit par parties égales, la teinture d'iode forme un bon topique à appliquer sur les gencives en cas de périostite alvéolo-dentaire. En solution glycérinée au 1/20° ou 1/10", l'iode appliqué quotidiennement sur les amygdales hypertrophiées, les fait lentement rétrocéder.
b. Action antiseptique. — L'iode est quelquefois un remède héroïque contre la pustule maligne, contre Vœdème charbonneux. Si le foyer est petit et récent, des injections faites dans son intimité même, sur toute son étendue, à quelques millimètres Tune de l'autre, à l'aide d'une seringue de Pravaz chargée de solution aqueuse d'iode à i/iOQ^ ou à 1/200*^ peuvent faire avorter le mal. On instillera à chaque piqûre deux à quatre gouttes. Si le foyer est plus large qu'une pièce de 2 francs, il sera bon de détruire le centre au thermo-cautère, et de faire autour de ce centre de profondes ouvertures avec le même instrument ; dans chaque secteur ainsi limité, on fera des instillations d'iode jusqu'aux confins de la zone œdémateuse. Si les bactéridies ont déjà diffusé dans le sang, on appliquera encore le même traitement, mais avec moins de chances de succès ; on prescrira en outre au malade de deux à quatre gouttes de teinture d'iode
PRÉCIS DE THÉRAPEUTIUL'E. I. \^
toutes les deux heures à rintérieur. Ce traitement est un des meilleurs que l'on puisse opposer à la pustule maligne ; il n'est pas le seul ; l'acide phénique, le sublimé donnent aussi des succès. Le plus important est d'intervenir vite et par conséquent de faire rapidement le diagnostic.
Les solutions iodo-iodurées ont été employées en injections dans Vhydrocèle, les kystes de l'ovaire, l'ascite, Thydarthrose, riiygroma, les pleurésies séreuses ou purulentes, les abcès par congestion, etc. Trousseau pensait que les bons effets de ces injections étaient dus à une action substitutive, l'inflammation artificiellement provoquée par le remède venant se substituer à l'inflaminalion de mauvaise nature que l'on voulait combattre. Cette théorie un peu subtile est à peu près abandonnée ; on croit plus simplement que la destruction ou l'atténuation des germes pathogènes par l'iode laisse après elle une amélioration de l'état antérieur, telle, que la guérison peut survenir. D'ailleurs, les succès complets sont assez rares, et, sauf pour l'hydrocèle où c'est encore la méthode de choix, les injections iodées sont délaissées. Pour les hydropisies de la tunique vaginale, après avoir évacué le li(iuide, on injecte par la canule même qui a servi îX l'écoulement, 100 à 250 grammes de solution aqueuse iodo-iodurée, et après l'avoir maintenue cinq minutes en place, on la laisse écouler. Il est bon d'éviter l'introduction de l'iode dans le tissu cellulaire dont il pourrait provocjuer la mortification. Tne nssez vive douleur accompagne et une forte réaction inflammabûrc suit cette petite opération ; après trois ou quatre jours, le gonflement commence à diminuer, et en ti'ois semaines environ, la guérison est complète, le plus souvent même sans qu'il y ait adhérence des deux feuillets do la vaginale, comme l'avait pensé Trousseau.
La teinlm^e d'iode peut être appliquée avec avantage sur les ulcérations gingivales, sur les chancres, sur les végétations vénériennes, ou encore sur les ulcérations du col utérin.
c. xiction truphique. — La teinture <riode calme les vomissements incoercibles, que ceux-ci soient liés à la gîislrite alcoolique, à la chlorose ou î\ la grossesse, sans que Ton puisse très claircment expliquer son action.
L'amaigrissement excessif qui se produit dans les cas d'iodisme a amené les médecins à prescrire Tiode dans V obésité. Mais comme on n'ose pas, avec raison, donner des doses toxiques, que Ton va très progressivement, on n'obtient pas l'effet désiré ; en revanche, l'appétit étant excité, le malade mange trop et gagne en suralimentation ce qu'il perd par l'action propre de Tiode. Cependant, on a enregistré quelques succès. 11 paraît même que des savons iodés ne seraient pas inutiles pour aider, par leur application à Fextérieur, au traitement interne.
