CHAPITRE IV LES AMISEPTIOUES MINÉRAUX
§ 1. — (!lILOHE
1° Caractères physico-chimiques. — Le chlore est un g-az jaune verdàlre, d'une ndcur piquante et sulTiwnnte. Il se dissout dans la moitié de son volume deau et forme ainsi Veau chlorée, liquide vcrdAlre. qui doit être tenue dans l'obscurité sous peine de découiposition.
L'avidité du chlore pour Thydrogène lui permet, en s'emparant de ce corps, de détniire les substances organiques ; sa valeur antisoplifpje in vitro est donc très importante. L'eaii rlilorée à 0,2 p. 100 stérilise on quelques secondes les spore:J charlmnnouses. Mais ses propriétés nocives sur les tissus ne permettent guère son emploi médical à doses suffisantes.
Absorbé en nature j)ar la peau saine, donnant lien dans l'estomac à la production d'acide chlorhvdrique (ce «jui n'est pas
«lémonlré), il iirile violemment les voies respiratoires et peut môme donner lieu à «les hémoptjsics. Très employé autrefois, sous forme d'eau clilorcHS dans la tièvre typhoïde, le typhus, la dysenterie, la scarlatine, l'iolère, il est aujourd'hui complètement délaissé. Les inhalations de chlore dans la phtisie sont non seidcment inutiles, mais dangereuses (Stokes, Louis). Elles pourraient être appliquées, dit-on, à l'empoisonnement par l'hydrojrène sulfuré et par l'acide prussit(uc. L'eau chlorée pourrait être appliquée utilement au hivage'des plaies venimeuses, mais son contact irnte la peau et peut même provoijuer des dermatoses.
2^ Modes d'administration et doses : 1« eau chlorée : 2 d 5 granmies en polion, par cuillerées toutes les heures. 2» A l'extérieur. Solution avec :
Kau chlorée 50 îj;rdiiniies.
Kau distillée lOOO — pour lotions.
.> Les famigationa cjuii Ioniennes à base de chlore sont un bon moyen de désinfection des locaux contaminés (Codex),
30 Chlorure de chaux. — On désigne sous ce nom un mélange d'hypochlorite de chnux, de <hlorurc de calcium et d'hydrate de cJiaux résidlanl du passage d'un courant de chlore à travers de l'hydrate de chaux, (iette poudre blanche, amorphe, <léli(iuescente, mais iru'omplèlement solnble, dégage une fiu-te odenr de chlore.
Le chlorure de chaux liquide est une solution filtrée de chlorure de chaux sec dans 45 parties d'eau ; il contient deux fois son vohime de chlore.
Antiseptique énergique, qui en solution à 11 G*' tue en cinq minutes les microbes du choléra, de la diphtérie, <le la lièvre typhoïde, etc.; il est inutilisable en clinique h cause de ses proj»riétés irritantes et caustiques ; tout au })lus [>eut-on en user pour les lavages superficiels et rapides dans les cas d'ulcérations putrides ou gangreneuses. Mais c'est uu excellent désinfectant pour les lieux d'aisance et les égouts (80 grammes dans un litre d'eau).
Rappelons cependant que Calmette l'a préconisé en lotions, et même Bn injections sous-cutanées, dans les cas de morsures Yenimeuses (solution à 1/36'-).
4*^ Hypochlorite de- soude. — 11 ne s'emploie que sous forme de liqueur de Labarraque, et représente un mélange d\vi)ochlorito de soude et de chlorure de sodium ; il contient deux fois son volume de chlore. 11 assainit rapidement les siu'faces putrides de certains vieux ulcères de jambes ; en solution étendue (5 p. 100), il peut rendre de grands services dans la dij)htêvic (la\'*ages cl gargarismcs) et dans V ophtalmie purulente (irrigations).
5® Trichlorure d'iode. — Ce corps ICP, qni se présente sous forme de cristaux jaune orange, dodeur idquante, facilement solubles, est un antiseptique éuergiiiue. 11 n'est point employé en clinique, et doit être seulement mentionné à cause de son rôle dans des expériences (jui permettront plus tard peutêtre d'en tirer un grand i»arli. (l'est en elVel en le mélangeant à doses pri)gressivenient décroissantes à des cultures virulentes du bacille de iNiculaier ipie Behuincî et Kitasato ont réussi à vacciner des animaux contre le tétanos.
§ i. — ACIUE BOIUOUK ET BOUAX
1" Caractères physico- chimiques. — \.'(iciile borique 2 (HoO'H'') se présente sous fonne décailles blanches, nacrées. grasses au toucher, inodores, presque insipides : il peut être réduil en poudre line, et esl alors plus facilenienl soluble. l/eau froide n'en dissoul cepen<lanl quc^ 4 p. 100 : Teau bouillante 30 p. 400 ; il peut se «iissoudre aussi dans i'îilcool el la glycérine.
Le bora.u ou bonde de soude Ho*0'Na* -{- 10 ll'O est un sel alcalin soluble dans Teau et dans la glycérine.
Les borates de cocaïne, d*alr(q)ine, etc., sonl utilisés en oculistique.
2o Pouvoir antiseptique. — L'a<ide borique est un antisep-
tique faible ; cependant à la dose de 2 à 4 p. 100 il prévient le développement des bactéries de la putréfaction et arrête Taction des diastases. Le borax passe pour un antiseptique plus faible encore. Pourtant Cvon le considérait comme capable de prévenir la putréfaction de la viande, et à Bordeaux, le professeur A. Bouchard conserve indéfiniment les cadavres destinés aux dissections en les injectant avec une solution ainsi formulée : borax 10 ; glycérine à 30*^ Baume, 17; alcool, Q. S. pour que le mélange soit (hiidc. Grâce à cette préparation, les piqûres faites dans les amphithéâtres ne sont pas dangereuses, et toute odeur malsaine a disparu.
3*^ E£fet physiologique, toxicité. — L'acide borique est facilement absorbé par les muqueuses et les séreuses ; il se transforme dans le sang en l)orate de soude, et s'élimine lentement par lurine, la salive et les expectorations bronchiques. Les glandes sébacées éliminent aussi le borate de soude, dont le passage à travers leurs cellules modifie et atténue considérablement la production de la matière sébacée.
Absorbées à doses trop fortes, acide boricjue et borax déterminent des accidents toxiques : eczéma sec ii forme séborrhéi<iue, développé par plaques autour des glandes sébacées à sécrétion tarie, érythème, chute et fragilité des poils, striation des ongles, liseré gingival, et, à un degré plus avancé, inappétence, dvsi»epsie, pAleur, bouffissure, albuminurie, phénomènes qui persistent jusqu'à cinquante jours après la suppression du remède ^ Si tout le monde est d'accord pour reconnaître la réalité et la rareté de ces accidents, les opinions divergent beaucoup sur la dose toxique. Les animaux ne sont empoisonnés qu'à la dose de 1 gramme par kilogramme (Gaucher) ; chez l'homme la tolérance est beaucoup moindre ; les lavages les plus abondants sont généralement inoffensifs, et les mêmes lavages ont provoqué parfois des accidents mortels. On doit tenir grand compte de la facilité d'écoulement après ces lavages et se rappeler que la stagnation dans une plaie d'une quantité notable de solution bori-
* FÉRÉ, Le horisme, Semaine médicale, 1894.
qiiée à. 4 p. 100 n'est pas siins inconvénient. Donnés àrintérieur, cl doses quotidiennes longtemps renouvelées, ces remèdes présentent les mêmes dangers et on doit en interrompre frérpiemment l'adminislnition. L'état des sujets traités a aussi une influence, et j'ai souvent vu les lavements boricpiés chez les I vphiques donner lieu à des trotdjles de la sécrétion urinaire.
Appliqués localement, acide borique et l)orax ne sont ni •caustiques ni irritants, soit pour la peau, soit pour les muqueuses, soit même pour la conjonctive.
4" Indications thérapeutiques. — InofTensir à l'extéricui*, peu toxique à Tiotériour, l'aride l)ori<jue est par excellence l'antiseptijiue usuel, celui dont on conlie volontiers le maniement au nuilade lui-méjne ou î\ son entourage. Aussi sa consommation a-t-el le décuplé depuis (juebpies années, et son emploi est-il devenu journalier soit en chirurgie, soit en hvgiène.
En solution à 4 p. 100, on l'utilise pour les gargammen (diphtérie, angines simples) et les soins de la bouche, pour les injeclious vîigiuaios (Icuron-liéo) et vésicalcs, pour le pansement de la phnc (ht cordon rji<»z le nouvc;»u-né. pour le lavage des plaies superliricllos, des cavités puruleritcs. On s'en est aussi servi pour le lavage de l'estomac dans l<'s cas où il y a lieu de repousser les alcaUns. Les yeux et les oreilles peuvent être aussi lavés î\ l'(;au boricpiée, mais dans les inllammations suppuratives de la conjcuictive, l'inlerventiou d'un agent plus actif, tel que le niirnte d'argent, est le plus souvent nécessaire. Kn |M)udnî liiie. Tniide boi-ique (\sl un hon i»ansement pour ïotorrhée.
La vaseline h.iriquée à — est tVnn usage courant pour enduire les instruments que l'on builail autrefois (sondes, s|iéciilums, etc.). Mais elle est plus utile encore eu dernuitologie, où ascptiqucment appliquée, elle est un excellent remètle <-onlre Viinpèiigo (<i.\i cjikh), contre les dcnés, les cczrnt'fs sui}tt(ints. etc. Elle ne guérit pas les dermatoses mcnies, mais elb' fait disparaître les c(unplicatious scj»tiqucs et suppurai ives, «jui trop souvent entretiennent et aggravent les jiirectioiis cutanées.
A rintérieur, lacide borique a été essayé par (Faucher dnns
le traitement de la tuberculose, où il améliorerait les crachats et aurait même une influence heureuse sur Tétat général (0^,50 ù 1 gr. par jour). Gaucher et 11ose>'thal l'ont aussi conseillé dans les pijélitcs et les cystites avec fermentation ammoniacale de lurine. Mais s'il est vrai qu'il se transforme tout entier en borate de soude, cette médication n'a réellement pa^ sa raison d'être. Elle serait mieux indiquée contre la gravelle iiriquc, que Paracelse aurait déjà traitée ainsi (Soulier).
