‹ Précis de thermométrie clinique généraleChapitre 44 sur 64 · DE LA TEMPÉRATURE COMME ÉLÉMENT DE PRONOSTIC SON IMPORTANCE · texte numérisé non relu

DE LA TEMPÉRATURE COMME ÉLÉMENT DE PRONOSTIC SON IMPORTANCE

CAUSE DE LA GRAVITÉ DES TEMPÉRATURES HYPER-PYRÉTIQUES ET HYPO-PHYSIOLOGIQUES

Par l’étude que nous venons de faire sur la caloricité, nous avons vu clairement combien la température offre de ressources au diagnostic et que la thermométrie est un des meilleurs moyens d'apprécier la marche des maladies aiguës; nous avons aussi vérifié que le symptôme le plus sûr, sinon l’unique, de la fièvre résulte de la température et qn’incontestablement l’altitude thermique est la mesure la plus exacte de l’état fébrile : il est par conséquent facile d'inférer quels précieux éléments la thermométrie clinique doit fournir an pronostic.

La fièvre a toujours été prise en grande considération dans l’appréciation du pronostic des diverses maladies. Des observateurs de premier mérite soutiennent, encore aujourd’hui, que dans les pyrexies la gravité dépend, en dernière analyse, de f exagération de la caloricité, d'où proviennent les phénomènes nerveux (délire, soubresauts, etc ), qui méritent tant d'altention. Le dr. Wachsmuth n'a pas hésité à affirmer que la fièvre constitue le danger même.

Les signes pronostiques sont tirés: \.°, du degré de la température ; 2.°, du mode par lequel elle atteint son maximum; 3.°, de sa durée; 4.°, de sa marche; 5.°, de sa forme ou type général.

Les températures très-élevées sont généralement le propre des maladies à formes graves, alors meme que n’ap. paraissent pas d’autres symptômes de gravité. Nous disons

généralement , parce que les exceptions ne sont pas très-rares ; ainsi, les températures les plus élevées enregistrées par le dr. Compton sont: dans l’érysipèle 106°, 3 Fah. (41°, 2 c.), dans le typhus 10o°,6 Fah. (40°, 9 c.), et 105°, 3 Fah. (40°, 7 c.) dans la fièvre typhoïde, néanmoins tous ces cas se sont terminés par la guérison l.

Le maximum de température observé par le dr. Hirtz a été de 44" à l’apogée de la chaleur d’un accès de fièvre intermittente tierce simple, qui a été suivi de guérison 2. La plus haute température que nous ayons notée a été de 44° dans une fièvre intermittente et dans un cas de scarlatine et de 42° c. dans un cas de fièvre typhoïde bénigne chez des malades qui ont guéri.

Nos observations thermométriques nous ont montré que jusqu’à 39°, 5 la température n’exprime pas, à elle seule, de gravité; qu’à partir de se degré, et surtout de 41° et au-dessus, particulièrement quand cette élévation est durable, le pronostic est grave; il l’est d’autant plus que le chiffre thermique s’élève plus haut.

Quand dans l'hémorrhagie cérébrale la température monte au-dessus de 38°, la vie du malade court des dangers; si elle s’élève rapidement, sans maladie intercurrente, à 39°, 40 et 41°, la mort est presque certaine. Dans les hémorrhagies cérébrales graves on note trois périodes : dans la première, qui comprend quelques heures à la suite de l'attaque, en général la température baisse un peu (quelques dixièmes de degré); dans la seconde, qui dure quelques jours, elle s’élève en oscillant entre 37° et 38° ; dans la troisième, qui se termine rapidement par la mort, la température arrive rapidement a 39°, 40°, ou même à 41°.

