ARTICLE II
PRÉPARATIONS OPOÏHÉRAPIQUES
Dans leur remarquable rapport au congrès de Montpellier, MM. Gilbert et Carnot ont donné les principes les plus précis et les plus complets au sujet des préparations opothérapiqucs. « L'étude ^ de la cellule subit la même évolution que celle des parasites. L'une et l'autre ont commencé par l'observation dos phénomènes vitaux. Pour l'une et l'autre, on est actuellement îl l'étude des sécrétions, des extraits, des toxines. Car pour lune et l'autre, on a reconnu que beaucoup des phénomènes étaient dus, non pas à la cellule vivante, mais à ses sécrétions. »
u Actuellement, en thérapeutique, on peut suppléer de deux laçons un organe malade : par la greffe, si on veut utiliser les actions vitales de cet organe (cette méthode est encore à créer) ; par Yopothérapie, si l'on veut utiliser les propriétés de cet organe indépendantes de la vie. »
u Les méthodes de préparation des extraits organiques comprennent : d'une part, le choix et la préparation physiologique
< Gilbert et Carnot. Loc. cit., p. 2.
des animaux avant Tabatage; d'autre part, l'utilisation des organes frais ou conservés, complets ou dissociés. »
10 Choix des animaux. — Le choix de l'espèce est souvent dicté par des considérations d'ordre économique (on s'adresse de préférence aux animaux de grande taille) ; il doit souvent varier avec l'organe à employer; c'est ainsi qu'on utilise les ovaires de brebis, le corps thyroïde du mouton, le foie du porc.
Les glandes génitales sont prises à des sujets adultes; les glandes antitoxiques à de jeunes animaux; les vieux sont laissés de côté. « Un organe étant d'autant plus développé qu'il fonctionne davantage, on a intérêt, par une gymnastique graduelle de la glande, k exalter la fonction que Ton veut utiliser ensuite dans les extraits. » A ce point de vue, la saison, la période de la digestion, la gravidité et toute une série de circonstances générales, climatériques ou individuelles, devront être étudiées avant de décider le moment de l'abalage.
Les glandes ayant l'une sur l'autre des influences réciproques par leurs sécrétions internes, il pourra être utile d'associer les préparations de plusiem's organes : pancréas-foie, rate-pancréas, etc.
2° Préparation des extraits. — L'asepsie des produits employés doit être rigoureuse, en raison du danger que présenterait l'utilisation de produits fermentes. On doit donc user, dans leur élaboration, des précautions les plus minutieuses et chercher les procédés d'une stérilisation parfaite. Mais le problème est diiricile à résoudre: car la chaleur, sans annihiler les produits glandulaires, les atténue beaucoup; la filtration sous pression de CO^ (méthode d'Arsonval) retient sur le filtre des substances actives ; l'addition des antiseptiques est insuffisante ou nocive
Gomme les remèdes empruntés au règne végétal, les organes qu'emploie l'opothérapie sont susceptibles de subir diverses préparations.
On peut donner l'organe en nature, frais ou conservé, coupé en tranches et donné sous forme de sandwichs, de pulpe écrasée
<iai&6 éa bouillon ou tout autre liquide. Ce procédé se heurte à de Téritables difficultés d'approvisionnement.
Les organes desséchés dans le vide à la température de 20 à 25** peuvent être réduits en poudre, et cette poudre est ensuite donnée au malade dans des cachets, des tablettes ou des pilules ; c'est un assez bon procédé.
On se sert plus souvent d'extraits de glandes, aqueux, alcooliques ou glycérines. Les premiers fermentent très facilement et sont d'une conservation difficile ; les seconds, toujours mélangés de l'eau qui entre dans la composition des organes, sont plutôt hydro-alcooliques et ne contiennent sans doute qu'une partie des principes actifs, les autres étant précipités et restant sur les filtres; les troisièmes sont les plus employés. Riches en principes actifs, faciles à conserver et à préparer, ils méritent d'être les plus employés dans la pratique, avec les réserves suivantes : i^ il faut, au point de vue de l'étude du médicament, tenir compte des actions très importantes de la glycérine ; 2^ la transparence du liquide n'est pas la preuve certaine de son asepsie; 3° la présence de la glycérine rend l'injection hypodermique assez douloureuse.