Les deux maladies où l'iode produit les meilleurs effets sont le goitre endémique et le rhumatisme chronique. La pathogénie du goitre endémique, cette désolante maladie qui dépeuple et crétinisc tant de vallées, a préoccupé depuis longtemps les hygiénistes. 11 semble acquis aujourd'hui qu'elle relève de micro-organismes, peut-être analogues à ceux du paludisme, mais qui, au lieu de s'attaquer à la rate comme les protozoaires de Laveran, se localiseraient plutôt dans une autre glande vasculaire sanguine, le corps thyroïde. A côté de cette pathogénic, il faut rappeler que Ghatin a incriminé l'absence d'iode dans les eaux potables, et quoique sa théorie ait été fortement combattue, la présence de l'iode à, l'état normal dans la thyroïdine, la pauvreté en thyroïdine des corps thyroïdes des moutons habitant les vallées où sévit l'endémicité goitreuse, enfin la guérison de ces hypertrophies glandulaires par l'iode intus, montrent que Ghatin avait saisi une parcelle de la vérité. Dans la production du goitre endémique, il faut certainement faire jouer un rôle, au moins secondaire, à l'insuffisance de l'iode dans l'organisme. On comprend dès lors qu'il suffise de restituer au corps, l'iode qui lui manque, pour obtenir la guérison, et c'est, en effet, ce qui a lieu. Quand on traite une série de goitreux dans un môme pays, on est surpris de la facilité avec laquelle on fait affaisser [a plupart de cessa illies thyroïdiennes, sinon toutes; quelques gouttes de teinture d'iode mêlées à l'iodure de potassium, un peu d'épongé calcinée, la suspension dans les rideaux du lit d'un flacon ouvert contenant de l'iode métallique, tout réussit. La guérison n'est définitive, naturellement, que pour les
malades que Ton soustrait aux influences pathogéniques du goitre. Quelques cas restent rebelles ou ne cèdent qu'à de fortes doses.
Le goitre parencliymateux non endémique a été traité par les injections interstitielles de teinture d'iode (quelques gouttes i\ i gramme); le goitre kystique, par la ponction et l'injection iodée. Mais, quoique le corps thyroïde supporte l'iode mieux que tout autre organe, on ne peut voir dans cette médication rien de spécial, et ces pratiques rentrent dans celles de la cautérisation ou de l'antisepsie interstitielles.
« L'iode et ses composés constituent assurément un dos agents les plus utiles de la médication à diriger contre le rhumatisme osseux ; badigeonnages iodés, ouate iodée, à l'extériem' : teinture d'iode à l'intérieur, à doses croissantes, de quelques gouttes îl quelques grammes, prises au moment des repas dans de l'eau sucrée ou du vin alcoolique, ou encore en dehors des repas dans de la tisane de riz sucrée. Le professeur Lasègue, qui a surtout préconisé cette médication, a soin d'indiquer que c'est une médication à longue portée, qu'elle doit être suivie avec grande persévérance, et qu'aucun des accidents de lintoxication iodique n'a été observé pendant son cours ». (E. Besnier, art. Rhumatisme, Dict. encyclop.)
La syphilis et la scrofule, à certaines périodes sont justiciables de l'iode, mais plutôt de ses composés (iodure de potassium, iodure de fer), que du métalloïde lui-même. Cependant Lugol a conseillé l'eau iodée dans les affections strumeuses; de IIenzi vante une potion à la teinture d'iode contre la diarrhée des tuberculeux, et Bouveyron {Province médicale, 1897) a cité un <as de gomme guéri par l'usage interne de l'iode après avoir résisté au mercure et à l'iodure de potassium. Ce sont des faits (jui demandent à être répétés maintes fois avant de pouvoir entrer dans la pratique.
6^ Préparations modes d'administration et doses :
i'^ Teinture d'iode faite de 12 parties d'alcool à 90^, et d'une partie d'iode. S'emploie à l'extérieur en badigeonnages ; seméfler de la teinture vieille qui est souvent caustique :
à l'intérieur par gouttes (de deux à dix matin et soir), au moment du repas, dans du vin ou du café noir ;
2** Association du tanin et de l'iode, recommandée pour faciliter, dit-on, l'absorption de l'iode et sa combinaison avec les albuminoïdes. Vin et sirop iodotanniques, formulés de façon que chaque verre à bordeaux ou chaque cuillère contienne le nombre voulu de gouttes de teinture d'iode et quelques milligrammes de tanin ;
3^ Huile iodée de Personne (3 p. 100), préparée avec Fhuile d'amandes douces ;
4^ Sirop de raifort iodé :
Iode sublimé 1 gramme
Alcool 15 —
Sirop de raifort composé 983 —
0^ Eau iodée de Lugol :
Iode 0.20
lodure de potassium 0.40
Eau 1000
Pour boire, coupée avec du lait.
6<* Solution pour injections dans l'empyème :
Teinture d'iode 20 à 40
lodure de potassium 4
Eau 100
Pour l'hydrocèle, teinture d'iode pure (Duplay) ou dédoublée avec quantité égale d'eau et iodure de potassium quantité suffisante ; 1^ Coton iodé ; se trouve tout préparé, contient 2 grammes d'iode pour 25 grammes de coton.
§ 8. — Arsenic et ses composés
L'arsenic est un métalloïde voisin du phosphore au point do vue chimique, voisin de l'antimoine ou du bismuth au point de
vue physique. Il se rencontre à l'état natif (cobalt), et s'obtient habituellement en grillant le mispickel (sulfo-arséniure de fer). Les composés sulfureux (réalgar, orpiment), ne sont pas utilisés en médecine; sa combinaison avec l'hydrogène donne un gaz (hydrogène arsénié) extrêmement vénéneux, même à faible dose. Les composés employés sont l'acide arsénieux et l'acide arsénique. Le premier As^O^, connu sous deux formes, vitreux ou porcelanique, peu soluble dans l'eau, donne avec la potasse un arsénite très fréquemment prescrit (liqueur de Fowler) ; le second As*0* ne sert que combiné avec le sodium ou le fer (arséniate de soude, arséniate de fer).
