ARTICLE PREMIER DES EAUX MINÉRALES EN GÉNÉRAL
Le nombre des substances chimiques renfermées dans les eaux minérales est considéra])lc ; on y trouve des gaz (oxygène, azote, acide carbonique, acide sulfhydrique), des sels (sulfures, chlorures, silicates, sulfates^ bicarbonates, arséniates), îl base d(î soude, de potasse, de cJiaux, de magnésie ou de lithine ; des métaux en quantité do.sablc quelquefois, quelquefois aussi en (juanlité infinitésimale. Le fer est le plus important et le plus vulgaire de ces composés, mais on peut rencontrer aussi de l'antimoine, de l'argent, du ])isumth, du cuivre, peut-être même du mercure. M. (iARRiciou a appelé l'attention sur l'importance chimi(jue et thérapeutique de hi présence dans les sources thermales de ces composés métalliques. Enfin, elles contiennent souvent des matières organi<(ucs azotées (acide crénicjue, acide apocréni(|ue. glairine, barégine), dont l'intérêt est considérable et (pli nous donneront peut-être un jour le secret de leurs effets l)Iiysiologiques. « (les matières contiennent toujours de l'iode lors même qu'on n'a \ni distinguer la présence de ce métalloïde
LES EAUX MINERALES 227
dans les eaux d'où elles proviennent : ainsiàNéris. » (Durand- Kardel.)
§ 1. — Glassifigatiox et composition chimique
La classification des eaux minérales a beaucoup préoccupé tous ceux qui ont tenté d'en faire une étude d'ensemble, et cela avec raison. Mais il est difficile sinon impossible de trouver à cette classification une base normale et véritablement scientilique. Si l'on s'en tient à la composition chimique^ on éprouvera une première difficulté en raison de la complexité de composition des eaux et on en éprouvera une seconde en se trouvant dans l'obligation de réunir dans une même classe des eaux à composition semblable et îi effets thérapeutiques différents. Si l'on prend pour point de départ l'action physiologique ou médicatrice, on tombe en plein chaos, les mêmes affections pouvant être traitées par les eaux les plus différentes, et inversement, des sources chimiquement comparables pouvant se montrer les unes actives, les autres indifférentes à Tégard des mêmes affections morbides. Cet embarras tient à l'insuffisance de nos connaissances chimiques d'une part, d'autre part à l'insuffisance de nos connaissances pathogéniques, la nature vraie des maladies étant plus importante au point de vue des applications thérapeutiques hydrominérales que les caractères cliniques ou îinatomo-pathologiques. 11 a donc fallu faire une sorte de compromis entre la chimie et la clinique et établir une classification quelque peu bâtarde. Dans l'état actuel de nos connaissances, on ne pouvait rien faire de mieux, et l'on s'est accordé pour accepter la division suivante, due à M. Durand-Fardel.
GLASSIFIGATIOX DES EAUX MINKRALES
i° Eaux sulfurées . . . Sodiqucs ou calciques.
2«> — chlorurées . . — sulfurées, bicarbonatées.
3" — bicarbonatée.^. Simples, clilorurées, sulfat«'es.
4» — sulfatées . . . Sodiqucs, calciques, magnésiennes.
b° — indéterminées.
G» — ferrugineuses .
• M. Garrigou supprime les eaux indéterminées et ajoute les eaux silicatées et les nitratées.
Malgré son apparence de classification chimique, cette division a en réalité une base thérapeutique : si elle tient compte de la composition des eaux, elle vise surtout les effets obtenus par le eaux sulfureuses dans les affections catarrhales, par les c hlorurées dans la scrofule, par les bicarbonatées, dans les dyspepsies, les lésions hépatiques et l'arlhritisme, par les ferrugineuses dans l'anémie. Elle est commode, si elle n est pas irréprochable, et c'est elle que nous suivrons, en laissant de côté les eaux nitratées dont l'action diurétique est encore peu étudiée, les eaux silicatées qui, malgré leurs effets utiles dans les cystites purulentes, sont encore mal connues. Nous ferons une place à part aux eaux franchement arsenicales.
