‹ Precis de therapeutique v. 1Chapitre 39 sur 69 · MER · texte numérisé non relu

MER

Acide phénique .H gramiiios.

lïuilc d'oHvo 40 —

Craie lavée en poudre 60 —

pour faire une pâte qu'on étalera sur des pièces de toile, lesquelles seront appliquées sur la face. On éviterait ainsi les cicatrices profondes.

Dans Vénjsipèle, on a conseillé de circonscrire la plaque rouge par une série d'injections sous-cutanées d'acide phéni(iue ; Hayem badigeonne la bordure de la plaque avec une solution à parties égales d'alcool et d'acide phénique, qu'on essuie aussitôt. Mais ce procédé expose à des cicatrices.

\j éléphantiasis étant le résultat d'une série d'érysipèles rétidivés sur le même membre, j'ai tenté de le combattre par des injections interstitielles; mais les malades n'ont pas eu la patience de me laisser poursuivre l'expérience.

Dans la fièvre puerpérale le traitement phénique interne ou hypodermique ne dispense pas bien entendu, du traitement antiseptique local, et l'injection intra-utérine reste là bien souvent le procédé sauveur quelles que soient d'ailleurs les autres médications.

b. Tétanos. — Gervellini, et après lui EopowES et Poli, ont traité des cas graves de tétanos traumatique par des injections hypodermiques d'acide phénique à 2 p. 100. Les doses employées par Gervellini étaient réellement fortes : injections

(le 2 centigrammes toutes les deux heures, et matin et soir, un grand bain de 40^ pendant deux heures. Au bout de quatre jours, l'amélioration se produisait, et on pouvait espacer les injections ; la guérison fut complète en trois semaines. Les autres observations ont eu des résultats analogues.

c. Diphtérie. — Avant la découverte du sérum antidiphtérique l'acide phénique ccu-rectcment appliqué avait donné les plus satisfaisants résultats. Dans cette affection, le vinis reste conûné à la surface dos nuniueuses et sauf exceptions, ne franchit pas celle barrière ; c'est scuienient pur ses toxines qu'il compromet l'organisme. Si on réussit à le détruire sur place, on guérira donc K* mal. Or, l'acide phénique, et en particulier l'association de l'acide phéni^iue et du camphre paraissent très actifs pour empêcher la pulhilation du bacille de Lôfflkk. On choisii^a un «les collutoires indi<iués plus bas (la formule de Gaucher est cerlninement une des meilleures) ; et à l'aide d'un pinceau ou d'un tampon d'ouate iuibibé de ce liquide, on badigeonnera les fausses membranes; il sera bon au préalable de les assécher par l'appliralion d'un i)cu d'ouate ; on ne cherchem pas (i les arracher pour éviter les érosifuis : le but est de les imprégner d'acide phénique pour y détruire les germes. Cette petite opéralion, délirate et «ioulourcuse, dillicile chez les enfants, devra être renouvelée toutes les trois heures même la nuit ; si le malade dort, il faut le réveiller. Car, pendant son souimeil, les bacilles peuvent de nouveau pulluler et regagner le lerraiu qu'on leur a fait perdre pendant la veille, (le Iraitemenl, méthodi(iuemeut appliqué, donne de très grands succès, surtout si on peut le mettre en «iMivre dès le premier ou le second jour, et si reufaiit n'est pas trop jeune.

Dans bien des cas, il est mallieureusemeut insullisant, c'e>l lorsfpie les pseudo-membranes ont envahi les fosses nasales, le larvnx et les bronehesel qu'elles échappent en ces points à loule application t(q)ique. Les irrifjations dans la gorge, faites dans l'intervalle i\os badigeonnages avee une sobUion phéniquée a 1 p. 100, sont lui bon adjuvant chez les a«lultes : mais elles n'arrivent pas au eontact de ces organes et chez lenfant 1res susceptible à lintoxicalion, elles sont dangereuses, Les caj^oti-

satioiiSt les pulvérisations semblent au contraire réussir assez bien ; introduite avec l'air respiré, la vapeur ou la pluie phéniquée humecte tout le tractus intéressé, pourvu que les bronches ne soient pas trop profondément atteintes, et contribue au succès définitif.

Il est regrettable que Roux et ses élèves proscrivent remploi de ces topiques concurremment avec le sérum spécifique. L'acide salicylique qu'ils permettent n'a pas la même valeur, malgré les services qu'il peut rendre.

d. Coqueluche. — Les pulvérisations à 50 p. 1000 répétées de quatre à six fois dans la chambre d'un coqueluclieux ont sûrement pour effet de diminuer le nombre des quintes et d'en atténuer la violence. Mais cet effet est dû à l'action paralysante du phénol, et non à son influence antiseptique. La coqueluche en effet ne perd nullement sa virulence ; je Tai vue après cette médication changer de forme, des phénomènes franchement infectieux et fébriles succédant à des symptômes spasmodiques, en sorte que je ne saurais dire si c'est un bien ou un mal de recourir à cette médication. Lorsque l'enfant est très nerveux, qu'il paraît menacé de convulsions, il est peut-être bon de l'employer.

e. Autres affections des voies respiratoires. — En revanche, elle est réellement utile dans la gangrène pulmonaire ; elle assainit l'air pour le malade lui-même et pour son entourage et soit en pulvérisations, soit en inhalations, doit être en pareil cas régulièrement prescrite. Dans la tuberculose, la déminéralisation est trop à redouter pour qu'on ose user du phénol. Dans la bronchite aiguë des enfants, il est permis de s'en servir, mais à. très petite dose.

f. Furoncle, anthrax, pustule maligne. — Un cristal d'acide phénique pur placé sur un petit furoncle au début peut parfaitement le faire avorter. Si le furoncle ou l'anthrax sont en évolution, les pulvérisations phéniquées, préconisées par Ver- NEUiL, sont excellentes. On les fera avec un pulvérisateur A vapeur qui projettera une solution phéniquée à 2 p. 100; on les renouvellera de quatre à six fois par jour, et dans l'intervalle la lésion sera recouverte d'un pansement phénique humide.

PRÉCIS DE THÉRAPELTIQUE. I. 20

I/appareil et le malade seront placés de telle sorte que le jet (le poussière d'eau arrive directement sur le mal et y détermine une sensation de douce chaleur. Chaque séance dure de dix à vingtminules. Ce traitementn'arréte pas toujours l'évolution de l'anthrax, mais il diminue la douleur, assouplit la peau si fortement indurée, limite la gangrène, restreint la suppuration; il peut être continué après les incisions, si celles-ci ont dû être pratiquées.

11 ne peut être mis en usage pour les anthrax de la face i\ cause des lèvres et des yeux, et les pulvérisations hori«|uées sont tout î\ fait insullisantes. Dans ces cas l'injection iulerstitiellc d'une solution phéniquée ti 2 p. 100 a ([uelquefois des résultats merveilleux. Il faut à trois reprises dans la même journée, circonscrire le mal })arde8 séries de i)i<iùros portant à la limite de rinduration : on voit d'une séance à l'autre cotte in<luration se réduire; on j)eut dans une même journée injecter 45 à 20 centigrammes de pliénol. Quand ce traitement réussil, il est véritablement abortif.

Bien (jue moins actif «lue l'iode, il est applicable dans les mêmes conditions que ci-dessus à la pustule tnaligne.

g. Pansement des plaies. — Au point <b» vue purement ciiinirgical, l'acide phénique est bien déchu de son ancienne réputation. LiSTEK, le fondateur de l'antisepsie, en usait tellement qu'aux yeux <hi vulgaire, antisepsie et acide phénique étaient presque devenus synonymes. Vaï efl'et, <lans le rite de Listhr, tout j)assait par le phénol : \\\ région oj^éraloire, h^s nutins et les instruments du chirurgien, les drains, le <atgut. la gaze, le protective, le niackintosb, et l'cqiération ou le pansement se faisait dans une alniospbèni phéni<iuée. le spray. Aujourd hiii le spray est condamné, les gazes phéuiquées renipla<-ées par (Wr^ gazes sa licylées, subliiné<'s ou boriquées, et le phénol n'est plus employé <[ue pour le lavage des i)laies sejdi<iu<»s : la méthode est restée : les ju'océdés et les agents ont été cbangés.

h. Maladies direrses. — Kniin le phénol est utilisé dans une joule de conditions les jilus dissemblables. A .'{() cent igra mines par jour il fait temp(U'airement disjiaraitre le siicre do l'urine d<*s diahi'tiques ; en solution concentrée, appliqué sur inie

pulpe dentaire dénudée et enflammée^ il calme la douleur ; porté à l'état pur, à l'aide d'un stylet de Bowmann sur un ulcère cornéen il en amène la cicatrisation rapide; injecté en solution à 2 p. 100 dans l'épaisseur de l'amygdale il prévient les rechutes de l'amygdalite, h la condition de répéter cinq à six fois cette petite opération.

1^ Préparations et doses. — L'acide phénique a été utilisé de bien des façons, de toutes les façons possibles.

1° Usage interne, — Chauffard préconisait la potion suivante :

Potion gommeuse 120 grammes.

Acide phénique 50 cenligr.

Par cuillerée toutes les heures.

Un grand nombre de sirops antiseptiques, antituberculeux ont également pour base la même substance. L'administration à l'intérieur du phénol se restreint de plus en plus.

Des pilules phéniquées ont aussi été utilisées dans le traitement du psoriasis (Kaposi).

Acide phonique 5 à 10 centigr.

Masse pilulaire Q. s. pour une pilule.

De 6 à 10 par jour.

2^ Lavements. — La dose habituellement indiquée est certainement trop forte; on fera bien de ne pas dépasser la suivante :

Eau 150 à 200 grammes.

Acide phéni(iue 25 cenligr.

11 sera bon que le malade ne garde pas indéfmiment le lavement.

3<* Pulvérisations. — Elles doivent se faire avec le pulvérisateur k vapeur et non avec la soufflerie de Richardsox.

Eau 4000 grammes.

Acide piiéniquo 2) à 50 —

Tenir compte de la dimension et de Taération de la pièce. Renouveler l'air souvent. Ces pulvérisations ont l'inconvénient de donner, lorsqu'on les multiplie, une humidité considérable en répandant partout une véritable pluie. Il sera quelquefois avantageux, si Ton veut agir sur les voies respiratoires, de les remplacer par la simple évaporation de la même solution sur une lampe à alcool. On n'oubliera pas que certains malades ont pour Tacide phénique une répulsion insurmontable et que ses vapeurs leur donnent de véritables suffocations qui obligent à les priver de ce remède.

4<* Injections sous-cutanées. — La solution ci-dessous parfaitement transparente peut être injectée sans grandes douleurs, à moins qu'on ne l'introduise dans des tissus enflammés (anthrax, pustule maligne, etc.).

Eau distilléo stérilisée 10 grammes.

Acide phénique pur 20 centigr.

5<* Collutoires :

GlyrrM'ine 40 grammes.

Acide i)iiéni(jue 2 —

t^ Huile phéniquée à 1/20 pour enduire les instruments ou le doigt explorateur.

7"^ Vaseline phéniquée à 1/30.

8^ Gaze phéniquée, machintosh, catgut phénique, etc. ; tous ces objets sont préparés industriellement.

9* Solution pour lavage des plaies à 5 ou à 10 p. 1000. Il est utile avec certains pliénols d'ajouter de l'alcool; il vaut même mieux dissoudre le phénol dans l'alcool et n'ajouter l'eau qu'ensuite, sinon l'acide phéni<|ue reste eu partie en suspension sous forme de gouttes huileuses.

10*^ Désinfection îles objets. — Le jihénol est em})loyé en solution à 20 ou même à 50 p. 1000 au lavage des iuslniments; mais à moins qu'ils ne soient nickelés, il les fait facilement rouiller.

Pour la désinfecliou des locaux, il est généralement insuffisant. Cependant après la coqueluche et la rougeole la vaporisation d'eau phéniquée à op. 100 dans l'appartenient. suivie d'une

bonne aération permet en général d'éviter la transmission de CCS maladies.

I 2. — DÉIilVÉS DU PHÉNOL ET ASSOCIATIONS' MÉDICAMENTEUSES

Le nombre des médicaments que Ton peut ranger sous ce titre est considérable; la cbimie en découvre ou en fabrique cliaquc jour de nouveaux et n'a pas encore terminé l'étude de leurs propriétés naturelles; la tbérapeulique en a expérimenté quelquesuns et nu j)as encore eu le loisir de juger pleiui^mtMit de leurs vertus curalives ou toxiques. Nous ne citerons ([hq les principaux :

10 Phénol camphré. — En mélangeant

Arido phéniqu<i 5 grainiiios.

(Camphre 20 —

Glyci'i-ini} 25 —

on obtient un liipiide assez fortement caustique, mais beaucoup plus autisepiiquo ([uo le jibéuol camphré primitif de Sjulkz (de Komoranlin) à l'Iiuil;^ (rolivc.

Le collutoire de Galcuku pour la diphtérie est constitué à peu prés de même.

Camphre 20 granimos.

Huilo (le ri<*iii lo —

Alcool 10 —

Aridi* phéiiiquo 5 —

Acide liirtr'Kiuo i —

C'est une excellente formule.

2*^ Phénol sulforiciné. — On peut en dire autant de cette préparation assez complexe :

Sulforicinatc de soude 80 grammes.

Acide phéuique 20 —

3o4 LA THERAPEUTIQUE DES MALADIES INFECTIEUSES

Malgré la forte proportion de phénol, ce composé se laisse très bien appliquer sur les gorges diphtériques qu'il déterge rapidement (JosiAs).

30 Phénate de soude. — Cinq parties d'acide phénique pur ; 2 de soude caustique; 4 d'eau distillée. Préparation que NoTHNAGKL et RossBACH jugcut supcrfluc, que VuLPiAN croyait aussi active et moins toxique que le phénol.

On peut en dire autant des phénales de potasse, de soude, de magnésie, d'ammoniaque, etc.

4"^ Salicylate de phénol ou salol. — (Voir aux composé^ salicylés, p. 37 0.)

b*^ Acide phénylborique. — Combinaison borophéniquée C IP Bo (0 II") <iui se présente en beaux cristaux houppes, soluble dans l'alcool et dans l'eau chaude. La saveur en est agréable; l'odeur aromaliquc rapellerait celle delà marjolaine. Ce corps parait agir sur le cerveau (vertige, céphalée, somnolence). Ses propriétés antiputrides sont énergiques ; ses propriétés lhérapeutit|ues, inconnues. Les doses essayées n'ont jamais dépassé i gramme.

6"^ Aseptol (sulfocarbol, acide sozolique). C«I1*0IÏS()*01I.

— 0]>lonu par le mélange de phémd et d'acide sulfuritiiu* à parties égales, ce corj)s, malgré ses redoutables composants, n'est ni toxi(iue ni causti(iue (Soimkh). C'est un liquide vis<ineux, roiigciUre, de saveur a<ide, facilement miscilde à l'eau, se combinant avec les sels.

En solution à 3 p. iOO, il délniil les bacilles et à 10 p. 100 les spores <lu charbon.