Les principes actifs des glandes paraissent résister à l'action des sucs digestifs; de là est venue Fidée de soumettre ces organes à des digestions artificielles peptiques, tryptiques ou papaïniques. Le produit filtré de ces digestions artificielles contient le principe actif inaltéré. Cette méthode semble appelée à jouir d'une certaine faveur.
Enfin, à l'aide de diverses manipulations physiques ou chimiques, on a cherché à isoler complètement les éléments actifs de plusieurs organes, de même qu'on a isolé de la digitale et de l'opium les alcaloïdes qui donnent à ces substances leur activité thérapeutique. Ces recherches n'ont donne de résultats appréciables que pour deux ou trois glandes (thyroïo dine).
3^ Voies d'introduction. — Les premières préparations ont été des extraits aqueux et glycérines ; elles ont été introduites par la voie hypodermique, qui longtemps est restée seule
employée, malgré les inconvénients possibles (douleurs, abcès, érythèmes).
Brown-Séquard ne tarda pas à employer la voie rectale pour le suc testiculaire, et les résultats ne différèrent pas sensiblement de ceux qu'il obtenait par la voie sous-cutanée.
Enfin Howitz, puis Fox et Mackenzie reconnurent que l'ingestion du corps thyroïde par la voie stomacale était tout aussi efficace que l'injection hypodermique du suc thyroïdien. Ce fut une surprise et comme un démenti aux opinions courantes sur la peptonisation uniforme dans le tube digestif de toutes les substances albuminoïdes. Mais le fait bien confirmé pour le suc thyroïdien fut vérifié pour beaucoup d'autres produits de l'opothérapie. C'est très probablement une propriété générale des principes glandulaires de résister d l'action des sucs digestifs et de passer inaltérés dans le sang. Dès lors, la voie stomacale qui permet d'éviter les infections locales et la douleur des injections a été de plus en plus adoptée comme la voie habituelle d'introduction des médicaments opothérapiques. Des circonstances particulières obligent cependant à se servir quelquefois encore de la voie rectale et de l'hypodermique.
ARTICLE m
sucs ORGANIQUES EN PARTICULIER
§ 1. — Suc TESTICULAIRE OU ORCHITIQUE
Le SUC testiculaire, qui a été le premier médicament opothérapique, est aujourd'hui presque complètement délaissé. Le rôle du testicule dans le développement et l'évolution de l'homme, la déchéance qui accompagne la rryptorchidie, la castration ou l'épuisement des glandes séminales par les excès vénériens ou par la vieillesse sont les faits principaux sur lesquels Browx- Skql'ard édiQa sa théorie de la sécrétion interne. Son autoobservation de traitement par le suc testiculaire parut extrêmement favorable.
Le remède s'emploie surtout sous la forme de suc glycérine
OPOTHERAPIE 261
OU aqueux, bien stérilisé, et contenant l/5<^ de substance glandulaire pour 4/5° de véhicule. 11 peut être introduit par la voie rectale ou même buccale, mais a été beaucoup plus souvent utilisé par la voie hypodermique.
D'une constitution chimique très complexe, il comprend non seulement le sperme, mais aussi les éléments de la glande broyée. Dans le sperme en dessiccation se forment des cristaux rhomboïdaux, analogues à ceux que Gharcot a décrits dans le sang des léucocythémiques, et qui sont des cristaux de phosphate de spermine, base découverte par Schreiner en 1878. Pohl (de Saint-Pétersbourg) a voulu voir dans cette substance le principe actif du suc testiculaire et a tenté de prouver chimiquement et cliniquement qu'elle était un agent puissant d'oxydation. Cette discussion, qui aurait pu être d'un grand intérêt, si le suc testiculaire pouvait être accepté comme un médicament énergique, est aujourd'hui oiseuse. Ce suc en effet est à peu près tombé en désuétude.
