LES EAUX MINÉRALES
raies, c'est l'application ti la surface légumentaire sous forme de bains locaux ou généraux, de douches locales ou générales. L'excitation de la peau, les réactions vaso-motrices qu'elle provoque sont, pom' plusieurs médecins, la seule raison des effets thérapeutiques obtenus; beaucoup d'autres croient, avec raison, à notre avis, cjue l'absorption cutanée permet l'introduction dans l'économie de quelques-uns des principes médicamenteux contenus dans les eaux et constitue un élément capital de l'action des bains et des douches minéraux. Les douches peuvent être données avec toutes les variétés que comporte l'hydrothérapie ordinaire (froides ou chaudes, en jet simple ou brisé, en pluie, écossaises, etc.). Les bains sont pris dans des baignoires ou des piscines, ces dernières permettant le mouvement ou même la natation; l'immersion du malade peut y être prolongée bien au delà de la durée d'un ])ain ordinaire (qiuitre, six, huit heures même, dans certaines cures). En recueillant les gaz (jui s'échappent des sources, CO- en particulier, on peut donner (les bains gazeux, dont les effets excitants et sédatifs sont très curieux ; l'éruption de certaines sources chaudes dans des terres sablonneuses a donné l'idée de plonger les malades dans ces bouc8 ou de les leur appliquer sur les membres (illutation partielle), pratique qui a produit d'excellents résultats dans le rhumatisme chronique (Dax, Barbotan).
Les malades qu'on envoie aux eaux sont très souvent des nerveux ou des surmenés. La suspension des préoccupations professionnelles, le repos intellectuel, le régime plus régulièrement suivi, le changement d'air constituent des conditions hygiéniques excellentes', dont Tinfluence s'ajoute à celle des sources. Quelques sceptiques ont voulu faire jouer à ces circonstances le rôle le plus important : c'est une malsaine exagération. Mais il est certain (juc le repos pendant et après une cure thermale est une condition indispensable au succès.
« Ainsi les eaux minérales nous offrent trois ordres de moyens thérapeutiques : ce sont : le médicament, constitué par l'eau minérale; les modes d'administration du traitement que l'on l)eut comprendi'e sous la dénomination de moyens baindolhcnt-
piques; enfin les conditions hygiéniques qui s*y rencontrent. » (Dl'rand-Pardel.)
§ 7; — Des kaix minérales transportées
<]cs eaux puisées à leurs sources et transportées au loin peuvent-elles rendre encore des services? La question a été controversée. Elles perdent par le transport leurs propriétés thermiques, électricjues et subissent souvent des altérations partielles i{\x\ les dépouillent d'une partie de leurs caractères chimiques. Entre leur usage à la source même et leur usage au loin, il y a pour ainsi dire la même différence qu'entre celui d'un fruit Irais et celui d'un fruit conservé. Néanmoins il ne faut pas dénier à ces eaux transportées toute valem* thérapeuti.]iie. Les eaux alcalines restent diurétiques; les eaux chlorurées, résolutives; les eaux sulfureuses, anticatarrhales. Mais, malgré le soin qu'on peut mettre à les recueillir et à les transporter ascptiqucnieiit, jiialgré certains artifices, tels que le chauffage au i)ain-marie par les<iuels on essaie de les ramener à leur état natif, leurs effets sont toujours moins brillants que ceux «iu'on peut obtenir aux sources mêmes.
AKTICLK II DES EAl X MLXKKALES EN PAUTlCl'LIEH
En étudiant l'îiction spéciale de chafiue classe de sources, on retrouve de la façon la plus manifeste l'action particulière des médicaments «pii y sont contenus, l'ne eau minérale produit les effets cpie produirait le médicament ([u'elle renferme, si cette substance était administrée dans une iiréparation pharmaceuli<|ue, mais elle les produit avec les modifications, avec l'intensité, avec lactivité ([ui résultent de toutes les circonstances qui viennent d'être passées en revue; elle les pro(biit associés aux effets des substances parfois très nombreuses (jui entrent dans sa composition. Et comme cette composition varie non seule-
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ment d'une station à une autre, mais d'une source à une autre, chaque eau a ses propriétés et ses indications particulières.