Le borate de soude n'est guère employé à l'extérieur que sous forme de collutoire dans le muguet. La théorie de Gubler, qui prétendait que le parasite de cette stomatite ne pouvait germer que dans les acides est aujourd'hui battue en brèche. Mais les collutoires borates n'en sont pas moins un excellent remède, qui méthodiquement appli(iué toutes les deux ou trois boures, réussit dans Timmense majorité des cas. J'ai employé avec su(!cès les mêmes préparations dans les érythènies ou les eczémas suintants des organes génitaux chez les diabétiques.
Conseillé depuis longtemps dans Vépilepsie, le borax a été à ce point de vue bien étudié par Ferk, qui, sans le rejeter absolument, le déclare tout à fait infidèle. 11 est donné dans ces cas à la dose de 4 à 10 grammes par jour et a souvent provoqué des accidents d'intoxication. La pratique simultanée de l'antisepsie intestinale serait utile pour prévenir ou atténuer cette complication.
5<» Préparations et doses. — A. Acide borique, i^ Poudre : très soigneusement porphyrisée, pure ou mélangée à l'amidon, talc de Venise, etc.
2'^ Solution à 4 p. 100.
3" Pommade : vaseline, axonge, glycérolé d'amidon, dans la proportion de 10 ou 5 p. 100.
4<> Ouate, gaze boriquée : préparations indu'strielles excellentes pour le pansement des plaies.
;j" A Yintérieur, pilules à 0,05 ; cachets de 0,2u, cinq à dix pilules, deux cachets par jour pour débuter.
H. Borax. — 1^ A Yintérieur, cachets de 0,50, deux à dix.
30i LA THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES INFECTIEUSES
douze par jour et même davantage, à condition de surveiller soigneusement le malade.
Tablettes du codex à 0,10 Comprimés de borax à 0,30
2'^ Collutoires,
Miel rosat ou glycérine 10 gr.
Borax. . 4 à 6 gr.
3<> Gargarisme. — 5 à 10 grammes de borax pour 200 à 250 grammes.
5^ Association fréquente du borax et de l'acide borique par portions égales, dans les collutoires et les gargarismes.
§ 8. — Permanganate de potasse (MnO'*K;
1<^ Caractères physico-chimiques. Valeur antiseptique. —
Ce corps se présente sous l'aspect d'aiguilles prismatiques brillantes, à reflets métalliques, de couleur noire, et donnant une solution d'un rouge violet^ qui tache en brun la peau et les linges . Les acides forts dilués peuvent faire disparaître ces taches.
La caractéristique de ce sel est d'abandonner spontanément de l'oxygène, peut-être de l'ozone, aux matières organiiiues a» contact desquelles il est placé ; c'est un oxydant des plus énergiques, c'est de l'oxygène condensé (Jeannel). 11 paraît agir assez rapidement sur les germes, mais son action s'épuise d'autant plus vile, qu'en raison de ses propriétés irritantes, il ne peut être employé chez le sujet vivant qu'à faible dose. Kn solution ù -j^ il est simplement irritant, à -^^ il est caustique ; introduit dans le sang, il transforme l'hémoglobine en méthémoglobine et amène la destruction des globules.
2'^ Usages thérapeutiques. — Ils sont de trois ordres : antiseptique, caustique et antivenimeux ou antivénéneux, usages qui sont tous trois en rapport avec les propriétés chimiques du
LEï4 ANTISEPTIQUES MIXÉUAUX W.\
permanganate et lui permettent de détruire par une oxydation énergique les microbes, les venins, les poisons et les tissus.
a. Antiseptique. — En solution à -tôôô* >^c permanganate est employé en injections vaginales dans Vinfection puerpérale, dans le cancer de Vutérus ; en irrigations dans V ophtalmie purulente, en lavages dans les ulcères fétides, dont il modifie heureusement l'aspect et Todeur ; mais c'est surtout contre la blennorrhagie qu'il a été préconisé.
Manquât établit ainsi les règles dont l'observation stricte permet d'espérer un bon résultat : commencer le traitement dans les premiers jours de la maladie avant que le gonocoque n'infiltre les couches profondes de la muqueuse, faire une injection tiède d'une solution à -j^ après chaque miction. Si les douleurs sont vives, on peut abaisser le titre de la solution h lôôô" ^^^ "4000 * ^^ guérison peut survenir en huit ou quinze jours. Balzer préfère les lavages vésicaux sans sonde.
b. A titre de caustique, le permanganate a été récemment employé par Kaczanowski (de Saint-Pétersbourg) dans le traitement du lupus. Sa pratique est la suivante : faire tomber les croûtes, saupoudrer les points ulcérés d'une couche de 2 à 5 millimètres de permanganate, appliquer du coton hydrophile et une bande. (Il importe de protéger l'œil et les narines.) Il se forme une escarre qui comprend les tissus granuleux et respecte les tissus sains. La douleur est assez vive. Au bout de quinze jours, l'escarre se détache et la plaie guérit rapidement.
c. Comme antidotique, Lacebua a injecté dans chaque morsure de serpent venimeux une demi-seringue de Pravaz de solution à -^ , après ligature du membre au-dessus des plaies ; il a même fait des injections intra-veineuses et donné le remède à l'intérieur. Il prétend avoir obtenu de très beaux succès, qui ont été dans des expériences de contrôle successivement contestés (Vulpian) et confirmés (Driat). En cas d'absence du sérum antivenimeux de Calmette, c'est un des meilleurs remèdes auxquels on pourrait avoir recours.
d. Le permanganate de potasse a été aussi employé comme contre-poison dans les empoisonnements par le phosphore et par
Topium. Pour le phosphore il ne semble pas qu'on ait eu à se louer beaucoup de ses effets, et il est très inférieur à la térébenthine. Pour l'opium, Mooa s'est fait le champion du permanganate, et le donne en pareil cas, soit par la bouche, soit par injection hypodermique; il cite jusqu'à 71 succès obtenus par ce procédé, ('.et enthousiasme a été quelque peu raillé par un autre médecin anglais, le D*" IIabding. 11 semble cependant que le permanganate de potasse décompose la morphine dans l'estomac (Maynaki) et Lcff) ; et comme dans lempoisonnement, il y a toujours de la morphine dans l'estomac, soit que cette substance n'ait pas encore été absorbée soit qu'elle y soit en voie d'élimination par les glandes gastriques, le lavage de cet organe avec une solution de permanganate à 1 p. 1000 ne peut qu'être avantageux. Quant aux injections hypodermiques de dix gouttes d'une solution à 1 p. 100. injections que l'on a répétées deux ou trois fois de ([uart d'heure en quart d'heure, elles ne sont peut-être pas sans inconvénient.
e. Le i»ermanganate «le iiotassc est employé en Angleterre à la dose de 0,10 à 0,20 dans la dysménorrhée douloureuse des jeunes lilles, comme remède intonie.
3<> Préparations et doses. — 11 faut éviter d'associer le permanganate aux corps facilement oxydables, car il pourrait faire avec eux des mélanges explosifs ; il faut éviter de l'appliquer avec de la charpie, au contact de laquelle il se décomposerait, il faut le dissoudre dans de l'eau distillée, les matières organi- (jucs des eaux naturelles lui prenant ime partie de son oxygène
Solutions pour lavages : de -j^^ à -r^ : solutions pour injections hy[)odermiqucs, à -j^ : injecter de V à X gouttes. Pilules de 0,0;), une à quatre par jour.
Si. — -Mkhciuk kt MKKcrniAux
Le mercure ou hydrargyre Uq est un remède «le la plus haute importance : la variété de ses «effets, la multiplicité de ses composés, la diversité des modes sous lesf|uels on peut l'administrer rendent son élude très <'ompliquée. \\ est bon d'énumérer
«l'abord les préparations naercnrieMes usitées en médecine et d'indkïHer les doses auxquelles on peut les prescrire.
A) Préparations et doses^
±^ Mercure en nature. — Le mercure est un métal très dense, liquide à la température ordinaire, se divisant en fines gouttelettes qui roulent en tous sens avec la plus grande facilité (vif argent, furet); il émet à toute température des vapeurs dont les molécules ont une vitesse et une puissance de projection considérables (Merget).
Le mercure en nature est prescrit en pilules (pilules die Belloste, pilules bleues). Les pilules de Sedillot ont pour formule :
Onguent ma*curiel 3 gr.
Potidro de savon médicinal 2
Poudre (le réglisse 1
Pour 30 pilules, 2 à 3 par jour.
Il est surtout employé à l'extérieur sous l'une des formes suivantes :
a. Pommade mercurielle, onguent mercunel double, ou onguent n<i2)olitain :
Mercure métalli<|uc 500
Axonge benzoïnce 460
Cire blanche 40
De 1 à 10 gr. pourcliaque friclion.
b. Pommade mercurielle simple, onguent gris.
Pommade mercurielle double 125
Axonge benzoinée 375
Mêmes doses que la précédente.
Dans V emplâtre de Vigo, très réputé autrefois et qui sous forme de sparadrap, est un très bon topique pour les bubons et les gommes ulcérées, le mercure est incorporé à l'empIàtre simple (60/200) et associé à une foule de substances, comnte aimait à le faire l'ancienne pharmacopée.
c. Fumigations. — Les fumigations ne sont guère plus employées : le cinabre (sulfure de mercure) que Ton projetait sur une pelle rougi e ou sur des charbons ardents donnait des vapeurs de mercure réduit qui, grâce à la haute température à laquelle elles étaient émises, étaient absorbées en grand*» quantité par les voies respiratoires et produisaient autanl d'effets toxiques que d'effets thérapeutiques utiles.
d. Flanelle mercurielle. — Mercet, dont les études sur le mercure ont 'fixé tant de points en discussion, conseille d'utiliser les voies respiratoires en faisant absorber des vapeurs émises à la température même du corps par le procédé suivant : plonger une pièce de flanelle épaisse dans une solution de protoxyde de mercure, puis dans une solution ammoniacale. Le mercure reste réduit sur la flanelle à Tétat.de poussière extrêmement, fine, et si l'étoffe est appliquée sur la poitrine, soit directement soit dans un petit sac de coutil, elle dégage des vapeurs que le malade respire. L'absorption par cette voie est incontestable, mais on ne saurait dire quelle est la dose absorbée chaque jour.
Enfin tout récemment le mercure en nature a été introduit par la voie hypodermique, sous forme d^huile griae.