Dans la débilité sénile, il peut passagèrement exciter les fonctions digestives circulatoire, cérébrale, génitale, mais il est bien loin de représenter une fontaine de Jouvence intarissable.
La neurasthénie cérébrale semble n'en tirer aucun profit, non plus que V hystérie. L'épilepsie est plutôt aggravée : les crises se rapprochent et sont peut-être plus violentes.
Vataxie locomotrice a été le sujet de nombreuses communications à la Société de Biologie qui a entendu, sans protester, publier à plusieurs reprises des cas de guêrison de cette maladie par quelques injections de suc testiculaire. Or ce n'est pas en quinze jours qu'on peut affirmer la guêrison d'un mal dont l'évolution dure jusqu'à vingt et trente ans et qui présente si souvent dans sa marche des arrêts spontanés et prolongés. Bra*, dans un ouvrage très enthousiaste, premier traité d'ensemble sur la matière, donne 362 améliorations sur 401 cas traités. Aujourd'hui ce même remède dans cette même maladie est presque tombé dans l'oubli. 11 y a là une réaction exagérée et peut-être injuste. Si l'ataxie ne guérit pas par l'opothérapie,
* Bra, La thérapeutique des tissus, 1895.
262 THÉRAPEUTIQUE DES îrfALADIES DE LA NUTRITION
les douleurs fulgurantes sont souvent calmées par elle. L'épuisement qui suit souvent l'excitation génitale du début, l'atrophie testiculaire, qui accompagne souvent la période d'état constituent des indications spéciales qu'il serait bon de bien étudier.
Dans les formes dépressives de Valiénation mentale, le suc testiculaire ne modifie pas l'état intellectuel, mais peut remonter la nutrition.
Le nouveau remède qui guérissait Tataxie devait aussi guérir le cancer. La désillusion a été plus rapide encore que pour celleci ; cependant j'ai vu deux cas où, sans modifier en rien l'évolution de cancers intestinaux, les injections de suc testiculaire ont arrêté des hémorragies quotidiennes qui résistaient aux hémostati(iues usuels.
Dans la tuberculose pulmonaire, le suc orchitique a été accusé d'augmenter la fièvre ; mais, d'après Daremberg, il n'en serait rien : au contraire, on verrait sous son influence diminuer l'expectoration et le nombre des bacilles, augmenter les forces et l'appétit; mais les lésions persistent.
Pour toutes ces maladies, on s'est servi généralement de suc emprunté au cobaye, au coq ou au taureau. Les injections peuvent être de 2, 3, 4 ou 5 grammes de liquide et doivent être poursuivies pendant trois à quatre semaines, interrompues à ce moment et reprises après un intervalle de quelques jours.
Le suc orchitique peut- il être administré k la femme comme à l'homme ? Au début, on n'a pas hésité k le faire, et on a même cité des cas de rétablissement de la menstruation chez des femmes anémijjues. Mais après les expériences que nous allons citer pour le suc ovarien, et en l'absence de documents physiologiques suffisants , il est prudent de s'abstenir et de réserver le suc orchitique au sexe niAle, comme le suc ovarien au sexe féminin.
§ 2. — Suc PROSTATIQUE
Essayée par Reineht, Encîlish et Bazv, la médication par la prostate et les vésicules séminales n'a guère ensuite été étudié qu'à Bordeaux par le professeur Ferré et son élève le D»" Urai-
SON. Les extraits glycérines de ces organes sont légèrement toxiques (20 centimètres cubes pour 1 kilogramme) ; ils le sont à un degré un peu plus élevé pour les femelles. Les extraits aqueux et les poudres desséchées sont inoffensifs. Leur action sur la nutrition est peu marquée ; ils déterminent chez l'animal une congestion de l'appareil génito-urinaire.
