THÉORIE DES CENTRES NERVEUX CALORIFIQUES
Dans cette théorie on suppose que la fonction de la calorification possède des appareils nerveux qui i’accomplissent et la régularisent, et que ces appareils résident dans les centres nerveux. Lorsqu’une cause pathogéuique quelconque excite les appareils producteurs de la chaleur, la température s’élève et alors se produisent les autres phénomènes accompagnant ou précédant l’altération thermique. Si, au contraire, la cause morbigène paralyse ces mêmes centres, la température baisse. Si la paralysie affecte les appareils ou centres modérateurs de la chaleur, alors la température monte, tandis qr'elle descend si la cause morbide stimule ces mêmes appareils.
Mais quels sont ces appareils calorifiques? Qui les a vus? Qui a démontré leur existence? Ce n’est qu’une hypothèse servant de base à une théorie.
Il existe cependant quelques tentatives expérimentales tendant à déterminer le siège des centres modérateurs et régulateurs de la chaleur. Le dr. Tscheschichin a cru constater qu’en coupant transversalement la moelle à différentes hauteurs la température s’élevait dans les membres, phénomène qu’il attribue à la paralysie vaso-motrice consécutive, et qu’il y avait en même temps un refroidissement des parties centrales, dû à la perte du calorique et k l’affaiblissement cardiaque causés par l’accumulation du sang à la périphérie.
Mais, si la coupe était opérée sur le point d’union de la moelle alongée avec la protubérance, la température s’élevait rapidement et atteignait un très-haut degré, en deux ou trois heures, en même temps que s’accéléraient le pouls et la respiration. De là le dr. Tscheschichin a conclu qu'il existe dans l’encéphale, au-dessus du point indiqué, des centres modérateurs, dont la paralysie détermine la production exagérée et désordonnée de la chaleur l.
Les déductions fournies au dr. Tscheschichin par ses expériences, faites dans le laboratoire Bois-Reymond, sont les suivants :
1°. La moelle contenant les centres de la circulation et de la respiration, agit médiatement sur les processus chimico-organiques et par conséquent sur la chaleur animale.
2°. La section de la moelle produit l’affaiblissement de la circulation, d’où résulte la réplétion des veines par le sang, lequel augmente l’irradiation, et la température générale diminue.
3°. En enveloppant le corps de l’animal de matières mauvaises conductrices du calorique, on diminue la perte de ce calorique par la surface externe. On peut donc, à volonté,
* Charcot, Gaz. hebdomadaire, pag. 744. — Paris, 1869.
diminuer ou prévenir l’abaissement de la température, et, réciproquement, moins est chaud le milieu sous lequel on maintient l'animal, après la section de la moelle, plus il se refroidit promptement.
4°. Puisque l'accroissement de l’irradiation du calorique superficiel est dû à la paralysie des vaisseaux et à leur réplétion par le sang, tous les moyens qui feront disparaître cette paralysie, affaibliront l’irradiation et la perte de la chaleur. ^
5°. Les causes, qui produisent la paralysie des vaisseaux, agissent sur l'irradiation du calorique comme la section de la moelle.
6°. Les crampes, qui se produisent après l’ingestion de certains poisons, augmentent la température interne du corps des animaux.
7°. Dans l’empoisonnement par l’alcool la température générale commence à baisser immédiatement après l’intoxication.
8°. La section du grand sympathique a sur la chaleur générale du corps la même action que la section de la moelle.
9°. La section du pneumogastrique n’a aucune influence directe et appréciable sur les changements de la température animale.
10°. La section de la moelle alongée dans la cavité crânienne au point où elle se réunit au pont de Varole, produit des phénomènes fébriles douloureux.
11°. Les mêmes phénomèues fébriles douloureux se produisent à la suite d’ingestion de liquides animaux en putréfaction.
12°. Les expériences physiologiques et les faits cliniques confirment l’existence de centres modérateurs dans le cerveau L
Les docteurs Ludwig et Spiess admettent l’influence di-
1 Ann. de la Soc. de méd. d’Anvers; mars, 1869,
recte du système nerveux central sur la production de chaleur. Ils ont vu qu'en excitant la corde du tympan, la salive qui s’écoulait par le conduit de la glande sous-maxillaire avait une température plus élevée (de 1° à l°,o) que celle du sang de l’artère carotide du même côté.
On avait observé, depuis longtemps déjà, une augmentation de température dans les lésions des centres nerveux. En 1837 Brodie eut à traiter un homme atteint de contusion de la partie inférieure de la moelle cervicale avec paralysie des muscles des membres inférieurs et supérieurs, et des muscles du tronc, à l’exception du diaphragme, et constata chez lui une température de 111° Fah. (43°, 88 c.). Daos ces cas, comme dans d’autres analogues, l'augmentation de température étant très-rapide on a supposé ne pouvoir l’attribuer à l’inflammation réactive de la moelle.
Comme la plupart des résultats obtenus dans les expériences physiologiques sont en contradiction avec ces données cliniques, MM. Naunyn et Quincke en ont cherché la cause. Dans leurs recherches, faites presque toutes sur des chiens d’assez forte taille, ils se sont assurés que la section de la moelle était suivie d'une augmentation de la température générale du corps ; cette augmentation était d’autant plus prononcée que la lésion portait sur des parties plus élevées de la moelle; d’après les deux expérimentateurs on peut rattacher cette élévation thermique, sans craindre de se tromper, à une exagération de la production de chaleur dans l'organisme.
D'après ces mêmes auteurs la section de la moelle a un double résultat: d'une part elle abolit l'innervation vaso-motrice dans les parties paralysées, ce qui amène la dilatation des vaisseaux superficiels et une déperdition de calorique par .rayonnement; d'autre part elle augmente directement la production de la chaleur dans l’organisme. Ces deux effets agissent en sens opposé, le premier pour faire baisser, le second pour faire baisser la température du corps, et selon que l’un ou l’autre prédominera, le résultat variera.
D'après ces expériences les deux expérimentateurs supposent, dans la moelle, l’existence de fibres nerveuses exerça u action modératrice sur les oxydations et la production de chaleur dans les organes, fibres nerveuses qui proviendraient de centres modérateurs situés dans les parties supérieures de l’axe nerveux J.
On peut concevoir de deux manières le mode d’action des prétendus centres nerveux calorifiques: ou ils sont directement les producteurs et les régulateurs du calorique, ou ils agissent sur les actes chimico-organiques desquels résulte immédiatement la calorification. Mais la première condition de l’admissibilité de la théorie en question est la démonstration préalable des centres nerveux qui déterminent ou régularisent la chaleur animale, chose qui est encore loin d'être établie,