L’observation clinique et les expériences sur les animaux montrent la gravité des hautes températures. Le docteur Wunderlich, qui est incontestablement une des premières autorités en matière de thermométrie clinique, est d’avis

1 Température m acute disease, pag. 8.— London, 1866.

1 Nouv. dict. de mèd. et de chir. pratiques, t. iv. — Paris, 1867.

que la température supérieure a 42°, 5 cause la mort, et que celle qui se mainlient à 41° est un très-mauvais signe pronostique. Les statistiques des drs. Liebermeister, Uoser, Ziemssen et 0. Weber confirment les résultats observés par le professeur de Leipzig. Cependant le dr. Hirtz affirme, comme nous venons de le dire, avoir enregistré la température de 44° dans un cas do fièvre tierce bénigne terminé par la guérison, ce qui est confirmé par notre observation personnelle. Même en mettant en ligne de compte la circonstance très-importante que l’élévation de la température a été de peu de durée, ce qui atténue beaucoup la gravité, nous devons dire que le docteur Hirtz avoue que rarement il a vu la température excéder 41°, 9 durant beaucoup de jours, sans qu’une issue fatale soit venue confirmer l’extrême gravité de ce signe.

Ainsi en est-d; les faits exceptionnels ne peuvent infirmer la règle ; ils servent cà démontrer que la température, comme tous les autres phénomènes morbides, ne peut fournir un signe pronostique infaillible, quelle qu’en soit l’importance.

L’élévation de température est aussi un signe pronostique grave dans les névroses, quand il n’y a pas une maladie intercurrente qui la justifie. Le dr. Wunderlich a, le premier, indiqué que dans la dernière période des névroses mortelles, et nommément dans le tétanos, la chaleur commence à s’élever et en peu de temps arrive à 43°, 44° et 44°, 7o, et cette élévation continue à s’accroître même après la mort. Ce fait qui a été vérifié par beaucoup de cliniciens, a été aussi constaté dans le tétanos des chevaux par les observateurs distingués Unterberger et Senator ; ce dernier dit avoir trouvé dans l’urine une faible proportion d'urée, et dans un cas de tétanos, avec l’élévation de température, observé chez un homme et terminé par la mort, il a noté que l’excrétion urinaire était au-dessous de la moyenne normale. Ce furent ces faits de températures exagérées dans les perturbations du système nerveux, qui ont conduit le

dr. Wunderlich à dire «quf probablement il y a dans le cerveau des appareils modérateurs, dont la paralysie a pour résultat d’exciter les processus d’où dépend la température *.

Les expériences du dr. Liebermeister sur les mammifères et les oiseaux attestent également la gravité des excès de température. Ii a trouvé que ces animaux succombaient quand leur température s’élévait à 6 ou 7 degrés au-dessus du niveau physiologique ; le même expérimentateur admet avec le dr. Bàrensprung que le maximum de température de l'homme, compatible avec la vie, est de 43°, 5. D’après ce que nous avons vu, telle n’est pas la limite supérieure de la température, où l’homme affecté de maladie peut encore espérer la guérison.

Comme résultat de ces dernières expériences, le dr. Richardson a établi que la vie d’un animal ne peut se maintenir quand sa température excède la normale de plus de 11° ou 12°; que la grande élévation de la température coagule le sang, les caillots ressemblant par l’aspect à ceux rencontrés dans certains cas pathologiques. Le dr. Richardson a trouvé de plus que l’air ozonisé élevait la température au point de donner la mort, en produisant des phénomènes analogues à ceux de l’inhalation de l’air chaud1 2.

L élévation de la température dans le cboléra-morbus est un phénomène très grave. Le dr. Doyère a recueilli des observations de la plus haute importance à ce sujet. C’était une opinion généralement reçue que les cadavres des cholériques se réchauffaient; le dr. Doyère a reconnu que cette assertion était inexacte quant à l’époque où a lieu le réchauffement ; il a vérifié que la mort des cholériques était précédée, dans la plupart des cas, du réchauffement, qui pouvait faire monter le thermomètre jusqu’à 42°, mais l’ascension thermométrique s’arrêtait au moment du décès.

1 Ou. cit.

2 'nie Lancet ; i 869.

Les résultats de ses observations ont été les suivants 1 :

Cas

Température

Époque de l'observation

Soxe

Une heure avant la mort ...

Masculin

Au moment de la mort

Féminin

Idem

Idem

Idem

Idem

Idem

Masculin

Idem

Idem

Idem

Idem

Idem

Idem

Idem

Idem

Hem

Dix minutes après la mort ....

Idem

Au moment de la mort

Idem

Une heure avant la mort

Idem

Six heures après la mort. .....