En thérapeutique, les poudres sont préférables aux sucs glycérines ou aqueux. Administrées à des malades atteints de prostalisme, elles ont pour effet habituel de diminuer la douleur, la dysurie, le nombre des mictions, et même la saillie prostatique. Elles agissent d'autant mieux que le sujet possède l'intégrité de la fonction rénale.
« On ne dépassera pas 10 à 15 centimètres cubes d'extrait glycérine et quatre à cinq pilules de 10 centigrammes de poudre desséchée par jour. Les malades se trouveront bien d'un traitement intermittent*. »
§ 3. — Sec OVARIEN
Peu estimé de Brown-Sequard, le suc ovarien est cependant un des agents les plus curieux de l'opothérapie. Dès 1889, ^jmc Brown l'avait essayé sans succès d'ailleurs sur 46 vieilles femmes. Le D^ Villenkuve, de Marseille, l'essaya à son tour en 1892, et en 1893 M. Régis (de Bordeaux) en établit l'indication dans un cas de folie consécutive à l'extirpation des deux ovaires. Peu après Jayle, Mainzer, Muret, Mond, Lissac, Spillmann, Etienne et Senator en firent diverses applications. Enfin M. Ferré ^ et M. Bestion de Gamboulas ^ ont étudié de la façon la plus complète les effets physiologiques et thérapeutiques du suc ovarien.
La sécrétion interne de l'ovaire n'est pas démontrée par des expériences absolument probantes. Il semble pourtant que la chlorose et l'ostéomalacie soient en rapport avec un mauvais fonctionnement de l'ovaire ; c'est cette glande qui règle en
1 Oraison, Tlièse do Bordeaux, 1897.
* Congrès de Montpellier, 1898.
* Thèse de Bordeaux, 1898.
outre l'écoulement réguler du sang menstruel par où s'éliminent tant de toxines. Pour ces diverses raisons et par analogie avec d'autres organes, on a cru devoir instituer une médication ovarienne.
1» Préparations ovariennes. — C'est à la truie ou à la brebis que l'on emprunte de préférence leurs organes.
On les prépare de plusieurs façons :
1*^ Glande fraîche, hachée, 10 grammes dans dupain azyme;
2^ Glande séchée à la température de 38 à 39^ et pulvérisée (ovarine ou ovairine, ovaraden, oophorine, ovigénine). Cette poudre se donne à la dose de 20 à 30 centigrammes par joui* en nature ou en pilules ;
3® Suc ovarien aqueux, glycérine ou alcoolique, obtenu par la méthode générale employée pour ces préparations. Ces solutions sont en général au dixième.
2^ Effets physiologiques. — Le suc glycérine se donne pnr ingestion ou par injections à la dose moyenne de 1 à 3 centimètres cubes. En dehors de quelques troubles dyspeptiques dus probablement à des produits altérées, on ne constate aucun phénomène immédiat.
Les phénomènes observés sur des animaux sains (cobayes et lapins), injectés au suc ovarien, sont extrêmement curieux. Des doses fortes tuent les femelles aussi bien que les mî\les ; des doses modérées auxquelles résistent très bien les femelles tuent les niAles qui meurent après avoir présenté du refroidissement, de l'hématurie, des eschares, de l'excitation génitale et quelquefois de la paralysie. A plus faible dose, les mâles maigrissent et les femelles engraissent. Les femelles pleines succombent îiux mêmes doses que les niAles. A l'autopsie des animaux on trouve des lésions très importantes des reins, du foie et de la substance grise de la moelle.