Ce serait certainement un renn.'deà étudier, siu'lout comme topique, dans les alïections virulentes, telles (jue la diphtérie: mais il l'autse méfier de sa cnnjposition, et .surtout de sa décomposition, sous rinlluenre de la rbaleur et du temps: car il se pro<luit alors des altérations qui en Tunt une substance caustique. Son élude chimique a besoin d'être complétée, avant

LES ANTISEPTIQUES OUGAXIQUES 355

qu'il ne prenne en clinique la place qu'il doit légilimemenl y occuper.

7*^ Sulfophénate de zinc. — Le sulfophénale fie zinc, très employé par les Anglais, n'est qu'une variété d'aseptol. Les cristaux transparents sont faiblement solubles dans l'eau.

On l'emploie contre la diarrhée des enfants (3 milligrammes de deux en deux heures, associé au bismuth, pour un enfant d'un à deux ans) et en solution de 1 à 5 p. JOOO pour injections antiblennorrhagiques.

8^ Sozoïodol (acide sozolodolique). — Corps blanc, cristallisé en aiguilles prismatiques, très soluble dans l'eau. Il contient 54 p. 100 d'iode, 20 de phénol et 7 de soufre; il se combine avec la plupart des métaux formant des sols, dont les uns ne sont pas toxiques (potassium, sodium) et dont les autres sont caustiques (zinc, mercure).

On a présenté le sozoïodol comme un succédané inodore de l'iodoforme. o On prescrit ses préparations en solutions aqueuses, en poudres isolantes avec du talc, en pommades. Leurs indications sont les maladies de la peau (mycoses), les ulcérations de toute nature ; rhinologistcs et laryngologistes s'en louent beaucoup. » (SOULIEH.)

9^ Autres dérivés. — H faut citer encore :

[o \jemonochlo)'ophê)ioLcov\)i^ cristallisé, peu soluble, très autiseptiiiue, employé en solution glycérinée de 5 à 20 p. 1000 dans les affections lubercideuses (hi pharynx et du larynx, les lupus ulcérés, la carie dentaire ;

2" Le trichlorophénol, également cristallisé, très soluble et non irritant (solution à 50 p. 100 comme lopi<iue) [Journal de Vaatisepsie, 1898) ;

3' Le tribromo-phénol ou bromol, poudre jaune citron, insoluble dans l'eau, employé en poudre et en i)omma<le comme l'iodoforme ;

4° Le xéroforme ou tvihromophènate de bianaUh, poudre flne, insoluble, insipide, bon topique pour les chancres mous, les plaies infectées, les brûlures, jouissant de propriétés analgé-

siques (Journal de V antisepsie). Se méfier de son absorption par de trop grandes surfaces.

§ 3. — Aniline, pyoctanine

1<» Propriétés physico-chimiques. —Vaniline G^IPAz {phenylamine ou amidobenzol) est un liquide incolore, mobile, odorant, de saveur Acre et brùbmte, soluble dans trois parties d'eau. Ce n'est pas un remède, c'est un poison, et il n'est mentionné ici (ju'à cause de ses dérivés, dont on a tenté l'utilisation thérapeutique, et qui ne sont autres que les couleurs d'aniline.

On les désigne sous le nom générique de pijoctanines (lluov, pus; xTsivEiv. tuer); Stilling, G. Sée et MoREAr ont particulièrement étudié la pyoctanine bleue (violet de niéthyle) et hi pyoctanine jaune [auramine). Une solution à ^^ empêche le développement du pénicillium glaucum, et une solution à ^^ tue les bactéries pyogèncs.

Malgré ces brillantes «pialités. les pyoctanines n'ont pas encore eu le privilège de s'imposer à rap})robation des médecins. Les résultats obtenus en ociilisli(jue sont assez bons dans rophtalmic purulente, médiocres dans les granulations conjonctivales: les membranes diphtériques résistent mieux aux a})plications de l)3'octanine (pi'aux collutoires phéniqués; les cancers que Mosetig avait cru modifiés profondément jiar des injections interstitielles n'ont pas paru améliorés à Leuenti', Ueclis, Quenu; les rhinologistes s'en serveut avec assez d'avantages après les cautérisations de la muqueuse nasale.

La dilTiculté d'avoir ces substances chimi<[uement pures mettra longtemps un obstacle sérieux à leur emploi. Les taches colorées (pi'elles l'ont sur la peau disi)araissent par le lavage aver, une solution d'hypochlorite de soude.

2^ Mode d'emploi. — Doses :

1*^ Poudre. — Pour saupoudrer les plaies et uh;ères, mélangée à une poudre inerte, telle ([ue le talc, dans la proportion de 1 à 20 p. iOOO.

2<* Solution, — 1 à 10 p. 1000 pour badigeonnage des conjonctives ou de la gorge.

3*^ Crayom et pommades. — 1 à 10 p. 109. 4® Coton et gaze à 1 p. iOO.

§ 4. — Bleu de méthylène

Nouveau venu dans la thérapeutique, le bleu de méthylène a guéri, au rapport de ses initiateurs, presque toutes les maladies au traitement desquelles on a bien voulu l'employer, et il a seni au diagnostic de quelques autres qu'il a peut-être aggravées. Il nous ofTre un bel exemple des enthousiasmes irréfléchis avec lesquels on accueille les innovations et de l'influence que les vives couleurs peuvent exercer par suggestion sur les malades et même sur les médecins.

11 fait pallie du groupe des pyoctanines (Stilling) : c'est un colorant dérivé de l'aniline, poudre amorphe d'un bleu foncé mat, sans saveur ni odeur, souvent mêlée à une petite proportion de chlorure de zinc. 5 centigrammes se dissolvent dans 3 grammes d'eau (Combemale).

1^ Pouvoir antiseptique. — Le bleu de méthylène arrête le développement de la bactéridie charbonneuse.

2^ Action physiologique. — Donné à l'intérieur, à faible dose, il s'élimine par l'urine qu'il colore en bleu et n'apparaît dans aucune autre sécrétion (20 centigrammes par jour), mais peut colorer les fèces. A dose plus forte (1 gramme à l'intérieur ou 8 centigrammes en injections sous-cutanées), il bleuit la plupart des sécrétions. La manière dont il s'élimine avec l'urine a servi à MM. A.chard et Castaigne à mesurer la perméabilité du rein : un quart d'heure après l'injection, l'urine devient verdàtre, bleue au bout de deux heures, bleu foncé à la quatrième heure et reprend ensuite graduellement sa teinte normale. Le retard dans l'apparition de ces nuances, leur persistance anormalement prolongée leur avaient paru des indices certains que le rein perdait sa perméabilité normale. Mais ils n'ont pas lardé à voir, ainsi que

3j8 la thérapeutique des maladies INFjECTIEUSES

d'autres observateurs, que le problème était plus complexe et que la mesure de la perméabilité rénale n'était pas en équation exacte avec le temps employé pour l'expulsion complète du bleu. L'urine, en effet, en conservant sa couleur naturelle, peut contenir des substances incolores dérivées du bleu, et capables, si on cliauffe le mélange avec addition d'acide acétique, de régénérer la matière colorante : ce sont les substances chromogènes ou leucodérivées. Rares dans l'urine de l'homme sain, elles représentent au contraire la forme presque exclusive sous laquelle le bleu s'élimine chez le chien, le lapin et le cobaye. MM. Bard et Bonnet ont montré que la perméabilité rénale variait d'une part avec les substances ingérées, d'autre part avec les lésions du parenchyme : d'après eux, elle est accrue dans les néphrites épithéliales, et elle est dissociée dans les néphrites interstitielles secondaires aux néphrites épithéliales, le bleu s'éliminant alors avec facilité, tandis que l'iodure de potassium traverse difficilement le rein. Le bleu de méthylène est donc un agent de diagnostic, dont la valeur n'est pas absolument fixée. Il serait bon dans les études ultérieures de ménager ces explorations, M. Gal- LiARD ayant montré dans quelques cas des troubles assez sérieux (vertiges, gastralgies, dysiiries et même albuminuries) succédant k remj)loi du remède.

Chez les animaux, la dose de 30 centigrammes par kilogramme est mortelle. La mort survient par empoisonnement des nerfs, sur le cylindraxe desquels on a pu déceler le bleu de méthylène, et par transformation do l'hémoglobine en métliémoglobine.

3° Indications thérapeutiques. — Ce fut d'abord un médicament de la douleur: il a été prescrit dans les douleurs rhumatismales, dans les névritess. les névralgies trifaciale, les névralgies spermati<iues, les douleurs fulgurantes du tabès. Son action quel<iuefois rapide et délinitive, quehiuefois nulle, laisse croire que la suggestion est responsable d'une partie des guérisons obtenues.

(iuTTMANN ct Ehhlich l'out vauté daiis la malaria, en s'appuyant sur ce fait queûi vitro il colorait et tuait les microzoaires de Lavkran. Bien que Laveuan lui-même ail contesté Tactivité

du remède, le bleu de méthylène n'en est pas moins un remède tout i\ fait utilisable dans le paludisme, soit que la (juinine ait échoué, soit ({u'elle ait été contre-indiquée par suite d'hémoglobinurie ou d'i<liosyncrasie. 11 a k son actif un nombre très respectable de succès et constitue dans bien des cas mie précieuse ressource (25 centigrammes trois fois par jour).

Dans la diphtérie, Kazan-Bech l'a employé intas et extra, en cachets de 10 centigrammes ((juatre ou cinq par jour) et eu badigeonnages (trois fois par jour). Les fausses membranes se détachent bien, et la fièvre tombe. — Les effets sont nuls contre la tuberculose. Pierre-Marie le considère comme utile dans la glycosurie, et Lemoine le croit capable d'améliorer les albuminuries de toutes causes, à la condition de le prescrire à doses modérées (20 à 50 centigrammes). Une faudrait pas, parce que le bleu de méthylène a par lui-même provoqué des albuminuries, le croire incapable de guérir d'autres fois ce syndrome. Il n'est pas u}i remède <iui ne puisse, suivant les circonstances, provo<iuer ou faire disparaître les mêmes phénomènes. Dans l'espèce, l'action bienfaisante du bleu sur les lésions rénales pourrait bien n'être que passagère, à moins qu'il ne s'agisse de lésions infectieuses.

Enfin on a employé cette substance comme topique dans les épithéliomas. Des injections pratiquées dans le tissu néoplasi([ue ( u cancer utérin ont donné ([uelques satisfactions au point de vue de la douleur et peut-être do la marche même du mal. Dans les épithéliomas de la face, inopérables, ul* Casïel et Mazet, Darier ont appliipié avec avantage le traitement suivant : débarrasser la surface ulcérée des végétations, croûtes, callosités, etc., soit par des cataplasmes, soit par le thermo-cautère; la surface étant ainsi détergée, la badigeonner trois fois par semaine avec une solution de bleu à-r-, puis avec une solution d'acide chromique à -tt-. Au bout de quelque temps, on laisse de coté l'acide chromique et on se contente de la solution de bleu. On obtiendrait ainsi des guérisons assez rapides et persistantes.

4^^ Modes d'administration et doses. — i*^ A Viutvrieur, capsules ou cacliets <le 5 ou 10 centigrammes. Dose moyenne 20 centigrammes par jour; dans les cas de lièvres graves palu-

(léennes, aller jusqu'à 75 ou 80 centigrammes, mais pas au delà.

2^ Pour injections hypodermiques : eau distillée, 10 grammes: bleu, 50 cenli^'rammcs; injecter un centimètre cube.

3<* Badigeonna g es : glycérine-alcool : àà 5 grammes : bleu de méthylène i à 5 grammes.

§ 0. IIÉSORCIXE

1^ Propriétés physiques et physiologiques. — Avec le jn/rocatéchine ci Vhydroquinone, la résorcine CHl^{0\iy constitue le groupe des diphénols ou des dihydroxybenzols employés en médecine. C'est une substance cristallisée en prismes rhomboïdaux, incolores, parfois très volumineux, sentant légèrement le phénol, très soluble dans l'eau, la glycérine et l'élher.

Son pouvoir antiseptique est assez développé : à 1 p. 100 elle suspend les fermentations.

Son action physiologique est celle des antilhermiques analgésiijues, dont elle a tous les inconvénients au point de vue de la toxicité et dont elle possède à un faible degré les avantages au point de vue de l'antipyrèse et de l'analgésie (voir plus loin ch. viii). Aussi, après l'avoir assez souvent donnée contre la lièvre typhoïde, dans laquelle elle ne produit qu'un abaissement thermi(jue très passager, a-t-un cessé de la prescrire comme médicament interne.

2^ Usages thérapeutiques. — En revanche, elle rend de grands services comme antisepti<iue à l'usage externe. Contrairement à tant d'autres antisepti(iues, qui sont kératolytiques, elle aurait en elîet des propriétés kératoplastiques. Aussi estelle très utile dans les ras de dermatoses et d'ulcérations septiques. C'est ainsi (pi'on peut la prescrire dans les eczémas suintants, surtout à comidications impétigineuses, plutôt que dan»* les eczémas squameux invétérés; dans la séborrhée du cuir cherc7<(; contre le psoriasis, elle <loit être prescrite à do.se plus forte. Les mêmes pommades résorcinées sont utiles dans les ulcères de jambes, dont elles calment les douleurs, et dans la pourriture d hôpital qu'elles font disparaître.

LES ANTISEPTIQUES ORfiAN'IQUES 361

Si la résorcine n'est pas un analgésique par action générale, comme l'antipyrine, elle semble avoir sur les muqueuses et sur les plaies une action locale sédative assez marqueté : de làjson emploi en gargarismes ou en badigeonnages dans les angines syphilitiques (Jullien), dans les angines scarlatineuses (Josias).

Son emploi le plus original est celui qu'en a fait Moncorvo (de Rio-de-Janeiro). 11 a eu l'idée de faire des applications d'une solution de résorcine à 3 p. 100, à l'aide d'une petite éponge sur les bords mêmes de la glotte dans les cas de coqueluche. Ces sortes de badigeonnages peuvent être faits une ou deux fois par jour. Les premières fois, l'enfant a presque sûrement une quinte très violente, mais peu à peu il s'y habitue; les quintes diminuent de nombre et d'intensité, et le malade guérit assez rapidement. D'autres médecins ont suivi cet exemple, et Patteuson déclare que la résorcine est son médicament de choix dans les affections spasmodiques du larynx et des bronches. Cependant les chiffres que citent ces auteurs comme durée de la coqueluche chez les sujets ainsi traités montrent que la maladie n'est pas très sensiblement abrégée.

So Préparations et doses : i° à r intérieur. — 1 gramme malin et soir en solution.

'1'^ à r extérieur :

Pommade avec :

Vaseline lîiO gramiucs.

Alcool 50 —

Résorcine 1 — (Uartzell.)

Pommade avec :

Vaseline 15 graïuiiies.

Poudre d'amidon \ ♦ - o

Oxyde (le zinc- ^ aa 8 gr.

Résorcine 1 gi\ (pourrcc/éiu;i.)

Pommade avec :

Vaseline 20 graiiiino:i.

Résorcine 1 —

Pour le psoriasis et pour le pityriasis capitis.

PRÉCIS DE TUERAPEUTigi'E. I. 21

Solution <* 200 OU à Yôô" ' P^^""* gargarismes dans les angines syphilitiques — Solution glycérinée à 5 ou 10 p. 100 dans les angines scarlatineuses (2 à 4 badigeonnages peu* jour).

Solution à 2 ou 3 p. 100, pour les applications sur la glotte

(MONCORVO).