Lanoline ) . . ^
Mercure ) ** « P*^''"'"*-
lluilo (l'olivo rectifiée 4 —
ou suivant la formule de Neisseh :
Mercure iiiôtalliquo pur. 20 parllos
Tcinturo élliérée de benjoin. 5 — Huile <lo vaseline 40 —
Cette dernière est un peu moins riche en mercure. Ces préparations sont fort délicates et ne peuvent être exécutées qu'en plusieurs temps par des pharmaciens expérimentés.
2*^ Chlorure mercureux. — Ilg^CP = protochlorure de mercure, poudre blanche, insipide, inodore; insoluble, j»réparé par sublimation en chauffant des fragments grossiers de chlorure
lïiei'cureux, il est tout à fait impalpable et prend le nom de calomely ou de calomei à la vapeur ; obtenu par précipitations en mélangeant un chlorm*e soluble et de Tazotate mercureux il s'appelle précipité blanc, et s'emploie uniquement à l'extérieur. A l'intérieur, le calomei est employé souvent comme pur- };atif (voir Purgatifs t. II), comme anthelmintique (voir t. II, Aathelmintiques), comme antiphlogistique : on le donne alors à dose réfractée,
Calomei 0,05
Sucre en poudre 1 ou 2 gr.
Divisez en 5 ou 10 paquets à prendre de 2 on 2 heures.
Comme diurétique, chez les cardiaques et les cirrhoticiues, «»n prescrit :
Galouiol 0 gr. 20 en un cachet en un paifuct.
Kn donner trois ou quatre par jour et continuer pendant trois jours. — Gomme cholagogue, le calomei peut être donné soit À dose purgative (25 centigrammes à 1 gramme), soit à dosesfiiinimes :
Calomei. . y ,. . ^ ^,
Extrait de belladone . . ) ^^ "'"
Hii une pilule, f. s. a. 20 pilules semblables, prendre une pilule - Iiaque matin à jeun, pendant vingt jours.
La grande variété de ces doses peut étonner au prejnier abord: elle s'explique naturellement par les considérations suivantes; ù iorte dose, le calomei agit surtout comme purgatif il n'est îibsorbé qu'en très faible proportion ; à petites doses, l'effet purl^atif est nul ou léger ; en revanche, le plus long séjour du remède dans l'intestin permet son absorption, et Ton observe plus d'elTets sur l'ensemble de l'organisme ou sur certaines fonctions avec les petites doses qu'avec les grandes.
Le calomei au contact de l'oxygène et à la température de XV' à 40^ est lentement transformé par les chlorures alcalins et larJde chlorliydrique en sublimé corrosif. €ette notion trouble €onstamment les praticiens et les malades qui craignent que le
calomel ne se change dans l'estomae en ce dangereux poison. Il n'est pas bien dcinonlré que des accidents aient jamais été dus à ce cbiuiîsme gastrique : néanmoins, par précaution, on fera bien de ne permettre ni trois heures ayant ni trois heures après ringestion du calomel, lusage d'aucun aliment salé (pain, bouillon, biscuits), et on associera le remède soit à de l'eau sucrée soit à du lait, aliment toujours pauvre en chlorure. D'ailleurs, en raison des effets purgatifs du remède, il sera sage de le donner à jeun.
Poui* la voie hypodermique, une des formules les plus usuelles est la suivante :
Huile de vaseline ou huile d'olive stérilisées. 10 ce. Calomel très liueinent porpliyrisé 0 gr. 50.
Injecter profondément une seringue de Pravaz, c'est-à-dire 1 centimètre cube du mélange ou 0.05 de calomel. Celui-ci, bien entendu, nest nullement dissous et reste en suspension dans le mélange.
Uaage externe : poudre de calomel pure ou associée à de ramidon, à du talc de Venise; etc., pour saupoudrer les lésions de peu d'étendue.
Pommade au calomel ou au précipité blanc à 1/iO, 1/20, 1, 30 avec ïaxonge benzoinée ou la vaseline.
3'^ Bichlorure de mercure, sublimé corrosif llgCP. — Masse blanche, cristalline, très dense, d'un goût métallique nauséeux, fortement caustique. Peu soluble à froid : davantage, à chaud. U est maintenu plus facilement en solution dans Teau par l'acide lartrique ou le chlorure de sodium. Dissous dans l'alcool, il perd une partie de sa causticité ; il est très soluble dans la gl^xérine.
A l'intérieur, il est prescrit sous forme de pilules de Dupuy-
tren :
Sublimé 0 gr. 01
Extrait d'opium 0, Uâ
Extrait de gaiac. . 0, 04 pour une pilule.
Do 1 à 3 par jour.
LES AXTISEPTlOt'ES MIXÉBAL'X 311
OU SOUS forme de liqueur de van Swieten :
Sublimé 1 gr.
Ean distillée 900 —
Alcool 4 80« 100 —
Une cuillerée chaque jour, deux au plus. Ce remède est en général mal toléré par les malades, surtout par les femmes, même quand on l'associe à des correctifs plus agréables (lait, sirops, infusions, etc).
La Yoie hypodermique et même la voie veineuse ont servi à rintroduction du sublimé dans l'organisme. La première est peu employée, les injections de sels insolubles ayant détrôné les injections de sels solubles :
Peptone sèche 1 ^r.
Chlonire d'ammoniuui pur 1 —
Sublimé 1 —
Eau distillée 100 n-.
Injecter chaque jour un centimètre cube de la solution, c'està-dire 1 centigramme de sublimé
Baccelli, ToMMAsoLi, Jemjia Ont pratiqué des injections intraveineuses avec :
Eau distillée slérili:>ée 1 te.
Sublimé de O.OOi ù 0,008.
Les injections sont pratiquées avec une seringue de Pravaz dans une des veines superficielles des bras et répétées tous les jours ou tous les deux jom*s.
Les solutions de sublimé sont constamment employées comme antiseptiques, au titre de 1 pour 1000, 2000, 4000. La solubilité et le pouvoir antiseptique sont fortement augmentés par l'addition de NaCl, d'acide tarlrique et surtout par la chaleur.
L'Académie de médecine a permis aux sages-femmes de prescrire des paquets de sublimé pour les injections vaginales, suivant la formule suivante :
Sublimé 0,25
Acide tarlrique pulvéri&é 1
Solution de carmin d'indigo bec iib [k 100. Lne goutte pour un litre.
On prépare aussi des papiers au sublimé, pouyant abandonner dans l'eau le sel qui les imprègne et permettant d'avoir ainsi instantanément des solutions de sublimé ; des gazes pour les pansements qu'il faut éviter de recouvrir de tissus imperméables, sous peine de voir la peau couverte d'éruptions vésiculeuses.
Les bains additionnés de 12 ou 15 grammes de sublimé pour 200 litres d'eau sont un excellent moyen de traiter les ayphilides, les éruptions phtiriasiqiies et surtout le 2)Soriasiiiy qui en dehors de tout autre traitement externe ou interne, peut être ainsi blanchi monjcntanément en (juebiues semaines.
Le sul)limé est actuellement répandu à profusion partout, et les empoisonnements qui se multiplient sont la conséquence inévitable de cet abus ; car tandis «pie les pharmaciens sont rigoureusement tenus de n'en donner que des doses limitées sur ordonnance médicale, les droguistes, les marchands de fournilures phot()gra[»liiqucs, etc., en débitent à tout venant des (juantités considérables. La coloruliou l)leue ou rose des sohitions <le sublimé est un correctif insuffisant.
4" Protoiodure de mercure. — ll^^-l-. Poudre jaune verrai re, insoluble, fonne la base des célèbres pilub's de Uic«u*<l.
l*roloi<nlui«' «h* iinMTUre \ • .,
Tlni.la.-.. > »'' ■' *-'■■«'"""•-
Kvirail tln'ha'nnn; I —
(Iniisnvi' «In rosrs G —
pour soixante pilules, dont on donne une ou deux par jour, (le remède est le plus usité dans le début «le la svidiilis ; il donne souvent un peu d'entérite, qui passe dès «pinu cesse de Tadmiuistrer.
5'^ Biiodure de mercure. Ifgl^ — INuulrc «l'un rouge vif. insoluble, très toxique et très eauî>li<iue. II se prescrit rarement seul, et s'associe généralement à l'iodure de potasiuni avec lecpiel il forme un iodure double de mercure et «le polas-
sium. Le sirop de Gibert ou de Boutigny se formule ainsi :
Biiodure de mercure 1 gramme
lodure de potassium 50 —
Eau distillée 50 —
Sirop de sucre 2400 —
Dose : une ou deux cuillerées par jour, c'est-à-dire de 0,008 à 0,015 de biiodure.
Le sirop de Gibert est mal toléré par beaucoup d'estomacs ; on peut réunir dans une pilule les quantités de biiodure et d'iodui-e de potassium que renferme une cuillerée de sirop et en évitant ainsi la saveur très désagréable du remède, on le fait plus facilement accepter.
En remplaçant le sirop par de Teau distillée, on obtient une solution très étendue d'iodure double, qui peut être employée en pulvérisations (Ruef et Miquel) et qui diminuerait les crachats des phtisiques.
Usage externe : pommade avec :
Axonge purifiée 30 graiiiines.
Biiodure de mercure 0,0 (Biett).
Cette pommade est applicable aux syphilides et aux affections squameuses rebelles; elle deviendrait facilement caustique si on augmentait la dose de sel mercuriel.
Voie hypodermique : On fait aussi des injections hypodermique avec la préparation suivante :
Huile d'olive stérilisée 100 cc^.
Biiodure mercure 0.50
Gaïacol 3
Injecter une seringue de Pimvaz dans la fesse, et renouveler tous les deux jours, puis tous les jours. Il n'y a ni douleurs, ni réactions inflammatoires.
6^ Bioxydes de mercure. — HgO. Deux formes a. Le précipité rougey substance active de la pommade ophtalmique du Régent encore employé quehiuefois pour le traitement des blé-
pharites, en pommade à l/lo avec la vaseline ou l'axonge. b. Le précipité jaune, beaucoup plus stable, plus pur (Patein) et en général préféré au précédent. La ténuité extrême à laquelle on peut le réduire à l'état pulvérulent permet de l'employer en injection hypodermique.
liuilo de vaseline 10 ce.
Oxydo jaune de mercure ..... 0 gr. 50 ou 1 gr. Injecter un centimètre cube.