§ i. — Les eaux sulfureuses
Les eaux sulfureuses ou sulfurées forment une des classes les plus importantes. Les sulfurées sodiques se caractérisent par la présence du monosulfure de sodium. Ce corps éminemment altérable, produit facilement des polysulfures, puis des précipités de soufre qui donnent aux eaux un aspect d'émulsion (blanchiment). Quelquefois même ces décompositions chimiques spontanées aboutissent à la formation de sulfites. Les eaux ne dégagent plus alors d'acide sulfliydrique [sulfureuses -dégénérées). Ces sources sont presque spéciales aux Pyrénées. Celles que l'on trouve ailleurs sont plutôt sulfurées-calciques; elles contiennent îPS, en plus grande quantité que les précédentes et aussi des hyposulfites. Il semble que leur sulfuration, au lieu d'être attribuable à une combinaison des éléments dans la roche primitive, soit secondaire et due à la décomposition d'eaux simplement sulfatées à l'origine et portées au contact de matières orgamiques « en putréfaction ou en décomposition, en général des tourbes ».
Le dosage en soufre des eaux naturelles a été fait maintes fois; il est des plus restreints (à Luchon, 30 à 55 milligrammes; à Eaux-Bonnes, 2t milligrammes par litre). Cette faible proportion suffit pour leur donner à un très haut degré le caractère des médicaments sulfureux : action pour ainsi dire en surface, modification des sécrétions catarrhales. De h\ leur emploi dans les bronchites chroniques où leur efficacité est incontestable (Ax, Luchon, Cauterets, Barèges, Cadéac, Eaux-Bonnes). Dans la phtisie pulmonaire, leur application a donné lieu à de longues «•ontro verses, et on ne sauroit mieux faire que de répéter à ce sujet les opinions de Pmoux : conservation d'un certain degré d'embonpoint, limitation de la tuberculose h un seul poumon, intégrité des fonctions digestives, conservation de l'appétit, absence de diarrhées, antécédents arthritiques ou herpétiques, coexistence d'asthme ou d'emphysème, telles sont, d'après lui,
les meilleures conditions dans lesquelles un tuberculeux peut recourir aux eaux sulfureuses, aux Eaux-Bonnes en particulier. A ces conditions ou peut ajouter une constitution lymphatique ou scrofuleuse, le ralentissement de la nutrition. La présence dans les crachats de nombreux streptocoques, leur prédominance marquée sur le bacille de Koch sont des circonstances favorables.
En 4886, M. Bergeon a eu l'idée de traiter la phtisie pulmonaire par des lavements gazeux, chargés de l'acide sulfliydrique emprunté aux eaux minérales des Eaux-Bonnes, ChaUes. Saint-Honoré et en particulier Allevard. 11 s'appuyait d'une part sur la facile absorption de H-S par le rectum et sa facile élimination par la surface repiratoire: d'autre part, sur les expériences de MM. Niepge et Pilatte, établissant l'action microbicide de ce gaz sur le bacille de Koch. La technique consistait à faire passer (jualreà cinq litres d'acide carbonique à travers une demi-houleiUe d'eau minérale; CO^ entraînant H*S, les deux gaz pénètrent enseml)le et lentement dans le rectum. Ce traitoment, ([ui avait dunné de grandes espérances, est à peu près délaissé.
Pour les lanjnf/itesfjlanduleusc!^, pour les fatigues vocales professionnelles, Cauterets (source de La liniilere) conserve une réputation des plus justifiées. Si le bacille de Koch a envahi le larynx, beaucoup de bons esprits jieuscnt ([u'il est plus sage de s'abstenir.
A Luchun, à Barèges. on peut voir s'améliorer un grand nombre de dermatosea (pityriasis capitis, eczéma chronique, eczéma séborréiipie. acné iiilaire), en tenant compte, au point de vue des indications, de ce qui a été dit ù propos du soufre.
Les affections des voies digestives relèvent à im moindre degré des eaux sulfureuses: cependant" les di/spepsies qui alternent avec des poussées cutanées ou avec les accès de dyspnée pseudo-asthmatique si frétiuents rhoz les emphysémateux sont bien traitées [mv elles, en i*articulier à (lauterets(MAi'Hoi'RAT).
Les affections utérines, ajirès leur période dacuité, qimnd elles en sont rétluiles à ces reliquats d'inllammalion qui rendent si
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pénible la vie de tant de pauvres femmes, sont quelquefois merveilleusement améliorées parles eaux sulfureuses (Barèges, Ax, Luchon, etc.), surtout par Saint-Sauveur et par la source de Petit-Saint-Sauveur à Gauterets. La faible thermalité (34") des eaux de Saint-Sauveur est un obstacle à leur emploi chez les malades sensibles au froid, circonstance regrettable, car leur action élective sur la muqueuse utérine se marque dès le début de leur emploi par un écoulement hydrorrhéique tout particulier, et plus tard par le dégonflement de la matrice et de ses annexes, la régularisation des fonctions menstruelles, et souvent par la disparition de la stérilité. Dans ces maladies les eaux sont naturellement employées en bains, douches et injections vaginales. La source de Hontalade à Saint-Sauveur a été utilisée à l'intérieur avec quelque succès dans les blennorrhccs chroniques et dans certains troubles fonctionnels vésicaux.