1<* Absorption et élimination. — L'arsenic n'entre pas dans la constitution chimique de nos tissus normaux *.
Les solutions de composés arsenicaux ne sont pas absorbées par la peau revêtue de l'épiderme normal; mais le sont avec une grande rapidité par la peau dénudée et par toutes les muqueuses.
L'élimination très rapide également se fait par l'urine, où il est facile de déceler la présence du métalloïde (appareil de Marsh). Mais lorsque les doses absorbées sont très fortes ou très répétées, l'élimination est singulièrement plus complexe. Elle se fait encore par l'urine, mais en se prolongeant pendant très longtemps, quelquefois pendant soixante-dix jours après la cessation du remède ; elle se fait par la l)ile ; par les glandes intestinales, car Ork a montré que les lésions intestinales étaient les mêmes dans tout empoisonnement arsenical, soit que le toxique ait été introduit dans l'estomac, soit qu'on l'ait fait pénétrer par l'hypoderme ; il séliuiinc enfin par la peau, non seulement au moyen des sécrétions cutanées, mais en s'incorporant k l'épiderme, aux poils et aux ongles, dont la desquamation ou la chute assure ainsi son déi)art définitif de l'organisme.
* A. Gautikh a annoncé lo ii décembre 1899 à l' Académie de médecine, ([ue l'arsenic existe normalement dans le corps thyroïde de l'homme à la dose d'un millifïramme pour 127 frrammes et en quantité moindre dans le thymnus,le cerveau et la peau. Cette découverte justilio amplement la place (lue nous avons assignée à l'arsenic .
La lenteur de cette élimination s'accorde avec la complexité de révolution de l'arsenic dans l'organisme. Ce métalloïde se comporte en effet de façons différentes à l'égard des différents tissus. L'acide arsénieux, très caustique pour la peau dénudée ou les muqueuses, reste sans action apparente sur les mêmes organes d'un cadavre : on ne saurait donc expliquer son action par une combinaison qu'il formerait avec les substances albuminoïdes. Ces faits ont exercé la sagacité des biologistes chimistes, sans que le problème puisse être regardé comme résolu. MM. BiNz et ScHULz ayant observé que l'acide arsénieux se transformait en acide arsénique, lequel redonnait ensuite de l'acide arsénieux, au contact des tissus vivants, pensent qu'il s'établit entre ces tissus et les combinaisons arsenicales une sorte de va et vient d'oxygène qui explique tout. La théorie est ingénieuse, mais n'est pas démontrée. Tout ce que l'on peut afflrmer, c'est que l'action des acides arsenicaux varie suivant les protoplasmes au contact desquels ils sont portés.
Dans certaines graisses organiques, les lécithines en particulier, on admet que l'arsenic peut se substituer au phosphore. Dans le sang, il s'incorpore aux globules et ne se retrouve pas dans le sérum.
Ces réactions différentes expliquent comment l'arsenic absorbé se répartit inégalement dans les différents organes ; c'est ainsi qu'on le trouve surtout dans les os, le système nerveux et le foie.
2^ Toxicité. — L'arsenic pur ne serait pas toxique, d'après NoTHNAGEL ; mais ses composés oxygénés le sont à un haut degré, et ce sont eux qui surtout autrefois ont été le plus souvent employés dans les empoisonnements criminels. La dose suffisante pour donner la mort est variable suivant les sujets et peut être évaluée pour l'acide arsénieux de 3 à 15 centigrammes (Manquât). Les effets de l'arsenic^ sur l'homme sain doivent être étudiés dans trois ordres de circonstances : 1^ dans l'empoisonnement aigu ; 2<* dans l'empoisonnement chronique ; 3^ dans les cas d'accoutumance.
a. Empoisonnement aigu. — C'est le tableau du choléra, pré-
cédé de chaleur et de resserrement à la gorge : vomissements, coliques, selles glaireuses et sanguinolentes, crampes dans les mollets, anurie, délire, convulsions. La mort survient du second au sixième jour ; si le malade survit, il conserve longtemps une asthénie très marquée et des paralysies d'origine spinale ou névritique.