Idem

Trois quarts d’heure après la mort

Idem

Dans ces observations on voit que la température la plus haute s’est en effet réalisée au moment du décès, mais on n’en peut inférer rigoureusement qu’après la mort la chaleur ne continue pas à s’élever pendant quelque temps. Pour arriver à cette démonstration il faudrait suivre le procédé que nous avons adopté et qui consiste à conserver le thermomètre toujours à l’aisselle, même après la mort de l’individu. La température la' plus élevée, 42°, 1, a été notée au moment du décès, mais quelle a été la chaleur du même individu 5, 10, 40, 60 minutes après la mort? Les observations ne l'indiquant pas, quelles preuves y a-t-il que la température n’ait pas continué à s’élever?

Une circonstance à laquelle on doit tout spécialement faire attention, c’est la durée de l’élévation de la température à laquelle se lie intimement le pronostic. Une tempé-

1 Mémoire sur la respiration et la chaleur humaine dans le choléra. — Paris, 1868.

rature élevée, très-éléve, mais passagère, de peu de durée, dénonce moins de gravité qu'une autre qui lui est inférieure, mais persistante, durable.

La marche de la température mérite encore plus d’attention ; elle a plus d’impoi tance relativement au proiiostic que son maximum. Quand cette marche est régulière, quand elle est conforme à celle qui appartient à la maladie, parcourant ses périodes pour âriiver à une terminaison heureuse, le pronostic est favorable ; si, au contraire, la marche est irrégulière, anomale, le pronostic est mauvais, ou du moins on doit craindre que la maladie se termine défavorablement, même quand les autres symptômes ne font soupçonner aucun danger. Cela démontre aussi l'importance de la connaissance de la marche ordinaire de la température dans chaque maladie pour le pronostic, comme pour le diagnostic, ainsi que nous l’avons dit.

La même température a une signification pronostique différente selon la période ou l’époque de la maladie, où on l’observe. Ainsi, le chifre de 40° ou 41° se manifeste dans la fièvre typhoïde au premier ou au second septénaire sans qu’il dénote un caractère 'de gravité; mais la même température observée au quatrième septénaire est en général l'expression d’un mauvais pronostic.

On doit aussi considérer le mode par lequel la chaleur monte et atteint son maximum. En général, plus la température s’élève avec précipitation pour arriver au maximum, plus sa durée est courte, plus la défervescence s’effectue rapidement, moins le pronostique est grave. L'accroissement lent de la chaleur pathologique se lie ordinairement à une période d’étal plus long, à une défervescence plus lente et à un pronostic plus fâcheux. En tout cas la défervescence qui s’opère graduellement est, en général, de meilleur pronostic que celle qui se fait avec soudaineté, particulièrement si cette défervescence n’est pas accompagnée de la rémission des autres symptômes.

La défervesceuce subite dans les fièvres graves, avec

persistance ou exagération de la fréquence du pouls, dénote le collapsus, ordinairement mortel.

Le dr. Therfelder a noté que la fièvre typhoïde était plus intense et son pronostic plus grave, quand, dans la seconde moitié de la première semaine, il n'y avait pas rémission de la température, ne fût-elie même que passagère ; que, si la première période, ou période d’augment, de cette même maladie durait cinq jours, la défervescence ne s’effectuait pas avant le dix-septième jour ; que la mort était très-probable quand la température s’élevait, sans rémission, durant deux ou trois jours. Suivant le dr. Smoller la convalescence n’est pas franche, quoique le pouls ait tombé, la chaleur se conservant élevée; au contraire, quand elle s’est abaissée au degré normal, quoique la fréquence du pouls et les lésions locales persistent, la convalescence se rétablira bien l.

Le type général de la température entre aussi en ligne de compte dans l'appréciation du pronostic.

Le dr Spielmann est d'avis que le type continu est plus grave que l’intermittent ou le rémittent 2. C’est la conséquence de ce que nous avons dit sur la persistance des hautes températures.

Il est clair qu'on ne doit pas donner comme terminée une maladie, quand dans une heure quelconqne du jour on voit se manifester l’élévation de la chaleur; très-souvent l’ascension de la température est le premier phénomène d’une rechute ou d’une complication qui surgit pendant la convalescence, dans certaines occasions même ce phénomène précède de beaucoup les autres.

