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CYCLE THERMOMÉTRIQUE DE QUELQUES MALADIES

Voyons maintenant si la marche de la température, soit dans son cycle complet, soit en chacun de ses stades, est, comme nous l’avons affirmé, un excellent moyen de diagnostic, car elle caractérise certains états morbides. Quelques exemples suffiront pour montrer l’exactitude de cette assertion. Indiquons donc en résumé comment se conduit la température dans la pneumonie et dans quelques fièvres.

Cycle thermique de la pneumonie aiguë franche. — Dans cette maladie la première période ou ascension de la température pathologique est rapide et continue (en De tenant pas compte de la petite rémission du matin qui se produit habituellement dans toutes les maladies fébriles, ainsi que dans l’état de santé), de sorte que en quelques heures, 36 ou 48 heures, elle a atteint son maximum, dont l’élé-

vation peut arriver à il0, 5. La seconde période, ou fastigium, est rapide ou lente (d’un à huit jours), et offre ordinairement le type sous-rémittent. La troisième période, défervescence . est rapide et continue, de sorte que en quelques heures, qui ne vont pas au delà de 36 ou 48 heures, la fièvre est terminée, la température est normale. Parfois la defervescence est précédée d’une perturbation critique ( perturbatio critica ), d’autres fois d'une rémission extraordinaire ou fausse crise. La pneumonie peut présenter d’autres formes dans sa marche fébrile, mais telle est bien la forme la plus commune, tel est le type général dans les pneumonies qu’on observe le plus ordinairement. Quand la pneumonie vient se greffer sur une fièvre ou maladie fébrile, catarrhale, sa formeJa plus commune est la rémittente.

Cycle thermique de la fièvre typhoïde régulière. — La première période, ascension , est lente et grnduelle ou égale ; l'amplitude thermique diurne (du matin au soir) étant de i°,5, ou l’élévation de chaleur prise au soir étant de 1° supérieure à celle recueillie le soir précédent, il en résulte qne, au quatrième ou cinquième jour, la température a atteint son maximum, qui oscille généralement entre 40° et 41°, 5, pouvant arriver à 42°. ainsi que nous l’avons observé, ou même dépasser ce chiffre. La seconde période, fastigium, est lente et égale (l’amplitude des oscillations diurnes, du malin au soir, est petite, de quelques dixièmes à peine), et sa durée est variable (un à trois septénaires en général). La troisième période, défervescence, est lente, et tantôt régulière, tantôt irrégulière..

On voit dès lors que la marche de la température de la fièvre typhoïde est très-différente de celle de la pneumonie aiguë, tant dans la totalité ou courbe thermique générale, que dans chacun de ses stades en particulier.

La première période est si caractéristique qu’on peut en inférer cette règle générale: l.°, une maladie qui au qua-

thème ou cinquième jour de sa durée ne sera pas signalée par une température supérieure à 39°, ne sera pas une lièvre typhoïde ; 2.°, une maladie qui sera signalée, au second jour ou avant, par une température de 40°, un peu plus ou un peu moins, ne sera pas une fièvre typhoïde ; 3.-°, une maladie qui présentera, dans son premier septénaire, la température normale, ne serait-ce même qu’une seule fois, ne sera pas une fièvre typhoïde ; 4.°, une maladie qui, après trois jours écoulés, décéléra dans les jours suivants une température toujours inférieure à 39", 5 ne sera pas une fièvre typhoïde.

Parfois la température de la fièvre typhoïde subit, au septième jour, une grande rémission temporaire (de plus de 1°) pour retourner ensuite, dans l'espace de quelques heures, à sa marche ordinaire; cette rémission qui pourrait simuler le commencement de la défervescence, est par sa rapidité et sa courte durée un moyen de plus pour confirmer l’existence de la 'fièvre typhoïde.

D’antres fois la température, arrivée au fcistigium, ou à la suite de ce stade, offre des oscillations, des irrégularités qui caractérisent la période amphibole.