Le traitement consiste dans le lavage de l'estomac ou, à défaut d'instrument spécial, dans un vomitif qui sera l'ipéca, à l'exclusion de l'émétique ; puis dans l'administration du peroxyde de fer hydraté, qui a été donné quelquefois à doses énormes. La dose habituelle est de 4 à 8 grammes dans une tasse d'eau sucrée toutes les dix minutes. Cette substance donne avec les arsenicaux solubles des précipités. Pour en favoriser l'élimination, Soulier conseille, à l'exemple des Allemands, d'y associer de la magnésie.
b. Empoisonnement chronique. — 11 peut être le résultat de la malveillance, de certaines professions, de l'usage de papiers ou de teintures colorés avec des préparations arsenicales, plus rarement d'abus thérapeutiques. Ses phases bien décrites par Hrouardel et Poxcmot comprennent des troubles digestifs tantôt avec diarrhée, tantôt avec constipation, un catarrhe laryngo-bronchi(iue et des éruptions cutanées multiples, de la céphalée, de l'engourdissement des membres, des paralysies à type névriticjue, de l'anaphrodisie que Vialollk a pu réaliser expérimentalement*. A ces désordres, il convient d'ajouter des éruptions spéciales aux mains et aux organes génitaux chez les ouvriers qui manient l'arsenic, éruptions dont les éléments ulcérés ot indurés peuvent parfaitement en imposer pour des chancres sy|)liilitiques. La guérison survient par le seul fait de la soustraction du sujet aux causes d'onipoisonnement : mais elle est lente à venir, la régénération d(îs nerfs et des épithéliums dégénérés demandant de longs mois. Mémo, si le rein a subi une dégénérescence graisseuse trop avancé»;, si le foie * également graisseux, a perdu troj) de substance glycogène, lo mal survit à léloignement de sa cause, et la mort survient.
* Vialollk. Thèse de Bonleauv, 189G.
LES MEDICAMENTS SPECIAUX DE LA NUTRITION 2i3
3^ Accoutumance et usages à doses thérapeutiques. —
Enfin, en graduant d'une main prudente les doses d'arsenic, on peut accoutumer l'organisme à en tolérer de grandes quantités pendant très longtemps. Les habitants du Tyrol et de la Styrie passent pour en ingérer de notables quantités impunément dans le but de faciliter l'ascension de leurs montagnes. Longtemps acceptée, cette légende a été discutée ; puis les faits ont été reconnus exacts, des arsenicophages ayant publiquement avalé plus de 30 centigrammes d'acide arsénieux. Il semble, par contre, que chez quelques-uns surviendraient des accidents toxiques. En dehors de ces faits, à caractère un peu mystérieux, et dans tous les cas exceptionnels, nous savons très bien qu'en augmentant de cinq en cinq jours les doses minimes d'arsenic prises par un sujet, on peut arriver à des doses qui, prises -d'emblée, eussent été dangereuses. Les phénomènes observés sont alors le relèvement de l'appétit, la tendance à l'engraissement, l'accélération du cœur, la diminution de l'excrétion de l'urée qui augmenterait au contraire avec de plus fortes doses (?), l'accroissement et l'éburnation plus rapides des os, une activité plus gi'ande de la circulation cutanée allant quelquefois jusqu'à des exanthèmes et des pigmentations, enfin la diminution du besoin de respirer (de là le goût des Tyroliens pour l'arsenic). Mais le médecin qui a prescrit l'arsenic à nn malade doit le garder régulièrement sous sa surveillance, prêt à suspendre ou à diminuer les doses, si les phénomènes de saturation apparaissent, phénomènes qui sont ceux de l'arsenicisme chronique atténué (céphalée, picotements aux paupières, épistaxis, dyspepsie, engourdissements, anaphrodisie).
Au point de vue pratique, les préparations arsenicales peuvent être administrées par les voies digestives, soit par l'estomac, soit par le rectum, par les voies respiratoires (cigarettes arsenicales), par l'hypoderme, dont la voie est de plus en plus fréquemment utilisée, et qui paraît réellement la meilleure dans bien des cas. La voie veineuse ne saurait être conseillée. Quant à l'application directe sur la peau, elle constitue un mode de cautérisation, dont il y aura lieu de reparler.
4<^ Indications thérapeutiques. — a. Dyspepsie. — 11 est difficile de préciser quels symptômes digestifs réclament l'emploi de l'arsenic. Dujardin-Beaumetz l'a conseillé dans Tanorcxie et sir James Savoyer prétend en avoir retiré de grands avantages dans certaines gastralgies, qu'à sa description on peut juger en rapport avec l'hyperchlorliydrie. C'est à coup sûr un stimulant de l'appétit. La diarrhée contre-indique son emploi.
b. Chlorose et anémies, — Hayem le déconseille dans la chlorose des filles et le juge favorable dans la chlorose des garçons, (jui est sans doute une maladie très distincte de la chlorose des vierges. Mes observations me permettent de confirmer cette opinion. Dans les anémies pernicieuses, étrangères à la cachexie palustre, maladies de nature indéterminée, mais d'une gravité incontestable, l'arsenic est un remède excellent. Alors mémew ([ue le sang contient déjà des hématies nucléées et que l'asthénie semble à sa dernière période, les injections sous-cutanées de licpicur (le Fowler peuvent sauver le malade (Chauffard, communication orale). Elles doivent être faites environ deux fois par semaine et portées par une progression rapide à la dose d'une pleine seringue de Pravaz (1 centimètre cube). C'est, en pareil cas, un remède bien supérieur au fer.