Solution à 3 pour 250, pour injections à pratiquer toutes les deux heures dans les cas de blennorrhagie ; refficacité n'en est pas démontrée.

V hydroquinone et la pyrocatéchine, très peu employées, '^et dont les effets sont comparables à ceux de la résorcine, se prescrivent à l'intérieur à la dose de 30 à, 60 centigrammes ; ù l'extérieur, en solution à. 1/100 ou 1/50.

§ 6. — Grésol ou crësylol et sbs dérives

Le crèsol (acide crésyli<[ue, phénolcrésylique, crésylol) est un produit de la distillation du goudron, qui passe avec les huiles lourdes, C^IPO. C'est l'homologue supérieui* du phénol; c'est un liquide incolore, réfringenl, d'odeur créosotée, composé de trois principes isomères (orllio, meta et paracrésol).

Son pouvoir antisepti(iue est supérieur à celui de Tacide phonique ; mais son insolubilité rend ce pouvoir peu utilisable. Un peu moins toxique que le phénol, mais plus caustique, lecrésol ne peut être utilisé que comnie désinfectant et non comme remède.

11 en est de nicme du solutul, solution de crésol dans le cresvlate de soude, de même aussi du sulccul, solution de crésol dans le crésulinate de soude.

Au contruire, le crêsasol ou salicylatc de crésol est un corps cristallin, se dédoublant dans l'organisme en crésol et acide salicyli(iue comme le sa loi se dédouble lui-même en phénol et acide salicylique ; il présente à peu i)i*ès les mêmes propriétés lliénipeuti«iues que le salol.

Dose : 1 à 8 grammes jiar jour en cachets de 25 centigrammes (HoCULlLLON et Llmoi'sin).

IjC.paracri'sulate de soude est une i)Oudre blanche, fine, amère, soluble dans vingt-quatre lois son poids d'eau, dont les proprié-

tés encore peu étudiées setraient analogues à celles du salicylate de soude dans le rhumatisme articulaire aigu.

Dose : D à S grammes, divisés en cachets de 50 centigrammes chez l'adulte.

Le lysol, obtenu « par un tour de main particulier », en maniant le crésylol impur, est un liquide brun, épais, ù. odeur pénétrante, soluble dans l'eau, très antiseptique, bon pour la désinfection des mains, des objets de pansement, des déjections.

L'irrégularité de sa composition ne permet pas de l'employer à l'intérieur. A l'extérieur, comme lavages ou injections vaginales, on peut se servir de solution variant de 1 à 5 p. 100.

§ 7. — Gréoline ou crésyl

1® Propriétés physico-chimiques. — Les produits vendus sous ce nom ne sont pas identiques; la créoline anglaise de Jcyes n'est pas la même que la créoline allemande d'Ai-tmann. Le crésol parait cependant l'élément actif de l'une et de l'autre; elles seraient composées de naphtaline, paracrésol, xylol, etc. Leur coloration est tellement foncée que les solutions à 2 p. 100 sont absolmnent opaques ; ces liquides brun noir, à odeur bitumineuse, peuvent tuer rapidement les staphyloco([ues dorés, les bacilles cholérique et typhique, voii'e même les bacilles de Koch.

Spath, HiLLER, H. Garrigues ont vanté leur absence de toxicité ; mais Magdau a constaté (pie 10 grammes tuent un lapin, et Stokvis cite un cas de mort après une injection utérine d'une solution à 2 p. 100. Il faut donc se tenir sur la réserve. La créoline n'irrite pas la peau.

On en a conseillé l'emploi pour les lavages antiseptiques eu obstétnque et en chinmjie; mais il faut veiller à ce que tout le liiiuide revienne ; en pommade dans Vêrijsipcle, ï eczéma chronique, les affections sèches priinyineuses, Lichtwitz le conseille en injections dans les affections du nez et de la gorge, quand il y a indication à désinfecter (tes cavités et à tarir des sécrétions purulentes {ozène, otorrhée fétide , ulcérations, etc.).

2*^ Mode d'administration et doses :

1** Solution : \ à 2 p. 100. Ajouter de l'alcool, si l'on veut augmenter le titre de la solution ; 2*^ Pommades : vaseline ou lanoline : l sur 10; 3** Gaze et ouate créolinées.

§ 8. — Acide salicyltque et salicylates

L'acide salirjli(iue, ses composés et ses dérivés ont pris depuis vingt ans une place de plus en plus importante dans la thérapeutique. Quelques essais isolés étaient restés sans écho, quand en 1876-1877, les travaux de Sthicker, de Lépine et surtout la retentissante communication de G. Sék ù l'Académie de médecine mirent au premier plan de l'actualité l'action de l'acide; salicylique et du salicjlate de soude dans le rhumatisme articulaire aigu et la goutte aiguë. Depuis cette époque, les travaux se sont multipliés, en même temps que la chimie fournissait cha<iue année à la médecine de nouveaux produits salicjlés, et ceux-ci sont aujourd'hui d'un emploi courant dans le traitement des affections cutanées et des maladies infectieuses fébriles.

±^ Caractères physiques et chimiques. — L'acide salicylique (acide amybenzoique — C^ITO') existe dans la reine des prés et dans le gaultlieria procunibens. C'est une poudre blanche, cristalline, à la saveur sucrée et un peu irritante ; peu solublc dans l'eau froide (1/450), facile à dédoubler en acide carbonique et en acide phéniciue, altérable à la lumière.

Le salicijlate de soude C^IFO^Na est une poudre blanche, formée d'écaillés soyeuses, un peu grasse ou savonneuse au contact, soluble dans l'eau à 1/100.

Le salicylate de lithine est peu soluble dans l'eau.

Le salicylate de bisinusth est une i>oudre blanche, cristalline. à peu près insoluble dans l'eau.

Le salicylate de méthyle est un liijuide clair, volatil, d'une odeur suave, pénétrante et persistante.

Le salol est une poudre blanche, cristalline, d'odeur légère et agréable, insipide et insoluble dans l'eau ; formée par l'associa-

lion du phénol et de l'acide salicyliqiie (salicylate de phénol).

Le salophène G'^H^^AzO^ (éther salicylique de paramidophénol) se présente en cristaux lamellaires, blancs, inodores, insipides, insolubles ; il contient 51 p. 100 d'acide salicylique.

Le salacétol ou salicyîacétol est une combinaison de monocliloracétone et de salicylate de soude ; le salinaphtoL est du salicylate de naphtol ; la salipyrine est une association d'antipyrine et d'acide salicylique.

V acide salicylique combiné aux alcaloïdes (quinine, atropine, cocaïne, etc.) forme des combinaisons peu altérables, mais qui, malgré cet avantage incontestable» ont été jusqu'à présent peu utilisées.

2*" Produits salicylés extraits des végétaux. — Un assez grand nombre de plantes renferment des produits variés qui peuvent par des séries de combinaisons diverses donner dans le tube digestif de l'acide salicylique ou des corps analogues. Ce sont :

1<> La reine des prés (spirœa ulmaria), dont l'essence contient de l'aldéhyde salicylique (C^H^O^) 2° les bourgeons de peuplier et la pensée sauvage ; 3<^ Vanthoxanthum odoratum, le méliloty le faham, Vaspérulc odorante où l'on trouve la coumarine (salicylate d'acétyle), poison cardiaque et stupéfiant d'une odeur agréable ; 4^ Vécorce de saule blanc, d'où l'on retire la salicine à la saveur assez amère pour qu'on puisse la faire passer pour de la quinine; 5<* le gaultheria procumbens, plante de l'Amérique du Nord (famille des Erycacées) d'où l'on retire l'essence de Winfergreen.

L'empirisme de la vieille thérapeutique avait reconnu dans la plupart de ces plantes des propriétés utiles au traitement soit des fièvres palustres, soit du rhumatisme. Mais la découverte de la quinine et des salicylates les a fait tomber dans l'oubli, et, malgré quelques récents essais de rénovation, ces vieux remèdes n'ont plus qu'un intérêt purement historique.

3« Pouvoir antiseptique. — L'action antiseptique de l'acide salicylique est assez forte, mais variable suivant les milieux où

elle s'exerce. II empêche la fermentation de la gljcose, prévient le développement des champignons à la surface de la bière et conserve en général assez bien les substances et les boissons alimentaires, propriété fâcheuse, car elle a été trop souvent utilisée, et l'on a trop souvent payé cette conservation des aliments par l'ingestion inconsciente de doses répétées d'acide salicylique, qui ne sont pas sans exercer à la longue une influence fâcheuse, malgré leur minime proportion. Fait curieux : cet agent relarde la putréfaction plutôt qu'il ne l'empêche, sans doute parce qu'il forme avec les composés sodiques qu'il rencontre du salicylatc de soude, qui est sans valeur antiseptique. Au bout d'un certain temps, rien n'empêche donc les substances salicylées de revenir à l'état seplique, à moins que l'addition d'acides forts (HGl) ne prévienne cette neutralisation de Tacide salicylique.

49 Action locale. — Appliqué sur la peau en solution forte

ou en pommade, cel acide amène le détachement de la courbe cornée, qui se clive de la façon la plus exacte, sans amener habituellement de vésication. Sur les muqueuses il exerce une action irritante plus vraie (rougeur, gonflement, piqueté ecckymotique, dcs<iuamation), à la condition d'y être déposé pur ou en solutions concenti'ées.

b^ Effets physiologiques et toxiques. — Us sont tout différents chez l'homme sain et chez le fchricitant. Une saveur Acre et pi((uante. un peu de douleur gastralgique si la dose est forte et arrive à nu dans un estomac vide, c'est d'abord tout ce que l'on observe. La douleur d'estomac i>eul même être assez forte pour provoquer j)arfois une sorte d'étal syncopal, des nausées, des vomissements et de la diarrhée. Ces phénomènes sont d'ailleurs évités si l'on fmctionne hîs doses et si Ton donne le remède en solution: 5^6 grammes pris en im seul jour amènent presque nécessairement des bourdonnements d'oreilles très pénibles, une surdité qui s'accentue (piand on continue le médicament et qui disparaît quand on leeease. A doses plus fortes, la vue est troublée ; une sorte d'ivresse se

produit avec congestion de la faoe ; des convulsions tétaniformes ou du collapsus annoncent rpie la limite thérapeutique a été dépassée. Dans des cas- très rares, la mort est survenue, après ingestion pendant plusieurs jours de 8 à 10 grammes d'acide salicjlique. Il est possible que les produits employés aient été impurs.

A moins d'en arriver à ces doses toxiques où la mort imminente s'annonce par des convulsions ou du collapsus, par une dyspnée de plus en plus angoissante, par de l'arythmie cardiaque, par la déséquilibra tion de la température, le sujet sain qui prend des doses modérées d'acide salicylique ne présente pas d'autres troubles subjectifs que les phénomènes gastriques et auditifs signalés plus haut. L'anesthésie signalée par Laborde est une exception. Comme troubles objectifs, il faut signaler la tuméfaction du foie avec hypersécrétion biliaire, la i)ile étant j'i la fois pilus fluide et plus riche en matériaux solides, l'augraenlation de la sécrétion urinaire, avec élévation du chiffre de lurée et envies fréquentes d'uriner. 11 est à remarquer que les deux viscères qui se congestionnent ainsi physiologiquement sous rinfluence de l'acide salicylique sont précisément ceux par lescpiels cette substance s'élimine. Les sueurs profuses, les éruptions érythémateuses, ortiées et surtout scarlatiniformes sont des accidents dus à l'idiosyncrasie. La plus grande abondance du sang menstruel et peut-être une certaine tendance à Tavortement montrent que l'appareil utérin est sensible à ce médicament. 11 n'est pas impossible que le lait en élimine une faible partie ; cependant on a pu en donner aux nourrices les doses usuelles sans inconvénient pour les enfants.

6^ Effets thérapefutiquos. — Chez le fébricitant ou chez le malade qui souffre, l'action est toute différente. La température baisse, surtout dans les fièvres rhumatismales, mais aussi dans presque toutes les autres fièvres. Le dogi*é de cette chute thermique est varriable suivant la nature de l'infection ; il est rare qu'il aille jusqu'au refroidissement, comme cela se voit avec d'autres agents an ti thermiques. Hayem a noté que le pouls ne se modifiait pas toujours parallèlement à la température; quel-

(luefois au contraire le cœur est particulièrement excité par l'action de Tacide salicylique. La sensibilité normale n'était pas intéressée par ce remède, la sensibilité douloureuse Test, el bien des douleurs articulaires, bien des névralgies sont calmées et guéries par lui, tandis que d'autres échappent absolument à son action. La physiologie n'a pas encore donné l'explication de ces effets différents.

Elle l'a pourtant recherchée avec acharnement, et sans entrer dans le détail de tous les travaux publiés, il nous faut, d'après BiNz et PoucHET critiquer les principales hypothèses formulées i\ ce sujet.

L'acide salicylique se transforme dans le sang en salicylate de soude : or ce sel, bien que cliniquement très actif, ne paraît avoir par lui-même aucune valeur antiseptique ou antithermi(iue. Mais sous l'influence de l'acide carbonique que le sang contient toujours à l'état naissant, l'acide salicylique serait remis en liberté, liberté momentanée, puisqu'il se recomposerait immédiatement avec la soude des éléments sanguins. Cest au moment de cette libération provisoire qu'il agirait comme antisepticpie, comme antithermique et comme analgé-' sique. Dans les conditions normales, ces transmutations incessantes de l'élément salicylé se feraient k un faible degré ; mais dans l'asphyxie, dans les tissus enflammés, peut être dans la fièvre, l'acide carbonicjue du sang acquiert une tension pins fort€ qu'à l'étal normal, alors les transmutations sont phis faciles, plus rapides et plus nombreuses, et le remède <pii était reslé indifférent à l'étal normal a son action décuplée par le fail même de la maladie qu'il est destiné à combaltre.

Après avoir subi ainsi une série de transformations inverses, l'acide salicylique finit par s'éliminer avec la bile el avec l'urine. Quelques minutes aj)rès l'ingestion, on peut en retrouver déjîl dans cette dernière; mais l'élimination demande quarante-huit heures, et même cinq à six jours si les doses ont été successives. Il peut y être retrouvé tl l'état libre, sous forme de salicylate de potasse et d'acide salicylurique. On y décèle sa présence en versant dans le verre à expériences quelques

gouttes d'une solution très étendue de perclilorure de fer. L'urine prend une belle coloration noir-violet.

'jo Effets variables et effets constants des composés salicylés. — Les composés salicylés employés en médecine sont très nombreux ; leurs actions thérapeutiques sont variables suivant la nature des éléments qui entrent dans leur composition (phénol, alcaloïde, etc.), suivant leurs propriétés physiques, les uns étant insolubles (salicylate de bismuth), les autres volatils (salicytate de méthyle). Mais leur physiologie est dans ses grands traits toujours la même : mise en liberté de l'élément associé à l'acide salicylique, et ultérieurement action isolée des éléments composants, de telle façon que le phénol, le bismuth, les alcaloïdes ainsi dégagés produisent leurs effets propres, tandis que Tacide salicylique devenu indépendant agit aussi à sa façon.

8^^ Usages et indications thérapeutiques de Tacide salicylique. — Une fois absorbés, l'acide salicylique et le salicylate de soude ont la même action, et si on compte sur leurs effets généraux, il est presque indifférent de donner l'un ou l'autre ; il n'en est pas de même si on veut obtenir en même temps ou seulement des effets locaux.