§ 2. — Propriétés physiques
A côté do leurs propriétés chimiques, les eaux minérales présentent des caractères i)hysiques spéciaux dont les deux phis importants sont le degré thermique et l'électricité. Toutes les sources ne sont pas chaudes, puisque sur 382 qu'il avait étudiées Durand-Faruel en notait 287 froides (au-dessous de 20*^): mais les plus actives sont presque toujours tièdes (20** à 30®) ou chaudes (31<* à 35°) ou même très chaudes (36** à44<*). Quelquesunes même dépassent ce chiffre et arrivent à des températures tollcnient élevées (iii'clles ne peuvent être employées «ju'après mélange ou refroidissement. Qu'il s'agisse d'applications cxtenics ou internes, le degré thermique mérite toujours d'être i)ris en considération : l'eau pure chaude jouit de propriétés antiphlogisticpies indéniables, et sa chaleur même est dans certains cas l'agent le plus actif (juc ])orte en elle-même telle ou telle source. Les vajieurs qui se <Iégagent de certaines sources permettent de les utiliser directement en inhalations.
Les i)ropriélés électriques des eaux sont encore peu connues, «ontostées, au moins très disculées. (](îj>endant, après les travaux de ScoiTKTTKN, Allot, Elevv, (îahkigou, on ne saurait douter que certaines eaux thermales ne soient très chargées d*élec-
LES EAUX MINERALES 229
Iricilé. Cette influence physique, importante pour l'usage interne, Test davantage encore pour l'usage externe; car l'exposition de la surface presque entière du tégument aux courants même faibles d'un bain minéral peut impressionner d'une façon très énergique le système nerveux, provoquer de notables modifications sensitives, motrices ou trophiques, modifier même les conditions de l'absorption cutanée, et par conséquent arriver i\ des résultats thérapeutiques de la plus grande valeur. Il appartient à l'avenir de faire la lumière sur ces points.
§ 3. — Effets physiologiques et thérapeutiques
Différentes entre elles par leur composition, par leur degré thermique, par leur valeur électrique, les eaux minérales ont au point de vue thérapeutique certains effets communs, qu'elles doivent sans doute à ce qu'elles présentent à l'organisme les remèdes mieux adaptés à l'absorption que ne peuvent le faire les plus savantes combinaisons chimiques. Ces effets communs ont été rangés par Durand-Fardel sous les titres suivants : résolutifs, reconstituants, sédatifs, substitutifs et altérants.
La plupart des eaux sont dnirétiques, plusieurs sont laxativcs et cholagogues ; plusieurs aussi sont sudorificiues, soit paj* ellesmêmes, soit par suite de la manière dont elles sont employées. L'accroissement d'activité de tous les émonctoires est un des premiers résultats et un des plus apparents : comme corollaire de ces phénomènes, on voit survenir la diminution, la disparition de ce que les anciens appelaient l'engorgement ou l'obstruction des viscères, de ce que nous appelons aujourd'hui l'hypertrophie, la congestion ou Tinflammation chroniques du foie, do la rate, des reins, des articulations, etc. C'est hï une action éminemment résolutive.
L'action reconstituante suit celle-ci de près; à mesure que les viscères se décongestionnent, leurs fonctions s'accomplissent mieux et plus facilement. Débarrassé par un rein plus actif des déchets de la nutrition, le sang plus généreux assure la nutrition plus régulière du système nerveux et de l'appareil locomoteur.
L'exercice est plus facile et plus agréable, l'appétit plus régulier, les forces reviennent. L'effet sédatif est quelquefois des plus remarquables ; mais il est peut-être moins constant. Si, dans bien des cas, l'usage approprié d'une source thermale calme les névralgies, apaise les douleurs articulaires, endort les obsessions et les phobies des neurasthéniques, le résultat inverse s'observe aussi trop souvent : et il n'est pas exceptionnel de voir revenir avec des excitations morales, intellectuelles, sensitives ou autres, des malades qu'on avait envoyés h une station pour qu'ils y trouvent le calme et la paix. Ces échecs thérapeutiques peuvent tenir soit îl une prescription intempestive, soit à un abus thérapeutique, soit à des affections intercurrentes qui ont gravement modifié l'impressionnabilité de l'organisme.