Quant aux températures hypo-pbysiologiques ou inférieures à la normale, on peut dire que les petites différences sont d’un bon pronostic; cet abaissement de chaleur se produit dans la convalescence de beaucoup d’affections ai-

1 Nouv. dict. de méd. et de chirurg. protique, t. iv.— Paris, 1867.

2 De s modifications de la température animale, pag. 43.—Strasbourg,

guës, dans les maladies de longue durée et dans les cachexies, sans que pour cela il se révèle une gravité considérable. Mais les grandes différences sont de mauvais pronostic; elles ont lieu dans le sclerème, dans le collapsus des fièvres graves et des autres maladies, dans l’urémie, l'ammoniémie, les brûlures étendues (Billrolh) et souvent dans l’agonie. La température de 35° est déjà très-grave, quand elle n’est pas provoquée par quelque substance, la digitale, par exemple.

De ses observations clinico-thermométriques le dr. Anfrun a tiré les conclusions suivantes :

1. ° Entre l’indication thermométrique et l’état général du malade il y a un rapport réel, apparent ou non, constant et direct.

2. ° Les symptômes appréciables chez les malades ne soupas toujours en proportion avec l’état actuel de la température, c’est-à-dire que celle-ci peut être élevée, sans que les symptômes observés présentent une gravité proportion! nelle.

3. ° Les variations thermométriques précèdent et annoncent. plusieurs heures à l’avance, les degrés d’aggravation ou d’amélioration de la maladie.

On peut s’en convaincre en lisant attentivement les observations rapportées.

4. ° Lorsqu’au début d’une fièvre continue, ou même pendant son cours, le thermomètre monte à 41° et au-dessus, et s’y maintient plusieurs jours, les symptômes se sont aggravés et le pronostic est presque fatal.

5. ° Si, au contraire, la température monte parfois jusqu'à 41° et au-dessus, sans s’y maintenir, le pronostic est grave, mais non fatal; elle annonce, dans l'état du malade, une aggravation qui se traduit par un symptôme nouveau, ou l'exaspération de quelque symptôme existant. Mais, si, malgré la continuation de ce signe de gravité, la température redescend, on peut en conclure que l’état général ne

s’aggrave pas et que les actes morbides observés n’ont pas de malignité.

6. ° Une fièvre continue qui parcourt ses périodes à une température maximum de 40° à 41° peut être considéré comme une fièvre qui guérira.

7. ° Quand le thermomètre commence à descendre, surtout le soir, lors même que les symptômes ne s’amenderaient pas, il est presque certain qu’ils sont à la veille de s’amender l.

D’après ce que nous avons dit, on voit combien la connaissance da la température est utile pour établir un pronostic exact.

S’étant rendu compte des nombreuses ressources fournies par la température pour amener à l’appréciation rigoureuse des diverses maladies, le dr. Wunderlich n’a pas hésité à affirmer que l’importance pratique de la thermométrie est incommensurable (die praktische Wiehtigkeit des Phànomens ist geradezu unermesslich) 2.

Neus devons cependant avoir présent à l’esprit que le pronostic, pour être porté avec exactitude, ne doit pas reposer sur la considération d’un seul symptôme exclusivement ; il doit sortir de l’analyse de tous les éléments morbides. La température est un de ces éléments de haute importance ; mais les mesures thermiques n’acquèrent une véritable valeur, comme dit le dr. Griesinger, que quand on sait mettre à profit les nombreux faits résultant d’observations bien dirigées et les comparer aux autres phénomènes de la maladie.

Nous avons dit que les températures très-èlevées ou très basses constituaient, par elles-mêmes, un grand péril; qu’au delà de certaines limites thermiques la vie ne pouvait persister. Quelle sera la cause de ce fait démontré par l’ob-

1 Op. cit., pag. 14.

* Das Verhalten der Eigenwàrme in Krankheiten, pag. 61. — Leipzig,

servation clinique et par l’expérimentation? Ce fait sera-t-il dû aux combustions qui, consumant les lisais, rendent leé organes inaptes à remplir leurs fonctions? Sera-t il l'effet de l’action délétère des produits des combustions organiques? Sera-t-il le résultat immédiat de l'exagération de la température elle-même. qui. agissant sur l’organisme, produit defc riiodificalions incompatibles avec la vie?