Dans la fièvre typhoïde, l'acide paraît être un très bon remède, il commence par exercer sur le tractus digestif une action antiseptique et une fois absorbé, fait baisser la température. La dose est de 1 à 2 grammes en vingt-quatre heures dans une potion gommeuse ; il serait mauvais d'en donner une plus forte proportion. On a en effet accusé ce remède de favoriser les hémorragies intestinales et je ne serais pas surpris que son action irritante sm* les ulcérations de l'iléon ne fût pour une part dans cette complication. Une fièvre très élevée en légitime l'emploi ; des selles abondantes et striées de sang, la faiblesse du cœur le contre-indiquent.

Comme topique, l'acide salicylique est très fréquemment employé dans la diphtérie, depuis que Roux, en préconisant le sérum antitoxique, a interdit l'usage du sublimé et de l'acide phénique. L'effet antiseptique de cet acide est un bon adjuvant à

laction du sérum ; les applications doivent en. être faites toutes les trois heures. 11 est bon de ne pas dépasser la proportion de 1 pour 30 ou 40 dans le collutoire prescrit ; sinon l'action ca=astique prédominerait, et les érosions aiû» produites dans risthme du gosier aggraveraient le mal.

L'action desquamative de Tacide salicvlique le faR re<^iefclier en dermatologie dans les hyperkératoses (lichen corné de la plante des pieds ou de la paume d-es mains, cors aux pieds,, verrues cornées, etc.). Nul agent n'est plus propre à faire tomber une production cornée fortement adhérente, soit qu'on appliqua quotidiennement une couche de collodion salicvlé, soit qu'on étale à la surface malade «ne épaisse couche d'emplâtre saiicjlé. Au ))out de quelques jours, eoUodion ou emplâtre se détachent, entraînant avec eux la totalité ou la plus grande partie de la masse cornée, au-dessous de laquelle un nouvel épideme est déjà régénéré.

9^ Préparations et doses :

1» Polion goinineusc lâO gmaimes.

Acide salicyliquo 2 —

Par cuilloréo toutes les 2 heures.

2° Collutoire avec :

Glycérine 30 à iO grammes.

Acide salicyli(|ue 1 —

3« Gaze et ouate salicylées pour le panseiuent des plaievS. 4» Collodion salicvlé :

Aci<le salicyruiue 1 gramme.

Ivvlrail alcoolique de chanvre indien. 50 ceutigr.

Al<.-ool à 90" 1 gramme.

Ether à 0±» 2 gr. 50

Golloilion élasliiiue 5 —

j° Pommades à l'aiîide salicyli([ue, avec vaseline, lanoline ou glycérolé d'anjidon, dans la proportion de 1 à 30 ou 50, suivant l'épaisseur de l'épiderme de la région malade.

(>« Emplâtre salicvlé :

Emplâtre simple iO grammes.

Acide salicyli(|ae 1 —

LES ANTISEPTIQUES ,ORGANIQUEt> 371

±(y> Usageet indicaticms thén^^utiquoB du salicylate de soade. — a. Rhttmatisme articulaire aigu. — Le salicjlate de soude est, dit-on, le remède spécifique du rhumatisme articulaire aigu, comme la quinine est le remède de la lièTre paludéenne. La formule est peut-être un peu enthousiaste, elle est vraie dans la plupart des cas. Un jeune sujet est atteint de polyarthrite rhumatismale, il a une fièvre de 40<> environ, il est couvert de sueurs, et il souffre ces douleurs atroces et exquises qui l'immobilisent dans son lit et lui font redouter non seulement le moindre mouvement, mais l'ébranlement du plancher par les personnes qui circulent autour de lui. Après deux ou trois jours de traitement salicylé, to'utest transfononé; la fièvre est tombée, le sommeil est paisible, les jointures gonflées et douloureuses sont redevenues souples et normales; la peau est fraîche et moite, une polyurie abondante a remplacé T urine trouble et rare (jue le malade émettait avec tant de difficulté.

Le salicylate de soude est l'auteur de cette guérison que les jours suivants vont accentuer et affirmer. 11 ne s'agit.pas en effet, comme on a voulu le prétondre, d'une simple insensibilisation des articulations ; c'est la maladie elle-même qui a cédé au remède. Pour obtenir ce résultat, qui malheureusement n'est pas constant, il faut plusieurs conditions. La première est d'intervenii* dès le début; si la médication est commencée tardivement, son effet, sm* le mal déjà invétéré est moins net, moins précis, moins complet. Elle peut cependant être conseillée à toutes les périodes de l'évolution du rhumatisme. La seconde condition est de donner d'emblée une dose suffisante. Si l'on veut tâtonner, aller en progressant, on permet à l'organisme du malade ou au microbe pathogène de s'acclimater, de s'accoutumera l'agent thérapeutique dont les effets restent désormais frustes et insuffisantes. Il est difficile assurément de frapper ainsi juste et fort : Sthicker en conseillant 1 gramme par heure, dépassait le but ; (i. SÉE indique 7 à 8 grammes pour les adultes ; aux enfants on ne donnei'a que 2 à 4 grammes, suivant leur Age. Ces quantités seront divisées en plusieurs doses et associées à des sirops ou des infusions plutôt que données à sec dans des cachets. La troisième condition est de continuer le médicament pendant une

huitaine ou une quinzaine de jours à doses décroissantes, à partir du moment où l'amélioration se sera accentuée. Enfin il est entendu que Ihygiène du malade sera très surveillée : éviter les refroidissements, les écarts de régime, les mouvements, les fatigues intellectuelles ; envelopper les jointures dans de l'ouate ou de la flanelle, etc.

Il est incontestable qu'à ces conditions, et au prix de quelques bourdonnements et de vertiges, bien des malades ont eu le bonheur de voir juguler leur attaque de rhumatisme aigu. Pourquoi quelques-uns n'ont-ils que du soulîigement au lieu de la guérison? Pourquoi d'autres enfin ne peuvent-ils tolérer le remède et présentent-ils, quoi qu'on fasse, de la diarrhée ou des vomissements ? Ces questions ne sont pas tranchées, et d'ailleurs elles peuvent être posées pour tous les remèdes.

Mais en dehors de ces points, le traitement salicjlé du rhumatisme articulaire aigu soulève une série de problèmes. Prévientil les complications viscérales? Il semble agir favorablement sur la pleurésie ; mais celle-ci passe si souvent inaperçue et guérit si souvent toute seule au cours d'un rhumatisme aigu, qu'on ne peut guère s'y arrêter. Pour les complications cardiaques la difficulté est autrement sérieuse. Bien des médecins croient que les membranes interne et externe du cœur subissent la même influence que les s}'noviares ; malades de la même cause, elles guérissent par le même traitement. Mais en face de ces optimistes, nous trouvons les gens prudents et même pessimistes. Nothnagel et HossBACH ont vu des péricardites se développer pendant que les jointures guérissaient. Bundet fait observer que les salicylates produisent un éréthisme cardiaque susceptible de favoriser l'endocardite. Jaccoud enfin les accuse formellcnient de faciliter les complications cardiaques. L'embarras du praticien est donc grand, quand il se trouve en face d'un rhumatisme et que, privé d'autorité personnelle, il hésite entre les opinions des deux partis. La conduite (pie j'ai Tbabitude de tenir en pareil cas est la suivante : si le mahideest atteint pour la première fois, si le cas est récent et le cœur intact, je prescris le salirvlate ; si c'est une récidive, si le cas est déjA ancien, si le cœur est déjà pris, je m'abstiens. Il ne saurait entrer dans ma pensée de donner

cette manière de procéder comme modèle; j'indique seulement où m'ont amené les divergences des auteurs et mes propres hésitations.

Pour les complications cérébrales, il convient d'être plus sévère encore. Les bourdonnements, les troubles visuels, les modifications thermiques indiquent sûrement une action élective du salicylate sur le système nerveux central) et d'ailleurs on a cité des cas de psychose avec hallucinations après son emploi. Aussi, pour peu que Tinsomnie, la fixité du regard, l'irrégularité du pouls ou de la respiration fassent redouter l'imminence d'un rhumatisme cérébral, je crois qu'il est bon de suspendre la médication. Les antécédents cérébraux personnels ou héréditaires du malade devront aussi entrer en ligne de compte.

L'état du filtre rénal devra aussi être noté ; une néi)liritc, l'insuffisance fonctionnelle de la glande sont des contre-indications.

b. Affections articulaires diverses, — Les arthrites infectieuses, ou, comme on dit souvent, les pseudo-rhumatismes infectieux (blennorrhagie, scarlatine, érythème polymorphe, etc.) peuvent être combattus par le salicylate de soude, qui tantôt réussira merveilleusement et tantôt ne donnera aucun résultat, sans que nous sachions actuellement préciser quel sera l'effet du traitement.

Dans le rhumatisme chronique, dans le rhumatisme musculaire, le salicylate est vraiment infidèle ; mais il donne quelquefois de beaux succès dans les névralgies rhumatismales, dans la sciatique en particulier. 11 réussit aussi dans les douleurs fulgurantes du tabès.

Bien des théories ont été émises pour expliquer le mode d'action de ce remède : resserrement des arlérioles par excitation des vaso-moteurs, influence directe sur les éléments anatomiques. Toutes ces hypothèses doivent être réservées ou revisées jusqu'au moment où Ton saura si, comme l'ont annoncé AcHALMEct Thiholoix, Ic rhumalismc articulaire aigu est réellement une maladie microbienne.

c. Fièvres de diverses natures. — Les doses qui jugulent la fièvre rhumatismale amènent un abaissement de quelques dixièmes

OU d'un degré tout au plus dans les autres fièTres {fièvre mtermUtente, typhoïde, etc.) ; c'est que dans celles-ci le saltcj'late n'a pas l'elTet spécificiue qu'il a dans celle-là et agit simplement comme antithermique. Aussi est-il très peu employé, d'autres remèdes ayant une action plus importante. Dans la fièvre des tuberculeux, soit à la deuxième, soit à la troisième période, om le prescrit quelquefois ; et, malgré son peu d'efficacité, on y revient encore assez souvent, aucun remède n'ayant d'effet bien déterminé dans celte terrible infection.

d. Goutte. — Dans la goutte aiguë, le meilleur remède de l'accès est le salicylate de soude, aux mêmes doses que dans le rhumatisme. D'après Soulier, il agirait même mieux que le colchique. Mais convient-il de traiter l'accès de goutte et n'est-il pas plus sage dç lui laisser poursuivre son évolution ? C'est une question de doctrine, qui ne peut être qu'indiquée ici, mais non discutée.

e. Affections du foie. — Le passage du salicylate à travers le foie peut être utilisé ù plusieurs points de vue. Cholagogue, il est utile dans Victère par s[iasme des voies biliaires et dans les congestions képatiques. Antiseptique, il est utile dans les hépatites infectieuses, i»uisqu'il va combattre le colibacille jusque dans le parenchyme même de la glande. M. Cassaet a insisté sur son utilité dans la lithiase biliaire. Administré a propos au décours des maladies infectieuses, il aseptise les voies biliaires et prévient ainsi les cholécystites qui en sont souvent les conséquences et produisent à leur tour la lithiase. Donné pendant les coliques hépatiques, il prévient par le même mécanisme les complications septiques (pii s'ajoutent si souvent aux phénomènes douloureux (angiocholiles) et prépare par son action cholagogue l'expulsion des calculs.

f. Organes génito-urinaircs. — L'action sur les voies urinaires est à rechercher dans les cas de pijélites et de gravelle urique, à éviter absolument dans les néphrites. Le salicylate de soude est assez nettement emméuagogue; il doit par conséquent être proscrit du traitement des femmes enceintes.

g. Préparations et doses = 2 à 8 grammes par jour ; en cachets, solution ou potion. Si la tolérance est difficile à établir, le

l'aire prendre aux repas ou simultanément avec un peu d'eau alcaline.

Comme topique, le salicylate de soude a été prescrit en coUutoires et en gargarismes, mais son actâoB est de beaucoup inférieure à celle de l'a-cide salicylique.

11^ Salicjlaie de lîthine. — Soluble, peut se donner en cachets ou en potion; moins actif que le salicylate de soude dans le rhumatisme articulaire aigu, peut être jdus efficace dans les

formes subaiguës.

Dose ; 4 à 5 gramiifics.

1 2»^ Salicylate de bismuth. — Poudre blanche., insoluble, (lui se dédouble peuà peu dansliatestinenacide salicylique, et en bismuth qui se combine avec les sulfures de l'intestin, ce qui donne aux selles une coloration noir foncé. Il a été préconisé par Bouchard dans le traitement de la fièvre typhoïde, où il a l'avantage de désinfecter les selles. Quoique tendant à produire la constipation, il est loin d'être à ce point de vue aussi actif que le sous-nitrate de bismuth et n'a pas par conséquent dans la dothiénentérie les inconvénients graves de ce dernier sel.

Doues : 2 à 4 grammes en potion gommeuse ou cachets de :*»0 centigrammes avec association avec da^itres antiseptiques «le l'intestin (naphtol p, charbon, etc.).

±S^ Salol. — Le trait caractéristique de l'action du salol est son dédoublement dans le duodénum en acide salicylique et en phénol. Ce corps traverse le milieu stomacal acide sans s'y décomposer et se dédouble au contact du suc alcalin de l'intestin et du pancréas. Presque aussitôt après, l'acide salicylique apparaît dans l'urine. Le temps écoulé entre l'ingestion du salol et son élimination (une heure et demie environ), mesure assez exactement le temps du séjour du remède dans l'estomac ; il [)eut donc donner une idée de l'activité motrice de cet organe (Kwald). Si l'élimination de l'acide salicylique est lente, insufiQsante ou tardive, c'est que le suc pancréatique manque ou est altéré (atrophie du pancréas, fièvre intense, etc.). Il ne faudrait

par croire, quoi qu'en aient dit certains auteurs, que raction du suc pancréatique soit indispensable : j'ai parfaitement vu le dédoublement s'opérer sur du salol donné en lavement.