Le rhumatisme chronique, les névralgies rhumatismales rebelles trouvent parfois leur unique remède, palliatif ou même curatif, dans le traitement hydrominéral sulfureux, sous forme de douches ou de bains, associé au massage, aux mouvements artificiels et d'une façon générale à toutes les pratiques de la kinésithérapie. Sans qu'on puisse en connaître la raison vraie, certaines sources dans la même station ont une influence sédative, les autres une influence excitante : il appartient aux médecins hydrologistes de régler leurs prescriptions suivant l'atonie ou l'éréthisme du sujet, l'état subaigu ou franchement chronique de la maladie. Eaux-Chaudes, Luchon, Cauterets, Barèges, Ax dans les Pyrénées, Aix en Savoie sont les plus renommées. A rùté du rhumatisme franc les vieilles arthrites mal guéries des scrofuleux adultes se trouvent aussi bien des eaux sulfureuses que celles des jeunes sujets se trouvent bien des eaux chlorurées.
Les sulfureux sont absolument inappropriés au traitement de la goutte. Le seul cas où on pourrait les. utiliser (Pidoux) est celui où l'on aurait intérêt à reconstituer la goutte chez un sujet c\ manifestations viscérales graves, en lui donnant un tempérament sanguin factice. Pareille épreuve n'est pas d'ailleurs sans danger.
PRÉCIS DE THÉRAPEUTIQCE. I. 14
Eniln ces mêmes eaux oui été conseillées dans le traitement de la syphilis. Lem* utilité vient non point d'une action directe sur l'infection, mais de leurs vertus reconstituantes et de l'activité qu'elles impriment à l'élimination du mercure ou de tout autre métal. Cette dernière propriété peut du reste être recherchée dans tous les empoisonnements métalliques. Mais la réputation des eaux sulfureuses dans la syphilis vient surtout de la valeur qu'on leur a attribuée conmie médicament iVépreuve. En excitant les fonctions cutanées, elles ramènent souvent l'apparition de syphilides chez un sujet qui se croyait guéri. De là la pensée que si, après un traitement sulfureux éncrgicjue,. aucun accident syphilitique ne survient, c'est que la vérole est bien réellement guérie. Jullien, dont l'opinion s'appuie sur un grand nombre d'observations consciencieuses, accepte cette opinion,, mais avec force réserves et en rappelant qu'une sulfuration intensive a parfois réveillé la diathèse endormie au [loiiil d'amener des accidents tertiaires graves. Ces quelques considérations montrent combien est délicat le iiumicnicut du traitement sulfureux dans la syphilis.
vî 2. — Les eaux chlorurées sodiques
L'importance du chlorure de sodium dans l'économie peut faire prévoir l'importance de l'action des eaux chlonurées. Toutes celles-ci sont chlorurées sodifuies: le chlorure de magnésium se reurontro cxrcjdionnclleuu^nt dans quelques eaux connue Chàlel-iiuyon. (|ui seront examinées à part.
1/incertitude qui rèjrne au sujet de l'absorption cutanée laisse une grande obscurité sur le méranisnie de leur action. Celle-ci. depuis longtemps connue en Allemagne, plus récemment étudiée en France au point d(\ vue rliniqut\ a et»'» de la part de MM. HoBiN et (iAi'LV l'objet des études idiysiologiques les plus comjdètes. D'ajn'ès ces observateurs, les bains chhu'urés augmentent toujours les érbanges azotés et réliniination des chlorures, mais leur elïel varie sur la désassimilation des organes riches en i^hosidiore, suivant la dose enqdoyée. I.es bains do Salies (lie Déarn) au quart-sel acrroissenl légèrement cette
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désassimilation, ceux au demi-sel ou au pur-sel la diminuent. Les effets sur la tension ai'tcrielle et la sécrétion urinaire varient également. A noter enfin la persistance de ces effets «assez longtemps après la cessation des bains, même l'augmentation des chlorures urinaires, ce qui se comprend difficilement sans une absorption de NaCl.
