RELATION DE LA TEMPÉRATURE AVEC LES SUEURS
En général les sueurs, par elles seules, ne modifient pa' la température; leur apparition, leur accroissement ou leu diminution ne produisent pas des oscillations équivalente' dans la température, laquelle suit son cours quand même
Mais les sueurs accompagnent fréquemment les grand abaissements de température.
Le docteur Traube, qui ne croit pas à l’influence de sueurs sur la température, a noté cepandant que lorsqu' vers le déclin des maladies il survenait des sueurs copier ses, celles-ci suivaient à peu près constamment la dimini tion de la température.
Le même médecin pour vérifier si les sueurs abondante causaient l’abaissement de la température, provoca artit ciellement la transpiration par les procédés hydrothérap ques; les sueurs apparurent en effet, mais la températui ne diminua pas!
Pour le docteur Jochmann les sueurs des phthisiques soi de deux espèces: les unes, qu’il appelle symptomatiques < qui surviennent ordinairement la nuit, ne sont pas accon pagnées de modification de température ou tout au plus d quelques exacerbations; les autres, que l’auteur nomme cr tiques et qui apparaissent pendant le cours de la journée sont accompagnées de diminution de la température.
Le docteur Thierfelder a remarqué que lorsque les sueur se manifestaient dans la fièvre typhoïde en un jour pendai lequel il n’y avait pas de rémission de température, elle ne diminuaient pas la chaleur, mais que si elles survenaiei dans des jours où il y avait abaissement de la tempère lure, cet abaissement se trouvait encore être augmenté pa, elles.
Tous les praticiens ont observé au déclin des maladie
'apparition de sueurs plus ou moins abondantes, accompagnant la diminution de la chaleur et une amélioration émarge parallèle dans l’état du malade. Mais les sueurs ne constituent pas le phénomène capital de la crise; elles peuvent ;e produire, mais aussi elles peuvent manquer, tandis que a diminution de la température est un phénomène constant jans la période de déclin des maladies. Il n’y a donc pas ieu de s’étonner si les sudamina n’exercent, comme on l’a constaté, aucune influence sur la température pathologique.
On peut établir que dans les deux premières périodes lu cycle fébrile (augment et fastigium) la sécrétion de Ja ueur diminue, et que dans la troisième période (déferves. ence) elle augmente et' devient quelquefois très-copieuse, jorsque dans les périodes d'augment et de fastigium de la lèvre il se produit des transpirations abondantes, c’est orhuairement une circonstance qui annonce de la gravité ; tous disons ordinairement parce qu’il existe des maladies ans lesquelles les sueurs sont un phénomène habituel.
La science ne possède pas encore, à propos de la comosition de la sueur fébrile, des observations suffisantes iiermettant d’arriver à des conclusions certaines. Le docteur leissner a trouvé,' dans le cours d’une fièvre typhoïde et ans le cours d’un rhumatisme aigu, une diminution d’urée lans la sueur.
HELA Tl ON DE LA TEMPÉRATURE AVEC LES URINES
Les urines présentent dans la fièvre des modifications physiques et chimiques, qui sont remarquables dans la péiode d’augment et surtout dans celle du fastigium, et qui isparaîssent pendant la défervescence soit avec rapidité, oit avec lenteur, selon que la défervescence, elle-même, st rapide ou lente.
Pendant les périodes d’augment et de fastigium les uri-
ISO
nés deviennent rares et plus colorées, leur densité s'accroît et elles sont sédimenteuses. Elles contiennent une plus grande proportion d’urée, qui parfois atteint presque le double de ce qu’elle doit être dans l’état normal (de 30 grammes, moyenne normale, elle peut s’élever à 30 grammes en 24 heures) et aussi d'acide urique, qui de 50 centigrammes, moyenne ordinaire pour 24 heures, arrive à la quantité d’un gramme. Les chlorures, au contraire, diminuent considérablement dans le liquide urinaire, et leur proportion descend parfois à un dixième. En calculant à il 72 grammes la quantité moyenne de chlorure excrété par les urines en 24 heures, on a vu ce poids baisser jusqu’à un gramme pendant la fièvre. Il est si rare de ne pas^ rencontrer cette diminution des chlorures que lorsqu’une analyse quelconque ne la révèle pas, elle doit être considérée comme peu rigoureuse ou comme se rapportant à un cas extrêmement exceptionnel.