L'anémie qui résulte de l'infection palustre est également très influencée par l'arsenic. Ce remède a été autrefois prescrit contre les fièvres intermittentes elles-mêmes, mais il est aujourd'hui déconseillé à leur endroit et réservé au traitement de la cachexie palustre. Buruix, (jui a bien étudié l'action antimalaricpie (le l'arsenic, recommande de commencer la médication par un vomitif, de faire ing(''rer le remède par fractions nombreuses (5 ou G par joiu*), de ne pas craindre, d'arriver rapidement à 2 et 3 centigrammes d'acide arsénieux. Les succès de ce médecin sont incontestables.
L'anémie tuberculeuse, et surtout l'anémie prctuberculeuse seraient efficacement combattues par l'arsenic. « Paradoxalement efficace » (Uknalt) dans les tuberculosf^s li)cal(»s, pérîtonéales ou ganglionnaires, ce remède, agissant comme médicament d'épargne, empêcherait la dénutrition, la déminéralisation
qui précède toujours rinvasion de la tuberculose, et rendrait le milieu intérieur réfractaire à la culture des parasites pliymologènes. Cet enthousiasme du professeur Renaut est quelque peu exagéré ; Tarsenic ne doit être considéré que comme un adjuvant utile des cures d'air et de repos, les seules vraiment actives dans le traitement de la phtisie.
c. Lymphadenomes et lymphosarcomes. — Les grandes altérations de l'appareil lymphatique ont été attaquées par l'arsenic comme celles du sang. Sous le nom inscrit en tête de ce i>aragraphe on confond malheureusement un grand nombre do lésions différentes : tumeurs malignes, simples hypertrophies ganglionnaires, et même adénopalhics tuberculeuses (thèse de Duclion, Bordeaux).* Dans quelques cas, dont on n'a pas assez dégagé la note caractéristijpie, les injections de li([uour de Fow- 1er ont donné de précieuses améliorations. Elles ont été faites soit dans l'hypoderme, soit dans les masses ganglionnaires elles-mêmes. Si l'on adopte ce dernier procédé, il ne faudra pas man((uer de diluer celte liqueiu* dans quatre ou cinq fois son volume d'eau distillée, d'en injecter seulement quelques gouttes, et il faudra s'attendre à des douleurs assez vives dans le ganglion intéressé. Les bénéfices ne sont d'ailleurs pas plus grands qu'avec le procédé hypodermiciue, qui permet un dosîige beaucoup plus élevé.
Dans les tumeurs malignes, les arsenicaux n'ont d'autre action ([ue de relever momentanément l'appétit et de ralentir la dénutrition. 11 faut cependant faire une exception pour le sarcome pigmeniaire multiple. Ce néoplasme, (jui se manifeste dans certaines formes, par une sorte d'éruption de petites tumeurs bleuâtres siu' les extrémités et sur la tête, en même temps que d'autres tumeurs se développent dans les viscères, est réellement amélioré par l'usage interne de l'arsenic. Kobxer a cité un cas de guérison; sans être aussi heureux, nous avons vu des tumeurs de cette espèce rétrocéder, au moins pendant <iuelque temps, sous l'influence d'injections sous-cutanées de liqueur de Fowler.
d. Maladies infectieuses. — A part le choléra où l'on a essayé avec des succès contestables larsénite de cuivre (1/2 milli-
gramme par jom*), à part la syphilis, qui dans ses formes invétérées paraît se trouver assez bien des arsenicaux, ces préparalions n'ont pas été conseillées dans d'autres maladies infectieuses (jue la tuberculose. On a cru pendant quelque temps avoir trouvé un remède à. la phtisie. Mais elles n'ont d'autre vertu (jue leur action stimulante, leurs effets eupnéiques et antidéperditeurs. Elles sont très utiles dans les adénopathies scrofuleuses.
e. Diabète. — L'arsenic diminuant la quantité de glycogène contenu dans le foie a été tout naturellement essayé dans le diabète. Les résultats ont été contradictoires : quelques-uns le j ugent comme un excellent remède, les autres comme insigniliant. Il y a quelciues années, Martineau l'avait associé aux eaux gazeuses lithinées et en avait obtenu de tels succès, qu'on ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait de sa part beaucoup d'illusions. Quelques médecins n'hésitent pas à le considérer comme dangereux. La vérité est k égale distance de ces opinions extrêmes. Chez un diabétique dont l'intestin est normal et dont l'embonpoint est médiocre, l'arsenic peut rendre des services. Dans les circonstances opposées, il faut éviter de l'employer.