Voilà autant de circonstances, auxquelles on pent attrL buer les funestes effets de l’état fébrile. En prenant pour base les faits que la science possède, voyons laquelle d’entre elles joue le principal rôle dans celte terminaison du drame morbide.

L’effet immédiat, le plus notable et le plus manifeste de la consomption fébrile est l’amaigrissement. Dans une maladie pyréliqiie de longue durée on pourrait invoquer cet effet comme cause de la terminaison fatale ; mais dans une maladie aiguë, qui se termine rapidement, où l’amaigrissement est encore peu considérable, certainement on ne le peut pas, qu'il s’agisse soit d'une fièvre essentielle intense, soit d une inflammation locale accompagnée d'une fièvre ardente. La consomption fébrile n’est donc pas la cause générale de la mort.

Les produits de la combustion organique, et particulièrement l'urée, étant absorbés et restant dans le sang, doivent être très-nuisibles, agir même comme substances délétères et causer l'empoisonnement. Les expériences de Billroth ont montré que les injections d’urée dans le sang ne provoquaient pas l’abaissement de la tampérature, tandis que les injections de carbonate d’ammoniaque l’abaissaient et faisaient succomber les animaux. L’illustre professeur pense, d’après cela, que l’urée accumulée dans le sang parvient à se convertir en carbonate d’ammoniaque 4. Ajoutons que dans certaines maladies locales d’autres proL duits peuvent coopérer pour renforcer l'action de cette

1 Arch. gén. de méd. — Pari8, 1865.

2oU

cause. Dans les affections pulmonaires, par exemple, où l'hématose a été profondément troublée, où ne se sont pas effectuées les permutations propres à l'acte respiratoire, il pourra survenir une anoxémie (accumulation d’acide carbonique dans le sang) avec toutes ses conséquences. Dans l’hépatite aiguë parenchymateuse, les matériaux de la bile peuvent séjourner dans le sang, faire naître Yacholie par la destruction rapide des éléments sécrétoires du foie l.

La présence de ces substances dans l'organisme est certainemente nuisible, car elles peuvent donner la mort après avoir déterminé Y autotoxémie . Mais pour que cet effet se produise, il est nécessaire qu’elles demeurent pendant un certain temps dans l’organisme. Or, ces produits sont excrétés par les émonctoires de l’économie et plus particulièrement encore par les urines. De plus, les étals pathologiques (autotoxémie, cholémie, anoxémie, cirrhose du foie, etc.) se produisent seulement en certains cas et se manifestent par des symptômes spéciaux, qui ne sont pas ceux de l’état fébrile même le plus intense. Cependant en reconnaissant l'influence nuisible des produits. organiques, nous ne pouvons les considérer comme étant la cause générale de la gravité et de l’effet mortel des températures très-élevées.

Ces causes étant exclues, il reste seulement l'exagération de la température pour rendre compte, à elle seule, du danger que court la vie des individus chez lesquels elle existe.

Comment agira la température très-élevée? Produira-telle des altérations matérielles, qui rendront impossible l’exercice des organes?

L’observation et l’expérimentation sur les animaux éclairent le problème; mais nous indiquerons auparavant quelques faits qui font supposer que le haut degré de tempé-

1 Charco \De l'importance de la thermométrie dans la clinique des vieillards; Gazette hebd. de Paris, 18ü9.

rature seul peut être, en certains cas, la cause de la terminaison fatale.

Quand chez un homme, ou chez un animal, la température s’élève artificiellement jusqu’à un certain degré au dessus de la limite physiologique, il se développe des phénomènes analogues à ceux de la fièvre, ainsi l’accélération du pouls et de la respiration, le malaise, la céphalalgie, diverses perturbations nerveuses, l'agitation au début et ensuite une grande prostration, et si l’expérience sur l'animal continue, surviennent le coma, la résolution générale et enfin la mort. Les médecins de l’armée anglaise dans Plnde craignaient beaucoup l’accident connu sous la dénomination de coup de soleil accident qui a aussi été noté en Europe, quand les armées étaient en marche par un temps chaud et humide. Qu’observe-t-on alors? Ceux qui éprouvent le coup de soleil sont parfois comme foudroyés ; or, on rapporte des cas de ce genre, où la température interne ou générale se serait élevée à 44° au moment de la mort l. éci, certainement, on ne dira pas qu’une mort si rapide a été l'effet immédiat de la consomption ou des produits des combustions organiques ; on ne peut invoquer en cette circonstance que l’élévation exagérée de la température.