7*» Nitrate acide de mercure. — Liquide incolore très caustique, dégage des vapeurs toxiques dont Mekget attribue la toxicité aux vapeurs nitreuses plutôt qu'au mercure lui-même. C'est un bon caustique pour les végétations ou les ulcérations rebelles de la syphilis ;' on s'en sert en y trempant une petite baguette de bois ou de verre, et il faut avoir soin que cette baguette soit seulement humide et ne porte à son extrémité aucune goutte dont la chute sur une partie sensible entraînerait de fâcheux accidents.
8*^ Benzoate de mercure. — Ce composé a été très vivement préconisé ces temi)s derniers, surtout pour le traitement des bubons, dans lesquels on peut l'injecter. C'est une poudre insoluble dans l'eau, mais très soluble dans les solutions étendues de chlorure de sodium, auquel on conseille de l'associer. Mais Varet a démontré que, dans ces cas, il se produit par double décomposition du sublimé et du benzoate de soude, et que la solution ne renferme pas trace de benzoate de mercure.
9^ Autres sels de mercure. — Enfin on a employé le sous-sulfate de mercure ou turbith minerai, poudre jaune renommée pour ses qualités parasiticides; le peplonate, le salicylate, Valbuminate de mercure, le succinale de mercure, très soluble dans l'eau et ne coagulant pas l'albumine, ce qui l'a fail rerhercher pour les injections liypodermi<iues (1 à 2 millitrrammes par jour en solution à 1 p. 1000). Le cyanure de mercure, en solution à 1 p. 1000 est actuellement très apprécié des «hirurgiens, pour la désinfection des instruments; il n'am'aii
LES ANTISEPTIQCES MINÉRAUX 315
pas i\ ce point de vue, les inconvénients du sublimé et de l'acide phénique.
B) Voies d'introductiox du mercure dans l'organisme
Elles sont aussi variées que possible. Vingestion buccaU et les inhalations ne présentent rien de spécial : mais il fîiut noter certaines particularités de l'introduction par voie cutanée.
10 Voie cutanée. — Les frictions d'onguent mercuriel sont d'une efficacité incontestable et leur pratique remonte déjà bien loin. Elles doivent être bien faites : pour cela, la personne chargée de les pratiquer, après avoir quitté ses bagues que le mercure abîmerait, doit prendre la dose voulue d'onguent napolitain et Tétaler par des frictions lentes et continues, pendant dix minutes environ, jusqu'à siccilé. La partie frictionnée est alors enveloppée d'ouate et d'une bande jusqu'au lendemain matin. A ce moment le pansement est défait, et une lotion savonneuse enlève ce qui reste d'onguent. Pour être efficaces les frictions doivent être assez rudes et pratiquées dans une chambre légèrement chauffée. Les plis articulaires sont les régions d'élection pour ces applications ; il est d'usage de ne pas frictionner la même deux jours de suite.
Les anciens croyaient que le mercure pénétrait directement à travers l'épiderme. Merget a démontré qu'il n'en est pas ainsi et croit que l'absorption se fait uniquement par les voies respiratoires, grâce aux vapeurs que dégage la pommade mercurielle. Cependant on ne peut se défendre d'une certaine hésitation à accepter sans restrictions les conclusions très absolues du savant professeur en se rappelant que la peau absorbe très facilement les corps qui dégagent des vapeurs à son contact (salicylate de méthyle, iode, etc.), que le mercure a été surpris s'insinuant le long des poils jusque dans les follicules pileux, que les frictions sur les régions pileuses, telles que le pubis, provoquent plus vite les phénomènes de saturation mercurielle que sur des régions glabres. Ce point n'a d'ailleurs qu'un intérêt purement théorique, car, quelque soit le mécanisme de l'absorption,
316 LA THERAPEUTIQUE DBS MALADIES INFECTIEUSES
personne ne met en doute la très grande efficacité des frictions.
2^ Injections intraveineuses et injections sous-cutanées etsous-conjonctivales. — Préconisées par Bacelli et ïommasoLi, les injections intraveineuses de sublimé (0,001 »^ 0,008 pourl centimètre cube d'eau distillée) paraissent avoir une action rapide. Mais le danger de coagulation intravasculaire, sans parler de l'action nocive sur les éléments figurés du sang, ne permet pas de conseiller cette pratique.
L'injection sous-cutanée des sels mercuriels est une précieuse ressource, quand l'estomac est intolérant, quand le malade est indocile, quand il y a urgence d'aller vite. 11 y a quelques années, les injections de peptone mercurique ont été en faveur; plus tard on a essayé le salicylate, l'hyposulûte, le benzoate de mercure. 11 est certain qu'administré ainsi, le composé mercuriel est intégralement absorbé et qu'on évite toutes les chances de non absorption qui accompagnent l'introduction par les voies digestives. Mais il faut tenir compte de la douleur, de la possibilité d'abcès; et comme ces piqûres doivent être renouvelées tous les deux jours, ces petites complications finissent \mv prendre une réelle importance. En outre, il peut parfaitement survenir des uévrites : MM. Pithes et Vaillard ont démontré qu'un très grand nombre de substances, le sublimé entre autres, déterminent l'inflammation des nerfs au voisinage desquels elles sont injectées. Celte expérience peut se réaliser, comme j'en ai vu un exouiple, chez les malades dont on larde l'hypodermede res pi(iûres toxiques. Les injections sous-conjonctivales de quelciues gouttes «l'une solution do sublimé à i p. 1000 sont parfois d'une efficacité merveilleuse dans la sy|)hilis oculaire. Mais l'introduction dune aiguille de Pravaz entre la conjonctive et la sclérotique est une opération assez délicate, qui demande une main exercée, il faut de préférence choisir le voisinage de l'angle externe de I'umI.
Au lieu d'injecter des subsUuices soluhlea, on penl injecter des composés mercuriels ifisolubles. Cette innovation thérapeutique, due à S.VIRX0W et h Si:ARE:«zio, constitue un n'el progrès. Les
points d'élection pour cette petite opération sont la fossette rétro-trochantérienne, les fesses, l'ensellure lombaire, l'espace interscapulaire. Les substances choisies sont le calomel, l'oxyde jaune en suspension dans une huile végétale ou minérale et l'huile grise. Outre les précautions de minutieuse antisepsie, qui plus que partout sont ici de rigueur, il faut avoir soin d^enfoncer la canule seule d'abord et de s'assurer qu'il ne s'écoule pas de sang par le pavillon. Si on voit sourdre une goutte de sang, il faut retirer la canule et l'implanter ailleurs ; car si on passait outre, on injecterait le contenu de la seringue dans un petit vaisseau et on provoquerait ainsi non seulement une intoxication rapide, mais une série d'embolies capillaires dont le danger serait immédiat.
Ces injecticms doivent être poussées profondément, plutôt dans les masses musculaires que dans le tissu conjonctif. L'huile grise est la mieux tolérée, bien qu'elle amène la dégénérescence de pas mal de fibres musculaires. L'oxyde jaune et surtout le calomel sont d'abord bien tolérés, mais au bout de deux ou trois jours, on voit se former à la place de l'injection une masse empalée, un nodus très volumineux, assez douloureux pour gêner la marche et {\m peu îi peu se limite et disparaît. Ce nodus ne suppure pas; mais, comme jai pu m'en assurer sur des animaux, il fmit par constituer un véritable petit kyste plein de substance graisseuse et caséeusc.
La dose de médicament introduite sous la peau (5 à 10 cent.) dépasse de beaucoup celle que l'on pourrait Taire absorber impunément en une seule l'ois. Elle constitue une sorte de réserve dont l'absorption se fait lentement, et d'une façon continue et qui a ainsi une eflicacité considérable. Ou ignore les phases <le la transformation de ces composés insolubles en composés solublcs et absorbables ; ce qu'on sait, c'est que ces phases se déroulent lentem ;nt et cjuc les injections n'ont besoin d'être renouvelées qne tous les huit, quinze ou vingt jours. Quelquefois l'absorption est plus rapide et il peut y avoir des signes de saturation et même d'intoxication mercurielle.
L'huile grise est moins active que l'oxyjle jaune; dans les cas pressants, lorsque surtout on veut tenter de faire avorter
318 LA TI É-IAPEUTIQUE DBS MALADIES INFECTIEUSES
une syphilis, Jullicn, dont la compétence est au-dessus de toute contestation, donne la préférence au calomel. Au début, il fait une injection tous les quinze jours, puis il les espace de vingt, de yingl-cinq, et m«*ine de trente jours. Les longs intervalles que l'on met ainsi entre deux injections sont un des grands avantages de ce traitement.
C) Transformation et mode d'action du mercure
ET DE SES composés
C'est contre la syphilis qu'on a surtout prescrit le mercure, et quel que soit le composé mercuriel administre, la syphilis est toujours activement combattue. « L'action générale de tous les composés mercuriels est essentiellement la même, abstraction faite, bien entendu, de ceux dans lesquels le mercure est combiné avec un agent très actif, dont l'action domine celle du mercure, tel est par exemjde le cyanure de mercure. » (Nohrnagel et Rossbach). Clette conformité d'action de produits si différents a amené les chimistes à se demander si toutes les préparations meiTuriellcs n'aboutissaient pas dans l'organisme à la formation d'une même substance, et l'on est à peu près d'accord pour reconnaître quil en est ainsi. Sans doute, on peut trouver quelques différences entre les effets toxicjues du calomel, du sublimé ou du mercure en nature, etc. ; mais ces différences peuvent s'explijpier j)ar l'action proi)re de chacun de ces corps sur le tractus intostiiiîil on par l'action particulière des acides libres as.sociés aux nicrciuiaux ou par ceux que leur réduction met en liberté ; et en faisant abstraction de ces différences, les effets physiologijjues ou thérapeutiques de tous ces composés restent les mêmes ; l'unité d'action parait prédominante et ne petit évidemment s'expliquer «pie par la formation ou l'isolement d'une substance mercurielle, toujours identique à elle-même. Ouelle est cette substance? Pour Mialhe, Voit. Ovehbeck, c'est en bichlorure «pie se transforment toutes les préparations niercuricllcs adiuinislrées, et ce bichlorure se transformerait k son tour en oxydalbuniinates ou chloralbuminates de mercure.