f. Névroses tjraves, lésions organiques du système nerveux, chorée. — Il est peu de névroses ou de névropathies durables dans lesijuelles, à bout de ressources, le médecin ne finisse par prescrire l'arsenic (tabès, sclérose en plaques, compression de la moelle, etc.). L'action de ce métalloïde sur les lécithines donne à cet usage une sorte de base scientificjuc. Il serait d'ailleurs dil'licile de citer des succès bien positifs. L'ne névrose fait pouilant exception : la chorée. Longteiiii)s on la conseillé dans cette maladie, mais il appartenait à Marfan et à Combv d'en méthodiser l'emploi. Le traitement comiilet comporte : i» le régime lacté ; 2'^ le repos au lit ; 3"^ l'usage de l'arsenic à des doses inusitées. On débute par 10 grammes de li(iueur de Boudin, c'est-àdire 1 ceutigranmie d'acide arsénieux, dans une potion de 125 grammes et on augmente cette dose (luotidienne d'undemicenligrammechaciue jour.de manière à atteindre 4 centigrammes ou 4 centigrammes et demi ; puis on redescend par une progrès-
sion inverse et on cesse. Cette potion est administrée par cuillerées dans le courant de la journée. Sous cette forme Tarsenic aurait guéri des chorées, même rebelles, en huit jours : il serait donc, comme le dit M. Comby, le remède le plus sûr et le plus rapide de cette capricieuse névrose. Ces fortes doses, données à des enfants d'une dizaine d'années en moyenne, sont un peu faites pour étonner. M. Marfan les atténue d'ailleurs un peu et progresse plus lentement. Néanmoins M. Comby affirme n'avoir jamais eu d'autres accidents que quelques nausées, un peu d'embarras gastrique, une fois de la pigmentation cutanée, une fois une paralysie qui guérit. Non seulement tous les enfants guérirent, mais ils engraissaient. Il serait bon de renouveler prudemment cette médication héroïque de la chorée.
« L'action antidéperditive, calmante du système nerveux et positivement bulbaire de l'arsenic » a conduit le professeur Kexaut à y recomûr dans les cas de maladie de Basedow. Le succès a répondu à cette tentative, dont il faut rapprocher les faits curieux signalés par L. Mabille. En associant à l'iodothyrine des doses progressives de liqueur arsenicale de Fowleu (V à XV gouttes), on a pu continuer le premier de ces remèdes, sans être obligé de faire des intermittences dans le traitement, sans voir apparaître les inconvénients quelquefois assez sérieux (le la médication iodothyrienne.
g. Dermatoses. — Enfin c'est dans les affections de la peau que l'arsenic trouve le plus fréquemment son emploi. Par malheur l'abus est aussi fréquent que le succès. Pour un trop grand nombre de médecins, dermatose est équivalent à herpétisme et herpétisme est adéquat à arsenic ; partant de là, tout sujet atteint d'affections cutanées est condamné à la médication arsenicale. Or, les affections aiguës la contre-indiquent formellement, et M. Brogq en signale les inconvénients dans les psoriasis à extension rapide. Lepempidgus fait exception k cette loi ; il se trouve bien de ce remède à toutes ses périodes, à la condition expres^se (jue de botis topiques, tels que des poudres antiseptiques et non toxiques, viennent préserver le malade des innombrables causes d'infection secondaire auxquelles il est exposé.
La dermatite herpétifonne de Duhrùvj est aussi assez bien
PKÈCIS DB THÉllAPElTIQUE. I. 1^
influencée par ce remède. Mais ce sont surtout les dermatoses sèches et squameuses auxquelles il convient : à lui seul, et sans le secours d'un traitement externe il peut faire disparaître une poussée de psoriasis. C'est là d'ailleurs un fait assez rare, et en général l'intervention d'un bon traitement externe, est indispensable (bains au sublimé, pommades, traumaticines pyrogalliques ou chrysophaniques, huile de cade, etc.). Il est sûrement le meilleur remède du lichen plan associé aux pommades légèrement excitantes et antiseptiques; il est utile enfin dans les eczémas qui se prolongent parfois indéfiniment k leur période (le dessiccation; il le serait aussi dans la diathèse furonciih'use.
Dans toutes ces dermatoses, le remède est administré sous forme d'arséniate de soude ou mieux encore dacide arsénieux (pilules asiatiques) ou de liqueur de Fowler. Dans Vimpétitjo dîathcsique des enfants, M. Saint-Philippe recommande la li(|ueur de Donovax (iodure d'arsenic).
On ne ])eul fixer d'avance de dose maxima; tout ce que l'on pcnt dire, c'est (|u'il est souvent nécessaire de pousser la progression des doses jus(iu'aux premiers phénomènes de saturation de l'organisme. Arrivé k ce point, on ne cesse pas brusquement le remède, mais on redescend peu à peu aux doses initiales. 11 faudra alors interrompre la médication, l'usage incessant de l'arsenic, même en ([uantité très faible, pouvant avoir, entre autres inconvénients, celui de préparer l'économie à une accontiiinance complète et de la soustraire ainsi peu à peu aux effets utiles du médicament.
Dans le trailoment des dermatoses, il convient de surveiller de très près les effets du remède; sous son influence peuvent survenir des éruj>tions qu'un praticien non prévenu prendra pour des complications de la dermatose nuhne et j>(>ur laquelle il augmentera bien k tort les doses (hi médicament. En outre, il nrrive souvent, surloutdansle psoriasis, que les plaques malades disparaissent en laissant à leur )dace des taches pigmentaires gris de fer ou fauves, cpii ne se produisent pas. dans les cas de guérison spontanée. Lkpine a même vu des taches pigmentaires survenir sur des esjjaccs de peau iirimitivement .sains. Ces
macules sont le plus souvent de courte durée; mais on les a vues durer jusqu'à deux ans.
