MÉDICATION RÉNALE
Le rein n'est pas seulement un filtre qui choisit dans le sang les substances à éliminer; il modifie souvent ces substances et aurait même une sécrétion interne. Brown-Séuuard a établi que les animaux néi»hrectomisés étaient susceptibles d'une survie relativement assez longue, s'ils recevaient des injections de suc glycérine rénal.
La clinique a donné peu de résultats précis : des améliora-
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lions passagères au point de vue du coma (Dieulafoy), de la dyspnée (Gaubet), de la toxicité urinaire (Teissier et Frenkel), dans de cas d'urémie grave. Schipérovitch est le seul qui ait publié de véritables succès. Pour ma part, j'ai vu des améliorations dans un cas de mal de Brigth et dans deux cas de néphrite diabétique. Les auteurs sont d'accord pour reconnaître que l'amélioration, quand elle survient, porte seulement sur les complications urémiques et non sur les lésions rénales.
On peut donner des rognons crus de veau ou de mouton, à condition de bien enlever la graisse et même la substance médullaire ; mais c'est assez répugnant. On peut aussi donner des poudres de reins desséchés ou du suc glycérine par la voie stomacale. De Gérenville préfère administrer ce dernier par la voie hypodermique (3 à 4 centicubes chaque jour).
§ 9. — MÉDICATION CAPSULAIRE
l'' Notions physiologiques. — Bien des points sont obscurs dans l'opothérapie des capsules surrénales, comme d'ailleurs dans la pathologie de ces organes. Les faits les mieux établis sont les suivants :
Le syndrome appelé maladie d'Addison : pigmentation de la peau, douleurs lombaires, diarrhée, asthénie, cachexie, s'accompagne souvent, mais non toujours, d'une dégénérescence des capsules et plus spécialement de leur caséification tuberculeuse.
En physiologie, Brown-Séquard a démontré que l'extirpation (les capsules était suivie de mort à bref délai ; que le sang des animaux décapsulés était toxique. Langlois a montré que le sang des animaux tétanisés produisait les mêmes phénomènes toxiques que le sang des animaux décapsulés : d'où l'idée très logique que les capsules surrénales ont pour mission de détruire les poisons résultant du travail musculaire, et que le sentiment d'asthénie dans la maladie d'Addison résulte de la nondestruction de ces poisons. L'expérience a montré en outre «jue les greffes de capsules ou les injections de suc capsulairc retardaient très notablement la mort chez les animaux
décapsulés et agissaient comme un vaso-constricteur puissant. Ces données cliniques et expérimentales semblaient promettre les pins beaux succès à la médication capsulaire. L'événement n'a pas répondu à ces espérances. Sans doute Beglère a eu un succès très remarquable avec disparition de la pigmentation et persistance de la guérison ; Byron-Bramwell et d'autres ont eu des améliorations soit de l'ensemble, soit de quelques-uns des symptômes ; mais le nombre des insuccès simples est plus considérable, et on compte en outre quelques cas malheureux où le traitement a manifestement déterminé des aggravations (syncopes, hémorragies cérébrales et pulmonaires).
2^ Indications thérapeutiques. — Les indications de l'opothérapie ne sont donc pas encore nettement dégagées; cela tient à deux causes : d'une part, la clinique ne sait pas encore préciser les cas où les capsules sont altérées, ceux où elles sont saines; d'autre part, la chimie et la physiologie ne nous ont pas renseignés sur ce point capital : si les organes surrénaux détruisent réellement les poisons d'origine musculaire, peut-être ces poisons sont-ils contenus dans ces organes en même temps que les substances antitoxiques, et comme on ne connaît ni les uns ni les autres, peut-être donne-t-on quelquefois plus de toxique que d'antidote. Jusqu'à l'éclaircissement de ces questions, on comprend avec quelle prudence il faut user de la médication capsulaire.
