‹ Precis de therapeutique v. 1Chapitre 24 sur 69 · HISTORIQUE ET PRINCIPES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

HISTORIQUE ET PRINCIPES GÉNÉRAUX

Le 1°' juin 1889, M. Brown-Séquard fit à la Société de Biologie une communication retentissante ; il annonça qu'ayant injecté sous sa peau un liquide obtenu en triturant dans de la glycérine des testicules de cobaye, il avait eu la satisfaction de voir s'atténuer chez lui toutes les misères de la vieillesse. On rit beaucoup d'abord et on accueillit cette médication par des plaisanteries faciles à comprendre. Mais M. Bhown-Séquard étant revenu plusieurs fois à la charge sur le même sujet, M. d'ARsoNVAL ayant répété ses expériences, M. Variot les ayant renouvelées, il fallut bien se rendre à l'évidence et reconnaître que le professeur du Collège de France avait ouvert la voie à une nouvelle méthode thérapeutique. Les sucs de divers autres organes furent essayés avec succès, et bientôt au scepticisme inconsidéré du début succéda un enthousiasme aussi irréfléchi. Il y a onze ans à peine que la question a été posée ; elle a suscité d'innombrables travaux, et on peut dès maintenant commencer le classement des observations recueillies. Quelques faits doivent être précieusement conservés, beaucoup d'autres doivent être écartés comme mal interprétés ; en un mot, quoique

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la quei^îon ne soit pas tout à fait mûre, la critique scientifique peut commencer à faire valoir ses droits.

Un point qu'elle a établi et que M. F. Bkunet * a démontré preuves en mains, dans un travail du plus haut intérêt, c/est que cette médication, dite médication organique, appelée par M. Landouzy opothérapie (oirôc, suc), est loin d'être nouvelle. Dès la plus haute antiquité, on traitait les maladies de chaque organe par des sucs ou des extraits empruntés aux organes similaires des animaux : foie, poumons, rate, cerveau, testicule étaient utilisés dans ce but; il n'est pas jusqu'à la poudre d'ongles que les Grecs n'aient essayée pour faire repousser les ongles tombés ou dystrophiés. Cette thérapeutique, dont Pline 1' Ancien a religieusement relevé toutes les formules, fut perdue pour l'Europe au moment de l'invasion des Barbares et méconnue d'elle pendant tout le moyen âge ; mais elle fut recueillie par l'école d'Alexandrie, puis par les médecins arabes, et lui revint lorsque la Renaissance ramena les esprits vers les connaissances scientifiques et littéraires de l'antiquité. Au xvi® et surtout au XYii® siècle, la médication organique fut en grand honneur; elle retomba peu à peu dans l'oubli au xvm<^, soit parce que le développement de la botanique enrichit alors la matière médicale d'une foule de substances nouvelles, soit parce que l'usage de substituer les décoctions aux macérations dans la préparation des produits organiques rendit inefficaces la plupart de ces formules. On peut dire qu'elle était absolument oubliée, au moment où Brown-Séquard la renouvela en croyant la créer.

L'idée qui l'avait inspiré était d'ailleurs toute différente de celle des médecins d'autrefois. En les dépouillant de leurs vagues formules sur la sympathie et le symbolisme, les théories anciennes pouvaient se résumer en ceci : rluuiue organe contient dans sa substance les éléments nécesaires à sa nutrition, il apporte donc au sujet dont ce même organe est malade, les éléments les plus l'avorables pour le réparer, le guérir et le mettre à même tle fonctionner régulièrement. Ci'cst le similia similibus cutanlur.

' F. Brunet. Lu médication or{/aui(/u€ avant Brown-Sérjuard, Archives cliniques de Bordeaux. 1898.