Les eaux chlorurées sodiques sourdent en général du sein des vastes nappes de sel gemme que l'on rencontre dans diverses régions de la France ou de l'étranger (Salies de Béarn, Briscous, Balaruc, Salies du Salât, Salins du Jura, Salins-Moutiers, Boiu'bon-Lancy, Creuznach, Kissingen, Niederbronn, Naulieim, Wiesbaden). Contrairement aux eaux sulfureuses, elles se font remarquer parleur énorme richesse en éléments minéraux. Les chiffres de NaCl sont de 10, 20, 30, 50 grammes par litre et atteignent à Salies de Béarn jusqu'à 229 grammes. Quelquesunes de ces sources sont gazeuses, ce qui permet leur utilisation à l'intérieur, à la dose de 30 à 40 grammes par jour ; mais elles sont surtout employées à l'extérieur (bains, douches, compresses).
Après l'extraction du sel par évapora tion, au point de vue industriel, le résidu liquide connu sous le nom d'eaux-méres renferme encore beaucoup de chlorure de sodium, mais il contient en outre tous les éléments minéraux autres que le sel marin. Ces eaux-mères ont donc une composition chimique et par suite une action toute différente des eaux naturelles; elles sont souvent assez riches en iodures et en bromures * et ont de ce chef des effets résolutifs et sédatifs importants. Avec les eaux chlorurées, il faut citer à part, Veau de mer (chlorures et bromures, 86 p. 1000), à salaison si riche et si constante, riche aussi en magnésie. Leur composition permettrait et permet en effet souvent de les utiliser comme les eaux minérales ; mais il faut alors les prendi'e sous forme de bains chauds et prolongés, comme dans les stations sous-nommées. Or ce que Ton pratique habituellement aux bains de mer, c'est le l)ain froid et court ; ce
* L'cau-mère de Salies {de Béarn) contient par exemple 12 grammes de bromure de magnésium par litre (Garrigou).
que l'on recherche, c'est l'action hydrothérapique révulsive; ces J)ains dans l'eau agitée de l'océan ou dans l'eau calme des bassins (Àrcachon) ont une action puissante ; combinant leur influence à celles de l'air même tout imprégné de particules salines, à la pureté de cet air, à l'égalité de température que Ton trouve sur le littoral, ils sont des reconstituants excellents, mais ([ui ne conviennent pas toujours exactement aux mêmes casque les sources jaillissant des nappes de sel gemme.
J^a chlorose et les anémies en général se trouvent bien des eaux chlorurées : l'importance de NaCl dans la nutrition générale explique suffisamment le rôle reconstituant de ces eaux. Mais leur véritable indication est la scrofule sous toutes ses formes et surtout sous ses formes ganglionnaires et osseuses, liCs enfants débiles, pAles, à lèvres épaisses, dont les ganglions cervicaux sont engorgés ou même ouverts et fistuleux, reviennent admirablement améliorés, fortifiés, guéris, d'une saison aux eaux chlorurées. Les Irailemenls salins doivent chez eux être multijdiés et prolongés, et le chilîre populaire de vingt et un jours est réellement iusuffisantdans ces cas. Les maux de Pott guéris, les coxalgics arrivaut à la période d'ankylose sont tributaires des mêmes stations. J^es candidats à la tuberculose, les sujets atteints de tul)erculoses locales pauvres en bacilles sont donc les clients naturels de ces sources. En est-il de même de ceux dont le poumon est envahi à son tour par la tuberculose? Peutêtre oui, s'il s'agit d'un enfant avec une tuberculose plutôt pleurale que pulmonaire, à marche lente; mais non, s'il s'agit d'un adulte à tuberculose pulmonaire franche. Les eaux chlorurées ne lui feront pas de jnal si elles sont apjiliciuées avec discernement, mais elles ne lui feront pas de bien, l/addnopathie trachêo-bronchiquc est améliorée au contraire comme les adénopa- Ihies cervicales, mais avec moins de rajiidité.
Les dermatoses ne se trouvent bien en général ni des eaux chlorurées, surtout si leur minéralisation est forte, ni des bains ik^ mer. Sans doute chez un sujet très débilité et à dermatose d'ordre nettement strumenx, le sel agira bien sur l'état général cl par contre-coup sur l'état local. Mais, dans bien des cas, le prurit est excité i>aji' ces eaux et le traitement salin est le point
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(le départ chez quelques herpétiques d'éruption généralisées, aiguës, intenses et rebelles. On peut en dire autant du rhumatisme : les bains de mer lui sont souvent funestes; les bains salés chauds agissent plutôt par leur température que par leur salure (Bourbon-Lancy, Bourbonne, etc.).