Les deux corps composant le salol une fois séparés, chacun agit suivant ses aptitudes ; l'acide salicyli(iue aseptise l'intestin jusqu'au point où il est absorbé, l'acide phénique est absorbé à son tour et s'élimine aussi avec l'urine, à laquelle il donne souvent la couleur noire caractéristique . Dans l'urine d'un enfant intoxiciué par le salol j'ai également constaté la présence de pigment biliaire, bien que le sujet n'eut pas le moindre ictère. Les doses toxiques varient beaucoup suivant les individus : 4 grammes sont une dose presque trop forte ; certains malades iie supportent même pas 1 gramme.

a. Indications. — On a prétendu faire du salol un succédané du salicjlate de soude, on a prétendu que, donnant dans l'intestin grêle de l'acide salicylique à l'état naissant, il devait être le meilleur des remèdes salicjliques. C'est une exagération ; de plus, le dédoublement du salol dépend de facteurs très nombreux; il s'opère d'une façon si variable qu'on ne peut pas compter d'une façon absolue sur son action. Enfin chaque gramme de salol dédoublé met en liberté 0«\^H de phénol ; et pom» avoir dans certaines maladies la dose sulïisanle d'acide salicylique, on sera obligé d'exposer le sujet à l'intoxication phéniquée. Aussi le salol est-il absolument incapable de remplacer l'acide salicylique dans le rhumatisme articulaire aigu. Son usage à l'intérieur doit être réservé aux cas suivants : i** le choléra, soit à titre cunitif dans les cas légers, soit à titre prophylactique dans les diarrhées suspectes. Le privilège qu'il possède de traverser l'estomac sans y être altéré et de pouvoir être amené inlarl jusqu'au contact du bacille spêcilijjue dans le duodénum, le rendrait précieux dans cette maladie (Lowenthal); 2" les suppurations (les voies urinaires. Sans doute, M. Givon a démontré qu'on ne pouvait compter sur lui i)our obtenir l'asepsie de «es ronduits; sans doute il est plutôt dangereux que favorable dans les néplu'ites brighticiues ; mais il rend d'incontestables services dans les pyélites, dans les cystites avec exsudation purulente; aussi les chirurgiens font-ils prendre (juclques doses de salol

aui malades qu'ils doivent opérer, de manière à purifier autant que possible le champ opératoire. Quelques médecins ont reconnu à ce remède la propriété d'abréger la blennorrhagie (?) 3° Les infections des voies biliaires. Dans les ictères infectieux, dans les cholécystites, dans les angiocholites, dans tous les cas où le salicylate de soude est indiqué pour une lésion du foie ou des conduits biliaires, le salol m'a paru donner d'excellents résultats. De faibles doses (1,50 à 2 grammes), maintenues pendant plusieurs jours, ont très souvent réussi. Il est à croire que le phénol joue son rôle en pareil cas et participe, comme son congénère salicyliquc, à l'antisepsie des canaux biliaires. M. Ferreira a conseillé le salol dans la fièvre jaune. Philipson l'a employé avec succès dans la sclérodermie.

b. Accidents. — Les phénomènes de saturation et d'intoxication sont à la fois ceux de l'empoisonnement salicylé (érythèmes, silïlements dans les oreilles) et de l'empoisonnement phéniqué (coUapsus, urines noires). Mais il peut arriver que le salol ne se dédouble pas et forme dans l'intestin des calculs assez volumineux ou assez nombreux pour déterminer de l'obstruction (Uobin). De tels incidents suffisent à faire interdire son emploi dans la fièvre typhoïde.

c. A Vextérieur. — Le salol, presque insoluble, est employé en poudre ou en pommade pour le pansement des ulcères atoniques, des eschares fessières. Son odeur assez agréable le fait rechercher ; bon pour les plaies profondes, qu'il maintient dans un état louable, il doit être abandonné quand Tépiderme est près de se régénérer, l'acide salicylique qu'il contient pouvant nuire à la formation régulière de la cuticule cicatricielle. 11 faut s'abstenir d'en saupoudrer les surfaces trop étendues, par crainte d'intoxication.

d. Préparations et doses : à Vintérieur, cachets de 05'*,50, n^ 1 à 10; — ■ à Vextérieur y salol en poudre ; vaseline au salol à 1/10 ; gaze et ouate salolées.

±49 Salophène. — Comme le salol, il se dédouble seulement dans l'intestin, après avoir échappé à l'action des sucs stomacaux et donne environ la moitié de son poids d'acide salicylique.

La toxicité est moindre que cefle an salol. II a été employé avec succès dans le rhumatisme articulaire aigu, dans Yen ' névralgies, dans les migraines, et réussit très bien aussi comme antiseptique de l'intestin, son dédoublement n*ayant lieu que progressivement et permettant à l'acide salicylique de se trouver ainsi à. l'état naissant sur toute l'étendue du tractus intestinal : de là son emploi dans les entérites infectieuses et dans les diverses formes de dysenterie. Les accidents du salicj'lisme sont moindres avec lui qu'avec les autres préparations.

Préparations et doses : cachets de 0^,50, n^ 1 à. 45. Doses beaucoup plus faibles chez les enfants.

15° Salicylate de méthyle. — Parmi les très nombreuses préparations salicylées, ce corps mérite une mention spéciale. Liquide volatil, d'une odeur pénétrante, agréable au premier abord, mais dont la ténacité provoque bientôt une céphalée assez pénible, le salicylate de méthyle a été l'objet d'études des plus intéressantes au point de vue de son absorption et de ses effets thérapeutiques. >I. Lin'ossikr, à la suite d'expériences bien conduites, a montré que cette substance comme la plupart des substances volatiles, passe à travers la jjeau saine, que dans ses a})plications comme topique, l'absorpticm pulmonaire ne jouf qu'un rôle effacé et l'absorption cutanée, le rôle principal ; que l'action désorganisatrico des préparations salicylées sur l'épiderme n'est pour rien dans cette absorption, car celle-<îi est d'autant plus active que la peau est moins altérée; MM. Sigalas cl Le Sthat, à part quelques points de détail, ont confirmé et contrôlé ces expériences.

11 suit do là que les propriétés analgésianles du salicylate de méthyle peuvent èlreulilisces localeniont. Sunapplicationcomme lopique réussit bien dans les arthrites rhumatismales douloureuses, dans les névralgies sciatiques, même dans la colique hé])atiquc où Ciiambakd-IIenox en fait le plus grand éloge. On peut verser 3 à 5 grammes ou 6 grammes de salicylate de méthyle sur une feuille d'ouate hydrophile, dtmt on enveloppe la région douloureuse, ou badige(muer celle-ci avec la même quantité de cette substance. Dans les deux cas. il faut faire une

LES ANTISEPTIQUES ORiiAXIQrES 379

honne ocelusion avec une feuille de gutta-percha qui déborde' de lous côtés la pièce d'ouate et que l'on fixe avec une bande. Le })anaement est renouvelé deux fois en vingt -quatre beures. L'action sédative se fait sentir au bout d'une demi-beiu^e.

Si un très grand nombre d'articulations demandait de semblables applications, il y aurait lieu de redouter une absorption excessive.

Le salicylate de métbyle a été conseillé, sans grand succès, en inhalations, dans Tasthme et les autres affections spasmodiques des bronches.

16^ Autres composés salicylés. — Enfin il faut citer le salicylamide, étudiée par Denigès, plus soluble et plus maniable que l'acide salicyli(iue ; le salacclol ou mlicylacèloL dont les propriétés sont analogues à celles du salol, mais qui, ne donnant pas de phénol par son dédoublement, est beaucoup moins toxique et qui, associé à l'huile de ricin (3 pour 30) serait un médicament de choix dans beaucoup d'affections intestinales ; le salinaphtol, dont k nom indique la composition et est un bon agent d'antiseptie intestinale (18*',50 à 2 grammes) ; la salipyrine, combinaison d'antipyrine et d'acid« salicylique qui serait excellente po«ar les cas d'influenza sans fièvre {Os»',50 à 2 grammes par jour); la salifonnine , dont les propriétés dans le traitement «les affections des voies urinaii*es seraient analogues à celles de l'urotuopine (1 à 2 grammes par jour). Chaque jour voit naître de nouveaux composés salicylés, que leurs inventeurs se hâtent de proclamer excellents et infaillibles, mais qui tous présentent plus oa moins les avantages et les inconvénients de l'acido salkylique et des autres coq)s qui entrent dans leur constitution.

±7^ Ssaence de "Wintergreen. — Le salicylate de méthyle se trouve à l'état naturel dans l'essence de Wintergreen ou huile de gaultherie, que l'on extrait des feuilles du gaulthe^^ procitmbens (Erycacée de l'Amérique du Nord). D'une saveur agréa]»le, ce produit est depuis longtemps populaire dans le traitemavt du rhumatisme et a été particulièrement préconisé par Tatlor dans le rhumatisme blennorrhagique. Son action

n'est autre que celle du salicjlate de méthyle, qui est son principe actif.

Doses : I à III gouttes à l'intérieur, plusieurs fois par jour (NoTHNAGEL ct Rossbach) ; k dose plus forte, se méfier de Faction cmménagogue ; à dose excessive (30 gr.), accidents toxiques mortels .

En applications externes : 2k'".->0 en solution hjdro- alcoolique (200 gr.), utile comme topique dans le rhumatisme, et aussi dans la pelade (Hallopeau).

NE DÉPENDANT PAS DE LA SÉRIE AROMATIQUE § 1. — lODOFOUME

±^ Propriétés physiques et chimiques. — L'iodoforme CIIP est un dérivé du méthane, analogue par sa constitution chimique au chloroforme et au hromoforme, ohtenu par l'action de l'iode sur l'alcool en présence des alcalins ; il renferme plus de 90 p. 100 d'iode.

Découvert par Sékullas (de Metz) en 1822, proposé pourTusage externe par Bouchahdat en 1836, étudié par Démarqua v, Lal- LiER, Besnier, FÊRÉoLcn 1867, l'iodoforme n'est devenu en France un remède populaire que le jour où des études faites à l'étranger par MosETiG-MooRHoF ont appelé sur lui l'attention. Dès ce jour, sa fortune a été rapide, mais ses adversaires ont été nombreux, et si KôNiG le considère comme un antiseptique aussi puissant qu' in offensif, dont le maniement peut même être abandonné à des mains inexpérimentées (1881), W. Dubrkuil (1888) réunit dans le Bulletin médical une série de documents qui montrent son inefficacité hal)ituelle et Kocher tout en lui reconnaissant certains avantages, trouve à son emploi de tels inconvénients qu'il propose de le bannir de la pratiijue chirurgicale. Comme toujours, la vérité est entre ces opinions extrêmes et l'iodoforme est

LES ANTIS'EPTIQUES ORGANIQUES 381

un médicament qui dans quelques cas, mais non dans tous, peut donner les meilleurs résultats.

C'est une poudre jaune soufre, cristallisée en paillettes hexagonales brillantes, dune saveur douceâtre, mais d'une odeur pénétrante et tenace qui trahit de loin les malades qui en font usage et même les médecins qui en ont manié quelques heures auparavant. La porphyrisation très exacte de ces tablettes cristallisées, l'addition d'une goutte d'essence d'amandes a mères atténuent un peu cette odeur, qui met obstacle souvent à l'em- • ploi du remède. On a proposé aussi de dissoudre l'iodoforme dans de l'éther que l'on fait évaporer : l'iodoforme se dépose alors sous forme d'une poudre très fine, amorphe, relativement peu odorante. Insoluble dans l'eau et la glycérine, il se dissout très bien dans l'éther, le chloroforme et les huiles et assez mal dans l'alcool 1/80. En dissolution, il se décompose en donnant de l'iode sous l'action de l'air et de la lumière.

2*^ Pouvoir antiseptique. — Sur la foi de Mosetig-Moo- RHOF et de ses élèves, ce pouvoir antiseptique a été longtemps regardé comme considérable. Heyn et Rovsing ont les premiers élevé contre ces assertions des protestations bien documentées, et des travaux très nombreux publiés en cette matière on peut conclure ainsi. In vitro, l'iodoforme n'a aucune espèce d'action sur les microbes de la suppuration (staphylocoques, streptocoques, etc. j ; il agit puissamment, même à distance, sur le bacille du choléra, il atténue la virulence de la bactéridie charbonneuse, il retarde la pullulation des germes de la putréfaction. Ces points sont généralement considérés comme exacts : mais il n'est pas moins vrai que dans la pratique l'iodoforme rend les plus grands services pour les pansements des plaies anfractueuses, des caries osseuses, des ulcères tuberculeux, ainsi qu'on le verra plus bas. Cette contradiction entre les faits cliniques et les expériences de laboratoire s'expliquerait par les considérations suivantes : l'iodoforme exerce une action favorable sur les plaies en desséchant leur surface ; s'il ne combat pas les microbes directement, il se combine avec les ptomaïnes et les neutralise en formant avec elles un iodure inoffensif:

enfin il donne, dans bien des cii*conslances de l'iode, à Téiat naissant, lequel est un excellent antiseptique et il est ainsi luimême un antiseptique indirect (Friedlander).

30 Effets physiologiques. — L'iodoforme est absorbé par lu peau dénudée, surtout au niveau des plaies contenant beaucoup de graisse (amputation du sein, plaies des os) ; il peut rèli-e aussi par les cavités séreuses, les parois des abcès, par les muqueuses digeslivcs ou génitales.

Dans le sang, il se transforme en iodates et en iodures, et tous les liquides de l'organisme ne tardent pas à se chai'ger d'iode en plus ou moins grande quantité (Kighini).

L'élimination par l'urine se fait avec rapidité, puisqu'elle peut éti'e commencée deux heures après l'absorption ; mais elle peut se continuer avec lenteur ; des malades ont éliminé de l'iode plus do huit jours après la cessation de pansements iodol'onués. l/iodofonue n'est jamais éliminé en nature ; il donne lieu à la présence dans l'urine soit d'iodures alcalins, soit d'un <omposé organi(iue (iodalbuiuinat de Harnack), impossible n tlécelcr par les réactifs ordinaires de l'iode.

L'application de liodofornie sur les plaies est indolore, elle peut niéuie provotjuer sur la surface jualade un certain degiv d'anesthésie. Mais répiHcrme de quelques sujets supporte mal ce contact qui provoque alors au pourtour des ulcérations de l'érythèiiie siuq)le, papuleux ou vésiculeux. Ces érythènies, que l'on a trop netlenient assimilés à rérvthéme mercuriel, s'en dislingueul gruéraloniout par les dimensions plus gi*audes d«* leurs vésicules. Toutes les fois qu'autour d'une plaie pansée à l'iodofurme, ou voit se développer des érvlhémes, il faut songer (|ue le t(q)i(jue esl i>eut-étre la cause de cet accident et modilier le pausenieut.

4^ Intoxication. — L'absorption de l'iodoforme, soit qu'il ait été donné à l'intérieur, soit qu'il ait été appliqué sur del)laies, i>eut donner lieu à des svn<ptùnics d'intoxic^ition. Celle conqiliiation survient quelquefois tlès le premier pansement : elle peut survenir ilardivemenl. après dix et vingt jours, comme

si riodoforme s'accumulaii dans l'économie. L'intoxication est grave ou légère. Dans le premiei* cas, l'inappétence, l'embarras gastrique, le hoquet constituent à peu près tout le tableau clinique; il faut y joindre le signe de V argent (Poncet), qui consiste dans la saveur pénible qu'éprouve le malade lorsqu'il porte à la bouche une cuillère d'argent ou dans l'odeur fétide que dégage une pièce d'argent frottée avec la salive du sujet. La production d'iodui*e d'argent avec formation d'acétylène expliquerait ces phénomènes (Gazeneuve).

A un degré plus accentué, des troubles nerveux apparaissent : pendant la nuit, insomnie, agitation, hallucinations, délire; pendant le jour, la lucidité est généralement meilleure, mais le malade est apathique, inerte ou, au conti*aire, tourmenté de mille soucis à la façon des neurasthéniques, quelquefois aussi il délire sans interruption. Des éruptions morbilliformes ou scarlatiniformes, une rapidité excessive du pouls (110 à 120), sans élévation corrélative du thermomètre et au milieu de ces incidents l'évolution régulière de la cicatrisation complètent le tableau clinique de cette intoxication qui peut se prolonger pendant des semaines, et qui persiste même plusiem^s jom's après la suppression du pansement iodo formé.

