‹ Précis de thermométrie clinique généraleChapitre 39 sur 64 · u Quantité des substances oxydables du corps. Ici se · texte numérisé non relu

u Quantité des substances oxydables du corps. Ici se

1 Nouu. dict. de méd. et de chir. pratiques , t. vi. — Paris, 1867.

trouvent les globules sanguins, qui occupent le premier rang.

3. ° Faculté d’absorption de toutes les substances du corps qui peuvent prendre de l'oxygène. La décomposition anormale de certains principes de l’organisme, l’augmentation exagérée de certains éléments normaux du sang ou encore l'introduction dans le sang de principes nouveaux pourront déterminer des conditions dans lesquelles se formeront des composés oxygénés plus ou moins fixes, lesquels s'opposeront à de nouvelles absorptions d’oxygène ou à des combinaisons ultérieures de ce même corps, d'où résultera la diminution ou la suppression complète de la combustibilité de certaines substances. C’est de cette manière que le professeur Rillrolh suppose qu’agit le carbonate d’ammoniaque accumulé dans le sang, lorsqu’il détermine l'abaissement de la température.

4. ° Rapidité d’impulsion des corps oxydables, c'est-à-dire rapidité de l’action par laquelle l’oxygène se met en contact avec ces corps. Le sàng veineux, par exemple, s’oxyde plus rapidement quand il est battu et agité que lorsqu’il est simplement exposé à l’air; la vitesse du courant sanguin pourra influer de la même manière sur les processus d’oxydation, et par suite sur la production de la chaleur1.

Mais la température animale ne consiste pas seulement, comme nous l’avons montré ailleurs, dans la production de la chaleur; la température est le résultat de la production et de la déperdition de la chaleur, elle représente la quantité de chaleur1 libre qui est indiquée par le thermomètre. Dès lors il est nécessaire, pour connaître avec certitude les conditions dans lesquelles se forme la température, de tenir compte non seulement de la production, mais aussi de la consommation du calorique. C’est par une appréciation exacte de ces deux conditions qu’on pourra arriver à la connaissance de la thérmogénie.

1 Arch. gén. de méd., t. lv. — Paris, 1865.

Les principales causes de la déperdition de la chaleur sont: le contact avec des corps [dus froids, l’irradiation et l'évaporation par les surfaces externe et interne. Dans la déperdition par contact doivent être comprises l'ingestion des aliments froids et l'introduction de l’air dans les poumons.

11 existe d'autres causes moins importantes de consommation de chaleur ou de refroidissement, telles que le changement d’étal physique de certaines substances, qui peut être cependant compensé par un changement opposé, le développement d’électricité en certaines circonstances, et la conversion des forces les unes dans les autres, comme celle de la chaleur en travail mécanique ou mouvement. Quelques transformations chimiques, comme le remarque le professeur Berthelot, absorbent du calorique, et deviennent elles aussi des causes de refroidissement, mais dont l'importance dans la température générale n’est pas encore déterminée.

Comment pent's’effectuer la diminution dans les pertes de la chaleur pour contribuer à l'élévation de la température? On croit généralement que ce phénomène dépend de la contraction des vaisseaux cutanés, lesquels recevant une moindre quantité de sang dans un temps donné, auront moins de chaleur à céder au milieu ambiant.

Si la contraction vasculaire périphérique se prolonge pendant un certain temps, surtout dans un milieu chaud, le calorique devra s’accumuler dans l’organisme, et de là proviendra une élévation de température. Si, au contraire, les vaisseaux entanés se dilatent dans un milieu froid, le sang affluant vers eux en plus grande quantité, perdra une plus forte proportion de chaleur, d’où résultera un refroidissement successif qui s'étendra à la totalité de ce liquide.

On voit donc que, par l’altération de ce facteur de la température, celle-ci peut se modifier soit en s’élevant soit en se déprimant. Nous avons montré ailleurs le peu d importance de ce facteur pour la détermination de la température pathologique, à propos de la théorie de Traube.

