RAPPORT ENTRE LA TEMPÉRATURE ET UE POULS
L’étude de la température dans ses relations avec les autres symptômes des maladies est une chose des plus importantes; mais ici, dans la thermométrie clinique générale, nous la considérerons seulement dans ses rapports avec le pouls, la respiration, les sueurs, les urines, la nutrition et l’innervation, réservant pour la thermométrie clinique spéciale l'appréciation relative aux autres phénomènes morbides, parce que là se trouvera mieux leur place.
La température dans ses oscillations se trouve dans le cours des maladies aiguës en relation directe avec la fréquence du pouls ; l’élévation de la température correspond à l'accroissement de la fréquence de la circulation, la grande vitesse du pouls va de pair avec les hautes températures ; et réciproquement, les basses températures coexistent avec le ralentissement circulatoire.
Cependant celte proposition n’est exacte que si nous la considérons sous un aspect très-général. Si nous exami-
nons dans leurs détails la correspondance de la température avec le pouls, si nous comparons la calorification avec la circulation dans les modifications successives par lesquelles elles passent, tant dans la même maladie que dans des maladies différentes, cette relation cesse d’exister ; nous trouvons que les deux fonctions ne varient pas dans la même proportion, et nous constatons qu’à un degré donné de température ne correspond pas un nombre équivalent de pulsations.
Effectivement, il n’y a pas relation constante et rigoureuse entre les modifications thermiques et les modifications sphygmiques ; on ne peut juger du degré de la température par la fréquence du pouls. Les observations consignées dans les archives de la science montrent que la même température peut coïncider avec de grandes variations dans le nombre des pulsations, que la température normale peut se rencontrer avec un pouls fréquent/ l’élévation de la température avec la lenteur des pulsations, la diminution de cette même température avec l’accroissement de fréquence circulatoire, et enfin, que les oscillations de l’une ne marchent pas pareillement avec les variations de l’autre. Dans la thermométrie clinique spéciale nous trouverons la démonstration péremptoire de ces assertions; cependant nous présenterons ici même dès à présent quelques exemples, tirés de nos registres cliniques, qui ne laisseront aucun doute sur ce point.
Maladies
Pneumonie aiguë don- ] 8.°
ble au 2.me degré;/ 9.e
guérison... J 10.e
Pleuro-pneumonie ai-' guë droite, au 2.mo; degré; guérison .
Fièvre angioténique ; guérison *
Tuberculose naire au 3.™*' mort
pulmo- j
" degré;
Empyème du gauche; mort
côté
Hypertrophie excentrique (énorme) du ventricule gauche] du cœur; mort . .
Indéter-
miné
« lé o s g g a
• 1- Sco
De 9 h 10 heure* du matin
De 3 à 4 heures du soir
Température
Pouls
Respiration
Température ,
Pouls
Respiration
Maladios
De 9 à 10 heures du matin
De 3 à 4 heures du soir
Température j
Respiration
Température j
Pouls j
Respiration j
Erysipèle phlegmoneux à la
jambe droite; suppuration;
guérison 1
Impétigo syphilitique général
confluent
Ces observations, auxquelles nous pourrions joindre un grand nombre d’autres, sout suffisantes pour prouver les proposilions que nous avons énoncées au sujet de la relation entre la température et la fréquence des battements artériels ; pour rendre la démonstration encore plus claire nous disposons dans les tableau suivant les températures dans un ordre décroissant, et nous mettons en regard le nombre de pulsations qui correspond à chacune d’elles.
1 Cette observation est très-étendue, et pour cette raison nous nous bornons à. extraire du registre les températures qui ont été notées pendant quelques uns des jours.
Degrés thermométriques
Pulsations
Degrés thermométriquei
en
en
Degrés thermométriques
rt
en
Degrés thermométriques
en
en
Oln A
Il est des cas dans lesquels le désaccord entre le pouls et la température a sa raison d'être plus ou moins manifeste ; ainsi dans les affections pulmonaires graves le pouls peut devenir fréquent quand la température baisse, ce qui selon le docteur Smoler, est un signal d’asphyxie. Dans les affections cérébrales on observe pendanl la période de compression le ralentissement du pouls sans modification dans la température; dans la convalescence l’anémie consécutive entretient la fréquence du pouls tandis que la chaleur est normale ou même hypophysiologique l.
Si le niveau de la température ne demeure pas en rapport avec la fréquence du pouls, il a une relation plus inti-
1 Nouv. dict. de méd. et de chir. pratiques , t. vi. — Paris, 1867.
me avec la tension du pouls et la pression du sang ; la tension artérielle diminue l’élévation de la chaleur. Ce fut aussi cette circonstance qui nous a porté à introduire dans nos registres thermo-sphygmo-pnéométriques les courbes tracées par le sphvgmographe.
Les idées que nous avons présentées sur les rapports de la température avec le pouls et qui sont la déduction des faits que nous avons observés, sont conformes aux opinions généralement admises par les praticiens qui se sont adonnés à ce genre d’études. Le professeur Monneret, dans sa pathologie générale, après avoir dit que la fréquence du pouls est proportionnelle, en général, a l’intensité de la chaleur febrile, ajoute: «Cependant cette corrélation riest pas aussi constante qu'on le dit. On observe sous ce rap, port des variations nombreuses.»
Le docteur Spielmann arriva à cette conclusion : «Le pouls augmente de fréquence avec la température dans la ma. jeure partie des cas; mais il est impossible déjuger de l’élévation de la température par la fréquence du pouls et viceversa h» D’apres les faits observés par lui-même et les faits recueillis par d’autres observateurs le docteur Hirtz, de Strasbourg, conclut comme suit: 1°, le pouls s’accélère presque toujours avec l’élévation de la température, mais il peut aussi s’accélérer sous l’influence d’autres causes ; 2°, la variabilité du pouls empêchera toujours qu’il puisse donner la mesure exacte de l’état febrile, tandis que la chaleur est son expression la plus précise1 2. Le docteur Peler, agrégé à la faculté de médecine de Paris, a présenté, en 1867, à l’Académie de Médecine un travail intitulé: Des relations entre les modifications de la température générale et les changements de volume de quelques organes internes ; la conclusion de ce travail en ce qui concerne le fait qui nous occupe, est la suivante : «11 n’y a aucun rapport cons-
1 Thèse citée.
* Notw. dict. de méd. et de chir. pratiques t t. vi. — Paris, 1867.
tant entre les variations de la température et celles de la circulation1» Ainsi donc, continue le docteur Peler, 1 acroissement de fréquence du pouls dans les maladies n’entraîne pas nécessairement avec elle l’élévation de la température générale (mesurée dans l’aisselle) et quand la température s’élève, bien que le pouls augmente de fréquence, il n’y a pas de relation constante entre l’accélération de la circulation et la hausse de la température.
RAPPORT ENTRE LA TEMPÉRATURE ET LA RESPIRATION ; FORMULE DU RAPPORT DE LA TEMPÉRATURE AVEC LA CIRCULATION