Les lésions utérines ont été souvent traitées par les eaux chlorurées. L'amémorrhée des jeunes filles s'y trouve souvent très bien améliorée. Mais la véritable indication, ce sont les reliquats d'inflammation utérine ou annexielle. Seulement le médecin doit user ici de la plus extrême prudence : prescrites à propos, les eaux salées peuvent amener la disparition définitive des indurations périutérincs qui sont la source de tant d'ennuis; mais prescrites alors que l'état aigu n'est pas encore éteint, administrées avec trop d'intensité, ou chez des femmes ([ui ne veulent renoncer pendant leur traitement ni à leurs plaisirs mondains, ni à leurs fatigues sexuelles, elles peuvent ramener une poussée aiguë, et le traitement se termine par une péritonite partielle ou générale. C'est une arme iX deux tranchants qu'il faut savoir manier avec habileté.
Dans le traitement des fibromes utérins, les eaux de Salies de Béarn ont acquis depuis quelques années une légitime notoriété. 11 est certain qu'elles modèrent la tendance aux hémorragies qui sont une des complications les plus redoutables de ces lésions, qu'elles amènent, sinon la diminution réelle, au jnoins le dégonflement de ces néoplasmes et permettent à bien des femmes d'atteindre la ménopause au delù. de laquelle les fibromes utérins cessent généralement d'être dangereux. Plus d'une ma lad o doit à l'usage régulier de ces eaux le bénéfice d'avoir évité une opération toujours périlleuse et d'avoir conservé dans son entier l'appareil génital, circonstance doublement heureuse au point de vue physiologie lue et psychique.
Les paralysies (Voriijine cérébrale sont souvent envoyées aux eaux de Balaruc, qui, outre leur qualité de chlorurée sodique. sont légèrement laxatives. Les effets obtenus justifient cette notoriété. Les sources plus fortement salées peuvent être appli- «[uées au traitement des mêmes affections, mais à la condition de les mitiger par de larges mélanges d'eaux douces et de n'y
envoyer que les malades déjà éloignés de leur ictus apoplecli(iuc et chez lesquels le processus réparateur est épuisé.
§ 3. — Les eaux arsenicales
Parmi les eaux chlorurées sodiques, les eaux arsenicales, en particulier celles de La Bourboule, méritent une mention spéciale. Gomme chlorurées, elles agissent sur le Ijmphatisme, la scrofule, les engorgements ganglionnaires, et si les récents succès (les grandes sources purement salines les ont reléguées au second plan, à ce point de vue, leur efficacité dans ces maladies n'en existe pas moins. Mais elles doivent à leur teneur en arsenic une influence toute particulière dans les dermatoses (La Bourboule, arséniate de soude, 06^0•28; le Mont-Dore, Ob^OOOQ; Royat, traces; Saint-Nectaire, traces); les éruptions prurigineuses, la maladie de Duhring, même le prurigo de Hebra y sont grandement soulagés; les affections squameuses et ichtyosiques y sont améliorées; les récidives du psoriasis y deviennent ])cul-étre plus espacées; le pemphigus y trouve une de ses chances de guérison. Contre toutes ces affections, Teau est administrée en boissons, et surtout en bains et en bains prolongés.
L'action eupnéique de l'arsenic a fait recourir à ces eaux dans Vasthme et dans la phtisie j)ulmonaire. A ce point de vue, Ja Bourboule est plus tonique et reconstituant, le Mont-Dore îivcc son système d'inhalations est plus sédatif pour les asthmati(iues et les emphysémateux. Leurs indications et leurs contre-indications (bms ces cas sont à peu i)rès les mêmes (jue celles des eaux sulfurées, et les auteurs les plus compétents restent un peu hésitants quand il s'agit de classer d'un côté les cas ([ui relèvent des unes et ceux qui relèvent des autres.
Le Mont-Dore paraît bon pour les dyspnées en rapport avec des lésions du naso-pharynx ; la Bourboule a été vantée contre le diabète, Uoyal semble utile i)0ur les petits diabètes arthritiques avec légère albuminurie et agit excellemment contre ces rhumatismes des petites jointures dans lesquels Guk-
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NEAU DE Ml'ssy aimait à prescrire les bains arsenicaux artificiels.