Mrhgkt, au contraire, avec de très nombreuses expériences.
a soutenu que c'était en mercure même que se réduisaient toutes ces préparations. Dans un grand nombre de cas, les vapeurs mercui'ielles sont absorbées directement par les voies respiratoires ; « les mercuriaux ingérés par les voies digestives ou injectés hypodermiquement donnent tous du mercure réduit qui intervient par sa spécificité propre ». Le conflit, bien que n'ayant qu'une importance toute spéculative, est des plus intéressants ; et s'il n'est pas, à l'heure actuelle, définitivement jugé, tout fait prévoir qu'il le sera en faveur de la thèse du professeur de Bordeaux.
L'élimination se fait par les reins, les glandes salivaires, mammaires, intestinales. — Le foie élimine une forte proportion de mercure, et c'est par la bile qu'arriverait en grande partie le mercure que l'on trouve avec les matières fécales, et qui, dans les cas de grave intoxication, y apparaît en gouttelettes métalliques. Les sujets soumis à l'usage du mercure ont souvent l'urine albumineusc. Voit y voit un argument en faveur de la transformation des sels mercuriaux en chloralbuminate.
L'élimination commence un peu plus tai*d chez ceux qui ont subi des frictiona que chez ceux qui ont ingéré le remède. Elle est rapide et totale si la substance a été prise en petite quantité et un petit nombre de fois ; elle est lente, incomplète, si les doses ont été longtemps répétées et fortes. 11 est probable alors que le mercure s'emmagasine dans certains viscères, le foie, les reins, le système nerveux, peut-être aussi dans les os.
L'iodure de potassium favorise l'élimination du mercure ; il en est de même de beaucoup d'eaux minérales.
D) Effets physiologiques, antiseptiques ET toxiques
Le mercure est essentiellement un agent destructeur de la vie : aucun parasite ne résiste à son action, qui se fait sentir même sur les œui's, les spores, même sur les plantes. Aux deux extrémités de l'échelle des êtres vivants il exerce la même influence : il est toxique pour les microbes, il est toxique pour l'homme; il est antiseptique et il est vénéneux.
320 LA THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES IXTECTIErSKS
Le sublimé a joui comme antiseptique pendant quelques années d'une réputation exagérée ; sans doute il est des plus actifs ; mais s'il s'oppose assez facilement à la puUulation des microbes, même en solution faible (bacille virgule, à ,.,.... ; bacille d'Eberth à |^^ ; staphylocoque à 1-500)1 ^^ ^'^^ ^^^^ ^® beaucoup qu'il ait le même pouvoir pour les détruire et surtout pour détruire leurs spores.
La facilité avec laquelle il se décompose dans les eaux non distillées ou altérées, son action coagulante sur les albuminoïdcs rendent souvent ses effets très inégaux. On peut rendre son pouvoir antiseptique plus énergique en chauffant les solutions ou en y ajoutant de Tacide tartriciue ou du chlorure de sodium qui l'empêchent de se combiner avec les albuminoïdes. Il désinfecte mal les matières fécales, les composés sulfureux le transforment très vite en sulfure inerte.
Quelle est la dose toxique pour l'homme ? Elle est assez variable, les composés mercuriaux amenant souvent une diarrhée qui les entraîne en partie au dehors et les fait ainsi échapper à l'absorption. On admet que 12 à 15 centigrammes de sublimé peuvent être mortels, mais on a vu des guérisons après l'ingestion de doses beaucoup plus considérables.
« Le mercure, dit Jullien, est un hypersthénisant des organes spoliateurs. 11 réveille les fonctions dos lymphatiques et favorise les résorptions. De là son utilité pour amener la guérison des engorgements, raffaissemont de certaines tumeurs, en nn mot son ellicacité réelle comme antiplastique. » Il provoque des sécrétions exagérées des diverses glandes, diminue la plasticité du sang, ralentit la circulation, modifie même la teneur du sang en globules, mais ici les auteurs sont en désaccord, les uns notant l'augmentation, les autres la diminution du chiffre globulaire. Les doses, la durée de l'observation et surtout le fait que le sujet est syphilitique ou non ont sur ce point une influence qui rend la question trop complexe pour qu'on puisse la trancher par une simple affirmation.
Lorsque l'absorption du mercure est trop forte, on voit survenir des phénomènes graves d'empoisonnement : mercurialisine aigu ; lorsiju'elle est longuement continuée à doses modérées, il
LBS ANTISEPTIQUES MINERAUX 321
sui'vient une iotoxication chi'onique : mercurialisme chronique. Le mercurialisme aigu est accidentel, il suiTÎent chez des sujets qui ont par mégarde avalé du sublimé ; il est aussi thérapeutique : traitement trop énergique de la syphilis, friction d'onguent napolitain, injections hypodermiques de sels insolubles k doses trop fortes, abus des injections vaginales, surtout chez les femmes en couches, dont la muqueuse absorbe très facilement et qui, étant couchées, gardent au fond du vagin une quantité notable du liqidde injecté. Souvent enfin, c'est un épisode aigu de l'intoxication chronique. L'n des premiers phénomènes est la stomatite^ inflammation ulcéreuse de la bouche, des gencives, de la langue, avec gonflement énorme des parties malades, gêne de la respiration et de la déglutition, haleine fétide, adynamie. On pensait autrefois que cette stomatite était due à l'écoulement dans la bouche de la salive chargée de mercure en élimination. Ce mécanisme est vraisemblable dans quelques cas, au moins comme explication du début ; mais quand la stomatite succède d'emblée à une friction mercurielle et précède la salivation, il faut bien chercher une autre explication. On admet alors que les vapeurs mercurielles font tomber l'épithélium gingival, déjà altéré par diverses circonstances locales (tartre, carie dentaire, etc.) et que la porte est ainsi ouverte aux parasites qui pullulent dans la bouche. Lastomatite toxique au début, devient très rapidement septique. Le rôle de la carie dentaire est important et indéniable. A Almaden, les mineurs cessent d'avoir des stomatites le jour où ils perdent leur dernière dent.
La salivation que les anciens recherchaient, pensant que les virus s'éliminaient par cotte sécrétion, est considérée aujourd'hui à juste titre comme un phénomène pénible, commandant l'interruption de la médication. La diarrhée mercurielle est fréquente aussi, plus fréquente avec le caloniel et le protoïodure 4] u 'avec le sublimé. Elle se produit ou peut se produire, même après les injections hypodermiques de mercure, preuve évidente qu'elle résulte de l'élimination du mercure, par la muqueuse intestinale ou par la bile et non de son action directe sur le tractus intestinal avant son absorption. Il y aurait lieu
de vérifier si certaine appendicites qui éclatent sans cause provocatrice connue ne succèdent pas h des traitements mercurieis intensifs ou fi des excès d'antisepsie par le sublimé. Reclus a d'ailleurs cité un cas où une entérite mercurielle fut suivie d'appendicite.
Presque au même titre que le tube digestif, la peau subit les effets du mercurialisme aigu. A côté d'exanthèmes vésiculeux ifujdrargyrie) qui succèdent sur place h des applications mercurielles, il faut citer les éruptions généralisées que l'on voit survenir soit après une simple friction d'onguent napolitain, soit après Fusage interne du calomel ou du sublimé. Il s'agit quelquefois de simples roséoles sans autre importance que leur origine pathogénétique ; quelquefois aussi de grands exanthèmes scarîatiniformes généralisés, avec fièvre, albuminurie, tout à fait capables de compromettre la vie des malades.
Après la peau et le tube digestif, c'est le rein qui subit, plus que tout autre organe, les effets de l'intoxication mercurielle : les urines rares, albumineuses, quelquefois sanguinolentes, montrent que le rein est congestionné, souvent même atteint de néphrite ou de dégénérescence épithéliale. Des phénomènes urémiques peuvent survenir. Ce sont eux qui dans les cas graves terminent la scène, ou bien ce sont les phénomènes cardiaques : myocardite, pouls petit, irrégulier, dépressible, très mobile, lipothymies et collapsus. Les cas mortels ne sont pas très rares.
Si le mercurialisme aigu est surtout thérapeutique ou accidentel, le mercurialisme chronique est surtout professionnel (mines de mercure, «iorure sur métaux, étamage de glaces, etc.) Les troubles viscéraux peuvent y exister, mais à l'état fruste, ou comme épisodes aigus : ce qui domine l'évolution clinique, c'est l'anémie excessive et c.o sont les troubles nerveux : timidité et perplexité du caractère, tremblement très généralisé des membres à l'occasion des mouvementé volontaires, voilà les deux traits principaux par lesquels s'accuse l'imprégnation mercurielle du système nerveux, qui per<l h la fois la stabilité physique et la stabilité morale. Avec cela les vertiges, les hallucinations, la céphalée, l'insomnie, des troubles nerveux hystériformes ou, suivant Lktulle et Charcot, une véritable hystérie
loxique peuvent se développer, tandis que, d'autres fois, une polynévrite des plus accusées montre que les nerfs périphériques n'échappent pas plus que les autres organes à l'intoxication. Letulle a noté que la myéline est détruite et le cylindraxe respecté, mais Merget pense qu'il faut attribuer ces lésions aux vapeurs nitreuses du nitrate acide dont l'expérimentateur s'est servi plutôt qu'au mercure même.
Traitement de l empoisonnement aigu : {^ retirer le poison par le tube de Faucher ou par un ipéca ; 2^ lavage de l'estomac répété après ingestions à plusieurs reprises d'eau albumineuse forte, qui forme dans l'estomac un albuminate de mercure insoluble ; 3° sulfate de fer hydraté, magnésie calcinée; 4*^ médication symplomatique ou spéciale de la stomatite (chlorate de potasse), de l'entérite, de la néphrite, des exanthèmes, des accidents cardiaques.
Traitement de r empoisonne ment chronique : suppression des causes, aération, régime tonique en respectant le rein, iodure de potassium, hydrothérapie, électricité.
