‹ Précis de thermométrie clinique généraleChapitre 41 sur 64 · LOI THERMO-DIFFÉRENTIELLE · texte numérisé non relu

LOI THERMO-DIFFÉRENTIELLE

Le docteur Robert de Latour a établi que dans les inflammations franches, quelqu’ensoit le siège, la température ne s’est jamais élevée au-dessus de 39°; cette loi, connue sous le nom de thermo-différentielle, a été formulée par son auteur de la manière suivante : «Une température organique au-dessus de 39° traduit toujours une fièvre essentielle et trahit le caractère simplement secondaire de la lésion locale qui s’est simultanément développée1.» Ce principe ou loi, tel qu’il se trouve formulé, n’admet pas d’exception ; M. Robert de Latour prétend que, depuis vingt ans. il lui sert de guide dans sa pratique sans lui avoir jamais fait défaut, pas un seul fait ne s'est rencontré qui n’en ait été la confirmation.

Cependant d'éminents observateurs n’admettent comme bien fondée cette proposition qu’en ce qui regarde la généralité des cas, car ils ont remarqué dans leur clinique d’assez nombreuses exceptions D’où peut donc provenir une divergence si notable en matière de fait? De prime abord il paraît que rien ne serait plus facile à résoudre que cette

1 La Tribune médicale, n.° 88.— Paris, 1809.

question ; mais il n’en est rien, car les faits se prêtent à beaucoup d’interprétations.

Il se rencontre des inflammations occupant soit les organes internes, soit les parties périphériques, où le thermomètre appliqué à l’aisselle s’élève à 39°, 5 - 4Q° - 40°, 5 et très-rarement à 41° ; c’est incontestable. Mais quand ces faits se présentent à l’ingénieux auteur de ia formule, alors, selon lui, ou du pus, après s’être formé et avoir été absorbé, a déterminé une altération du sang, ou ces inflammations n’ont été rien de plus que des localisations d’états morbides généraux, de fièvres essentielles; par conséquent, à son avis, ces faits loin d’apporter une exception à la loi, la confirment.

Quand dans une inflammation locale, traumatique, le thermomètre appliqué à l’aisselle donne le chiffre de 40°, on plus, cette température, conséquemment à l'idée de M. Robert de Latour, permet de diagnostiquer non seulement la formation du pus, mais encore le passage de ce produit morbide dans le sang.

Si les prosélytes de cet habile clinicien remarquent une série de pneumonies aiguës, dans lesquelles la température générale s’est élevée à 40° et 41°, alors, argumentant conformément à son opinion, ils n'hésitent, pas à dire : «<11 n’y a pas de doute, les observateurs ont bien vu, mais ils ont mal interprété; ces pneumonies n’étaient pas simples, franches, c’étaient des pneumonies secondaires, catarrhales; les observateurs ont signalé comme étant le résultat de la pneumonie la température qui provenait de la fièvre catarrhale, ils ont attribué à l’effet ce qui appartenait à la cause1.» Mais comment, demandent les divergents, distinguer la pneumonie franche de la catarrhale ? Hoc opus hic labor est I

Avec une telle argumentation, ou la question restera sans solution, ou elle est déjà décidée. Elle restera sans solution,

i La Tribune médicale. — Paris, 1869.

tant qu'on n’indiquera pas clairement quels sont les cara ctères de l’inflammation catarrhale; la question est déjà décidée, si l’on admet, invariablement, que toutes les fois que dans une inflammation locale la température générale dépasse 39°, celte inflammation ne sera que l’expression locale d’un état morbide général. C'est une manière de trancher la question. 11 ne suffit pas de prendre en considération seulement l’étiologie, parce que dans les cas de pur traumatisme on peut encore dire que l’accident traumatique n’a agi que comme cause occasionnelle, en réveillant la disposition préexistante à l’inflammation ( prédisposition , opportunité organique).

Le fait fondamental de l’inflammation consiste dans l'exagération de la nutrition des celluies ; vient ensuite la formation de l’exsudât ( exsudât inflammatoire). Le professeur Virchow donne à cette modalité particulière de la nntrition des cellules le nom d'irritation nutritive , et appelle irritants les agents qui la déterminent. D’où il suit qne la condition pathogénique de l’inflamation est celle de l’irritation et que tous les agents qui la provoquent sont des irritauts. Mais prenant en sonsidération la diversité d’origine et de nature de ces agents, on a admis la di vision étiologique de l’inflammation en inflammation de cause externe et inflammation de cause interne. Le premier ordre comprend les inflammations traumatiques et les inflammations toxiques; les inflammations toxiques ont pour cause l'action de quelque substance vénéneuse, étrangère à l'organisme. Le second ordre renferme les inflammations par poisons morbides ; ces dernières inflammations sont dues à l’évolution dans l’organisme même des virus et des poisons morbides.

Et l’inflammation par le froid, dans quel ordre entrera-t-elle ?