La violence du délh*e la nuit, la profondeur de la dépression qui, le jour, peut aller juscju'au coma caractérisent les formes graves de l'intoxication. L'albuminui'ie, la diminution de l'urine, les vomissements, la diarrhée, la sécheresse de la bouche, la fièvre, l'adynamie, donnent au malade un aspect typhique. La mort peut terminer la série de ces phénomènes ; si leur nature est assez tôt reconnue, et l'iodoforme supprimé, la guérison peut être obtenue au prix d'un amaigrissement excessif et d'une longue convalescence.

Les causes et le mécanisme des accidents iodoformiques sont complexes. En premier lieu, il faut citer la dose employée : ou n'a pas saupoudré certaines plaies de moins de 250 grammes d'iodoXorme, et si Ton songe (juc Musktig conseille de se borner à, 10 grammes, on voit qu'on a en pareil cas de beaucoup dépassé la mesure. Le tassement de l'iodorornie dans des plaies aufractueuses, dans des cavités déclives, dans des plaies

chargées de graisse favorise l'absorption. L'âge avancé du sujet, l'altération ou rinsuffisance préalable des reins sont des conditions fâcheuses. Mais les circonstances les plus importantes sont celles qui tiennent à la façon dont l'iodoforme réagit chimiquement en présence des tissus de l'organisme. « Chez les malades pansés à l'iodoforme, mais non intoxiqués, les iodures alcalins étaient assez abondants dans les urines, tandis que les combinaisons iodées organiques semblaient y faire absolument défaut. Lors d'intoxication au contraire, les iodures alcalins seraient dans l'urine en quantité très faible, les combinaisons iodées organiques s'y montrant extrêmement abondantes. » Le vrai poison, d'après Harxach à qui Buun emprunte cette théorie, serait donc non pas l'iodoforme lui-même, mais Tiodalbuminat qui se forme à ses dépens. D'après des expériences de Behiuncî. les alcalins à haute dose seraient à la fois prophylactiques et curatifs de l'intoxication iodoformique.

50 Usages de riodoforme en chirurgie. — L'emploi de

l'iodoforme se restreint peu à peu en chirurgie comme en médecine à un nombre de cas moindre qu'au début, mais mieux déterminé. Les opérateurs qui, pendant quelque temps, avaient tenté d'en saupoudrer la surface des plaies avant de les réunir. se contentent aujourd'hui d'en saupoudrer légèrement la sutmv. Encore cette pratique est-elle loin d'être acceptée par tous.

C'est sous forme de gaze iodoformëe, que cet agent est le plus souvent utilisé pour le pansement des plaies septiques et d('s plaies an frac tue uses ou cavitaires^ après les opérations ou les traumatisnies qui portent sur les fosses nasales, les oreilles, le vagin, le rectum, etc. ; après les incisions de collections purulentes profondes, après les curettages, etc. Un tamponneniciil complet, ou l'application d'une longue mèche sont, suivant les cas, les procédés le plus communément employés. Les crayons à riodoforme sont fréquemment introduits dans la cavité utérine pour modifier sa mu(iueuse chroniquemenl enflammée. Les incisions en croix ou eu rosace des gros anthrax si faciles à infecter et (jui donnent assez de sang sont particulièrement bien traitées par la gaze iodoformée tassée au fond des sillons qu'elles

forment. Dans les brûlures, Schifp a fait un éloge enthousiaste des services que rend l'iotloforme (Congrès de dermatologie, 1889).

Le collodion iodoformé est un excellent topique pour fermer et aseptiser les petites plaies récentes et en particulier les ponctions pleurales ou abdominales. Appliqué en couches sur le scrotum, il aurait l'avantage de calmer les doulcui's de Vorchite ourlienne (Lejars, Adradas).

A l'état pulvérulent, l'iodoforme est pour les chancres mous, pour les chancres syphilitiques et pour les fissures anales, un excellent topique, mais sur l'efficacité duquel on ne doit pas compter d'une façon absolue. On l'applique en nature ou uni à la vaseline.

6^ Effets de riodoforme dans les tuberculoses. — Quoique les expériences de laboratoire n'aient jamais démontré l'efllcacité de l'iodoforme à rencontre des bacilles de Koch, c'est dans un très grand nombre de variétés de tuberculoses locales ou générales que l'iodoforme trouve ses principales indications. Son emploi est de règle après toutes les opérations qui se pratiquent sur les os cariés ou nécrosés, et il donne alors des résultats meilleurs que tout autre pansement. 11 en est de même pour les fistules anales, qu'elles soient ouvertes par le bistouri ou par le thermocautère. Les ulcérations tuberculeuses des lèvres, du pharynx, des orifices naturels, sont assez bien inllucncécs par ce même topique ; mais pour les ulcérations linguales, il semble qu'on doive lui préférer l'acide lactique. Le lupusne paraît pas, par contraste, favorablement actionné par lui, et après les scarifications ou les raclages, les dermatologistes appliquent volontiers d'autres substances (acide borique, sublimé, etc.). Après les laparotomies faites pour les péritonites tuberculeuses, plu- .siem's chh'urgiens projettent de l'iodoforme en poudre sur les anses intestinales et le mésentère et pensent ainsi contribuer à la guérison qui pour d'autres est le fait de la laparotomie même et de l'entrée de l'air dans le péritoine. Enfin on a proposé de traiter la méningite tuberculeuse par l'application à la tète de vésicatoires, pansés à la vaseline iodoformée. Mais les [>riiicipales appli(îations de Tiodoiorme au traitement de la

PKÉCIS DE THÉRAPEUTIQUE. I. '^

tuberculose ont été faites à propos des abcès froids, des adénites chroniques et de la tuberculose pulmonaire elle-même.

C'est par Véther iodoformé à -^ que Verneuil a obtenu le plus de succès dans le traitement des abcès froids. Le pus une fois évacué à l'aide d'un trocart, sans exercer ni pression, ni aspiration, on injecte lentement par la même canule de 50 à 100 grammes au maximum de la solution étliérée ; il faut que le volume de celle-ci soit toujours moindre que celui du pus écoulé ; car l'éther se volatisant à la température du corps distend la poche, et pourrait la rompre s'il y était introduit en quantité exagérée. L'opération est un peu douloureuse et n'est suivie d'aucun incident, sauf exceptionnellement d'un sommeil anesthésique assez prononcé et d'une gangrène de la peau au niveau de l'abcès. Quand les effets locaux se sont tout à fait dissipés, ce qui demande plusieurs jours, elle peut être renouvelée. Les tumeurs blanches ont été quelquefois traitées avec succès par le même procédé.

Pour les adénites cervicales ou sous-maxillaires suppurées chez les scrofuleux, l'évacuation du pus à peine collecté à l'aide d'une seringue de Pravaz et l'injection d'huile iodoformée à j-q ou à j^ est un excellent moyen de limiter l'extension des cavités, de préserver la peau de l'ulcération et, par suite, d'éviter ou de restreindre les cicatrices. Les injections devront être faites tous les deux ou trois jom*s : et si l'on est amené à les trop multiplier, il est sage, pour écarter toute chance d'intoxication, de retirer Tliuile iodoformée au bout de quelques minutes ou de renoncer à leur emploi ou d'injecter alternativement de l'huile iodoformée et d'autres antiseptiques (naphtol camphré, par exemple).

.11 y a quelques années, M. Picot avait cru trouver dans les injections sous-cutanées de gaiacol iodoformé un procédé curateur de la tuberculose pulmonaire et Lemoine a guéri une mênin- Qite tuberculeuse par des cacliets d'iodoforme de 25 centigrammes administrés deux fois par jour. Mais on ne saurait compter sur ces traitements : et si l'iodoforme agit favorablement sur certaines tuberculoses locales, c'est à la condition d'être porté au contact même dos lé.sions bacillaires.

7*^ Usage interne de FiocLoforme. — L*emploi médical de riodoforine, en dehors des tuberculoses, se réduit à un très pelit nombre de cas. M. Bouchard l'a introduit dans la liste des agents de l'antisepsie intestinale et l'a associé au charbon dans le traitement de la fièvre typhoïde. 11 le formule ainsi : lodol'orme 3 grammes : faites dissoudre en : éther 10 grammes : mélangez avec charbon végétal finement pulvérisé 100 grammes. Laissez l'éther s'évaporer à l'air libre et mélangez avec 100 gr. (le glycérine. Cette préparation, assez répugnante, doit être prise en dix fois dans la journée avec un peu d'eau. Elle désodorise les selles. Cette pratique a eu peu d'imitateurs. Le lupiis vrf/thémateux, dans sa forme discoïde, lorsque les glandes sébacées sont manifestement intéressées et montrent leurs orifices encombrés de produits cornés et pulvérulents, se trouve quel- ([iiefois bien de l'usage interne de l'iodoforme. p]nfin cette substance est très avantageusement mélangée- à de la térébenthine et à (le la teinture d'eucalyptus pour former une mixture au milieu de laquelle on fait barboter de l'air que l'on fait respirer aux sujets atteints de gangrène pulmonaire ou de suppurations fétides des bronches. Ces produits volatils, entrahiés aveiî Tair respiré, exercent une action désinfectante et antiseptique jus(ine dans les profondeurs de l'appareil respiratoire. Les séances d'inhalation doivent durer de huit à dix minutes et être renouvelées de six k dix fois par jour.

8*^ Préparations et doses :

A. Usage externe. — 1** lodoforme en poudre cristallisée,

2^ loduforme en poudre amorphe , obtenu après dissolution dans l'élhcr et évaporation de <*e li(iuide. La poudre est très fine et moins odorante (jne l'iodoforme cristallisé.

Ces poudres se versent directement sur les points malades, ou sont appli(iuées à l'aide de tampons, ou même encore projetées k l'aide d'insufflateurs au fond des plaies anfractueuscs.

3^ Gaze iodoformée (k iO p. 100 environ de son poids). Le dosage de l'iodoforme dans liîs gazes que l'on achète toutes préparées est extrêmement variable.

4*^ Vaseline iodoformée k i/10**.

5° Crayons iodoformés. — Dosage variable. Us contiennent en général deux à quatre fois plus diodofornie que de masse inerte (gomme, gélatine, etc.).

6° Ether iodo formé à 1/20*^ ; ne pas en injecter plus de 100 grammes au maximum en une seule fois. L'éther iodoformé a été appliqué avec succèe par Pitres au traitement du goitre exophtalmique. Injections de 1 centicube en plein gollre. répétées toutes les semaines. On peut entendre une sorte de bouillonnement semblable à celui qu'on note dans les cas d'introduction de l'air dans les veines. On obtient le durcissement et la rétraction de la glande, le retour du sommeil, la disparition de l'exopbtalmie. Le cœur reste longtemps excité. Bien que l'amélioration survienne après trois ou quatre injections, le traitement doit être continué plusieurs mois.

7** Huile (T olive iodoformce h 1/10".

8^ Collodion iodoformé à 1/10".

B, Usage interne. — Iodoformé, 0 gr. 25 en un cachet. Deux cachets par jour. Cette dose est forte et ne peut être lougtemps continuée. Avec des pilules de 0 gr. 02, prises deux ou trois fois par jour, pendant deux semaines^ j'ai vu survenir un début d'intoxication.

§ 2. — Succédanés de l'iodoforme

Le flot montant des nouveaux antiseptiques bons ou mauvais nous submergerait si nous voulions dénommer, décrire et étudier toutes les substances proposées pour tenir la place de l'iodoforme. Nous indi(iuerons seulement les principales, relies qui, d'après Manquât, cèdent avec plus ou moins de facilité l'iode qu'elles renferment et doivent sans doute à celte propriété leur activité thérapeutique.

l^Iodoformine. — C'est une poudre fine, blanche, jaunissant à la lumière, inodore quoique composée aux trois quarts diodoforme, insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, n'irritant pas la peau ni les plaies, et fort utile dans le traitement des chancres (Bardet). Sa formule est CMl^VzM*.

2^ Diiodoforme G-I*. — C'est un iodure de carbone, poudre jaune, inodore, insoluble dans l'eau, cristallisable, et qu'il faut porphyriser avant de l'employer comme topique. 11 agit sur le chancre simple comme l'iodoforme, et pourtant il se dépouille dilTicilement de l'iode, ce qui laisse douter de son pouvoir antiseptique.

3° lodol (tretraiodopyrrol). C*I*AzII.L'iodol est une poudre b'gère, à piûne odorante, jaune clair, finement cristalline, contenant près (le 9 lO'-' d'iode, mais le cédant très lentement. C'est sans doute une des raisons qui explique la lenteur de son élimination ; car après son ingestion, son élimination sous forme d'iodures alcalins et de combinaisons albumineuses ne commence qu'après douze heures et peut se prolonger cinq semaines.

Légèrement caustique, il modifie les plaies qui semblent se recouvrir d'un voile blanchùtre. Peu toxique, il est ingéré par l'homme à la dose de 1 à 2 grammes sans provocation de phéjioiuènes fâcheux ; à 3 grammes, il détermine de la diarrhée ; à 4 grammes, il peut développer des symptômes analogues à ceux de l'iodoformisme.

Ses indications, comme topique, sont les mêmes que celles de l'iodoforme. A l'intérieur, il a été essayé avec avantage tlans le traitement de la syphilis et mériterait d'être étudié à ce point de vue.

Doses. — Usage interne : 0 gr. 10 en une pilule, i à 10 par jour, on peut aussi le prescrire en cachets. — Usage externe : poudre, pommade à 1/10*^' ; gaze.

4*^ Airol (oxyiodogallate de bismuth). — L'airol CWBiIt)Os est une poudre vert gris.ltre, légère, inodore, insipide, inaltérable à la lumière, perdant de l'iode par l'action de l'air humide et se transformant alors en une poudre rougeàtrc. Insoluble, l'airol s'emploie, comme Tiodoforme, en poudre ou en pommade ; on peut aussi le mélanger à la glycérine et l'appliquer en badigeonna ges. C'est un assez bon topique pour les ulcères de jambe. Son absorption a donné lieu quelquefois à des accidents toxiques.

6<* Lorétine. — C'est une substance légèrement acide, susceptible de se combiner avec les bases et de former des sels cristallisés. Elle cède difficilement son iode.

6'' Autres succédanés. — H faut seulement citer ici le sozoïodol tvoj. p. 3o5j, VioduphénoL le diioduphénol, Varistol. la lorétine f etc., quelques-uns à peine connus ou insignifiants, d'autres plus utiles. Ces derniers seront mieux à leur place dans le chapitre consacré à la Thérapeutique dermatologique (t. \V.

§ 8. — Acide fohmique

Une vieille croyance populaire, qui s'est encore conservée en Allemagne, attribue aux produits obtenus en distillant des fourmis, de puissantes propriétés thérapeutiques. La ciiimie à partiellement justifié cette opinion en retirant de ces animaux un acide particulièrement puissant, l'acide formique CH^O*, doué d'une granile activité anlisojdique, et que ces insectes utilisent d'ailleurs pour la consorvatinu de leurs approvisionnements.