§ 4. — Les eaux alcalines
Vichy est le type des stations bicarbonatées sodiques, et la constitution chimique de ses eaux peut être comprise dans la formule suivante : que toutes les bases y sont combinées avec l'acide carbonique (bicarbonates) et tous les acides avec la soude. Les sources y sont froides (Gélestins), et plus souvent chaudes (Hôpital 31°) ou très chaudes (Grande Grille 42*^50 ; Puits Chamel 43^,60); elles y sont extrêmement nombreuses et renferment le bicarbonate sodique ti la dose moyenne de 4 à 5 grammes; GO*yest dissous dans la proportion de 1 à2grajnmes. Très variées et froides, celles de Vais, aussi gazeuses presque que celles de Vichy, offrent une minéralisation très inégale et le bicarbonate y varie de 1 à 7 grammes par litre. Les autres stations bicarbonatées-sodiques, même le Boulou, malgré l'intrrêt que lui donne sa situation au milieu des eaux sulfureuses des Pyrénées , n'ont qu'un intérêt secondaire. Carlsbad en Allemagne appartient à la même classe.
La physiologie de ces eaux n'est pas autre que celle qui a été étudiée à propos de la médication alcaline; mais leurs effets thérapeutiques sont autrement actifs et étendus que ceux du bicarbonate de soude employé en préparation pharmaceutique. J^eur vertu propre, la pratique hydrothérapique, le régime combiné avec le traitement expliquent cette différence.
J^es eaux de Vichy en boisson doivent être prises à doses modérées (deux demi -verres, deux verres par jour). Moins que d'autres eaux, elles provoquent la fièvre thermale ; mais elles peuvent quelquefois réveiller, avant de les guérir, les maladies pour lesquelles on les emploie (goutte, coli(pies, calcul, etc.). Dans le traitement des dyspepsies, elles doivent être présentées avant ou après les repas, suivant les indications données plus haut. Elles réussissent admirablement dans la maladie de Keichmann, lorsqu'elles sont appliquées avec méthode. L'Hôpital semble être la source de choix pour les affections stomacales.
Les affections intestinales, où leur action phjsiologicjue est plus obscure, s'en trouvent fort bien, et le nombre est grand des militaires ou des marins qui viennent refaire à Vichy leur muqueuse intestinale ravagée par les diverses entérites des pays chauds. Malgré lem* réputation de débilitantes, ces eaux, dans des cas pareils, sont des reconstituants puissants par l'action bienfaisante qu'elles exercent sur l'appareil digestif.
Sur les maladies de la nutrition, leur influence est bien plus manifeste que celle des bicarbonates pris à l'état de médicaments. La goutte est tributaire de Vais et de Vichy, et bien des malades attendent avec impatience le retour de la belle saison pour venir y chercher une atténuation à leurs misères. 11 est entendu qu'un accès aigu est une contre-indication. Les diabétiques sont souvent aussi envoyés à Vichy. Dés la première semaine, le sucre urinaire diminue ; il disparaît quelquefois à la seconde ; en même temps on voit diminuer la soif, la sécheresse de la bouche, la polyurie, l'asthénie nmsculaire, l'insomnie, le prurit vulvaire. Ces améliorations ne sont pas définitives le ]»lns souvent, mais elles persistent longtemps après le départ des malades. Tous les cas ne sont pas justiciables de ce traitement; mais plus un cas se rapproche du 13'pe classique, moins il est compliqué, et plus il aura de chances d'être amélioré par les eaux alcalines. Celles-ci seront à éviter dans la phase cachectique.
L'obésité générale, résultat fréquent d'une mauvaise hygiène, est peu améliorée par le traitement alcalin, si on n'y ajoute pas des modifications radicales dans la juanière de vivre ; mais l'obésilé abdominale, liée à des troubles de la circulation veineuse intestinale et hémorroïdaire, peut être fortement diminuée par une cure à Vichy ou à Vais. Le traitement de l'obésité est une des spécialisations traditionnelles des eaux de Marienbad.
Le scrofule, la phtisie se trouvent mal des mêmes stations. Les affections bronchiques et cutanées échappent aussi à leur action, à moins qu'elles ne soient la consétiuence directe d'une diathèse acide ou du diabète.