Dans les maladies aiguës avec température hyper-pyrétique il est très-avantageux d’administrer la médication antipyrétique ; or, les agents de cetle médication (sulfate de quinine, digitale, vératrine, bains froids répétés, etc.) opèrent en faisant baisser la température même au moment du fastigium de la fièvre, d’où résulte l’amélioration et ensuite le rétablissement du malade. Par conséquent l’élévation exagérée de la température est un phénomène de la plus grande importance dans ce drame pathologique.

Les expériences sur les animaux confirment pleinement cette manière de voir, en démontrant que cessujets de l’ex-

1 Charcot, loco citât o.

périmentation succombent quand leur température est élevée au delà d’une certaine limite, variable suivont l’espèce animale.

Déjà nous avons rapporté les travaux de Richardson sur la température, et indiqué les altérations qu’il a observées. Nous ajouterons ici que, suivant les expériences de Cl. Bernard, de Calliburcès et de Panum, l’organe principalement affecté est le cœur ; au début son action est exagérée, il faiblit ensuite et cesse de battre, quand la chaleur est d’environ 45°. L’examen montre dans le cœur une rigidité cadavérique, à tel point qu’il est impossible de lui restituer les mouvements par le moyen des excitations 1, Le sang se présente ou très-fluide ou coagulé, le premier cas se produisant, suivant Richardson, quand la mort est très-rapide, le second quand la mort survient tardivement. Dans les cas pathologiques on a rencontré une altération analogue du sang.

Dans les maladies fébriles de longue durée on rencontre aussi après la mort des altérations dans les différents organes (le foie, les reins, les muscles et surtout le cœur). Le ramollissement du cœur a déjà été noté par Louis dans la fièvre typhoïde et par Stokes dans le typhus. Ces lésions ne seraient-elles pas dues à l’élévation prolongée de la température ?

Par conséquent les hautes températures, par elles mêmes seulement, constituent un grand danger et peuvent causer la mort. Le mécanisme par lequel a lieu cette terminaison détermine probablement de profondes modifications, spécialement dans le cœur et dans le sang.

D'après le docteur Liebermeister on doit rattacher la malignité, dans presque toutes les maladies où on l'observe, à une élévation excessive de la température.

M. Liebermeister divise les effets de l’élévation de la température en effets anatomiques et en effets dynamiques. 11

1 Charcot, lovo citato.

range parmi les premiers les dégénérescences du foie, des reins et du muscle cardiaque; l’auteur les a constatées dans la pyohémie, dans la fièvre puerpérale, dans la tuberculose miliaire liguë, dans la péritonite, et même dans les fièvres catarrhales, maladies qui n’avaient d’autre caractère commun qu’une élévation considérable de la température. Il est donc probable que c'est à cette dernière circonstance que ces lésions doivent leur origine. A l’appui de celte manière de voir il invoque les expériences de Schultze et deKübne, qui démontrent l’influence délétère qu’une température élevée exerce sur les phénomènes vitaux des cellules. M. Liebermeister rattache à la même cause les dégénérescences musculaires que Zeuker a observées dans la fièvre typhoïde et dans d’autres maladies fébriles.

Les effets dynamiques de l’élévation de la température dans la fièvre sont ceux que l'on observe vers les organes de la circulation et du système nerveux central.

L’auteur conclut de ses observations que la fréquence moyenne du pouls augmente proportionnellement avec les degrés élevés de température. 11 résume dans les propositions suivantes les causes des troubles de la circulation dans la fièvre : l’élévation de température détermine l'accélération du pouls ; l’accélération la plus considérable du pouls se remarque surtout quand la fièvre a un caractère asthénique très-prononcé ; toutes les fois que l’élévation de la température est très-considérable, et surtout quand elle persiste pendant long-temps, elle a pour conséquence un état subparalylique du cœur, à la suite duquel la fièvre revêt le caractère asthénique. M. Liebermcister admet que cet affaiblissement du cœur est dû à une action que le muscle cardiaque subit directement, et il se fonde sur ce que l’élévation de température détermine une altération anatomique- de ses éléments contractiles ; sur ce que Panum a observé les mêmes effets thermiques sur le cœur retiré de la poitrine; et enfin sur ce qu’il a pu obtenir le ralentissement du pouls dans des fièvres asthéniques par

des applications froides topiques. Ainsi, le danger qui es imminent dans tous les cas où la température persiste pendant long-temps à un degré très-élevé, gil dans la paralysie du cœur, déterminée par cette exagération de le chaleur anormale.