\\) Traitement de la syphilis par le mercure
l*" La querelle des mercurialistes et des antimercurialistes. — C'est au xvi*-' siècle au moment où la syphilis s'est manifestée sous forme de terribles épidémies, qu'on a commencé à la traiter par le mercure. Persuadés que le virus s'éliminait par la salivation, les médecins de cette époque procédaient par fumigations et recherchant la stomatite plus qu'ils ne la redoutaient, arrivaient souvent à mettre leurs malades dans des états lamentables. Aussi, dès ce moment, le mercure eut-il ses partisans et ses adversaires, les premiers constatant qu'il guérissait la vérole, les seconds frappés surtout de ses méfaits et allant même dans leur antipathie jusqu'à mettre au 4:ompte du remède une grande partie des accidents de la maladie. Depuis ces temps reculés, les deux camps sont toujours restés en présence, tantôt se livrant de rudes combats, tantôt laissant s'assoupir leurs querelles. La liste serait longue des hommes de haute valeur, qui ont lutté soit pour, soit contre le
dents syphilitiques le tabès, la paralysie générale et certains cas d'aliénation mentale, pour ce seul fait que les malades qui en sont atteints ont eu la vérole (n'ont-ils pas eu aussi la rougeole, la coqueluche et la blennorrhagie ?) sans parler de la grande et légitime notoriété du professeur qui amène à lui tous les malades atteints de syphilis grave et portés naturellement à s'accuser de s'être mal soignés puisqu'ils ne se sont pas guéris, il faudrait pour donner à la statistique de Fournier une valeur absolue, faire une contre-statistique ; il faudrait prendre 3.420 syphilitiques qui n'auraient pas, vingt ans après leur cliancre, d'accident tertiaire et voir parmi eux combien se sont soignés et combien ont négligé tout traitement. Si la majorité de ces privilégiés s'est bien régulièrement mercurialisée, alors il n'y a pas de doute, c'est au mercure qu'elle doit son immunité. Mais si le nombre des bien traités est inférieur ou seulement égal au nombre des non traités, que pourra-t-on penser de l'influence du traitement systématique ? Gett^ contre-statisti»iue n'a malheureusement pas été faite ; elle ne pourra guère se faille, les gens bien portants n'aimant guère à consulter un médecin, surtout pour lui raconter qu'ils ont eu la syphilis. Mais quand ou songe au nombre considérable de chancres qui passent chaque année dans les hôpitaux de vénériens d'une grande ville, quand on sait avec quelle désinvolture les porteurs de ces chancres sortis de l'hôpital oublient les prescriptions de long traitement qui leur ont été données, et (juand, d'autre part, on songe au nombre restreint d'accidents tertiaires que l'on rencontre soit dans ces hôpitaux, soit dans les hôpitaux généraux, on se prend à penser que le traitement systématique n*a peut-être pas autant d'importance que le pense Foi-rnier. Si Tabsence ou l'insuffisance de ce traitement était la cause vraie du tertiarisme. comme la très grande majorité des syphilis plébéiennes n'est pas méthodiquement soignée, on devrait voir dans les hôpitaux presque autant de syphilis tertiaires que de chancres infectants. Or, qui oserait soutenir que les choses se passent en effet ainsi ?
2"^ Méthode de Fournier. — La question n'est donc peut-
èlre pas définitivement jugée ; malgré les brillants plaidoyers qu'il a suscités en sens contraire, c'est un procès à reviser. La méthode de Fourxiek est la suivante : emploi du mercure pendant quatre ans, soit huit à neuf mois la première année; six, la seconde et la troisième ; quatre, la quatrième. Les interruptions doivent être faites très régulièrement de manière à éviter l'accoutumance, et par conséquent l'affaiblissement de Faction du remède. Il n*est peut-être pas indispensable d'être aussi systématique, et il est permis de régler un peu sa ligne de conduite sur rintensité de la maladie, sans s'astreindre à un rite aussi absolu. Voici comment nous traitons en général nos syphilitiques : au moment du chancre, essai de la méthode abortive qui va être exposée plus bas : si le malade se fait soigner trop tardivement, ou refuse le traitement proposé, je prescris des pilules de Ricord jusqu'à la guérison de la roséole ; à ce moment interruption ; puis reprise au bout d'un mois pendant quarante ou cinquante jours. A partir de ce moment, je fixe le traitement d'après Tapparition des accidents, faisant toujours quatre cures au moins la première année ; et deux les années suivantes (au printemps et à l'automne), même si la syphilis reste latente ; les multipliant si elle multiplie ses manifestations. Les prescriptions hygiéniques et les traitements locaux vont de pair, bien entendu, avec la médication mercuriellc. Dès le début de ma carrière médicale, j'ai soigné ainsi pas mal de véroles ; je les vois maintenant arriver à leur dixième, à leur douzième, à leur (luinziènie année sans présenter de tertiarisme.
D'ailleurs quel que soit le principe auquel on veuille se rattacher, les circonstances forcent à chaque instant le médecin à de petites capitulations : tantôt c'est un malade dont le cas est tellement bénin qu'il échappe à la thérapeutique et oublie do venir régulièrement consulter ; tantôt c'est un malade qui ne tolère pas le mercure et cesse d'en prendre malgré les plus pressantes objurgations. D'autre part, on rencontrera des sujets timorés, qui pendant dix et vingt ans poursuivis par le spectre de la syphilis, attribueront tous leurs maux quels qu'ils soient à la hideuse diathèse, et on aura toutes les peines du monde à les empêcher de se gorger de mercure et d'iodure. Enfin souvent ce
seront les circonslances mêmes de hi maladie qui obligeront à modifier le traitement.
30 Des méthodes abortives. — On avait jadis donné le mercure dès l'apparition du chancre dans l'espoir de faire avorter la syphilis.- L'expérience a démontré qu'en agissant îiinsi on retardait de quelques jours l'apparition de la roséole, mais qu'on n'obtenait rien de plus. Avec le retard donnait-on aussi une certaine atténuation du virus, comme le croit Julliex? ("est possible, mais ce n'est pas sûr, les véroles traitées a6 initia n'étant ni moins longues ni plus J)énignes que les autres. La pratique des injections de sels mcrcuriels insolubles a complètement modifié les données du problème. Jlllien s'est ftiit le défenseur éloquent et convaincu de cette méthode. « Permettez-moi de rappeler, dit-il, les résultats surprenants obtenus dans la cure précoce de la syphilis débutante. Que ne puis-je faire défiler devant vous mes syphilitiques de l'infirmerie avec leurs roséoles supprimées ou bornées à d'insignifiantes marbrures, le syndrome étiolé, le cycle interrompu ou bouleversé, attestant la profonde modiliration de la matière virulente. Quelquefois même j'ai eu leboulieur de supprimer tout de suite l'accident primitif. C'est ce que nous appelons î\ Saint-Lazare le calomel abortif par une hyperbole familière, qui laisse la porte ouverte à toutes les espérances *. » Une injection de calomel tous les huit jours pendant un mois, puis doux injections le second mois, suffisent à produire ces beaux résultats (jue j'ai été à même de constater chez plusieurs malades. Les syphilis ainsi traitées sont d'une bénignité, d'une insignifiance extraordinaires, «[uelquefois même, elles ne se développent i)as. Le point important est «le faire la première injection ries l'jipparilion même du chancre. Quehpies inéde<iiH remplacent le <',alomel par l'oxyde jaune, qui paraît aussi avan tageux ; d'autres associent ii ce trailemeul l'excision du chancri'. (juaud l'opération est faisable dans de bonnes conditions.
4' Du mercure dans les périodes secondaire et tertiaire. — Ku présence d'une syphilis régulièrement développée.
* Loris Jlujk.n, Bullct. de thcrap., 1897.
la préoccupation du médecin doit être de choisir la méthode d'application du mercure qui convient le mieux au malade. 11 doit choisir entre trois voies d'administration : la voie stomacale, les frictions et les injections sous-cutanées. Fournier a publié sur cette question d'admirables leçons auxquelles on ne saurait trop souvent se reporter. D'après lui l'ingestion par les voies digestives est commode, mais d'un rendement thérapeutique faible; de plus, elle expose aux dyspepsies et en raison de l'intolérance stomacale doit être souvent abandonnée. Les frictions sont d'un rendement thérapeutique supérieur, mais elles sont sales, sordides, influencent défavorablement l'entourage, exposent à des érythèmes, et, en dehors de cas spéciaux, devront être réservées aux malades qui refusent les piqûres et dont l'estomac ne peut accepter les préparations mercurielles. Les injections sous-cutanéees de sels insolubles ou d'huile grise sont excellentes, toutes les fois que les deux premières méthodes sont inapplicables, quand il y a urgence à guérir (car leurs effets sont énergiques et rapides), quand on se méfie de la docilité du malade et qu'il y a lieu de craindre de sa part une grande négligence dans le traitement. On devra les éviter chez les alcooliques, les obèses, les vieillards, les cardiaques, les albuminuriques, les diabétiques, en un mot chez tous ceux dont le tissu cellulaire supporte mal les moindres traumatismes.
Le choix à faire est donc dicté avant tout par des considérations relatives au malade. Toutes choses égales d'ailleurs, si l'on veut s'en tenir à la maladie même, on pourra, d'après Fournier, formuler la règle suivante : syphilis bénigne, voie stomacale ; syphilis sérieuse, frictions ; syphilis grave, injections. Les préparations auxquelles on aura recours de préférence seront : dans le premier cas, les pilules de Ricord ou celles de DuPUYTREN ; dans le second, l'onguent napolitain; dans le troisième, le calomel, l'oxyde jaune ou Ihuile grise. Lorsque les circonstances commandent un traitement absolument secret, les flanelles mercurielles de Merget, appliquées sous un prétexte quelconque, sont une ressource utile, mais assez infidèle.
On ne saurait assez insister sur l'importance du traitement local, qui, bien dirigé, abrège de moitié la durée des lésions
syphilitiques, et en fait disparaître quelques-unes dont le traitement général ne serait pas à lui seul venu à bout. Bains locaux dans les solutions de sublimé, lotions au sublimé, applications de calomel sur les plaques muqueuses sont des pratiques excellentes, sans préjudice, suivant les cas, de l'usage d'autres antiseptiques (résorcine, chlorate de potasse, etc.) et des cautérisations au nitrate d'argent. La cautérisation au nitrate acide de mercure est excellente pour les plaques muqueuses végétantes ou ulcérées de l'anus ou de la vulve. Si on croit devoir l'appliquer h des plaques de l'isthme du gosier, il ne faut pas oublier qu'une goutte de ce liquide tombant dans le vestibule du larynx peut provoquer un spasme, puis un œdème de la glotte véritablement effrayants. Pour les gommes ulcérées de la peau, pour les syphilides tuberculo-ulcéreuses, l'application d'onguent napolitain, de pommade au calomel ou d'emplâtre de Vigo aide beaucoup au traitement.