Les affections calculeuses des voies d'excrétion de la bile ou de
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l'urine rentrent au contraire dans le cadre des maladies justiciables des eaux alcalines. 11 ne faut pas leur demander de donner à l'urine des propriétés chimiques qui la rendent capable de dissoudre les calculs déjà formés ; c'est une chimère depuis longtemps condamnée ; il faut leur demander une modification de l'état diathésique qui produit la gravelle. Au point de vue de la gravelle urique ou oxalique, les eaux de Vichy (Hôpital, Grande-Grille, Gélestins) données à petites doses, longtemps prolongées, ont une influence heureuse et préviennent la formation ultérieure de calculs. Si ceux-ci sont déjà formés et si une colique néphrétique est imminente, la cure de Vichy peut la provoquer et il vaut mieux, dans ce cas, s'adresser à Gontrexéville, Vittel, Gapvern ou Fonfrède. La gravelle phosphalique contre-indiqueles eaux alcalines. Dans les calculs vésicaux, elles ne peuvent agir que sur les phénomènes concomitants de cystite.
La lithiase hépatique doit être également traitée à Vichy. Les modifications que les alcalins déterminent dans la composition de la bile sont de nature à prévenir la formation des calculs et à favoriser l'expulsion de ceux qui sont déjà formés. L'eau de la Grande-Grille amène presque sûrement des coliques hépatiques et doit être écartée du traitement. Dlrand-Faudel, qui l'affirme très nettement, résume ainsi son opinion : « La colique hépatique calculeuse représente une collection de symptômes à laquelle peut s'adapter utilement le traitement par les eaux bicarbonatées, sulfatées et surtout calciques de Gontrexéville et (le Vittel. Le traitement radical delà maladie calculeuse appartient aux eaux bicarbonatées sodiques. Vichy, Vais, Garlsbad. » Ces dernières eaux conviennent également très bien aux affections hépatiques avec tuméfaction de l'organe, polycholie et dyspepsie.
§ 5. — Les eaux sulfatées (i'Uugatives)
Les eaux sulfatées à base de soude ou de magnésie sont très nombreuses ; elles sont répandues dans le commerce et d'un usage très populaire. Leur action est simplement celle des sels
purgatifs qu'elles renferment et ne mérite pas d'être étudiée avec celle des eaux minérales.
55 6. — Les eaux sulfatées calciques et les eaux faiblement minéralisées
Les eaux dont il vient d'être question se caractérisent par une composition chimique bien accusée, et par des vertus thérapeutiques spécialisées, en rapport logique avec cette composition. Celles dont il reste à parler offrent les caractères inverses : minéralisation faible et vague, propriétés thérapeuti<[ucs très nettes, mais sans rapport saisissable avec la constitution chimique. Cela prouve simplement que tout n'est pas encore dit sur la constitution intime des eaux minérales.
l^cs eaux sulfatées calciques forment un groupe naturel rcmarqiial)lc par leur faible alcalinité, leur teneur en sulfate de chaux et leur action élective snr les voies urinaires. Contrcxéville (ie'*,165 de sulfate de chaux), Vittel (i8«",005), Capveni, Fonfrède, Hagnères-de-Bigorre, Kncansse sont les plus importantes de ces stations. (]es eaux, les trois premières surtout, agissent de la façon la plus nette sur les voies urinaires : prises à jeun, le matin, k fortes doses (plusieurs verres), elles déterminent rapidement une polyurie (lui lave les voies urinaires, entraîne les calculs et, ramenant ainsi le rein à un état normal, régularise l'élimination des déchets delà nutrition. Elles exercent ainsi une action puissamment favorable sur la lithiase rénale et sur les maladies générales, la goutte par exemple, dans les(îuelles l'insiiflisance rénale joue un rôle important. L'appareil hépati(iue n'est pas indifférent il leur action, mais elles sont certainement bien moins elïicares j)our la gi*îivelle hépatifpie que i)0ur la gravclle rénale. Bagnèrcs-dc-Bigorrc. où les sources sont extrcmencnt ncunbreuscs cl variées, est réputé à juste titre pour snn action sédative sur le svstcmc nerveux et est la station préférée des ncuraslhéni<iues. Aulus aux eaux laxatives, purgatives et diuréti(iues, modifie d'une façon heureuse les engorgements des viscères abdominaux et
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passe, avec plus ou moins de raison, pour débarrasser Torganisme des dernières traces de la syphilis.