Pour la confirmation de ce qui vient d’ètre dit, nous présenterons à la suite les résultats des analyses des docteurs Traube, Jockmann, Moos, Uhle et Banke, analyses faites sur les urines de sujets affectés de fièvres intermittentes, et qui se trouvent reproduites dans les- Leçons de clinique médicale du professeur Jaccoud. Dans les fièvres intermittentes les modifications de l’urine sont très-saillantes parcequ’elles sont intermittentes, comme les manifestations pathologiques, auxquelles elles sont dues ; elles apparaissent avec le paroxysme, et disparaissent avec lui, ce qui est une preuve de plus pour démontrer que ces altérations sont entièrement liées à la fièvre.
Voici les résultats de quelques analyses dues au docteur Moos :
loi
Urine excrétée cent, cubes
Chlorure do sodium
Urée
■ ((Paroxysme
1 Guérison
[Paroxysme
2 \ Apyrexie
1 Guérison
o (Paroxysme
6 1 Guérison
. 1 Paroxvsme
4 /Apyrexie
Paroxysme
o (Apyrexie
(Guérison
Avant d’aller plus loin nous ferons remarquer une circonstance, par laquelle s’explique un phénomène qui parais, sait faire exception à la règle; c’est que quelquefois la maladie étant terminée, la proportion de l'urée dans les urines est supérieure à ce qu’elle était pendant le paroxysme; la cause est dans l’alimentation corroborante, dont font usage les sujets qui ont été soumis à une diète plus ou moins sévère. Dans la dernière des analyses citées au précédent tableau la quantité d’urée, après la guérison, était supérieure de 1,9 gramme à la proportion trouvée pendant le paroxysme antérieur.
Les analyses qui suivent, dues au docteur Uhle, ont été faites chez des enfants et les proportions se rapportent à un kilogramme du poids du corps :
Urine excrétée cont. cubes
Chlorure de sodium
Urée
. l Paroxysme
1 i Apyrexie
a) (Paroxysme
| Apyrexie
i Paroxysme
’* \ Apyrexie
, ( Paroxysme
(Apyrexie
Nous citerons encore les résultats de l'analyse faite par le docteur Banke, de Munich, dans un cas de fièvre intermittente tierce, parce que c’est une des observations plus complètes qui aient été faites sur se sujet.
Urine excrétée cent, cubes
Chlorure de sodium
Urée
Apyrexie
Paroxysme
Apyrexie
Paroxysme
Apyrexie
Guérison
Dans un cas de fièvre quarte les docteurs Traube et Jockmann ont trouvé :
Paroxysme.
Apyrexie . .
Paroxysme.
Urine excrétée cont. cubes
Chlorure de sodium
Urée
C’est tout-à-fait à dessein que nous reproduisons les résultats de celte analyse, afin de montrer une exception très-rare, dans laquelle il y a augmentation de la quantité des chlorures.
Le professeur Ândral, investigateur infatigable autant que praticien éminent, a vérifié la relation directe qui existe entre la quantité d’urée excrétée par les reins et le degré auquel s’élève la température dans les affections pyrétiques, soit phlegmasies, telles que pneumonie, pleurésie, etc., soit fièvres essentielles, telles que fièvres intermittentes, typhoïdes, éruptives, etc. Dans une communication 1 faite tà l’Académie des Sciences de Paiis cet illustre médecin a montré les résultats de ses analyses, qui se résument dans l’exposé suivant : dans vingt trois analyses d’urines provenant de sujets affectés de fièvres intermittentes, il a rrouvé dans onze cas une proportion d’urée oscillant entre vingt et trente deux grammes, dans neuf cas entre seize et vingt grammes, dans deux entre treize et quatorze grammes. Ce judicieux praticien fait observer que la diète agissant en sens inverse de la fièvre dans la thermogenèse, il peut arriver que la proportion d’urée diminue, tout en se conservant encore à un chiffre élevé, tandis que la chaleur du corps se maintient au même degré. Le savant académicien indique une affection, qui fait exception à la règle, c’est la cirrhose du foie qui, tout en étant une maladie apyrétique, présente cependant une augmentation dans la quantité de l’urée éliminée par les reins, comme eela a été observé par lui dans trois analyses. Le professeur Andral en appréciant la valeur des expériences physiologiques, qui paraissent prouver l’existence d’une certaine solidarité entre les fonctions excrétoires du foie et celles des reins, incline à admettre que les matières azotées de la bile, qui ne peuvent être éliminées du sang par le foie, dont le tissu
1 Un rapport /les variations de la température du eoips humain avec les variations de quantité de quelques principes du sang et de l’urine.
se trouve altéré, rencontrent clans la sécrétion rénale une voie supplémentaire pour leur élimination. Les maladies fébriles sont la cause ordinaire de Faccroissement de la quantité d’urée dans les urines, mais cela ne veut pas dire que d’antres causes ne puissent, elles aussi, produire des effets analogues. M. Andral évalue la proportion d’urée normalement sécrétée par les reins à la quantité de dix à quinze grammes pour mille grammes d’urine.