II. Enfin on emploie empiriquement l'arsenic avec plus ou moins de succès dan sun certain nombre d'affections où son action paraît mal expliquée. Dans le rhumatisme chronique y surtout celui qui affecte les petites jointures, Guéneau de Mussy a conseillé les bains arsenicaux, et quelle que soit l'opinion que l'on professe sur l'absorption cutanée, le résultat est souvent excellent. L'arsenic a été longtemps prescrit contre V asthme et contre V emphysime ; sa réputation d'antidjspnéique lui a valu sur ce point une popularité que le succès n'a pas justifiée. Il a été conseillé comme sédatif dans certaines affections çardio-vascu- 1 a ires ; on l'a même proclamé, mais à tort, capable de ramener à ses dimensions normales un cunu* liypcrtrophié.
5<^ Action topique. — Applitjué sur les nuiqueuses ou sur la peau dénudée , l'acide arsénieux incorporé î\ des p<Ues ou il des poudres est caustique et détermine une eschare profonde. Utilisé jadis pour la destruction des épithéliomas, il a été longtemps délaissé tant i\ raison des progrès de la chirurgie antiseptique <|ue pour les accidents que pouvait provoquer son absorption et pour l'irrégularité des cicatrices qui suivaient son emploi. Cependant on semble y revenir aujourd'hui pour les cas inopérables. Cette propriété causticpie n'est appliquée ([u'en chirurgie dentaire pour la destruction de la pulpe dentaire.
Mais comme topique, l'acide arsénieux vient de reprendre faveur. Non qu'il soit nettement antiseptique, car rien n'est plus variable que son rôle à l'égard des divers microbes. S'il (mtrave le développcjnent du bacille cholérique et des germes de la putréfaction, il en laisse vivre bien d'autres. Mais il semble produire sur les surfaces ulcérées une modification salutaix'e. ScHÛTZ l'a employé en solutions très étendues contre le lupus èrythémateuxei l'aurait guéri en onze semaines; Czeknv et Tkunecek l'ont appliqué en solutions alcool icjues contre le cancer vpithélial et en auraient obtenu de bons résultats ; en y ajoutant de l'orthoforme, Badal et Ginestous ont réussi à empêcher les douleurs très vives qui suivent ces applications. Les Jiadi-
At'séniate de strychnine, 1 /2 à 2 milligrammes en pilules.
b. Voie rectale.
Rau 56 grammes
Liqueur de Fowier 4 —
5 grammes de cette solution en lavement matin et soir.
Cette formule, due au D*" Vinay (de Lyon) et fortement préconisée par le professeur Renaut permet de donner l'arsenic à très fortes doses, sans provoquer ces dyspepsies et ces entérites qui sont les obstacles les plus sérieux à l'usage de ce médicament. Trois injections rectales de 5 centicubes sont facilement tolérées par un adulte, qui absorbe ainsi en un jour 1 gramme de liqueur de Fowler, soit 1 centigramme d'acide arsénieux. Grâce à ces petits lavements, pour lescjuels il est bon d'utiliser la seringue de CondAxMin, la dénutrition des tuberculeux, des diabétiques, des basedowiens est beaucoup plus nettement enrayée que par la plupart des autres traitements.
c. Voie hypodermique. Liqueur de Fowler pure ou diluée, préparée sans alcoolat de mélisse.
Injecter au début i/3 decenticube; puis 1/2; puis un centicube.
B. Usage externe.
a. Caustiques :
Poudre de Durcis ou de Rousseau.
Cinabre porphyrisc 16 grammes
Sang dragon 8 —
Arsenic blanc puipliyrisé 1 —
Pâte du frère Come.
Arsenic blanc 1 gramme
Cinabre 5 —
Eponge calcinée 2 —
L'usage était de diluer cette pâte dans un peu d'eau et d'en faire un magma avec une toile d'araignée, puis d'appliquer le tout sur le cancroïde.
b. Badigeonna gefi.
Solution de Schctz pour badigeoimages.
Acide arséiiieuv 1 gramme
Eau 400 à 600 —
Solution de Czkhxy et Thunegek.
Acide arsénioux 1 gramme
àà 75 —
Alcool ^ * ^ -,
' îi:i 7
Eau )
Solution de Badal et Ginestous
Acide arsénieux
Oithofi
Alcool I . - /M
Kau "'^ ^"
r, ., f. i nix X f^ramme
àà 1 gv'ù
Arséniate de cuivre. Solution à 1/100000^ ouàl/oOOOO'^. — Employée eu Angleterre et en Amérique pour injections vésicales, vaginales, et eu général pour les innaniniations catarrhales chroniques,
c. Bains arsénicaïu.
Arséniate de soude, de 2 à 10 grammes pour un bain alcalin.
d. Cigarettes arsenicales, faites avec du papier imbibé d'une solution contenant 5 centigrammes d'arséniate de soude recommandées par Trousseau contre l'asthme.