Pour la production de cette inflammation il faut l’action du ^ruid, qui est une cause externe, et par conséquent, sous ce point de vne, l'inflammation par le froid serait une

,nflammation du premier ordre. Mais, pour que cette cause manifeste son effet, pour qu’elle produise l’inflammation, il est nécessaire, affirment beaucoup de pathologistes émi.' nents, que l’organisme soit disposé, apte à recevoir l’impression du froid, qui n’agit alors que comme cause occasionnelle. Et non seulement il convient d’admettre cette prédisposition générale, il faut en outre une autre prédisposition particulière pour expliquer la localisation de l’inflammation dans tel organe plutôt que dans tel autre, autrement le fait serait général, la cause étant générale. Or, d’après cette manière de voir, en quoi différera l’inflammation par le froid des phlegmasies par cause interne ?

De là vient, au dire de certains pathologistes, que les inflammations par le froid forment un ordre intermédiaire, qu’elles sont une transition du premier ordre (cause externe) au second (cause interne). Le même mode de voir ne pourra-t-il pas s’appliquer à toutes les inflammations traumatiques? Quelles sont les preuves irrécusables du contraire? De tout cela résulte l'impossibilité de déterminer rigoureusement la cause immédiate et conséquemment aussi l’impossibilité de savoir si la température élevée dépend d’un état général, cause de la lésion locale, ou si elle est l’effet immédiat de cette lésion.

Ajoutons qu’il n’est pas rare de voir le développement dé l’inflammation en l’absence de toute cause appréciable, soit externe, soit occaslonelle, soit prédisposante ; l’inflammation est alors spontanée , nom qui sert à couvrir notre ignorance.

Qne conclure alors? Que bien de fois il sera extrêmement difficile, sinon impossible, de déterminer la nature étiologique de l'inflammation, conséquemment on ne peut dire que dans ces cas la phlegmasie tient toujours à une cause générale, à une pyrexie, dont elle n est qu une manifestation locale. On observe beaucoup de pneumonies, dans des conditions très-diverses, et, dans toutes, la température organique s élève à 40°, par exemple , comment

démontrer que ces pneumonies ne sont qu’un phénomène d’un état pathologique , général, la fièvre catarrhale? On voit aussi un grand nombre d’affections pneumoniques qui, selon toute probabilité, se sont développées dans des circonstances identiques, et dans les unes la température animale ne dépasse pas 38c-39°, dans les autres elle atteint 390-40°-Vl°. Comment prouver que celles-ci sont de nature catarrhale et celles-là non?

Quelle que soit la cause de l’inflammation, qu’elle ait son origine dans l’organisme ou en dehors de lui, le procédé morbide est le même, la condition pathogénique, en dernière analyse, est la même, la fièvre, qui en dérive, ou l’élévation de température, qui en est la traduction, reconnaissent le même point de départ, — les transformations organiques et particulièrement les oxydations. Par conséquent quelle que soit l’étiologie de l’état plilegmasique, la fièvre qui en est l’effet, ou la température qui est l’expression fébrile, varieront suivant l’intensité de cet état morbide, tout en conservant leurs liens avec lui, dont elles sont le résultat. Mais, si par suite d’une convention, il est admis que lorsqu’en présence d’une inflammation le thermomètre s’elevera au delà de 39°, cette température n’apparliondra pas à une inflammation proprement dite, mais à quelqu’état pathologique général, à une altération du sang, à une fièvre, la question sera tranchée par un accord, mais ne sera pas résolue quant à son essence, le doute persistera de la même manière, les faits ne pourront être invoqués ni pour ni contre aucune des opinions qui divisent les observateurs.

i Traitant la question au point de vue exclusivement pratique, voyons ce que démontre l’observation, dégagée de toute idée doctrinale.

l.° Dans les fièvres dites essentielles, la chaleur s’élève au-dessus de 39°; mais il y a des cas ou ces fièvres parcourent leurs stades sans qu’elles aient dépassé 39.° Dans 16 *

les affections catarrhales, dit M. Wunderlich l, la règle établit que la température est modérément fébrile durant les premiers jours.

2. ° Dans les inflammations internes (pneumonie, péritonite, par exemple), la température peut atteindre 39° seulement, ou dépasser cette limite.

3. ° Dans les inflammations externes, manifestées à la suite du traumatisme, la température générale, mesurée par le thermomètre à l’aisselle, s’est élevée à 39°,— 39°, 5, — 40°, 40°, 2, et cependant aucun symptôme ne faisait supposer l’existence locale du pus, pas plus que son absorption.

4. ° Dans la phlegmasie aiguë d'un organe interne ou externe, quelle que soit la température générale, les indications commandant un même ordre de traitement, auquel J’interisilé et l'étendue de la lésion locale n'appurtent que de légères modifications, étant mis de côté toutefois l’état général individuel, auquel la thérapeutique doit toujours être subordonée.

Page 1