‹ Précis de thermométrie clinique généraleChapitre 34 sur 64 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Dans la rapide esquisse historique que noua allons présenter sur les théories de la chaleur fébrile, nous ne remonterons pas aux époques lointaines dans lesquelles la pyrétologie fut le sujet de discussions pleines de subtilités, non seulement parce que nous alongerions démesurément ce chapitre, mais aussi en raison du peu d’intérêt qu'offrent actuellement ces théories d’autrefois, frappées aujourd’hui de caducité. De plus, il serait difficile de séparer les théories pyrétologiques des doctrines médicales, qui aux différentes époques ont régné dans la science. Nous chercherons cependant à donner une idée générale des principales opinions, qui ont cours depuis les temps hippocratiques jusqu’à nos jours.

Hippocrate qui, avec le lion sens dont il était doué, s’occupait plus de l’observation attentive des maladies que d’in, vestigalions spéculatives, n’a émis aucune théorie sur la fièvre ; il a attribué cet état à la prédominance et à l’altération des humeurs (bile, pituite et saug). Selon lui, lorsque quelqu’une de ces humeurs s’échauffe, la température du corps s'élève aussi et de là résulte la fièvre.

Mais commont l’augmentation ou l’altération des humeurs produit elle la fièvre? Comment est démontrée la modification quantitative ou qualitative des humeurs? En quoi consiste cette altération? Ce cont autant de points sur lesquels l’école de Cos garde le silence. Malgré cela Hippocrate a fait preuve de bon jugement en considérant la chaleur comme le phénomène capital da la fièvre.

Erasistrate, qui fut un des premiers médecins, qui contribuèrent aux progrès des études anatomo-pathologiques, après la fondation de l’école d’Alexandrie, malgré son erreur de croire que les artères contenaient de l’air1, admit que la fièvre est due au mouvement des artères, produit par le choc du sang, contenu dans les veines, contre l’air qui provenait du cœur. C’est une opinion basée sur une erreur et jugée en vertu de ce fait même.

Galien, dont l'autorité fut dominante pendant plusieurs siècles, adopta l’idée émise par l’école de Cos; il admit la chaleur exagérée comme le phénomène primordial de la fièvre2; il supposa que la cause en était l’altération des humeurs (pituite, bile et atrabile), et que l’origine primitive de la chaleur (soit dans le sang ou dans les humeurs, soit dans les esprits) déterminait les différentes espèces de fièvre.

Pendant le moyen âge et même encore pendant l’époque de la renaissance les médecins se limitèrent à peu-près à répéter les idées de Galien, en exagérant et en obscurcissant le plus souvent les doctrines de ce maître.

Devons-nous mentionner l’opinion de Van-Helmont qui, rejetant les doctrines humorales, qui étaient alors en vigueur, et particulièrement la putréfaction du sang, attribua b] fièvre à I indignation de l’archée contre quelque substance étrangère et non vitale introduite dans l’organisme! Que di mns nous aussi de ceux qui, en des temps plus modernes,

1 I) ou vient pour ces vaissèaux leur nom, .dérivé de aéra, air. et terem conserver, renfermer.

’ Essentiel quidern feb'rium est in généré caloris praeter naturam.

ont admis que la fièvre consiste dans le mouvement désordonné du sang et dans l'effervescence de ce liquide (Wil- Jis) ? Ou que la fièvre est une opération de la nature par laquelle les parties nuisibles du sang, qui l'irritent, et qui déterminent dans le corps un tremblement ou frisson, sont séparées des parties pures et rejetées par les diversœmoiu toires de l’organisme (Sydenham)? Y a-t-il alors suractivité de le circulation générale, d’où il provient l’accélération du pouls et raugmehtation de la chaleur (Stahl) ? Ou que la fièvre consiste dans le spasme des systèmes nerveux et vasculaire, qui chassent les liquides d.e l’intérieur (Hoffmaun)? Ou que la cause de la fièvre tient à l'épaississement du sang qui, agissant sur les parois des vaisseaux et du cœur, exagère l'action de ces organes, et déterminant un influx plus cansidérable des fluides nerveux et cérébelleux sur les muscles, les mettrait en plus grande activité (Boerhaave)? Ou que la fièvre est constituée par le spasme de l’extrémité des vaisseaux (Culien)?

On voit que dans les doctrines que nous venons d’indiquer, la fièvre a sa raison d’être ou dans l’altération des liquides ou dans l’altération des systèmes nerveux et vasculaire, mais on n’y indique clairement, ni le mécanisme ni le mode d’action ne ces causes, ni comme se produit le phénomène pathognomonique de la fièvre, l’élévation de la température animale.

Dans le siècle actuel des divergences d’opinion ont continué de se produire à propos de l’origine de la chaleur fébrile. La diversité des théories thermogéniques est considérable ; cependant le docteur Jaccoud juge qu elles peuvent toutes se réduire à deux groupes : théories nerveuses et théories humorales. Dans les premières la fièvre est due à une perturbation primitive du système nerveux; dans les secondes la fievre a sa raison d’être dans l’altération du song. -

Parmi les théories nerveuses existent deux genres bien distincts, selon la portion du système nerveux à laquelle est

attribuée l'origine des madifications thermiques ; l’une est appelée théorie des centres nerveux calorifiques ; l’autre s’intitule théorie vaso-motrice.

Nous suivions ici la division, que nous avons établie pour les théories pharmacotl^ermogénétiquos, savoir : théories névrotiques, théories hématiques et théories mixtes ou 'physiologiques.

Dîins les théories du premier groupe on suppose que les agents morbifiques agissent en premier lieu sur le système nerveux, duquel dépenderait immédiatement la température ; dans celles du second groupe on admet que c'est sur le sang que les causes morbigènes exercent leur action première et fondamentale; dans celles. du troisième groupe on établit que les modifications de température procèdent des diverses origines de la chaleur, lesquelles sont modifiées par les maladies; comme ces origines ; ont les sources ordinaires, physiologiques, de la température, ces théories du troisième groupe méritent bien la dénomination de physiologiques.

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