llucHARD avait judicieusement pensé que le sentiment d'impuissance si pénible aux neurasthéniques serait amélioré par les extraits surrénaux ; mais il n'en a rien été. Les propriétés vaso-constrictives de ces remèdes ont été appliquées sans succès aux dilatations du cœur y et avec succès am diabète insipide, dont on a vu légèrement diminuer la polyurie. Elles ont reçu en ophthalmologie une application des plus ingénieuses : instillées dans les yeux sous forme de collyre, les extraits aqueux de capsules déterminent une anémie rapide et excessive de la conjonctive pendant un quart d'heure et peuvent permettre l'absorption de médicaments, tels que la cocaïne ou l'holocaïne dans les inflammations oculaires. Leur action hémostatique n'est que
lemporaire et peut être suivie d'une vaso dilatation fâcheuse (Bâtes, Dor, Fromaget, Lagrange).
30 Préparations et doses. — La greffe est inutile et d'ailleurs délaissée. Les injections sous-cutanées ont été suivies assez Iréquemment de syncopes. Les extraits aqueux sont utilisés en collyre. En ingestion, ils paraissent plus toxiques que les sucs glycérines, et ceux-ci même paraissent devoir céder le pas à l'ingestion pure et simple des glandes : ingestion quotidienne d'une capsule de mouton crue pendant plusieurs semaines. Nécessité d'interrompre de temps à autre le traitement et d'en surveiller très attentivement les effets.
Pour les collyres, hacher les organes, les dessécher à 110- 120'^ ; pulvériser le résidu dans un mortier stérilisé, autant que possible au moment de s'en servir, les solutions s'altérant avec une grande rapidité.
§ 10. — Sec PULMONAIRE
C'est un des agents les moins étudiés, et pourtant l'un des plus curieux de l'opothérapie. Quelques expériences de Roger et de RouQUÉs, ayant montré que le poumon était un organe doué d'une assez grande toxicité, on n'avait pas osé en faire des applications thérapeutiques. En 1893, dans une observation des plus précises, MM. Démons et Binaud usaient, avec grand avantage, d'un suc glycérine pulmonaire préparé par M. Ferré. En 1896, M. Brunet, dans le laboratoire de M. Ferhé, et dans mon service hospitalier, a fait une série d'expériences physiologiques et cliniques, qui permettent d'espérer que ce nouveau remède pourra rendre des services.
Ce suc doit être préparé avec des soins d'asepsie tout spéciaux. en raison des impuretés qui souillent toujours les voies aériennes, et les poumons dont on se sert doivent être empruntés à des espèces animales aussi réfractaires que possible à la tuberculose, l'espèce ovine par exemple. Courte macération dans l'eau glycérinée des fragments de poumon, filtration sur un linge, puis à l'autoclave de d'Arsonval sous pression de 6 atmos-
phères, enfia épreuve de quarante heures dans Tétuve à 35<* pour voir si le liquide ne se trouble pas, tels sont les principaux traits de la technique exigée pour avoir un suc parfaitement préparé.
Le produit ainsi obtenu est un suc à 1/10®, dont les effets sont les mêmes en ingestion ou en injection hypodermique. Il élève légèrement la température du cobaye, est diurétique et devient toxique à la dose de 5 centicubes pour 1 kilogramme d'animal. Chez le cobaye inoculé de tuberculose, il semble retarder un peu révolution du mal.
Chez l'homme malade, il a été essayé dans quelques cas de bronchite chronique dont les crachats sont devenus plus fluides et plus abondants. 11 modifie également Texpectoration des tuberculeux, mais en amenant prescpie toujours au début ou quand on augmente la dose une très légère hémoptysie.
Son indication principale paraît jusqu'à présent résider dans les suppurations pleurales, médiastines ou interlobaires, non tuberculeuses, ouvertes à l'extérieur ou dans une bronche, et se compliquant de ce faux rhumatisme des extrémités si bien décrit par Marie sous le nom d'ostéoarthropathie hypertrophiante pneuinifiue. Bien que le nombre des observations soit encore très restreint, elles sont assez concordantes pour qu'on ait le droit en pareil cas de compter sm* l'efficacité de ce médicament *.