3^ Indications thérapeutiques. — Au moment de la ménopause, beaucoup de femmes présentent des troubles très variés : augmentation de la tension artérielle, dyspepsie, constipation»
pollakiurie, bouffées de chaleur à la face, transpirations soudaines, douleui's hypogastriques, etc. Quelquefois temporaires, ces bouffées sont assez souvent les premiers signes de maladies graves, ce qui justifie bien le nom dàge critique donné à cette période de la vie féminine. Des troubles tout à fait semblables surviennent après l'ablation chirurgicale des deux ovaires, et comme dans ce cas la suppression de la glande génitale est manifestement la cause de cette ménopause prématurée, on a pensé avec raison que la ménopause naturelle dépendait de la suppression des fonctions de l'ovaire. Dans ces deux ordres de troubles de la ménopause, la médication ovarienne est donc indiquée, et en réalité, elle réussit assez souvent. Les céphalées, les troubles urinaires, les douleurs hypogastriques sont assez facilement améliorées, les bouffées de chaleur sont en général plus mal combattues. Le traitement doit être continué plusieurs mois avec des intermittences, et les doses seront progressives. On a observé une fois des hématuries.
La chlorose, cette maladie spéciale à la jeune fille pubère, n'est-elle pas aussi sous la dépendance d'un trouble ovarien ? Hien des circonstances cliniques permettent au moins de le supposer. Les succès de la médication ovarienne tendent aussi à le prouver : diminution de la pâleur, retour des forces, amélioration de la dyspepsie, augmentation du nombre des globules rouges, enfin dans quelques cas réapparition des règles, tels sont les phénomènes heureux qu'on a pu obtenir par Tovarine ou le suc ovarien. Malheureusement il n'en est pas toutoujours ainsi, et rien ne permet de prévoir quels cas sont justiciables de l'opothérapie, quels cas lui seront réfractaires.
On a signalé quelques cas d'amélioration et même de guérison de troubles mentaux, en rapport avec des lésions génitales; de tous les désordres qui peuvent succéder à l'ablation des deux glandes génitales, les psychoses post-opératoires sont ceux qui s'améliorent le plus souvent. L'amélioration n'est pas toujours durable. Enfin ce même suc d'ovaire a permis îISenator*
* Berliner Klinische Woch.y janvier 1898.
d'améliorer une ostéomalacie, affection qui souvent est enrayée par la double castration ovarienne.
§ 4. — MÉDICATION THYROÏDIENNE
1® Historique. — L'histoire de la médication thyroïdienne est un des chapitres les plus intéressants de la thérapeutique contemporaine : elle montre les résultats merveilleux que l'on peut atteindre par association méthodique de la clinique, de la physiologie et de l'anatomie.
En 1873-1876, Gull et Ord avaient successivement décrit une maladie laissée jusqu'alors dans l'oubli et à laquelle le premier d'entre eux avait imposé le nom de myxœdème. G h argot, (luelqucs années plus tard, la décrivit à son tour sous la dénomination de cachexie pachy dermique, et Bourneville montra qu'on la retrouvait avec addition de troubles importants de la croissance et de rintclligcnce chez une certaine catégorie de jeunes idiots.
(lotte affection avait à peine pris sa place dans les palhologies (jue Revkrdin d'abord, puis Kogher constataient non sans surprise qu'elle se développait régulièrement chez les sujets dont on avait extirpé totalement le corps thyroïde (1882). En rapprochant ces faits de l'atrophie de cette glande si fréquemment constatée chez les malades atteints de myxœdème spontané, il n'était pas difficile de conclure que l'affection nouvelle était liée à la suppression nuitériclle ou fonctionnelle de la glande thyroïde.
Ur le moment où do nouvelles observations venaient de jour en jour conlirmer ces découvertes de physiologie pathologique coïncidait avec celui où BHowx-SKgrART lançait ses théories des sécrétions internes. La thérapeutique n'avait dès lors qu'A suivre le mouvement et à appliquer à ce cas particulier les données générales du professeur du Gollègo de France. Plusieui*s médecins se disputent l'honneur de la priorité ; il est certain (pie simultanément beaucoup de médecins ont songé à traiter le myxœdème par la médication thyroïdienne, mais l'occasion leur a manqué. En ne s'attachant (ju aux faits, on doit reconnaître
que la première tentative de traitement par greffe appartient à. Lannelongue (de Paris), par les injections hypodermiques à MuRRAY (deLondi*es) et par ingestion à Howitz (de Copenhague).