Dans les périodes avancées de la syphilis on associe généralement l'iodure de potassium au mercure : Traitement mixte. C'était en effet autrefois une sorte d'axiome thérapeutique que le mercure est le remède de la période secondaire, et l'iodure celui de là période tertiaire. Sous cette forme cette assertion n'est pas absolument exacte ; il est plus juste de dire que le mercure convient à toutes les périodes de la syphilis, mais qu'il agit surtout sur les lésions de la peau, des muqueuses et du système nerveux. L'iodure combat plus efficacement les lésions vasculaires, celles du tissu conjonctif et des os, celles qui siègent dans les tissus développés aux dépens du feuillet moyen du blastoderme. ï/association des artérites à la plupart des syphilomes, quel qu'en soit le siège, rend utile par conséquent l'association du mercure et de l'iodure potassique. Le sirop de (iibert est pour ces troubles-là un excellent remède: mais bien des estomacs ne le tolèrent pas. Les mêmes doses (l'iodure de potassium et de l)iodure mercuri<jue mises en pilules sont mieux acceptées quebpiefois par le tube digestif. Si l'intolérance est complète, il faudra donner l'iodure A l'intérieur et le mercure en frictions. On a prétendu ciu'en faisant ingérer î\ la fois du mercure et de l'iodure de potassium, on exposait le
malade à fabriquer dans son estomac du biodure de mercure, lequel est extrêmement toxique. C'est une crainte tout à fait théorique, contre laquelle proteste l'expérience de chaque jour. Mais ce qu'il faut retenir; c*est qu'on ne doit pas chez un malade soumis à Tusage interne de Tiodure faire des applications locales de calomel dans les yeux, le nez et la bouche; en effet, l'iodure s'élimine par les muqueuses de ces organes et s'il rencontre à leur surface du calomel, il fait avec ce corps une combinaison iodo-chloro-mercurique très irritante, caustique même, et qui cause au point intéressé une douleur et une inflammation violentes.
5® Syphilis cérébrale et spinale. — Parmi les symptômes de la période tertiaire, les accidents cérébraux et spinaux tiennent une place des plus importantes. Gommes cérébrales et spinales, artérites cérébrales syphilitiques, périostoses et exostoses crâniennes ont aujourd'hui leur description pathologique complète ; c'est un devoir étroit pour un médecin de les bien connaître; car un diagnostic juste et précoce lui permet de sauver un malade qui sans cela sera confondu avec un épileptique ou un hémiplégique vulgaire, traité comme tel, et sera rapidement emporté. Le traitement dans ce cas doit être énergique ; il comprendra une friction mercurielle tous les jours et tous les jours une dose d'iodure qui sera initialement de 3 ou 4 grammes et sera poussée par une progression rapide justju'à 7, 8 et 10 grammes. Des purgations couperont de temps en temps ce traitement. L'hygiène sera sévère. C'est ce que Charcot appelait le traitement cV assaut. S'attarder à des doses faibles et timides, c'est perdre le malade en laissant progresser le mal ; il faut frapper fort et juste. Cette médication a sauvé des malades déjà hémiplégiques, déjà comateux. Depuis quelques années, on a tendance à traiter ces mêmes accidents par les injections de calomel, le résultat est en effet aussi bon et plus rapide qu'avec les frictions.
Faut-il comprendre, parmi les accidents justiciables de ces traitements, le tabès, la sclérose en plaques, la paralysie générale, toutes ces grandes névropathies, dont les victimes comptent
si souvent la syphilis dans leurs antécédents ? Hélas non. Parasyphilitiques plutôt que vraiment syphilitiques, elles dépendent de la grande diathèse non pas à titre infectieux, mais comme conséquence de la dénutrition qu'elle a produite dans le système nerveux et par suite le traitement ioduré mercuriel n'a sur elles aucune prise. On le tente presque toutes les fois, et toujours avec le même insuccès.
6** Syphilis viscérale. — 11 en est de même de la plupart des accidents viscéraux ohservés chez les vieux véroles : la syphilis n'y intervient que par une pathogénie tout à fait indirecte. Lorsqu'il s'agit de gommes viscérales (pulmonaires, hépatiques, peut-être cardiaques), c'est-à-dire d'accidents franchement syphilitiques, alors le traitement mixte, le même traitement que celui des accidents cérébraux peut intervenir avec le même succès. Mais le plus souvent il s*agit d'accidents sclérogommeux ou même de scléroses pures, dans lesquelles la dégénérescence du système vasculaire a autant et plus de part que le virus syphilitique; le traitement spécifique n'a dans ces cas qu'une action des plus insuffisantes, et les guérisons vraies sont tout à fait exceptionnelles.
î'^ Syphilis oculaire. — L'œil atteint de troubles syphilitiques échappe assez facilement à l'action du traitement général. Iritis, iridochoroïdites, choriorétinites, kératites se développent quelquefois et compromettent définitivement la vision, même chez des sujets en traitement régulier. Il semble que cet organe dont la circulation comporte si peu d'anastomoses reçoive difficilement les substances médicamenteuses et que les lésions infectieuses qui s'y développent y soient à Talu'i des médications de l'ensemble de l'organisme. Aussi l'application locale du mercure est-elle ici nécessaire, sans préjudice des remèdes destinés à agir directement sur l'iris (atropine, etc.). Des essais cliniques et des expériences physiologiques ont permis de constater que les substances injectées entre la sclérotique et la conjonctive pénètrent par absorption directe dans les milieux de l'œil. De h\ la praliijue des injections sous-conjonctivales de
su])limé et de cyanure de merciu'e. Pour le sublimé, Lagrangk injecte quatre gouttes d'une solution à 1/1000 ; et répète l'injection à. plusieurs reprises, à intervalles plus ou moins longs suivant les cas. Le cyanure de mercure a été surtout essayé expérimentalement à la dose de 2 milligrammes (Fromaget et Laffay) dans les cas de phlegmon de l'œil ; mais il pourrait être utilisé en sypliilothérapie.
8^ Hérédité de la syphilis. — Enfin un dernier ordre de circonstances commande encore dans la syphilis l'interventiou du mercure ; ce sont celles qui sont relatives à la transmission héréditaire de la syphilis. Un homme a eu jadis une série d'accidents, il a été régulièrement traité, il se marie ; mais sa femme fait fausses couches sur fausses coifches, et si un enfant vient à terme, il est chétif, malingre et meurt d'une maladie qui ressemble singulièrement à la méningite tuberculeuse. C'est la syphilis qui est coupable de ces méfaits ; latente pour l'homme, elle est encore en activité au point de vue de sa transmission héréditaire. 11 faut faire à ce malade, qui se croit bien portant, un traitement mercuriel intensif (pilules et frictions) et mixte ; il faut faire subir à sa femme le même traitement, surtout au moment d'une nouvelle grossesse. Enfin si un enfant vient au monde, il devra lui aussi être immédiatement soumis au traitement, même s'il n'a aucune lésion apparente, à plus forte raison s'il en a. Caria syphilis héréditaire le guette et viendra l'enlever par cachexie ou par pseudo-méningite, ou lui causera plus tard de terribles déboires : il faudra lui prescrire les flanelles de Merget, ou des frictions avec 1 gramme d'onguent napolitain ; on lui fera prendre 1 gr. ou 50 centigrammes de liiiucur de Van Swieten dans du lait. Le traitement sera interrompu régulièrement et poursuivi pendant plusieurs années; on ne tardera pas à y ajouter l'iodure à doses faibles et longtemps continuées, (iràce à ces précautions, on peut pour les parents améliorer les conditions des futures conceptions, des futures grossesses, on j)eut sauver quelques enfants venus dans ces déplorables conditions. Mais rien n'est plus rebelle que ces transmissions héréditaires de la syphilis.
raître les végétations, cicatriser les ulcérations, résoudi^e les infiltrations. Le nodule tuberculeux résiste davantage, mais il finit quelquefois par céder et la guérison est alors complète, si bien que Fournier a pu dire qu'au point de vue du diagnostic, le traitement mercuriel ne pouvait plus être considéré comme la pierre de touche des lésions supposées syphilitiques.
C'est hl un usage tout nouveau du calomel ; mais ce remède est un des plus vieux de la thérapeutique, et ses usages sont bien nombreux. On le trouve d'abord au premier rang des purgatifs et des anthelmintiques, avec lesquels il sera plus tard étudié à ce point de vue. A doses fractionnées (fractâ closi), il faisait partie de l'ancienne médication antiphlogistique et, il v a une quarantaine d'années, on ne manquait jamais de le donner de cette façon dans les méningites^ dans les péritonites^ dans les pneumonies, dans le rhumatisme même. Ainsi administré, il n*agit pas comme purgatif, mais il est absorbé presque en totalité, et produit alors de la salivation. On supposait qu'il diminuait la plasticité du sang, toujours augmentée dans les phlegmasies, et on lui attribuait par suite une influence directe sur l'atténuation des inflammations. Ces idées et cette praticjuc semblent aujourd'hui bien surannées. Cependant il vient d'être récemment préconisé à la dose de iO centigrammes par jour au début de l'influenza (Freuden-thal).
Son action antiseptique le fait prescrire dans la diarrhée des enfants, dans le choléra, dans la fièvre typhoïde et dans la dysenterie : 1° dans la diarrhée infantile, une ou deux doses d'un centigramme données chaque jour au début peuvent la modifier très heureusement, tant que les selles restent bilieuses ; plus tard il faut en cesser l'emploi ; 2^ la dernière épidémie de choléra de Hambourg a vu proposer plusieurs modes de traitement par le calomel : soit 5 centigrammes d'heure en heure; ou bien bO centigrammes le premier jour, et de petites doses répétées les jours suivants ; ou encore l'association du bismuth au calomel. Ces diverses pratiques ont donné quelques succès; 3*^11 a été vanté contre la fièvre typhoïde, sans que son emploi ait pu se généraliser. Hallopeau en alterne l'usage avec celui du sali-
cylate de soude et de la quinine ; Manquât l'accuse de favoriser les hémorragies intestinales et de prolonger les convalescences; 4° dans la dysenterie, il semble avoir d'excellents effets ; il peut y être donné de la même façon que dans le choléra, même à doses plus fortes. Les médecins militaires français l'ont avec avantage associé à l'ipéca.