11 arrive souvent que, sous l'influence du traitement hydrominéral, telle affection cutanée, pulmonaire ou articulaire, subit une aggravation momentanée : les douleurs sont plus vives, les signes stéthoscopiques plus étendus, la dermatose plus humide. Puis, le traitement étant continué, cet orage s'apaise et le malade se trouve bientôt mieux qu'avant le début du traitement. C'est là ce qu'on a nommé l'action sul)stitutive : à l'indammation chronique l'eau minérale a substitué une inflammation aiguë ou subaiguë de meilleure nature, capable d'évoluer plus franchement vers la guérison et en effet, (juand cette phlegmasie provo(iuée disparaît, elle ne laisse pas après elle ces reliquats, qui sont la caractéristifiue de l'inflaminalion chronique, et le malade Jx'uéiicio de cette lieureuse substitution. Il s'est passé à peu près (•«' ({ni se passe dans une plaie virulente bien cautérisée : la plaie vivement euflanimée semble d'abord dans une situation pire que la première : mais comme le virus est détruit, la guérison survient dd^^ ce moment sansdiflicultè. — Cette propriété substitutive ne s'exerce i)as seulement sur les organes nuUades; elle se fait sentir sur les organes sains. Uien de fréquent comme d'observer chez les malades vers la fin du premier seplènaire de l(Mir traitement, des congestions à la tête ou à la poitrine, de la iièvnî. parfois même des hènioplysies. Cette /fcnr, cette poussée tlwrniatcs. plus fréquentes peut-être aux eaux sulfureuses, ne sont étrangères à aucune station ; elles relèvent delà
LES EAUX MINÉRALES â31
propriété qu'ont ces remèdes de congestionner plus ou moins tous les organes; elles doivent être sinon redoutées, au moins surveillées par les médecins hydrologistes. 11 serait intéressant de savoir quelle part il faut faire à l'organisme malade dans la pathogénie de ces phénomènes. Tous les sujets ne les présentent pas; quelques-uns seuls y sont exposés. Serait-ce là le critérium de tel ou tel tempérament ou de telle ou telle infection, de même que la réaction fébrile après l'injection de tuberculine indique la présence d'un foyer tuberculeux chez l'animal en observation "? La question n'a pas, que je sache, été encore résolue.
Enfin l'action altérante, qu'il vaudrait mieux certainement appeler l'action dynamique ou trophique, est la plus importante, quelquefois la plus insaisissable, quelquefois aussi la plus manifeste de toutes celles que comporte l'hydrothérapie. Un malade a fait une cure minérale : il n'a d'abord rien ressenti et a quitté la station assez mécontent, et emportant ce vague espoir que l'effet des eaux se ferait sentir plus tard. Il n'y croit peut-être guère, mais cependant il constate que ses névralgies reviennent moins souvent, que ses digestions s'opèrent mieux, que son teint est moins bilieux, que ses bronches sont moins susceptibles, que sa tendance aux douleurs rhumatoïdcs a diminué. Son tempérament n'a peut-être pas tout à fiiit changé, mais il a été sûrement modifié : c'est cette modification quinumifcste l'action altérante de l'eau minérale. Gomme l'a établi Bouchaki), le tempérament est la mesure de l'activité de nos échanges organiques intimes. Grâce à l'infinie complexité de la chimie de la cellule vivante, les déviations du tempérament en dehors de son type normal idéal peuvent aboutir soit à une diathèse connue, soit «i une de ces formes mixtes, qui sont les plus nombreuses et que nous ne savons pas encore définir. « Chacun se porte bien à sa manière, et, ce qui nous intéresse surtout, est malade à sa manière et ressent à sa manière les atteintes que les agents extérieurs lui font subir, à titre pathologique ou traumatique, ou encore les troubles dont les causes extérieures nous échappent et qui semblent procéder d'une action spontanée. » Eh bien! ces tempéraments si divers sont altérés par les eaux
minérales ; le taux de l'activité organique est modifié, quelquefois passagèrement, quelquefois pour longtemps, quelquefois pour toujours : c'est là certainement un des résultats les plus importants d'une cure thermale, mais il faut savoir que ce résultat n'est pas constant, qu'il peut être obtenu dans un sens favorable, mais parfois aussi dans un sens défavorable, et, par conséquent, il faut bien connaître les indications et les contreindications des sources minérales en général et en particulier.
iî 4. — Indications et contre-indications générales DES trvitements hvduominéuaux
Les malades qu'il convient d'envoyer aux eaux minérales sont atteints d'affections diatliésiques ouprésentent des séquelles de maladies' aiguës. Ils sont arthritiques, scrofuleux ou rhumatisants et peuvent être soumis il une cure thermale soit pom* modifier leur diathéso elle-même, soit pour combattre spécialement une manifestation importante de cette diathèse. Par exemple, un migraineux avec dyspe[)sio intermittente, légère congestion du foie, teint bilieux , hémorrroïdes, etc., i>orteur d'accidents arthritiques multiples dont aucun n'est pourtant très grave, sera <lans son ensemble amélioré par une saison à Vichy ; tel autre, dont la même diathèse se révélera uniquement i^ar la gravelle hépatique, sera guéri à la même station. La tendance aux formations calculeuses est une de celles (jue combattent le plus efficacement les praticjues hydrologi(iues. Le diabète, l'obésité, le ihunuitisme chronique, les affections ca ta rrhales des diverses nnuiueuses , l'anémie, la scrofule avec ses localisations ganglionnaires ou osseuses, les diverses dermatoses sont les meilleurs tributaires de ce mode de traiteni(»nt. La tuberculose par elle-même semble réfractaire A leur action ; mais elle peut être (pielquefois indirectement combattue par l'amélioration du terrain qui en a recula funeste semence: elle j)eutêtre quelquefois aggravée par les congestions «pii accompagnent une cure thermale, de telle façon (pie le problème de l'envoi d'un tuberculeux aux eaux minérales est un des plus délicats qui puissent se jioser dans la nu^decine pratique.