2^ Etude physiologique. — Quelle est la fonction du corps thyroïde ? et quelle est l'action des préparations thyroïdiennes sur l'homme sain? Cette double étude est indispensable avant d'aborder la partie véritablement thérapeutique de ce chapitre.
L'appareil thyroïdien est indispensable à la vie : l'expérience clinique et la physiologie sont d'accord sur ce point. Est-ce par sécrétion d'un produit utile à la nutrition ou par la destruction de principes nuisibles élaborés au cours des échanges nutritifs ? Bien que la question ne soit pas absolument tranchée, Taugmentation de la toxicité urinaire, les lésions graves des reins, de l'encéphale, de la moelle et des nerfs chez les animaux privés de thyroïde tendent à faire admettre la seconde hypothèse. Quelles sont dans ce cas les substances toxiques qui s'accumulent dans l'organisme après la suppression de la fonction thyroïdienne : on a parlé de la mucine, de la neurine, de substances encore mal connues isolées pour la première fois par Notkixe (thyréoprotéine), sans pouvoir rien démontrer. 11 ne serait pas impossible que le corps thyroïde eût pour mission de fixer l'iode apporté avec les aliments (Mina et Stoelzner) et .qu'ultérieurement « le principe iodé formé dans la thyroïde prît une grande importance dans la nutrition générale et devînt un des facteurs essentiels du métabolisme normal » *. Mais en somme on n'est point ri\é sur la nature du poison détruit à l'état normal par la thyroïde ni sur les caractères de cette fonction antitoxique.
Le problème, assez simple en apparence, quand on se borne à la constatation du myxœdème chez les hommes privés de corps thyroïde, devient singulièrement plus complexe, quand ou pousse plus loin l'analyse et qu'on étudie la constitution anatomique et chimique de la glande en question. Au point de vue anatomique et physiologique, Gley et après lui Moussu ont
* MossÉ. Congrès de Montpellier, 189 J, Rapport sur l'état actuel de l'opothérapie.
appelé rattention sur deux paires de glandules qui ( animaux, les lapins en particulier, sont situées sur les ( la glande principale, glandules parât hyroïdes. Leur rôle obscur serait vraiment antitoxique, puisque leur ablation ncrait le tétanos, les convulsions et la mort rapide ; la principale aurait un rôle trophique, et ce serait à sa supf que serait dii le m^T^œdème. On conçoit si ces opinions v à être démontrées, quelle importance il y aurait à ch» thérapeutique, suivant les cas, du suc thyroïdien ou parathyroïdien. Mais la physiologie n'a pas sur ce point dernier mot.
Au point de vue chimique, on a cherché à isoler les pi actifs des extraits thyroïdiens. Notkine a obtenu une su très toxique, la thyréoïdine, capable de neutraliser la thy téide qu'il découvrait en même temps. Fr.enkel a r extraire une thyrco-antitoxine ; mais la découverte capi celle de Baumaxn, qui a isolé de la glande une substan nî\tre, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et les substance renfermant de 3 à 10 p. 100 d'iode et représeï elle seule de 0,2 i\ 0,5 p. 100 du poids total de la glande substance, iodotlujnne ou thyroiodine est en combinaisc le vivant avec les substances azotées sous forme àHod albumine et (ïipdothyroglobuline. Est-ce là le vrai princi] du suc thyroïdien? Est-il le seul ou est-il associé à d'î L'avenir répondra bientôt à ces questions ; mais actuel on ne saurait méconnaître l'importance de ces faits noi
Les phénomènes physiologiques provoqués chez un sa par l'ingestion de substance thyroïdienne scmt tous r dans l'observation suivante d'un étudiant en médecine, prit pendant dix jours consécutifs. « Dès le second jou nomènes d'excitation et de courbature. Vers le 10^* jo désordres atteignent un haut degré d'intensité. La i devient difficile, les mains tremblent, au point de rendre ture impossible, le pouls bat de 130 à 100; insomnie persi courbature violente, nervosité extrême, vapeurs, sueurs dantes, céphalée continuelle ; le cerveau semble éclater poussée de mouvements congestifs et bientôt la famille
OPOTHERAPIE 2f)l>
çoit « que les yeux lui sortent de la tète ». On interrompt l'expérience, et les symptômes s'amendent rapidement \ A ce tal)lcaiu ajoutons que l'urine est plus abondante et plus riche en urée., que la désassimilation des substances hydrocarbonées est excessive et entraîne un grand amaigrissement, qu'il siu*yicnt parfois de la glycosurie et de Talbuminurie, et nous aurons les principaux traits de l'action physiologique du suc thyroïdien. Cette action, poiu* peu que l'usage dû remède soit prolongé ou que les doses soient élevées , devient facilement toxique ; on a eu des cas de mort assez nombreux, avec tachycardie excessive, amaigrissement et délire. L'analogie de ces désordres avec ceux du goitre exophtalmique a fait penser que cette dernière maladie est due à un excès de fonctionnement du corps thyroïde ; hyper thyroidisation, opposée à ïhypothyroïdisation qui engendre lemyxœdème.