La phannîïcopée allemande admet encore le iipiritus formivarum ; mais celte teinture ne se prépare plus aver ces animaux, c'est une solution bydroaboolifiue de Taiide artificiellement préparé: alcool 70, eau 26, acide fonni(iue 4. i> remèd.% employé en frictions, est un nd)éfiant éu(»rgique. bi>n dans les cas de paralysie, de névralgie, d'engourdissenu'nls. de fourmillements. Mais malgré sa grande valeur anlisepli(pie. puisqu'à la'dose de 0 gr. 12 dans un litre il empérlie les cultures du sti'eptoroiiue pyogène, il n'a pu élre utilisé ni intus ni extra à cause de l'irritation et de l'iullauinialion ([u'il délerinine.

§ 4. Foi{ M ALDÉHYDE

(Aldéhyde pnmique, formol, funnaline CH*().)

C'est un gaz qui se développe par l'oxydation des vapeurs alcooliques de l'esprit de bois (alcool métliylique) sous l'influence d'un fil de platine porté à rincandescence. C'est peutêtre le plus puissant des antiseptiques connus ; à faible dose il entrave le développement des bacilles de la diphtérie, de la

lièvre typhoïde, etc. Ses vapeurs pénétreraient la gélatine, les tissus animaux et les stériliseraient.

Gomme désinfectant des locaux, le fonnol commence à être très utilisé soit préparé industriellement avec l'appareil de M. Trillat, soit dissous dans l'eau à 40 p. iOO et projeté en pulvérisation, soit encore sous d'autres formes. Mais il ne semble pas qu'il ait encore rendu de grands services en thérapeutique. M. RosENBEHG a vauté son innocuité, lorsqu'on en fait usage il l'intérieur, ses effets favorables sur les crachats et sur l'état des tuberculeux (|ui en font évaporer la nuit dans leur chambre; il a présenté deux dérivés du formol, la holzine, liquide volatil et le slèriforme, corps solide, dont il a dit beaucoup de bien. Mais ses collègues de lu Société de médecine de Berlin ont apporté une série de faits contradictoires et la question en est restée là {Semaine médicale, 21 avril 1S97). A l'extérieur, une cuillerée à bombe cJe solution lY 10 p. 100 ajoutée à un litre d'eau forme un mélange utile pour les injections vaginales dans les blennorrhagies féminines.

CHAPIÏRK YI APPLICATIONS DE LA MÉTllOUE AMISEPTKJUE

lo But de l'antisepsie. — Empêcher les germes i)athogènes de pénétrer dans l'organisme, les détruire s'ils s'y sont déjà introduits, tel est le double but de la méthode dite antiseptique. D'une part, elle se confond avec l'hygiène publique et la prophylaxie des maladies infectieuses ; de l'autre, avec une série de médications plus anciennes et depuis longtemps vulgarisées. Ce qui la caractérise, ce n'est pas l'emploi spécial de tel ou tel agent thérapeutique, ce n'est pas l'utilisation à tout propos et môme hors de propos d'un médicament spécial tel que le sublimé ou l'acide phénique, c'est le souci constant dans tous les actes qu'accomplit le médecin, de lutter contre les germes morbides en dehors et en dedans de l'organisme. Il est utile

de donner à ce sujet quelques détails d'application pratique relatifs à la méthode antiseptique en chirurgie, en obstétrique et en médecine.

Les découvertes de Pasteur ont révolutionné les lois et les préceptes de l'hygiène. La construction des hôpitaux, la disposition des salles de malades, l'isolement des malades contagieux, la désinfection des objets souillés, etc., tout maintenant doit s'inspirer de cette pensée dirigeante : détruire les microbes, les écarter de l'organisme humain. Sans empiéter sur le terrain de l'hygiène, il est indispensable de rappeler ici certains faits généraux dont la connaissance justifie à chaque instant les conseils et la conduite du praticien.

Les germes pathogènes peuvent arriver à l'organisme par trois voies différentes : par Tair, par les aliments, les boissons ou les remèdes introduits dans les voies digestives, par le contact direct.

2° Transport des microbes par l'air. Moyens de s'en préserver. — L'air a été longtemps considéré comme le véhicule le plus habituel et le plus dangereux des germes morbides. Bien avant Pasteur, c'est à .l'air, à l'air vicié, qu'on attribuait la genèse et la propagation des épidémies; l'air des villes était reconnu comme plus fâcheux pour les malades et les blessés que l'air des campagnes; certains chirurgiens avaient imaginé de traiter les plaies en dehors de tout contact avec l'air atmosphérique, et dans les ponctions des plèvres et du péritoine rien n'était plus redouté que l'introduction de l'air dans la cavité que l'on vidait.

L'air des hautes altitudes est pur de tout microbe, et à mesure que l'on descend dans les plaines, que l'on va dans les villes, dans les maisons, le nombre de ces êtres microscopiques croît dans des proportions inouïes ^ Il en résulte, ce cjne l'on

* 10 mètres cubes d'air recueillis à une altilucle de 2.000 mètres ne contiennent aucun microbe. A 500 mètres au-dessus d'un lac de Suisse, ils en (Mmtiennent 8; au bord du même lac, 21. Au parc de Montsouris, 1 mètre cube en renferme 84, nie de Rivoli, 750; dans une maison neuve à Paris, 5.260; à l'hôpital delà Pitié, 11.100 (Miquel).

APPLICATIONS DE LA MÉTHoDi: AXTISEPTIu T E 393

savait depuis longtemps, la Dé<-éssilr «rime iMjniie at'raliini : laii' pur pour les blessés et les mala(le> e^t uno ronditiuii priinurdiale de leur guérison. surtout quau'i leur afrectinn li^s di^pose à des corapl ira tiens du côl»> df< vnies respiratoires. A» lieu de confiner les sujets atteint^ de lièvres éniptives, de rougeole, de coqueluche dans des lits à rideaux fernii's. dans le coin le plus obscur de la elianibre. le médecin devra exiger qu'ils soient placés dans la partie la plii> éclairée, sans rideaux et que les fenêtres soient ouvertes le plus Siiiivent possible, autant que le permettront les conditions de la température extérieure. L'air chargé de microbes est en eflet une <-ause fréquente des broncho-pneumonies secondaires. Le malade Uiiil par infecter l'atmosphère au milieu de laquelle il vit vi \\m sait quels succès inespérés suivent les changements d air dans terlaiiies maladies des voies respiratoires, la coqueluelie en i»ar(iiidier.

Le rôle de l'air dans l'infection a cependant été exagéré. Nous avons vu (ch. iii,p. IShquerinlrodurtiou de l'air dans bîs cavités séreuses a pu être conseillé avec avantage, même sans stérilisation préalable. Quant aux plaies, les premiers chirurgiens qui ont appliqué dans leurs ojjérations les principes de Pasteur (Alph. Guérin, Lister) ont eu à cœur de supi)rimer on de restreindre autant que possible les contaets avec l'air. Mais s'ils ont eu des succès aussi retentissants que légitimes, ce n'est pas en évitant le contact de l'air, c'est surtout eu évitant tous les autres contacts impurs. Lefi>ht a démontré que, dans Tétiologie des septicémies la contamination venait Iteaucoup plus souvent par les objets solides que par l'air et le spriifi phéniquéy ce nuage de vapeurs antisepli(iuos dont s'enveloppaient opérateurs et opérés dans le rite primitif de Listku. a pu être abandonné sans inconvénient.

Ce qui est plus dangereux que l'air lui-même, ee sont les poussières qu'il transporte. Le nombre de microlies contenu dans! centimètre cube de poussières est réellement colossal'.

* Un gramme do poussière contient : à Tobsorvaloirc (!<» Monlsouris 150 000 microbes; dans les maisons do Paris do 150.000 à :iOO.t)00; dans les hôpitaux, dos gerines innombrables (MiguEi.).

Aussi Tessuyagc avec un linge humide devrait-il remplacer le balayage et l'époussetage, qui ] disséminent les poussières et en les faisant voltiger autour des malades, exposent ceux-ci à une foule de complications. Ce précepte est de rigueur dans les chambres des malades et des blessés, ainsi que la suppression des tentures, tapis, rideaux, bibelots, etc., qui sont des nids à poussières et que l'on ne peut toucher sans disséminer au loin toute espèce de germes.

A cette question des poussières se rattache étroitement celle de la dessication des matières rejetées par les malades : crachats, pus, squames épidermiques, déjections intestinales. Tous ces excréta desséchés se réduisent en matières pulvérulentes, et, mêlés aux poussières de l'air, peuvent soit se déposer sur des solutions de continuité de l'épiderme, soit pénétrer par la respiration dans la bouche, le nez ou les bronches : de là des réinfections du malade lui-même ou des infections de son entourage, qu'un médecin imbu des principes de la métliode antiseptique évitera en imposant à ses clients l'usage des crachoirs de chambre ou de poche, en faisant changer fréquemment les linges de corps, les draps, les mouchoirs souillés, etc.

3° Transport des microbes par les boissons et les aliments. — a. Surveillance et stérilisation de Veau, — Les boissons, les remèdes, les aliments introduisent fort souvent dans l'organisme les éléments pathogènes redoutés. L'eau doit être d'abonl r()l)jet d'une surveillance spéciale : il n'est pas d'eau nalurolle, si pure «iu'elle soit, qui ne contienne quelques microbes. En état de santé, on peut ne pas se préoccuper de cette faible teneur bactérienne ; mais, si l'on est en temps d'épidéuiic, si les sources auxquelles on prend son eau potable sont contaminées, il faut alors avec grand soin la filtrer au filtre (Ihaniberland, ou la faire bouillir. Lébullition prolongée à l'air libre ne tue pas tous les germes (Straus) ; mais elle en élimine un asssoz grand nombre pour que pralicpiement elle constitue une précaution suffisante. Il sera bon, après l'ébullition, de filti-er l'eau, l'eau bouillie tenant en suspension des sels et des débris que la chaleur a fait précipiter et ayant un aspect

désagréable. En outre la filtration lui permettra de redissoudre un peu d'air, qui remplacera celui qu'a chassé rébullition et la rendra plus facilement digestible; Teau tout ii fait privée d'air est en effet lourde à Testomac et pourrait par un usage prolongé provoquer des troubles dyspeptiques.

Les mêmes précautions devront être prises quand on traite un malade atteint d'affection des voies digestives, dont l'épithélium gastrique et intestinal, affaibli ou déjà desquamé, n'offre qu'une barrière insuffisante aux microbes pathogènes, ou bien lorsque le foie altéré ne peut plus suffisamment remplir ses fonctions antitoxiques. La stérilisation de l'eau sera donc imposée dans tous les cas de gastrite ulcéreuse, d'entérite, de choléra, de dysenterie, de fièvre typhoïde, d'ictère infectieux ; les anciens répondaient inconsciemment à cette indication en donnant aux malades des infusions, que leur préparation même stérilisait. Cette précaution devra être étendue non seulement à l'eau des boissons, mais à l'eau qui entre dans la composition des remèdes; pour les potions, les gargarismes, les lavements même, la mention eau stérilisée devra être portée sur toutes les ordonnances.

b. Les boissons alimentaires. — Le lait, le bouillon, le vin, toutes les boissons doivent être aussi très surveillés. Que de fois ils ont été les véhicules de contagions graves (tuberculose, fièvre typhoïde, scarlatine). L'ébuUition du lait, la conservation du vin et du bouillon dans des vases absolument propres sont des précautions indispensables. Les rechutes d'entérite, de choléra, sont dues fréquemment à l'ingestion de boissons contaminées.

c. Les aliments solides. — Les mêmes considérations sont applicables aux aliments solides, et il faut apprendre à l'entourage des malades à sacrifier sans hésiter toute viande suspecte d'un commencement de fermentation, tout légume mal fuit ou mal lavé. Ces points seront d'ailleurs mieux étudiés à propos du régime dans les maladies des voies digestives.

d. Vasepsie des médicaments. — Au point de vue des médicaments, ils sont presque tous stériles par leur nature même ou par les conditions de leur préparation et de leur conservation.

Mais les extraits organiques, devant être préparés à froid, constituent des remèdes que les microbes peuvent parfaitement envahir et en fait M. Sabrazès a constaté que la plupart donnent des cultures de différents microbes. A ce point de vue, les sucs glycérines plus stériles sont supérieurs aux extraits, poudres, tablettes et pilules organiques. Plusieurs des accidents observés au cours des traitements opothérapiciues proviennent de l'usage de médicaments altérés.

4"^ Transport des microbes par les contacts médiats on immédiats. — L'idée de l'antisepsie doit donc poursuivre le médecin dans toutes ses interventions, dans toute sa conduite, dans le choix et le détail de ses plus simples prescriptions alimentaires ou médicamenteuses. Mais elle doit l'inspirer plus incessamment encore lorsqu'il se met en contact direct ou indirect avec son malade. Il est incontestable qu€ trop souvent le médecin, et surtout le chiriu*gien et Taccoucheur ont porté d'un malade à un autre les affections qu'ils soignaient : variole, diphtérie, érysipèle, infection puruleute, fièvre puerpérale, etc. Nous n'avons pas à insister sur les nombreuses observations ou expériences qui ont montré que les mains, les habits, les instruments et les objets de pansement ont été les intermédiaires de ces contagions. 11 devrait sufflre de savoir qu il en est ainsi et de connaître ce que l'on a à faire pour que d'aussi tristes exemples ne se reproduisent plus.

a. Le médecin véhicule des contages, — Cette question du transport des germes par le médecin est si grave que l'on s'est demandé si, ai)rès avoir vu un cas de maladie infectieuse, un praticien ne devait pas s'abstenir de voir d'autres malades le même jour. Ainsi posée en termes absolus, elle constitue une véritable exagération. Mais ce qui est certain, c'est que la visite auprès des malades contagieux compoiie. avant et après, un certain nombre de précautions indispensables; c'est que si le cas est particulièrement virulent : phlegmon gangreneux, fièvre puerpérale, diphtérie hypertoxique, le médecin devra alors, autant que possible, s'abstenir d'aller ailleurs, notamment chez les sujets que leur état rend plus susceptibles d'être contagionnés

(blessés, opérés, femmes en couches). C'est qu'en effet, dans ces cas tout à fait graves, les précautions antiseptifiues les plus minutieuses et un délai de vingt-quatre heures ne suffisent pas toujours à débarrasser le médecin des germes qui ont pu souiller ses mains et ses vêtements dans l'exercice de sa profession.

b. Asepsie des vêtements, — Pour empêcher les vêtements d'être contaminés, l'usage des grandes blouses de toile que l'on met avant d'aborder le malade et que l'on quitte aussitôt après, est excellent. Les chirurgiens l'ont unanimjnt adopté; il est à désirer que les médecins les imitent, dràce à ces précautions, leurs vêtements ne transporteront plus à droite et à gauche des germes de variole, de dii»]itéi'ie, de peste, de septicémie, etc. Les pulvérisations autisepti«{ues (acide salirylique, thymol, etc.) sur les habits de drap, leur tenue en état d'irréprochable propreté sont indispensables.

c. Asepsie des mains. — Un des points cai)itaux pour un chirurgien, pour un accoucheur, même pour un médecin, c'est l'asepsie des mains. La main qui a palpé un malade souille et contaminé, qui a été au cours d'une opération éclaboussée de sang et de pus, le doigt qui a touché un utérus infecté gardent sm' l'épiderine et même dans l'épaisseur de l'épiderme, gardent surtout dans les sillons unguéaux des collections énormes do germes pathogènes. Il faut donc en faire un nettoyage minutieux après chacune de ces interventions ; et il faut le faire aussi avant ces mêmes interventions, car les poussières que Ton accumule inconsciemment à la surface de la peau sont toujours plus ou moins riches en microbes, et déposées par une main médicale au contact d'une plaie saine, d'une muqueuse intacte ou d'un épiderme légèrement excorié peuvent faire des inoculations dangereuses. Tel a été, tel est encore trop souvent, le mécanisme de la propagation de l'infection purulente, de la fièvre puerpérale, de l'érysipèle, etc.