7"^ Le cacodyle. — Au mois de mai et de juin 1899, M. A. (iAUTiKH et Rexaut (de Lyon) ont fait connaître à l'Académie do Médecine les résultats obtenus pai' une nouvelle préparation arsenicale, l'acide cacodylicjue. « (^est une substance qui a l'avantage de contenir abondamment l'arsenic à l'état soluble. et sous la forme organique, et qui en mémo temps est douée d'une innocuité presque comi)lèle. La formule est As (Cil')' (). OIL 11 contient 54.3 p. 100 d'arsenic métalli(|ue, à l'état latent répondant à 72 parties d'acide arsénieux p. 100. C'est un acide faible, nullement caustique, très sobdde, non vénéneux. »
(Gautier). Il a pu être donné pendant des semaines à la dose de 0 gr. 40 à 0 gr. 80 par jour, sans aucun inconvénient. A ceux qui s'étonneraient de voir l'arsenic administré ainsi à doses formidables, A. Gautier fait observer que rien dans les chlorures ne révèle les propriétés du chlore, et que le phosphore passé à l'état de phosphates a perdu toute sa toxicité ; il en est sans doute de même de l'arsenic devenu cacodyle. Les cacodjlates de soude et de potasse présentent les mêmes caractères physiologiques que l'acide dont ils dérivent.
Ce remède peut être pris sans inconvénient par la A^oie stomacale, sauf quelques renvois à saveur alliacée ; il peut être pris par la voie rectale, ou par la voie hypodermique. Les effels les plus remarquables ont été obtenus dans la tuberculose, le diabète, la leucocythémie et les dermatoses.
Les tuberculeux présentent souvent une diminution de la fièvre, un retour marqué de l'appélit, une augmentation do poids, et si la maladie est peu avancée, une amélioration des lésions locales.
Dans le diabète, la polyurie, la glycosurie, la phosphaturie diminuent avec une rapidité extraordinaire ; corrélativement les troubles fonctionnels s'améliorent ; et les bons effets obtenus persistent longtemps après la suspension de la médication.
Les leucémiques qui recourent ti ce remède voient rapidement leur rate diminuer de volume, et leurs hématies se multiplier avec une merveilleuse activité. Leur anémie s'atténue de jour en jour, leur dyspnée et leur inappétence disparaissent ; la transformation est saisissante. Malheureusement le nombre des leucocytes ne rétrocède pas. Les observations sont encore trop peu nombreuses et trop récentes pour qu'on puisse dire s'il s*agit d'améliorations définitives ou de trêves passagères. Mais une trêve, n'est-ce pas déj{\ un grand bienfait au cours de cette impitoyable maladie ?
Au point de vue des dermatoses, M. Danlos a noté des progrès obtenus dans le psoriasis, le lichen plan généralisé^ la maladie de Duhringy Vadénie tuberculeuse et l'absence d'effet utile «lans Vacné et le mycosis fongoïde.
224 THERAPEUTIQUE DES MALADIES DE LA SUTRITION
Les préparations cacodyliques peuvent être administrées par la voie stomacale, la voie rectale ou la voie hypodermique. i^ \ l'intérieur :
Cacodylate de soude 0 gr. 02 pour une pilule.
3 à 6 pilules par jour.
Sirop de cacodylate de soude. . 0 gr. 02 par cuillerée abouche.
3 à 6 cuillerées par jour.
2^ Voie rectale.
a. Eau distillée 200 gr. ) /g^j^j^j^j^ faible
Cacodylate de soude 0,25 J ^ , „ ..
b. Eau distillée 200 gr. ) '^•' «""»"*)•
Cacodylate de soude 0,40 (solution forte).
On injecte chaque jour, avec la seringue de Condamin, b centimètres cubes de Tune de ces solutions, en suivant les indications suivantes : deux injections par jour pendant six jours, trois pendant six autres jours; repos pendant trois à cinq jours et reprise de la série.
3^ Voie hypodermique.
A. (iAUTiER recommande la formule suivante ;
Acide cacodylif[uc. 5 gr.
Saturer exactement par le carbonate de soude. Ajouter :
Chlorhydrate de cocaïne 0,08
Créosote, dissoute en 8 gr. d'alcool V gouttes.
Eau distillée bouillie q. s. p. 100 c c^
« Cette solution contient 5 centigrammes d'acide cacodylique par centimètre cube. Elle se conserve parfaitement grâce À la créosote. » Il vaut mieux préparer de moindres quantités à la (ois et enfermer chaque dose dans des ampoules scellées À la lampe ; sinon les injections, indolores au début, deviennent douloureuses, lorsque les solutions vieillissent au contact avec l'air.
(In rcinar([uera que M. A. (îautiek donne par voie hypoder-
LES EAUX MINERALES 225
inique des doses plus fortes que M. Renaut par voie rectale. Cette anomalie vient de ce que la posologie du nouveau remède n'est pas encore parfaitement établie.