Outre ces modifications (lu cycle thermique normal de la fièvre typhoïde, il y en a d'autres oui dépendent d’accidents de la maladie, de l’action des moyens thérapeutiques ou des complications ; mais ces modifications, qui sont accidentelles et temporaires, ne détruisent pas le type de la marche thermique, dont nous avons fait la description.

Cycle thermique de la fièvre intermittente régulière. — Ascension très-rapide (de* quelques heures), fastigium très rapide et égal, défervescence rapide de sorte qu’il y a toujours une partie du jour, un jour ou plusieurs jours (suivant que la fièvre intermittente est quotidienne, tierce, quarte, etc.), où la température est normale ou au-dessous de cette limite. La forme de celte marche thermique appartient à ce que l’on a appelé type très-rapide. Ce cycle

par conséquent ne peut être confondu avec celui de la pneumonie aiguë, et beaucoup moins encore avec celui de la fièvre typhoïde.

Selon le professeur Jaccoud, quand la fièvre intermittènte est essentielle l’accès a lieu au matin, et quand elle est symptomatique 1 accès ou l’élévation de la température avec sou maximum se produit au soir, en comptant le jour de 24 heures et le faisant commencer à minuit et finir au minuit suivant *.

Cycle thermique de la variole. — Dans la variole on observe deux cycles pyrétiques.

•I.° Cycle fébrile initial de la variole régulière. — À l’invasion de la maladie (fièvre initiale ) ascension rapide et continue (de 3 jours ordinairement) ; fastigium très-rapide (de peu d’heures) et égal ; défervescence rapide (24 à 48 heures).

Quand le fastigium -paraît manquer, la courbe thermique totale consiste en deux parties, l’une étant formée par les oscillations ascendantes et l'autre par les oscillations descendantes. Dans la variole confluente la défervescence peut être plus durable (3 à 5 jours), de même pour l’ascension (4 jours), mais en général la défervescence est plus courte que l’ascension. La durée totale du cycle fébrile est, en moyenne, dans la variole discrète et dans la varioloïde de 4 jours, et dans la variole confluente de 7 jours. Le maximum thermique observé dans la fièvre initiale de la variole est de 41,5.

2.° Cycle fébrile secondaire de la variole. — Le cycle fébrile initial de la variole étant terminé, la température se maintient dans les limites physiologiques pour un certain temps (deux jours en moyenne), et ensuite recommence un nouveau cycle fébrile, — c’est le cycle fébrile secondaire de la variole. L’ascension, qui ordinairement commence

i Leçons de cliniques médicale. — Paris, 1867.

vers le sixième ou septième jour, est rapide et continue (24 à 36 heures), le fastigium n’existe presque pas, et la défervescence est rapide (de deux jours à deux et demi en général). Dans la variole confluente l’intervalle de l’apyrexie est beaucoup plus petit; la fièvre secondaire suit presqu’immédiatement la fièvre initiale. Le maximum thermique observé dans la fièvre secondaire de la variole est de 40° ; il est toujours inférieur au maximum de la fièvre initiale.

Dans la variole confluente on a noté un cycle pyrétique en plus ; il est très-rapide (de deux jours en moyenne). Il commence avec la dessication, son maximum thermique n’atteint pas la hauteur des maxima des autres cycles ; c’est le cycle pyrétique tertiaire de la variole. Le maximum thermique observé dans ce cycle par le dr. Richard Léo, de Leipzig, a été de 39°, 6.

Pour ce qui vient d’être dit, on voit que la marche totale de la température dans la variole ne ressemble en rien à celle de la pneumonie aiguë, ni à celle de la fièvre typhoïde, ni à celle de la fièvre intermittente, tandis que le maximum de la température peut être égal dans toutes ces espèces pathologiques.

Ces exemples suffisent pour démontrer que ce n’est pas par le degré thermique absolu, considéré isolement, que se distinguent les maladies, mais bien par la marche de la température, par le mode dont s’effectue chacune de ses périodes, et par le rapport des cycles pyréliques.

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