Ln examinant les rapports des principes du sang avec la température, le docteur Andral a constaté les faits suivants :
1°. Relativement à la fibrine, dit l’illustre académicien, on peut établir comme un fait général que lorsque le sang contient plus de quatre millièmes de ce principe la température s’élève. L'augmentatiou de la température est proportionelie à l’augmentation de la fibrine, mais celte règle est sujette à de nombreuses exceptions. Il est impossible de trouver dans ce fait la relation de causalité, attendu que dans une grande classe de maladies, les pyrexies, la fibrine se maintient dans les limites physiologiques ou même descend, ce qui n’empêche pas que la température ne soit très élevée et ne puisse même être supérieure à celle des phleg-
masies, qui cependant sont caractérisées par une augmen-
tation de fihrine.
2°. Pour ce qui est des globules, de nombreux faits prouvent que leur diminution, même très-considérable, ne fait pas baisser la température au-dessous de la limite physiologique, et il est des cas où la chaleur dépasse cette limite.
3°. Quant à l’albumine, lorsque celle-ci, au lieu d’être toute employée à la nutrition, est en partie perdue par les urines, la théorie paraît indiquer qu'il doit y avoir une moindre production de chaleur, et les faits observés par le professeur Andral autorisent à supposer qu’il en est effectivement ainsi.
L’augmentation de la proportion d'urée a été rencontrée dès avant le frisson de l'accès, chose qui devait être,
attendu que !a température commence, elle aussi, à s’élever avant le frisson, et la hausse de la chaleur de même que l'accroissement de l’urée ont pour cause commune la combustion organique exagérée. Ce fait que nous venons de mentionner, est confirmé par les intéressantes analyses du docteur Sydney Ringer, et ses résultats réunis, se rapportant ci une espace de temps d’une heure, sont les suivants 1 :
Urine
Chlorure
excrétée
de sodium
Urée
Avant le frisson
Pendant le frisson
Pendant la période de chaleur
Pendant la période de sueur
Le nombre supérieur correspond à l'époque la plus distante du frisson. Dans ces observations le maximum de l’urée a coïncidé avec le frisson.
Pour procéder à l'analyse on doit recueillir séparément l’urine pendant chacune des périodes de l'accès, avant l’accès lui-même et pendant l’apyrexie, comme l’ont fait les observateurs allemands que nous avons cités et comme l’a fait aussi le docteur Sydney Ringer.
Pendant la défervescence les urines reviennent à l’état normal pour leurs qualités physiques et chimiques; il y a diminution de la densité, de la coloration, de l’urée et de l’acide urique des urines, et il y a augmentation de la quantité d’urine et de la proportion des chlorures.
Des altérations analogues ont lieu dans les autres maladies fébriles. Nous avons noté journallièrement la quantité et la densité des urines dans diverses affections aiguës: nous
dicaP^ Rinser’ ^ed- clnr- Trans- > Jaccoud, Leçons de elinique mè*
citerons pour exemple l’observation suivante faite sur un jeune garçon de quinze ans, de tempérament lymphatique et de constitution moyenne, affecté de pleuro-pneumonie aiguë, au second degré, située au côté droit.
Jours do la maladie
Densité .de l’urine 1
Quantité d’urine excrétée en 24 heures
grammes
il.*
L’élévation de la température est en relation avec l'altération que subit l’urine et aussi avec l’amaigrissement, comme nous le verrons plus tard, parce que ces trois phénomènes reconnaissent une même origine commune, qui est la combustion organique.
La sécrétion urinaire n’est pas la seule qui subit une diminution; les sécrétions intestinales diminuent également pendant les périodes d 'augment et de fastigium du cycle thermique, d’où résulte la constipation, qui cesse ensuite dans le cours de la défervescence.