La coloration verdâtrc des selles qui suivent l'emploi du calomel l'a fait considérer depuis longtemps comme un excellent cholagogue, parce qu'on pense que cette couleur est due à un excès de bile. Mais la présence de sulfure de mercure ayant été constatée dans ces matières intestinales, on a prétendu que. loin de provoquer la sécrétion biliaire, le calomel en restreignait la production, et Murchison est venu compliquer la discussion en affirmant, sans preuves suffisantes, que ce sel mercuriel excitait la contraction des tuniques musculaires de la vésicule et du cholédoque, et qu'il agissait comme cholagogue non sur la sécrétion, mais sur l'excrétion biliaire. A ces données confuses il faut sans doute ajouter le rôle antiseptique du calomel, qui doit se faire sentir dans le foie et ses conduits comme dans tout autre appareil organique.
Cliniquement c'est un des plus puissants et des plus heureux modificateurs de la sécrétion Inliairc. Uien n'est plus utile aux dyspeptiques à gros foie, aux malades atteints (ïictère infectieux bénin ou de cirrhose au début, que quelques doses de calomel : sous leur influence, le foie diminue de volume, l'ictère pâlit et les selles prennent une coloration plus normale. Dans les coliques hépatiques, les effets de celte substance semblent donner raison à Mirchison ; des doses très faibles de calomel, 1 centigramme par exemple chaque matin pendant vingt jours (Bou- CHAUu) favorisent de la façon la plus nette la progression et l'expulsion des calculs.
Il y a quebiues années, Marik et Jendrassik ont étudié l'action diurétique <lu calomel : lorsque la sérrétion urinaire languit par suite d'une altération du muscle cardiaciue ou encore dans la cirrhose hépatique, le calomel est tout à fait capable <le la ramener à son taux normal. Le pouls et la respiration se régularisent et la quantité d'urine augmente jusqu'à dépasser du
double ou du triple celle des liquides ingérés. On peut donner soit 20 centigrammes quatre fois par jour, pendant trois jours ; soit chaque jour six doses de 10 centigrammes. L'amélioration obtenue est quelquefois considérable et résulte d'une action directe du sel mercuriel sur l'épitliélium rénal. Mais c'est une arme à deux tranchants : car si cet épithélium altéré par une néphrite ne réagit pas bien, le mercure absorbé ne peut pas s'éliminer, et les phénomènes d'intoxication éclatent avec d'autant plus d'intensité. Il sera donc prudent de n'user du calomel sous cette forme qu'après s'être assuré par une expérience bien faite, à l'aide du bleu de méthylène par exemple, que la perméabilité rénale est parfaite. Administré ti propos, il peut faire disparaître rapidement des hydropisies considérables.
Usage externe, — En poudre simple ou associé t\ l'amidon ou à d'autres poudres inertes, le calomel est un excellent topique pour les lésions syphilitiques suintantes : plaques muqueuses, syphiiides ulcéreuses, chancres, etc. Associé ii des corps gras, il forme de bonnes pommades très employées dans les eczémas chroniques, secs et desquamatifs, des extrémités dont il modifie heureusement l'allure torpide, dans les eczémas circinés, etc. ; il a été aussi employé comme topique, contre les hémorroïdes dont il diminue le prurit et la turgescence.
2*^ Sublimé corrosif. — Le bichlorure d'hydrargyre, si répandu à l'usage externe, a peut-être moins d'emploi que le protochlorure comme médicament interne. Dans la syphilis, les pilules de Dupuytrcn et la licpieur de Van Swieten sont moins souvent prescrites que les pilules de Ricord, mais sont néanmoins très efficaces. Les idées pastoriennes devaient amener les médecins à tenter d'opposer l'action antiseptique du sublimé à diverses infections.
En 1887, le D"^ Rondot relatait une série de 21 succès sur 23 ras de fièvre typhoïde, traités par l'usage du sublimé à l'intérieur. Voici les indications données par mon collègue et ami de la Faculté de Bordeaux. Le sublimé est prescrit à la dose d'un centigramme dans une potion alcoolisée au quinquina, concurremment avec une faible dose de quinine, du lait et des boissons
abondantes. Chez les enfants, la quantité de sublimé est abaissée à 5 et même 2 milligrammes'. La médication est prolongée jusqu'à la convalescence, et la dose de sublimé graduellement diminuée avant d'être supprimée. Aucun accident n*a été observé ni du côté de la bouche ni du côté des reins. M. Rondot dont les succès ne se sont pas démentis depuis ^887, estime que, grâce il ce traitement, la fièvre typhoïde est raccourcie dans son évolution et atténuée dans ses expressions symptomatiques, surtout au point de vue de la durée et de l'intensité du mouvement fébrile.
Mais c'est sous forme d'injections hypodermiques qu'on a surtout multiplié les tentatives. Dans la syphilis, elles ne peuvent être comptées comme méthode usuelle pour les raisons exposées plus haut; mais elles ont donné de bons résultats dans quelques cas de tétanos (3 demi-milligrammes par jour), dans la méningite cérébro-spinale épidéniiqiie (même dose). Malheureusement, comme dans presque toutes les observations, le traitement classique de ces affections (narcotiques, hypnotiques, glaccj etc.) avait été continué, on ne sait quelle part il faut faire au sublime dans les succès. L'arthrite blcnnorrar/ique a été heureusement traitée par Rendu par l'injection de 3 grammes d'une solution à ^TTT- dans la cavité articulaire préalablement évacuée. Des injections intra-dermiques d'une ou deux gouttes d'une solution à 1 p. 100 ont guéri en un mois quelques cas de lupus. Enfin, mais cette fois k titre de caustique, le sublimé a été employé presque pur pour détruire un foyer de pustule maligne ; ce procédé, exlrêmemcnt douloureux, expose à l'intoxication, laisse des cicatrices difformes, et ne vaut certainement pas les injections iodées ou phéniquées.
Comme topique, le sublimé en solutions plus ou moins concentrées est une ressource précieuse dans nombre de dermatoses. En bains, il est un excellent traitement du psoriasis; en applicîitions locales, en solution dans un mélange à parties égales de glycérine, eau et alcool à -r-— , il fait disparaître on une ou deux séances V herpès circiné parasitaire ; en badigeon nages répétés malin et soir, il fait partie du traitement classique de la pelade, qui n'en demande pas moins cinq ou six
mois pour guérir dans les cas les plus heureux. La même solution fait légèrement desquamer l'épiderme au niveau des taches pigmentaires et constitue ainsi un traitement assez bon du chloasma. En solution alcoolique pure, le sublimé perd une partie de sa causticité, si bien qu'il peut être employé à 1 p. 100, dose qui serait inacceptable en solution aqueuse ; il devient ainsi un excellent topique pour le si/cosis, parasitaire ou non, dont il amène rapidement la disparition même sans épilation. En solution aqueuse à j— , il constitue une bonne lotion pour le pityriasis capitis.
Les collutoires au sublimé (solution aqueuse à -ttt , solution glycérinée à, -^ ) étaient fort employés dans la diphtérie avant l'intervention de la sérothérapie. Leur application ne doit pas être aveugle ; il faut faire ouvrir largement la gorge avec un abaisse-langue, sécher les membranes avec un tampon d'ouate et les toucher ensuite avec un pinceau trempé dans le collutoire. Ces applications ne se font plus, puisque Roux les a déclarées incompatibles avec l'usage du sérum ; elles peuvent encore être prescrites deux fois par jour pour les lésions syphilitiques de l'isthme du gosier. Les solutions de sublimé à 1 p. 100 dans l'élher ont été employées sous forme de pulvérisations à l'aide de l'appareil de Richardson par ïalamon, contre Vérysipùle et pour faire flétrir les pustules varioliques de la face. Ces pulvérisations, d'un maniement très délicat, puisque en les prolongeant tant soit peu on risque de faire former des phlyctènes, n'ont pas été bien souvent essayées.
M. Mesnahd, professeur agrégé à Bordeaux, a fait une application des plus heureuses des propriétés parasiticides du sublimé au traitement des kystes hydatiques. S'il n'a pas inventé le procédé, il a du moins donné la meilleure technique qui est la suivante : antisepsie du champ opératoire, ponction, évacuation par l'appareil de Potain ou de Dieulafoy, injection d'une solution de sublimé à -rôôô' La quantité injectée ne doit pas dépasser les deux tiers du liquide écoulé ; après cinq minutes, elle est aspirée à son tour, et pour être bien certain qu'il n'en reste plus dans la poche, on lave celle-ci à deux ou trois reprises
avec de l'eau stérilisée ou naphtolée. Cette méthode a donné d'excellents résultats dans les kystes hydatiques non suppures et dans quelques abcès du foie.
Enfin les solutions de sublimé à -^^ ou à j^ sont constamment employées en chirurgie et en obstétrique ; il en sera question quand on traitera soit des pratiques antiseptiques en général, soit de l'antisepsie des organes en particulier.
S^ Frictions mercurielles. — Après le calomel et le sublimé, la préparation la plus usitée est l'onguent mercuriel simple ou double. Dans la syphilis tertiaire, dans la syphilis cérébrale, il est, nous l'avons vu, d'un usage courant ; il peut être aussi appliqué comme topique sur les ulcérations phagédéniques de la syphilis maligne précoce. Mais, en dehors de ces usages-là, on a recours à lui très souvent ; comme antiparasitaire, rien ne vaut une friction d'onguent gris pour détruire les poux de la tête ou du pubis ; comme résolutif et fondant, on Fa employé dans hi phlébite, dans las pelvi-péntonites, dans les ostéomyélites y les péi'iostites aiguës ou chroniques ; on l'étalc alors doucement au niveau de la région malade ; et quel que soit le mécanisme de l'absorption, il n'est pas rare de voir survenir une atténuation des phénomènes locaux. La région ainsi onctionnée est recouverte d'un cataplasme ou d'ouate ; on peut aussi panser de petits vésicatoires avec de l'onguent mercuriel simple, en place de cérat ou de vaseline ; mais il faut éviter l'application de la pommade sur de trop grandes surfaces.
ClIAPITRK V LKS ANTISEPTIQUES OlUiANKJUES
Les corps de la série aromatique, si bien étudiés eu chimie depuis une trentaine d'années, jouissent presijue tous de propriétés antiseptiques plus ou moins développées : mais un grand '^mbre a aussi des propriétés toxiques très nettes. La plupart
peuvent donc être employés comme desinfectant destinés à combattre les microbes en dehors de l'organisme ; beaucoup moins peuvent servir d'antiseptiques proprement dits. Nous insisterons surtout sur ces derniers ; les plus importants à connaître au point de vue thérapeutique.
En dehors de la série aromatique, la chimie organique fournit des substances moins nombreuses, mais cependant très intéressantes au point de vue de leurs applications antiseptiques.