3® Indications. — La médication thyroïdienne pourra être employée dans les affections qui dépendent d'une altération manifeste du corps thyroïde [opothérapie directe), dans celles où cette altération est probable, sans être physiquement démontrée (opothérapie indirecte), dans des cas où elle n'est justifiée que par l'empirisme (opothérapie empirique). Cette division d'attente est empruntée à MossÉ.
a. Opothérapie directe. — Le myxœdème sous ses trois formes : postopératoires, de l'adulte, de l'enfant est merveilleusement amélioré ou guéri par la médication thyroïdienne. La disparition des œdèmes, le retour de la face k son aspect normal et primitif, le rétablissement des fonctions de relation si profondément troublées, la reconstitution de l'intelligence, la guérison rapide et progressive de tous les troubles morbides (hémorragies, sensation du froid, sécheresse de la peau, chute des poils, etc.), tout cela est réellement saisissant. Chez Tenfant, des faits plus remarquables encore se produisent : la croissance arrêtée depuis des mois et des années reprend son activité, le développement intellectuel suit l'amélioration physique et la
* Combes. Le Myxœdème, Bull, médic. Suisse romande, 1896-1897.
transformation morale marche de pair avec la transformation organique. C'est un enchantement pour le médecin et pour la famille. Il est bien entendu que ce succès thérapeutique n'est possible que si le tiakemeiit intervient assez tôt, aFani que les
cpiphjses des membres ou les suim«s cranteimes se soient ossifiées. Si le squelette s'est non seulement arrêté dans sa croissance, mais s'il a été définitivement û^é dans sa petitesse par l'ossification de ces organes d'accroissement, les lésions sont définitives et le remède n'aura que des effets incomplets. Enfin le myxœdème opératoire est lui aussi largement amélioré ou guéri par la médication thyroïdienne.
Dans toutes ces affections, le traitement doit être continué indéfiniment avec des intermittences, mais à peu près sans espoir de pouvoir s'en dispenser jamais. Cependant il n'est pas impossible que dans le myxœdème de l'adulte et de l'enfant, le corps thyroïde participant lui-même à l'amélioration générale de la nutrition ne finisse par retrouver ses fonctions ou son développement normaux ; et que dans les cas opératoires, l'hypertrophie de certaines glandes (rate, thymus, hypophyse), ne compense la perte du corps thyroïde, mais ces cas sont trop nouveaux encore pour qu'on puisse en dégager une loi.
Ces résultats devaient entraîner les médecins a essayer la médication thyroïdienne dans le goitre (Bruns, Régis, GAmE), Si le goitre est kysti(|ue, ce résultat est nul, mais s'il estparenchymateux, on observe souvent une diminution notable de la tumeur et la disparition dos phénomènes de compression parfois très graves (Sabhazks et Lichtwitz). Les troubles mentaux fréquents chez les goitreux ne scml)lent pas innuencés dans la plupart des cas.