La dose est de 10 centicubes chaque jour; le traitement agit quehiuefois assez vite ; d'autres fois,, il doit être continué trois ou quatre mois, par périodes de vingt jours, suivis d'interruption de cinq jours. Sous son influence, la suppuration se tarit peu à peu, les trajets se ferment à moins qu'ils ne soient trop anciens : les déformations articulaires persistent, mais les douleurs et les impotences motrices cjui les accompagnent disparaissent ; la santé générale se raffermit. A la suite de l'opération de l'empyème, le suc pulmonaire a paru faciliter et abréger la convalescence. 11 tend à donner au liquide qui s'écoule par la plaie une teinte un peu sanguinolente. Ce produit opothérapique doit être toujours très frais. Dans ses expériences si précises Brunet a constaté que les effets physiologiques observés chez un sujet
* Arnozax, Cassaet. Congrès de Montpellier, 1898.
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s'allénuaienl très rapidement à mesure que le suc empl\Tv' était plus ancien. Il ne s'agissait pc*int d'accoutumance, car si «•liez le même sujet on recommençait à donner du suc ivcemmont préparé, les effets habituels se manifestaient de n-Miveau avec toute leur intensité.
11 y a une analogie évidente entre l'action du suc pulm->naire ft celle des sulfureux.
§ 11. MÉDICATIONS OPOTHÉRAPIQUES DIVERSES
Il existe en clinique ime série de cas soit frustes, soit complexes, qui semblent tenir, les uns du mvxœdème, les autres d^ iioitre exophtalmique, ceux-ci du crétinisme. ceux-là de lacroiiiégalie, les derniers enûn d'une sorte d'anémie progressive.
Chez ces sujets on peut trouver certaines glandes atrophiées. alors que d'autres ont subi une hypertrophie compensatri-^e ; « 'est pour ces cas que Ton a essayé avec des succès très contestables les médications suivantes : l® les extraits de thymus on mieux le thymus en nature, cru ou à peine cuit (iO à SO gramme:» par jouD, a été donné dans la chlorose des jeunes flUes. dans la maladie de Basedow et même danslemyxoedème: î^ l'extrait de corps pituitaire (50 centigrammes par jourii a été prî^^ri» dans lacromégalie, seul ou associé aux pro^iuiir tbyrvMiiien- ; :{" l'extrait de rate a été essayé dans la nuLtrUîe A^. Eil^^^iIow. dans les anémies; il vient d'être conseillé djii» Isi fi-èvri» intermittente ; on a même eu l'idée de rexp«friinûii«i1îi*iT, xaaxà >anaucun succès, pour neutraliser le bacille de la ^€^r^ thyphoîde- Les injections de sucs glycérines à la d«>3e •!& dix 2(>nttes. deux fois par jour, ont souvent provoqué des abcès. On peut aus>i manger quelques petits morceaux de rate cnje, procédé assez, répugnant ; 4^ la moelle osseuse, en raison du fer qu'elle conlionl et du rùle qu'on lui suppose dans la fabrication des globules, a été donnée aux chloroliques, aux anémiques et niénie ù des malades atteints de purpura et à des leucémiques; son action semble assez favorable; mais serait cependant, dans la plupart des cas, inférieure à celles des préparations ferrugineuses. Le mode d'administration le plus simple est de prendre un gros
fragment de moelle de bœuf ou de veau et de le faire manger cru sur une tartine de pain grillé. On peut aussi prendre la moelle du tibia d'un jeune veau, 1 écraser dans de l'eau très pure et filtrer sur un linge fin. L'eau rosée qui passe peut être bue sans répugnance, soit pure, soit mêlée à de Teau rougie et agit bien dans la chlorose.
Il n'est pour ainsi dire pas d'organes dont on n'ait tiré des extraits en vue de l'opothérapie. Les instillations et les injections sous-cutanées de l'extrait aqueux du corps ciliaire du bœuf ont donné à Dor de bons résultats dans l'ophtalmie sympathique ; les extraits aqueux et résorcinés de muqueuse pituitairc de mouton, employés en badigeonnages, ont réussi à Rivière (de Lyon) dans Vozène,