LES EAUX MINERALES 233
Les séquelles des infections aiguës peuvent aussi disparaître sous l'influence d'un traitement thermal : pneumonies à résolution insuffisante, pharyngites et laryngites à répétition, congestions chroniques du foie, engorgements viscéraux succédant aux pyrexies et en particulier à l'infection palustre, et surtout inflammations chroniques de Tutérus et de ses annexes ; voil{\ les principaux exemples que l'on peut citer de suites d'affections aiguës, dont la guérison incomplète empoisonne la vie des malades et dont la disparition est un des plus grands et des plus visibles bienfaits d'une cure thermale.
Le choix du moment où le malade ira faire sa cure est d'une importance capitale. La fièvre, la marche aiguë et rapide de l'affection , l'extension progressive des lésions imposent formellement un sui*sis : c'est seulement dans les périodes de calme, dans les phases torpides que la cure doit être conseillée. C'est qu'en effet, fièvre, acuité des symptômes, développement rapide des lésions relèvent en général d'un état infectieux. Or, les eaux minérales ne combattent pas les infections, elles modifient seulement le terrain; et l'expérience nous apprend que ces traitements modificateurs appliqués à un organisme en lutte active avec une infection ont presque toujours une influence fâcheuse. On écartera donc des sources thermales les malades atteints de maladies aiguës ou ceux qui, atteints de maladies chroniques sont sous le coup d'une complicîition aiguë, et l'on attendra au moins trois ou quatre semaines après la disparition de ces accidents avant de leur permettre ou de leur prescrire ce traitement.
La disposition aux hémoplysies est une contre-indication de même nature et aussi formelle.
Les lésions cardiaques ont été longtemps considérées comme des contre-indications absolues, on revient un peu de cet exclusivisme. Sans doute une lésion valvulaire mal compensée, une myocardite avancée s'opposent nettement à une cure thermale, et surtout aux douches et aux bains minéraux. Mais une lésion bien compensée peut permettre dans une certaine mesure des applications locales et limitées d'eaux ou de boues, ou l'usage interne de certaines sources. Quoi qu'il en soit, on se rappellera
que le cardiaque, l'aorlique surtout, est un sujet dont on ne peut prévoir les réactions, que le myocarde a des défaillances inexplicables, que le système vaso-moteur dé ces malades est mal réglé dans son fonctionnement, et que plus d'un cas de mort subite ou rapide a été signalé chez des malades de cette catégorie inopportunément soumis ù, un traitement hydrominéral.
Les névroses se trouvent souvent bien des eaux ; les lésions organiques (hémorragie cérébrale, ramollissement, tumeurs, etc.) souvent s'en trouvent mal, sauf dans certaines stations qui semblent avoir il leur endroit une efficacité particulière. Ce point doit être étudié pour chaque catégorie de sources. Pour ces maladies, comme pour les cardiopathies, il faut d'ailleurs distinguer l'usage interne des eaux qui est assez facilement toléré, de leur application toujours plus délicate sous forme de bains, de douches, de bains de vapeur.
Enfin la dernière conlre-indication, celle qui doit toujours être présente ù l'esprit du praticien, c'est le degré trop avancé de la (légènérescencc des organes. Quand les épithéliums glandulaires ou parenchyniateux ont perdu leiu* structure normale, (|uandla sclérose les envahit et les bouleverse, quand le système vaso-moteur a perdu son é<iuilibre, il devient alors inutile et même dangereux de soumettre le malade aux excitations du traitement thormal. L'organisme ne réagit plus; le rein n'élimine pas ou élimine lentement les substances médicamenteuses (pii circulent indéfiniment dans le sang, à l'état de toxiques, et llnaleincnt la mort survient. Le i)rogrès de ces dégénérescences accentué d'une année à l'autre expUipie en partie comment deux saisons consécutives faites par le même malade h la même station ont souvent des résultats bien dilîérents, la première ayant été favorable, et la seconde désastreuse. 11 ne faut donc pas se fier à une amélioration précédente pour renvoyer indéfiniment un snjet î\ une station : mais cluupie fois il faudra s'assurer ])ar un examen physique et fonctionnel complet, par l'étude précise de la sécrétion urina ire, que le bilan de l'économie est encore assez bon. (piil est susceptible de s'améliorer et ([ue la baufiueroute n'est pas fatale. La décision est quelquefois
LES EAUX MINERALES 235
fort délicate et ne peut être opportunément prise que par dos jn'aticiens pleins d'expérience.