On voit, d'après ce que nous venons de dire, de combien de circonstances dépend la température animale; mais on voit qu’en définitive leurs résultats se réduisent à deux choses : production et déperdition de chaleur. Or, il est évident que la température générale, comme la température d'une partie quelconque, doit s’altérer selon les modifications de ces deux facteurs et donner naissance à la température pathologique: et, réciproquement, toutes les fois que la température animale dépassera les limites physiologiques, soit en plus soit en moins, en se transformant en température anormale, quelque cause aura agi sur les sources de la chaleur normale. Dès lors c’est sur les origines du calorique que doivent agir les causes morbigènes pour produire la fièvre ou l’algidilé. Cette conclusion, qui émane directement du raisonnement, est confirmée par les faits, lesquels montrent que la température suit parallèlement, en général, dans ses élévations et ses dépressions, la quantité des produits des transformations organiques, produits dont la proportion indique l’augmentation ou la diminution de ces transformations qui tienne! sous leur dépendence la produel ion du calorique. De sorte que la thermogénie pathologique ou la théorie de la température morbide doit être fondée luit entière sur la base suivante: modification des sources de la température normale.

Il est probable que la cause palhogéniqne agit dans la fièvre sur les deux facteurs généraux de la température, c’est-à-dire sur les sources de production du calorique et sur les causes de sa déperdition, en activant les premières, et en restreignant les secondes.

Mais comme les animaux à saug chaud (mammifères et oiseaux) produisent une chaleur suffisant pour que, les pertes étant compensées, ils puissent conserver une température sensiblement égale (condiclion, qui leur a valu la qualification mieux appropriée d'animaux à température fixe), ou peut dire que la thermopathogénie consiste ou dans I exagération des transformations, et surtout des combus-

tions, d'où vient l'augmentation anormale de la tempèratnre, la fièvre; ou dans la diminution de ces mêmes transformations et surtout des combustions, d’où résulte l’algidité. Dans celte manière de considérer les faits, la consommation du calorique, deuxième facteur de la température, n’est pas passée sous silence, elle est seulement reléguée à un rôle secondaire.

Ainsi s’explique l’élévation de la température dans les pyrexies, de quelqu’origine qu’elles soient, lesquelles sont tontes de véritables maladies consomptives, dans lesquelles les combustions des éléments organiques atteignent un très-haut degré, comme le prouvent la proportion de leurs produits excrétés et l’amaigrissement qui s’en suit. On comprend ainsi pourquoi la température s’élève dans les parties enflammées, puisque l’inflammation consiste essentiellement dans l’exagération de la nutrition des cellules, ce qui entraîne une augmentation dans l’échange des matériaux, dans la combustion et l’assimilation des substances nutritives ; cette suractivité nutritive, que constitue l’acte fondamental de l’inflammation, ne peut avoir lieu sans être accompagnée d'un développement exagéré de chaleur dû à l’excès des combustions organiques. Dans cette analyse de la thermopathogéiiie on trouve la raison du manque de fièvre dans les inflammations chroniques, dans les inflammations légères ou de siège très-limité, parce qu’alors h s transformations organiques s'opérant lentement ou dans de minimes proportions n'arrivent pas, dans un temps donné, à produire la quantité de chaleur suffisante pour que la température sorte des limites de la fluctuation normale. On peut encore ainsi interpréter les hautes températures dans le cours et à la suite des attaques de convulsions générales, cloniques ou toniques, en raison de ce que la contraction musculaire est une source de chaleur tant par I accroissement des combustions, qui ont lieu sous son influence, que par le travail mécanique. Ainsi encore se reconnaît la cause de l’abaissement de la température peu-

dant les maladies dans lesquelles les fondions de nutrition sont profondément affectées et affaiblies, parce qu’alors il y a diminution dans les combustions soit par faute d’activité soit par manque de matériaux nutritifs. Ainsi se trouve la raison des modifications de température dans les cas* d altération du sang, soit dan,s ses principes constituants soit par son mélange avec certaines substances étrangères, parce que le sang est le siège d’incessantes métamorphoses et l'agent de tous les phénomènes de nutrition. Ainsi s’explique enfin, pourquoi la fièvre n’est pas toujours en rapport avec la proportion d’urée éliminée par les urines, parce que les produits de transformation ne se résument pas tous en urée, et ne sont pas uniquement "excrétés par les reins.