Marie et Etlenbirg ont condamné cette médication dans le goitre exophtalmique ; mais leur jugement n'est peut-être pas sans appel. S'il est vrai en effet que dans quchpies cas, elle a aggravé les symptômes, dans d'autres elle a non seulement atténué les désordres dus directement au volume du goitre, mais même amélioré les phénomènes nerveux (tremblement, etc.). Les indications et les contre-indications dans celle grave maladie ne sont pas nettement posées, mais elles doivent être minu-
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lieiisement analysées, et en l'état actuel, îl ne &aitt les accepter ni les rejeter en bloc.
b. Opothérapie indirecte. — L'amaigrissement observé chez les sujets soumis à la médication thyroïdienne a engagé à essayer ce procédé contre l'obésité. Les résultats sont de trois sortes : quelquefois on obtient une diminution de poids rapide, considérable et définitive, plus souvent une diminution de poids, bientôt suivie d'un arrêt dans l'amaigrissement et de la récupération du poids perdu; rarement les résultats sont nuls. On a pensé que l'amaigrissement était obtenu surtout chez les obèses par ralentissement de la nutrition, et que les sujets suralimentés étaient réfrac taires au remède : ce n'est pas prouvé.
La manie puerpérale, certaines lésions organiques utéro-ovarienncs ont été parfois améliorées par les sucs thyroïdiens.
c. Opothérapie empirique. — Le remède nouveau a été essayé, on peut le dire, contre toutes les affections chroni<|ues. Ses effets dans les neuropathies ont été insignifiants; dans certaines dermatoses, il a été plus actif; mais sans le déconseiller absolument dans le psoriasis où il a été cependant le plus prôné. Thibierge ne lui accorde guère d'autre valeur que celle de consoler les malades par l'espoir toujours attaché à une prescription nouvelle. Enfin il a été utilisé dans le retard de consolidalion des fractures (Gaultier de Charolles), l'hémophilie (Dejace et Combemale), Totite moyenne hyperplastique et serait un bon anaphrodisiaque (Rivière) .
4° Contre-indications. — Les accidents observés ont été fréquents, ils le seront moins parce que l'on sait qu'il faut éviter les fortes doses, la continuité dans la médication, qu'il faut s'abstenir du remède chez les sujets dont le myocarde est affaibli ou dont le rein est insuffisant ; enfin chez les névropathes. Il ne faudra pas oublier que les préparations altérées ont été plus d'une fois la cause d'accidents d'intoxication analogues au botulisme.
5^ Préparations et doses. — Le corps thyroïde le plus recherché est celui de mouton (glande du cornet) : il est certaine-
ment préférable à celui de bœuf. Y aurait-il intérêt à prendre plutôt celui de bélier? Le fait a été affirmé mais non démontré.
Les animauï des pajsà goitre donnent des substances moins actives que les animaux pris en d'autres régions (Combes). En hiver (novembre, décembre),les glandes thyroïdes semblent plus actives.
On se sert de suc glycérine, de poudres et de tablettes et souvent aussi de substance glandulaire fraîche. Dans ce dernier cas, il faut veiller à ne pas donner au malade des fragments de muscle; la confusion est assez facile. Les poudres et les tablettes sont d'un maniement commode, mais sujettes à s'altérer.
La voie hypodermique est à peu près abandonnée ; on se sert presque uniquement de la voie buccale.
Le dosage par lobes est absolument insuffisant, un lobe pouvant, suivant les animaux, varier en poids de 0,50 centigrammes à 8 grammes. Le plus sage est de commencer par une préparation contenant 0,20 centigrammes de substance thyroïdienne fraîche ; on augmentera peu k peu les doses, jusqu'à 0,60 centigrammes ou 0.80 centigrammes par jour. Quelques médecins préfèrent des doses un peu plus fortes et données seulement deux ou trois fois par senuiine. 11 faut interrompre la médication tous les quinze ou vingt jours, par des pauses de cinq ou dix jours.