Les caitr suivantes, faiblement minéralisées, doivent être caraclérisôes non par leur constitution chimique, mais par leurs cfTcts cliniques. Parmi ces eaux indéterminées, il faut citer celles de Bagnoles (Orne), renommées pour la cure des phlébites chroniques ; d'Evian, très bonnes comme diurétiques et d'une digestion très facile ; de Saint-Ghristau, où l'on trouve des traces de sulfate de cuivre et qui ont une action vraiment élective sur les stomatites et les glossites chroniques, et sur les vieilles dermatoses ; de La Malou, très légèrement alcalines et qui sont utilisées avec grand profit dans les maladies de la moelle épiniére et des névralgies, propriété qu'elles doivent peut-être, au moins en partie, au phosphate de soude qu'elles renferment ; de Saint-Nectaire, où M. Garrigou a trouvé du mercure, et qui contiennent des traces d'arsenic, du sulfate de strontiane et agissent heureusement dans les albuminuries récentes, soit d'origine dyscrasique, soit même d'origine rénale : de Châtel-Guyon, que Ton peut ranger dans les bicarbonatées chlorurées, mais que leur teneur en chlorure de magnésium rend légèrement laxatives et par suite eflicaces dans certaines entérites, en particulier dans les formes mucomembraneuses ; de Brides enfin, qui sont sulfatécs-chloruréos et dont l'action diurétique et laxative, même quand on en prolonge l'usage, ne fatigue pas les voies digestives, ce qui permet de les appliquer avec succès au traitement de l'obésité.
Les dernières eaux que nous devons encore signaler sont si faiblement minéralisées, qu'on atttribue à leur thermal ilé élevée leur action thérapeutique. Ce ne sont pas d'ailleurs ni les moins spécialisées ni les moins efficaces : par exemple Cliaudesaigues (de 57 à Sl»^), les plus chaudes de France ; Dax (47 à 60"). si utile dans le rhumatisme chronique (boucs) : Luxeuil. aux sources multiples emidoyées dans le rhumatisme et les mélrites chroni(iues ; Ncris (48 ù 52^) si important pour les nuHrites. les névroses et les névralgies: Plombières (11 à 69*^), précieuses pour les gastralgies, les entéralgies et les paraplégies rhumatismales et, qu'en raison de traces d'arsenic, quelques
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autenrs yenlenl ranger dans les eaux arsenicales ; Ussat (32^ 50 à iù'), «lonl la spécialisation concerne d'une manière particulière les affections utérines, surtout ^juand elles se compliquent de néTropalhie.
§ 7. — Les eaix ferhli;ixelses
On ne doit admettre dans la rlasse des ferrugineuses « que les eaux où, tandis que le fer v existe lui même en proportions thérapeutiques, les autres principes se trouvent en proportions trop faibles pour imprimer à ces eaux des caractères spéciaux »>. Telte distinction est nécessaire, car presque toutes les eaux minérales contiennent du fer. Celles que Ton peut ranger dans cette «lasse bAtarde des ferrugineuses sont en particulier Forges, Neyrac , Bnicourt, Bussang, Manols , Orezza , Renlaigue , et à l'étranger Pyrmont et Spa. Assez fortement gazeuses, elles n'ont d'autre avantage que de permettre l'usage interne du fer dans des conditions meilleures que les préparations pharmaceutiques. Kl les sont le plus souvent employées comme eaux de table.
§ 8. — Tableau késdmé des principales eaux mixkrales françaises
1" Eaux sulfureuses : Aix-les-Bains, Allevard, Amclie-lcs- Bîiins, Ax, Bagnères-de-Bigorre (Labasskre), Baréges, (laulcrels, Challes, Eaux-Bonnes, Enghien, Ludion, Saint- Aiiiand, Saint-(iervais , Sainl-Ilonoré, Saint-Sauveur, l riagc. Le Vcrnel.
2 ' Eaux chlorurées sodiques : Bahiruc, Bonrbon-Lancy,
IJoiirhoii-i'Arciiaiiibaiilt, Boiuhonnc-les-Bains, Biarritz- Briscoiis. Salies de Béarii, Salins-Jura, Salins-Moutiers.
3 • Eaux arsenicales : La Boiirhoule, le Mout-Dore, Royal.
4" Eaux bicarbonatées :
a. St}(li(^ucs : \jC Bonlou. Vais. Virhy.
h. r///r/V///f's ; Alel, Bondonneaii. La Malou, Pougues.
50 Eaux sulfatées calciques : Aulus, Bagnères-de-Bigorre, Gapvern, Contrexéville, Fonfrède, Vittel.
6^^ Eaux indéterminées :
a. Minérales k minéralisation faible : Bagnoles, Brides, Chàtel-Guyon, Evian, Saint-Christau, Saint-Nectaire.
b. Thermales : Ghaudesaigues, Dax, Luxueil, Néris, Plombières, Ussat.