Lorsque les troubles de la circulation, qui viennent d'être indiqués, atteignent une grande intensité, ils s’accompagnent presque toujours de troubles dans les fonctions des centres nerveux, qui sont également caractéristiques de la fièvre asthénique, et oui ont des degrés très-variables de gravité, depuis une simple obnubilation des fondions cérébrales jusqu'au coma le plus complet. L’auteur conclut de ses observations que ces accidents sont indépendants de la nature de la maladie, et que leurs variations sont proportionelles à celles de la température ; qu’ils s’amendent lorsque la température s’est abaissée spontanément ou à la suite d’une intervention thérapeutique. C’est ce que l'on observe surtout dans la fièvre typhoïde où les enveloppements froids ont toujours pour conséquence un amendement des accidents cérébraux *.

Les températures hypo-physiologiques, ou sous-normales, comme les appelle le dr. Wunderlich et avec lui beaucoup d’autres médecins, au delà d'une certaine limite, sont aussi très-graves et peuvent être une cause de mort. Qu'on note bien que nous voulons parler de la température générale, interne ou centrale. Dans l’état algide du choléra asiatique le thermomètre appliqué aux extrémités (qui à la main de l’observateur font sentir le froid cadavérique), descend à peine à 35°, 31°, 29°, et dans le rectum la chaleur ne varie pas ou ne varie que peu, en général, comme l’ont démontré les observations des drs. Charcot, Lorain et Guterbôck ; dans quelques cas la température centrale s'est

1 Deutsches Archiv. fur klinische Medicin, et Centralblatt, 1866; et Arch. gén. de méd., t. i, pag. 7 JO, 1866.

élevée à 40°, et dans la plupart elle a oscillé entre 37® et 38®. On peut par conséquent dire que le refroidissement dans le choléra est purement extérieur. Jamais le cas inverse ne se présente, c’est à-dire qu’on ne voit pas s élever la température périphérique pendant que la chaleur interne descend au-dessous de la normale.

Rarement les températures hypo-physiologiques se maintiennent long-temps dans le cours des maladies. C’est dans les affections chroniques, cù la consomption est arrivée au marasme, qu’on les observe, comme il arrive dans le affections concéreuses, dans le diabète, l’anémie profonde, i’asyslolie, la folie chronique. Nous avons actuellement dans notre infirmerie un malade âgé de 64 ans, tempérament mixte, constitution détériorée, affecté d’asystolie, chez lequel la tempéra 'ure axillaire est de 32°, 2 ; et il y a peu de temps un malade a succombé dans cette même infirmerie, qui s’était adonné, durant de longues années, à l’abus des boissons alcooliques, et dont la température a été, au jour de son entrée, de 29°, 8 (60 pulsations et 23 respirations); le jour suivant, quatre heures avant de mourir, le thermomètre a marqué 28°, 4 (pouls 32, respiration 24). À l'autopsie de ce malade, qui était de constitution forte, de tempérament sanguin et comptait 75 ans, on a rencontré un hydrothorax gauche, l’ascite, le foie très- volumineux et l'œdème du cerveau qui était généralement ramolli.

Dans tous ces cas il peut y avoir au soir une élévation de 1° et plus, mais il n’y a pas toujours coïncidence avec un grand amaigrissement. Le dr. Lœwenhardt a observé deux aliénés, l’un agité et l’autre érotique, chez lesquels la température rectale s’est abaissée à 32°, 5, 32°, 31°, pendant plusieurs semaines, sans que la nutrition ait paru affectée ; les deux malades s’alimentaient bien.

Dans les inflammations aiguës même des séreuses on observe parfois l’abaissement de la température, par exemple dans l’endocardite, la péricardite, la péritonite, la pieu

résie diaphragmatique. Dans ces cas l’abaissement persiste ou progresse jusqu’à la mort, ou bien la température s’élève ensuite.