§ 5. — La métalloscopie et le chol\ d'une source minérale
Les effets communs et généraux des eaux minérales, leurs indications et leurs contre -indications générales doivent être bien connus des médecins; ils ne suffisent pas; car en présence d'un cas déterminé, telle station sera utile, telle autre nuisible, ces résultats étant en rapport avec les effets spéciaux de chaque source et la manière spéciale dont chaque source agit sur les différentes diathèses. Le vulgaire croit qu'î\ une maladie déterminée correspond une eau minérale également déterminée : sous cette formule étroite et exclusive, cette opinion est exagérée et fausse. Mais on ne saurait contester à certaines eaux une influence spéciale sur certaius organes, et sans aller jusqu'à la spécificité thérapeutique absolue, il faut bien accepter que les eaux semblent adaptées au traitement soit de telles ou telles lésions organiques, soit de telles ou telles maladies constitutionnelles.
La métalloscopie et la métalluthérapie, adaptées par M. Gar- RiGOU aux traitements hydrologiques, ont constitué dans ces dernières années une innovation des plus heureuse. On sait quelle est sur ces deux premiers points la découverte de Burq : dans certaines névroses, peut-être dans certaines anémies, l'application de métaux à la surface tégumentaire (or, argent, cuivre, zinc, etc.) détermine des modifications sensitives, thermiques ou vaso-motrices relativement faciles à constater (hjperesthésie, transferts, érythèmes, liyperthermies locales). Chaque malade n'est sensible qu'à un ou deux métaux, le contact des autres étant absolument indifférent. Lorsqu'un métal appliqué sur la peau détermine chez im sujet des modifications favorables, les sels de ce même métal administrés à l'intérieur, même à très faibles doses, amènent de semblables modifications et améliorent ou même guérissent toute une série de phénomènes pathologiques d'ordre névropathique ou anémique. Rapprochant
ces données si curieuses de la présence de métaux dans les eaux minérales, M. Garrigou a soumis un grand nombre de malades à des examens métalloscopiques, et ayant reconnu à quels métaux ils étaient sensibles, leur a prescrit l'usage des eaux dans les- ({uelles l'analyse chimique avait révélé la présence de ces mêmes métaux. Quelle que soit la théorie, l'épreuve clinique semble concluante et ces travaux élargissent le champ d'action déjti si étendu des eaux minérales.
§ 6. — Moyens d'application des eaux minérales
A part la voie hypodermique et intraveineuse, les eaux minérales s'appliquent aux malades de la même manière et de toutes les manières (lue l'on appli(iue les autres médicaments.
L'usnge interne, l'emploi des eaux en boisson, est certainement le plus répandu; il convient particulièrement aux sources (louées de propriétés thérapeutiques spéciales et énergiques (Eaux-Bonnes, Vichy, Contrexéville), dont on n'a nul besoin d'amplifier les effets i)ar des artifices d'administration. Le dosage varie suivant les stations. Les eaux, à moins qu'on n'ait des raisons d'agir directtement sur l'estomac, sont prises à jeun le matin, à doses fractionnées; on ])eut on reprendre l'aprèsmidi, mais à bonne distance des repas.
La voie rectale est assez rarement utilisée, sauf dans quelques cas spéciaux (traitement <le Bergeon dans la tuberculose pulmonaire) ou sous forme de «louches ascendantes, Iors«pi'on recherche phitôt un olTct mécani«pie (pie médicamenteux.
L'injection vaginale simple ou cojn])in(''e avec le bain est d'une prati((ue courante dans beaucoup de stations réputées bonnes pour le traitement des affections utérines.
Les inhalations, pulvérisations, humages, irrigations des cavités nasales et pharyngiennes sont ai)i)h*(iués avec de grands avantages au traitement local des affections do roii régions ou d'une fat^on générale des voies respiratoires.
Mais en dehors de l'usage interne, dont l'importance est 'lucbpiefois trop ouldiée, le grand modo d'usage des eaux miné-