Comment agissent les causes moibifiques sur les sources de la chaleur animale soit en les activant, soit en les affaiblissant, soit en augmentant soit en diminuant les transformations organiques? Est-ce directement? Est-ce indirectement, et par l’intermédiaire du système nerveux? Quel est le mécanisme intime de l'action de ces causes?

Nous sommes obligés de confesser notre ignorance sur ce point. Et nous ne devons pas nous en étonner, car c’est toujours à un pareil résultat que nous arrivons, lorsque nous cherchons à atteindre la raison première des choses. Les lois qui régissent les phénomènes organiques et leurs anomalies échappent le plus souvent à toute explication. La science est bien mieux inspirée en reconnaissant l'insuffisance de nos connaissances, et en engageant les observateurs dévoués â redoubler de zèle et d 'efforts, qu’en tranchant des questions qui, avant comme après, n’en demeurent pas moins non résolues. Le champ est ouvert pour de nouvelles investigations qui pourront fournir les éléments nécessaires pour la solution du problème.

On ne doit pas conclure de ce que nous avons exposé, que nous méconnaissons l'influence du système nerveux sur la température pathologique, car si ce système influe sur les phénomènes intimes de nutrition dans les transforma-

lions organiques et dynamiques, il est évident qu’il doit avoir aussi sa part d’influence sur les écarts de ces phénomènes, et par conséquent sur leurs résultats. Mais il y a loin de là à placer dans le système nerveux la cause de la température pathologique. Et ce ne doit pas être le grand sympathique seulement qui possède cette influence, ce doit être aussi le système cérébro-spinal qui est avec lui en étroite relation, condition qui lui est nécessaire pour le complet exercice de ses fonctions. Il est impossible «le nier l'action du système nerveux, quel que soit le mode par lequel elle se réalise, soit qu’on adopte l'hypothèse de Schiff, qui attribue toute cette influence aux nerfs vasomoteurs, qu’il divise èn deux ordres, les uns appartenant au grand sympathique et qui sont constricteurs des vaisseaux, et les autres qui suivent les troncs rachidiens et qui sont dilatalenrs; soit qu’on admette l'opinion de Samuel qui attribue cette' action aux nerfs trophiques ou de nutrition et non aux nerfs vasculaires; soit qu’on accepte l'idée de xMayet qui croit que ce sont les nerfs destinés à la sensibilité et au mouvement qui remplissent aussi la fonction de régir la nutrition des parties. Le dr. Mayet établit une distinction entre les perturbations de nutrition consécutives à l’irritation des centres ou des nerfs et celles produites par la suppression de leur action ; les premières consisteraient en phénomènes de perversion et d’augmentation d’activité, et les secondes en perversion et en diminution de vitalité1, Quelle qu’en soit l'explication, Je fait n'en restera pas moins le même, c’est-à-dire que le système nerveux peut influer sur la température pathologique, mais qu’il n’en est pas la cause immédiate.

Nous pouvons dire la même chose à propos de l’appareil sanguin. L’intensité du mouvement nutritif des organes est généralement en rapport avec la quantité de sang qui les pénètre, ou des vaisseaux qui tes parcourent, et, de plus

i Gaz. méd. de Lyon; 1868.

aussi, avec la quantité des principes du sang dont ces mêmes organes ont besoin pour leur nutrition. L’appareil cirv culaloire est un calorifère qui peut distribuer aux différentes parties la chaleur produite dans l’économie. Pour toutes ces raisons l’appareil circulatoire peut influer sur la température pathologique, mais non en être la cause. Le sang afflue en plus grande quantité vers une région, et la température s'y élève non seulement parce que le sang y apporte une plus grande proportion de calorique, mais aussi parce qu’il y active les combustions.

En dernière analyse, l’élévation anormale de la température est le phénomène pathognomonique et essentiel de la fièvre; l'abaissement anormal de la température est le phénomène caractéristique de l'algidilé. L’origine de la température pathologique est L'altération des métamorphoses organiques et dynamiques qui constituent les sources de la chaleur normale. En dehors de ceci tout est hypothèse sans base solide pour leur servir de point d’appui.

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