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appliqué non plus aux symptômes morbides, mais aux appareils et aux tissus. Brown-Séquard procédait d'un tout autre principe et bouleversait les idées généralement admises sur la nutrition et qui pouvaient se résumer ainsi : le sang distribue à tous les organes les matériaux dont ils ont besoin et en ramène par la circulation veineuse les matériaux usés. 11 s'épure et se débarrasse de ses déchets par la respiration, la sécrétion, cutanée, rénale et intestinale ; il se renouvelle par les apports réguliers que lui amène la digestion. Pour Brown-Séquard, à ce mécanisme, en somme assez simple, s'associe une série de phénomènes plus mystérieux, plus cachés, mais touj aussi importants. Au lieu de vivre isolés pour ainsi dire les uns des autres, tous les organes, les glandes surtout, surtout les glandes sans conduits excréteurs, versent à chaque instant dans la circulation veineuse des produits, la plupart encore inconnus, qui servent à la nutrition des autres organes. Le sang est donc sans cesse renouvelé, non seulement par les apports de la digestion, mais encore par les produits de l'élaboration de tous les organes. Les exemples ne manquent pas pour justifier cette vue de l'esprit. C'est d'abord la transformation si remarquable des individus par la suppression de leurs glandes génitales ; si la privation des testicules donne à l'eunuque des caractères si particuliers; si sa taille, sa voix, son système pileux, son intelligence, subissent des modifications si bizarres, c'est évidemment parce que la glande séminale, non seulement sécrète le sperme, mais aussi parce qu'elle fournit au système nerveux, à la peau, au larynx, des éléments indispensables à la nutrition normale de ces appareils. A côté de ces faits connus de toute antiquité, mais différemment interprétés, l'exemple du foie est plus saisissant. Outre la sécrétion biliaire, Glal^de Bernard a démontré (jue cet organe fabrique constamment du sucre et que ce sucre est régulièrement versé dans les veines sus-hépatiques. Ici la sécrétion interne n'est pas jugée par ses effets, mais elle est prise sur le fait, et son produit isolé et connu. Enfin l'étude récente du myxœdème par Gull et Ord, du myxœdème opératoire par Reverdin est réellement impressionnante et montre que la suppression du corps thyroïde est suivie dans l'orga-

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nîsme d'une telle modification que le malade pei*d successivement son intelligence, l'élégance de ses formes, une partie de sa chaleur normale et peut-être même la vie. Défendue avec ardeur par Brown-Séquard, attaquée par quelques adversaires, mais soutenue par la plupart des physiologistes, et surtout par des faits de plus en plus nombreux et incontestables, cette théorie nouvelle de la nutrition devint bientôt populaire. Elle reçut un appui indirect des remarquables travaux de Roger, qui montra dans la plupart des organes la présence de produits toxiques pour Tanimal même dont ils sont extraits et leur destiniction par d'autres organes. Elle a pris une forme synthétique tout à fait précise, un peu artificielle peut-être dans le travail (le GoMBE (de Lausanne) *. D'après cet auteur, les glandes, au point de vue de leur sécrétion interne, peuvent être divisées en deux groupes : le premier comprend celles qui détruisent les poisons fabriqués dans différents points de l'économie, ce sont : le corps thyroïde, le thymus, la glande pituitaire, le foie, les capsules surrénales. Tout obstacle à leur fonctionnement entraîne l'accumulation dans l'organisme de poisons non détruits et aboutit à une véritable intoxication. A ces glandes antitoxiques s'oppose le groupe des glandes vivifiantes, qui versent dans le sang des produits de régénération ; tels sont le testicule, l'ovaire, la rate, la prostate, et même des organes non glandulaires comme la moelle osseuse. Tout obstacle à leur fonctionnement, privant les autres tissus de substances dont ils ne peuvent se passer, entraîne un dépérissement spécial de l'organisme, appelé cachexie. C'est le résumé le plus concis des doctrines proclamées pour la première fois par Brown-Séquard et dont la fortune a été aussi brillante que rapide.

Enfin il est une dernière conception des troubles nutritifs qui commence à se faire jour çà et là dans des publications isolées et qui ralliera sûrement, un jour ou l'autre, de nombreux partisans ; dans quelques cas, des troubles généraux de la nutrition seraient dus, non pas au défaut, mais à la perversion des sécrélions internes de certains organes; par exemple, l'ostéomalacie.

* Bulletin médical de la Suisse romande, 1896.

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la maladie bronzée, la 'maladie de Marie résulteraient de vices dans l'élaboration des sécrétions internes de l'ovaire, de la capsule surrénale ou du poumon.

Lorsqu'une glande est enlevée, détruite ou malade, l'opothérapie se propose de restituer à l'économie une glande similaire prise à un animal ou les produits qu'on peut en extraire, et ce traitement est appliqué, soit pour combattre les troubles généraux qui résultent de la lésion glandulaire (principe de Browx- Séquard), soit pour guérir la lésion même de la glande (principe des anciennes médications organiques). Quoique ces deux principes .soient en réalité très distincts, ils sont souvent confondus et simultanément recherchés dans la pratique.

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