Ce nettoyage, si simple en apparence, doit pour être efficace s'accomplir suivant certaines règles. La première condition est de n'avoir aux mains ni plaie ni lésions septiques (furoncle, panaris, etc.). Le chirurgien ou l'accoucheur, porteur de ces

affections, doit momentanément renoncer à la pratique. Les petites érosions pourront être protégées par du coUodion, aussi bien dans l'inlérét du médecin que dans celui du malade. La toilette des ongles est une mesure préliminaire indispensable; car les sillons sous et sus-un géaux sont, par excellence, des lieux d'asile pour les poussières et les microbes ; ils seront donc fréquemment et soigneusement curetés, et, ceci fait, le nettoyage des mains comprendra « la série des actes suivants, qui demandent environ de trois à cinq minutes : 1^ savonnage et brossage des mains, des doigts et des ongles avec la solution de sublimé à 40 centigrammes pour 1000 pendant une minute au moins; 2<* toilette des sillons unguéaux avec un linge humide et, au besoin, avec un cure-ongles en bois ; 3^ lavage à lalcool à 80° pendant une minute; 4*^ nouveau lavage des mains au sublimé sans savon* ». L'essuyage des mains ne doit se faire qu'avec des linges ou des ouates aseptiques; ou même ne pas se faire du tout.

D'autres chirurgiens ont proposé des règles un peu différentes ou d'autres solutions antiseptiques pour le lavage; ces modiGcations sont peu importantes ; « car le degré de la désinfection est moins en rapport avec la nature et le titre de la solution antiseptique qu'avec le soin apporté au brossage et ausavonnagA préliminaires des mains ». Malgré toutes les précautions, on voit souvent les doigts plongés, au sortir de tous ces nettoyages, dans dos bouillons nutritifs Iciir fournir K's gornios des cultures b's pins variées. Le secret des sin'cès |)our les rliirurgi<»ns et les aocourbuurs, le secret de la non-i)ro])agalion des maladies par les niédceins réside en grande partie dans la propreté minutieuse des mains.

d. Nettoyage antiseptique du malade. — Les mêmes soins d'antisepsie doivent être reproduits sur la jiarlie du corps du nuilade ou l'on va intervenir. Le champ opératoire doit être aussi exactement lavé, brossé et désinferté : que les microbes infectant une plaie vi(»nnent de la peau du médecin ou de celle (lu malade le résultat serait le même. Les détails d'application

* Tarnier, De l'asepsie et de l'antisepsie en obstétrique, p. 35f.

varieront avec la région intéressée, mais le principe sera le même.

e. Asepsie des instruments médicaux et chirurgicaux. — Enfin, et c'est là mi point sur lequel on ne saurait trop insister, l'asepsie doit être rigoureuse pour tous les instruments et objets de pansement. Elle est relativement facile pour les objets qui ne servent qu'au malade et qui jie leur servent qu'une fois, (juoiqu'il arrive trop souvent et malheureusement de les laisser exposés aux poussières ou de les faire porter par des aides ou des serviteurs aux mains mal nettoyées. Les instruments tranchants dont les manches aujourd'hui lisses et nickelés ne recueillent plus de germes, sont faciles îï laver, et doivent être passés à l'étuve et enfermés dans des boites métalliques et stérilisées jusqu'au moment de l'opération. Mais les sondes et les canules à injections ou à lavemi'uts, tous les instruments en caoutchouc en un mot, sont d'un entretien plus difficile ; ils doivent être construits de manière à présenter le moins possible de creux ou de culs-de-sac où s'accumulent les impuretés, ils doivent être faits fie substances qui ne s'altèrent pas soit dans l'eau bouillante, soit dans les solutions antiseptiques; ils doivent être lavés avant et après cha(iue séance où on les utilise : ils doivent être conseiTés soit enveloppés de linges ou d'ouate stérilisés, soit plongés dans des solutions antiseptiques (sublimé à 1 p. 1000, thymol, etc.). Certains chirurgiens aiment à conserver les sondes dans de grandes éprouvettcs pleines d'eau pure, au fond desquelles on a versé un peu de mercure. Les vapeurs mercurielles suffiraient à maintenir les instruments dans un bon état d'asepsie.

II va de soi que ces considérations s'appliquent intégralement aux spéculiuns, abaisse-langue, seringues de Pravaz, à <;es instruments plus médicaux que chirurgicaux, mais qui n'en sont pas moins astreints aux lois les i)lus sévères de l'antisepsie. Uue de contagions n'évite-1-on pas par renlretien régulier de ces objets.

f. Asepsie des objets de pansement et des médicaments topiques. — Tout ce qui sert aux pansements doit, après les instruments, être l'objet (k la constante surveillance du praticien. En pre-

mière ligne on trouve aussi l'eau et les solutions antiseptiques destinées aux lavages. 11 est inutile de répéter ce qui a été dit à propos de l'eau prise en boisson : les règles sont les mêmes. La grosse dificulté n'est pas d'avoir de l'eau bien stérilisée ou des solutions bien préparées, mais d'avoir des aides assez dévoués et instruits, d'être assez vigilant sur ses propres actes, pour être assuré qu'au cours du pansement aucune main souillée de pus ou de sang ne viendra contaminer les liquides ou leurs récipients, et compromettre ainsi l'évolution ultérieure de la plaie.

Les éponges, qui transportent si facilement les germes d'un malade à un autre, d'une plaie à une autre chez le même blessé, de l'œil malade à l'œil sain chez le porteur d'une conjonctivite sont généralement al>andonnées et remplacées par des tampons d'ouate hydrophile, que l'on jette dès qu'on s'en est servi. Les linges, les ouates et les gazes antiseptiques seront soigneusement enveloppés dans des papiers blancs ou des serviettes dans l'intervalle de deux pansements ; les cuvettes où doivent être versés les liquides destinés aux lavages ou aux applications topiques seront lavées ou (lanibées'à l'alcool.

Les pommades, les collutoires et, d'une façon générale, les médicaments topiques ne sont généralement j)as, de la part des médecins, l'objet de soins assez niélhodijiues. Que de fois j*ai vu plonger le doigt dans un pot de pommade pour y prendre ce qu'il est nécessaire d'étaler sur une lésion cutanée ! Que de fois j'ai vu le même i)ineeau plongé dans un collutoire, porté sur la gorge entlaniniée d'un malade et reporté ensuite dans le flacon ! Ce sont là des pratiiiues détestables, bonnes toïit simplement à transformer les topiques en bouillon de culture pour les plus dangereux microbes ; aux applications suivantes, ce n'est pas un topi<iue bienfaisant c'est une nouvelle chance de septicémie ou d'infectiojis secondaires cpie l'on apporte au malade. 11 faut, avec les précautions voulues, prendre de ces médicaments la ({uantité cpii servira pour une séance et, si l'on en a trop pris, ne jamais remettre le reste dans le pot ou le flacon.

S'' Difficultés d'une antisepsie parfaite. — D'après ces

quelques indications, pourtant bien sommaires, on voit combien il est difficile de ne pas commoUre de faute contre lantisepsie. Aussi doit-on ne pas abuser des explorations des cavités mu- (jueuses, être avare de ponctions exploratrices, faire des pansements rares, ne procéder aux vraies opérations chirurgicales qu'armé de toutes les ressources antimicrobiennes, se rappelant que chaque intervention, chaque contact peut être pour le malade, malgré les plus minutieuses précautions, Toccasion d'une contagion fâcheuse et même fatale. A ce sujet, il est utile de s'expliquer sur une pratique que les premiers travaux de l'école microbiologique avaient considérablement développée et qu'une plus juste critique tend aujourd'hui à restreindre : je veux parler des injections et des lavages, envisagées à un ])oint de vue tout à fait général.

6° Des lavages et injections dans les cavités naturelles et artificielles. — Considérant avec raison les sécrétions des organes enflammés comme des liquides chargés de germes de toxines, on s'est hùté de laver toutes. les cavités naturelles ou artificielles pour en expulser ou en désinfecter les liquides. Il semblait que si l'on réussissait à enlever la dernière goutte de pus d'une plèvre malade, d'un vagin enflammé ou d'une fosse nasale atteinte de corjza chroniipie, c'était assurer une guérison tout à fait rapide. De là la grande oxlension des lavages et des injections dans les gastrites et les ectasies stomacales, les entérites coliques et rectales, les uréthrites, les cystites, les vaginites, les métrites, les suppurations articulaires, pleurales, péritonéales, etc. Or les succès sont loin d'avoir ré[)ondu régulièrement à celte pratique pourtant poursuivie avec mélliode et persévérance. On a pu incriminer en cas d'échec l'insuffisance des qualités antiseptiques des liquides employés. Mais les insuccès tiennent le plus souvent à des causes autrement importantes et qu'il faut connaître.

a. Causes de leurs insuccès. — D'abord les injections ne pénètrent pas toujours dans toutes les anfractuosités des cavités naturelles ou artificielles. En faisant circuler des liquides colorés dans le vagin, les fosses nasales ou telles autres excavations,

l'examen pratiqué immédiate ment après montre que nombre de points ont échappé complètement au contact du liquide injecté, l^es sécrétions pathologiques accumulées dans ces points ne subissent donc en aucune i'acon l'action des injections, du moins telles (ju'on les pratique habituellement

En second lieu, il peut arriver inversement que Tinjection pénétrant dans des points que l'inflammation a jusqu'alors respectés, y entraîne des sécrétions pathologiques et amène ainsi la propagation dos lésions spécifnjucs. Plus d'une blennorrhagio doit aux injections d'avoir pénétré de l'urètlire antérieur dans l'urèthre [jostérieur: elles sont alors non seulement inutiles, mais nuisibles,

Mais les deux grands motifs (jui expliquent l'insuccès des lavages, c'est la disposition des microbes sur les muqueuses enflammées, ce sont les conditions d'écoulement du liquide sécrété. L'anatomie pathologicpie a montré que les bactéries ]>ntliogènes, dans la phqjart des cas, on pourrait dire dans tous les cas. ne sont pas sculcnicut étalées à la surface des membranes, mais logées dans des couches plus ou uioins profondes de l'cpilhéliiirn ou même du derme muqueux (uréthrite, métrile |)uorj)érale, etc.). 11 est bien clair qu'iui siniple lavage est alors absolument incapable d'agir sur ces I)acténes, véritables causes de la prolongation ou de l'aggravation du mal. Si l'on veut obtenir une action elïicace, il faut (jne le liqni«le injecté puisse modifier les parois do^ cavités par cautérisation ou par absorption, mais antremenl, en tout état de cause, qui» par des pr«>priétés siniplemcul antiseptiques. Oiiant aux con«litious d'écoulement, ce sont elles ({iii le |»liis soiiveiil douiiniMd la si! nation. Quelle que soit la se|dicilé <lu i)iis ou du li([uid«^ siM-rét'', le nrilade a des chances de se sauver si récoulenienl est b(ui, si b» li<|iiide ne peut s'accumuler ou séjourner dans \o< cavités, pane qu'alors il échappe à la résorption des toxines. Au contraire, un liquiih modérément toxique sera tout particulièrement dangereux s'il ne peut librement Huer au dehors et s'il ue sort pour ainsi din' que i)ar regorgement. Dans de telles cin-onstances un lavag.' aura peut-être quebpie avantage en sulistituanl dans les clapiers un liquide ase[)tique ou antiseptique au liquide de séeré-

lion morbide, mais il ne faut pas se faire illusion sur la valeur de ce moyen thérapeutique. Car le liquide injecté, s'il est fortement antiseptique, sera en partie retenu et exposera le sujet à des troubles d'intoxication, et, s'il est anodin, il n'empêchera nullement la reproduction des germes, peut-être la favoriseral-il. Voilà pouniuoi les lavages des pleurésies purulentes sont si souvent suivis d'élévation de la température, lors([u'on u a pas le soin île vider très exactement les culs-de-sac pleuraux.

b. Indications et contre -indications générales des lavages. — Partant de là, quelles seront les indications et les contre-indications générales des lavages et injections. 1*^ On s'abstiendra en général d'injections préventives; toute introduction d'instruments et de liquides dans une cavité pouvant être l'occasion d'introduction de germes dans celle-ci. C'est ainsi qu'en obstétrique, après avoir éncrgi(iuement préconisé les lavages vaginaux chez les femmes saines, on commence aujourd'hui à recommander l'absteiUion. 2*^ Ou fera des lavages lors<[iril s'agira d'expulser des débris, des caillots, des concrétions qui séjournent dans les cavités et qui ne j)euvent en être cliassés que par un liquide circulant sous une certaine pression: injections intrautérines dans les cas de rétention placentaire ou autre, irrigations nasales après les épistaxis, dans les ulcérations scrofuleuses recouvertes de croûtes, etc. 3'' On fera encore des lavages, quand la sonde ou le tube introduits permettent de retirer les liqui<les toxiques ou septi(iues et de retirer eu outre inlegraleuient le liquide injecté (lavage de la vessie, lavage de l'estomac, etc.). 4^ On n'en fera pas si ce retrait est incomplet ou incertain, et la véritable antisepsie consistera alors avant toutes choses à assurer l'écoulement régulier des liiiuides sécrétés, le lavage ne pouvant intervenir efficacement qu'après celte }>reniicre intervention (contre-ouverture, dilatation des conduits, etc.).

1^ Résultats généraux de Tantisepsie. — Tels sont, rapidement exposés, les principes et les modes d'application de la méthode antiseptique. On ne peut prévoir tous les cas, c'est à chaque praticien de s'inspirer dans les circonstancea spéciales de cette crainte de la contagion et de l'infection qui doit dominer

sa vie médicale et lui inspirer les mesures les plus lutélaires dans l'intérêt de ses malades. Grâce à cette méthode, on a pu depuis vingt ans pratiqiier avec sécurité les opérations qui étaient si souvent autrefois suivies de septicémies mortelles ; et la chirurgie a pu oser des interventions dont le seul énoncé eût semblé folie à nos pères, venant ainsi au secours de la médecine défaillante dans les affections viscérales les plus profondes (calculs biliaires, tumeurs du cerveau, gangrène pulmonaire, etc.)- En obstétrique, on a pu, sinon supprimer, du moins réduire à des pi'oi)ortions infinies la fièvre puerpérale dans les maternités et conserver ainsi un nombre considérable déjeunes femmes*. En médecine, le joiir où les pouvoirs publics voudront bien entrer avec fermeté dans les applications de l'antisepsie à l'hygiène publique, on verra se restreindre les affections épidémiques ou endémiciues les plus graves (choléra, peste, tuberculose, lèpre, etc.) ; et dès à présent il appartient au médecin instruits d'en combattre efficacement la propagation dans les familles ou dans les villes où il est appelé à donner ses conseils. Les médications antisepticpies ai)i)li(iuéesau traitement des maladies infectieuses ont en outre donné des résultats très appréciables (antisepsie intestinale, antisepsie des voies biliaires et du poumon, etc.).

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