L’affaiblissement de l’action du cœur et l’abaissement consécutif de la chaleur dans l’inflammation des grandes séreuses, et particulièrement dans la péritonite, sont d'accord avec les résultats de l’expérimentation. Le dr. Brown- Séquard a vérifié que l’excitation des ganglions semiiunaires produit la syncope; l’excitation de ces ganglions est transmise par la moelle épinière au bulbe, d'où elle se réfléchit sur les nerfs pneumogastriques, qui, à leur tour irrités, déterminent la diminution permanente de l'action du cœur et un état lipothymique avec abaissement de la température ; si l’irritation devient très-intense, l’action du cœur sera alors suspendue l.

Quand la température interne ou centrale s’abaisse rapidement, il se manifeste un refroidissement de la périphérie du corps, et l’ensemble des phénomènes qui constituent le collapsus. Mais cet état peut survenir avec la chaleur normale et même au-dessus de la normale, ce qu'il importe beaucoup de connaître pour le pronostic et la thérapeutique, attendu que parfois le collapsus est l'annonce de la terminaison fatale, d’autros fois d’une situation dangereuse, mais non désespérée, que la thérapeutique bien dirigée * peut conjurer ; en certaines circonstances, enfin, ce n’est rien de plus que l’exagération des phénomènes qui se manifestent quand la défervescence est rapide.

Pour juger de ces cas il convient de consulter les autres symptômes ; si avec l’abaissement de température le pouls et la respiration diminuent de fréquence et se régularisent, le pronostic est favorable: si, au contraire, la fréquence du pouls et de la respiration persiste ou augmente, le pronostic est très-grave. Chez un malade affecté d’asystolie, où nous avons vu la température s’abaisser à 34°, et puis à

1 Arch. gén. de méd. t. ». — Paris, 1866.

33°, et le pouls et la respiration augmenter de fréquence, après un certain nombre d’heures la chaleur est descendu à 32°, 2 la respiration s’est accélérée, le pouls est devenu imperceptible, la mort est survenue.

Le collapsus peut se manifester dans la défervescence, dans le fastigiura et plus rarement au commencement (période d’augment des maladies aiguës). Dans ce dernier cas le collapsus est d’ordinaire transitoire, étant suivi de réaction, mais parfois il persiste durant le cours de la maladie, qui alors se termine généralement par la mort.

La plupart des affections qui affaiblissent l’action du cœur, tendent à diminuer la température, ce qui n’est pas étonnant, vu qu’alors les combustions, source de la chaleur, se ralentissent et même deviennent difficiles.

Quand l'asystolie est extrême, comme il arrive dans la syncope, le sang qui traverse les capillaires, ne se modifie pas, il apparait dans les veines avec la couleur rutilante du sang artériel 1

Le collapsus est un des phénomènes les plus notables de certaines maladies générales, dues à l’absorption des virus ou des miasmes, comme la fièvre jaune, le typhus, la peste, la fièvre pernicieuse algide, la variole hémorrhagique, etc.

Il y a des substances, dont quelques unes sont médicamenteuses, qui introduites dans l’organisme produisent l’abaissement de la température, comme nous le verrons dans un autre lieu.

Comment opèrent les basses températures pour donner la mort?

Les expériences sur les animaux montrent que le froid, ou l’abaissement de la température au delà d’une certaine limite, débilite l’action des organes nécessaires pour la manutention de la vie; les mouvements respiratoires s’affaiblissent, l’absorption de l’oxygène et l’exhalation de l’acide

1 Charcot, Gaz. hebdomadaire de médecine.— Pans, 1869.

carbonique diminuent et enfin l’animal succombe de froid, comme l’a dit le dr. Brown-Séquard, caron peut retarder, ou même empêcher la mort, en le réchauffant artificiellement.

Il résulte de ce que nous avons exposé, que la température fournit des signes pronostiques d’une haute importance ; que les températures hyper-pyrétiques, comme celles qui sont très-basses, sont extrêmement graves, et mortelles quand elles dépassent certaines limites; que les températures médiocrement fébriles, mais durables, révèlent une très-grande gravité. Le pronostic doit donc avoir aussi pour base l’examen de la température.

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