EFFETS DE L’ALCOOL SUR LA TEMPÉRATURE
Robert Bentley Todd a été le plus grand propagateur de l’emploi des alcooliques dans le traitement des inflammations aiguës, particulièrement de la pneumonie. Dès 1840 le célèbre professeur du King's College hospital s’appliqua à faire prévaloir les applications de l’alcool dans les états fébriles; mais ce fut en 1860 1 qu’il publia ses leçons sur ce sujet. Les disciples de Todd et beaucoup d’autres médecins nationaux et étrangers adoptèrent les idées de l'illustre praticien. En Portugal ou essaya, mais sans enthousiasme, l'emploi de l’alcool, et nous avons publié dans la Gazeta medica de Lisboa en 1803 et 1864 un boû nombre d'observations recueillies dans notre clinique. Déjà au commencement du siècle passé (1718) notre compatriote Francisco Correia de Amado mentionnait l’usage de l’eau de vie dans les pleurésies.
1 Clmical lectures on certain diseases. — London, 1860.
Mais ce n’est pas des vertus thérapeutiques de l’alcool, ni des avantages ou des inconvénients de l’emploi de ce médicament que nous avons à traiter en ce moment. Notre but est simplement d’apprécier l’action de l’alcool sur la température, le pouls et la respiration. Nous fondant sur les faits observée par nous, nous pouvons établir les propositions suivautes :
1. ° Dans les maladies fébriles l’alcool, administré à haute dose (120 grammes et demi dans les 24 heures) fait baisser la température de quelques dixièmes de degré à 1°.
2. ° La diminution de la température se manifeste dans les 20 à 48 heures.
3. ° L’abaissement de la température n’empêché pas l’exacerbation du soir, qui peut égaler ou excéder la chaleur constatée au matin du jour précédent.
4. ° Dans la défervescence la rémission de la température peut arriver au-dessous du point physiologique.
5. ° L’action des alcooliques s’effectue beaucoup plus promptement sur la température que sur le pouls et la respiration.
6. ° Par fois la fréquence du pouls diminue en 24 heures, mais ordinairement cette diminution n’a lieu qu’au bout de plusieurs jours, dans certains cas le pouls n’éprouve pas de modification ou il augmente de fréquence.
7. ° Le pouls, après la première rémission, conserve ordinairement pendant quelques jours la même fréquence, à peu près, pour s’abaisser ensuite à la moyenne normale. Quelquefois le pouls devient dicrote, d’autres fois intermittent.
8. ° La respiration subit peu d’influence par l’usage de l’alcool, quant cà sa fréquence.
Nous citerons, comme exemples, les observations suivantes, extraites de notre registre thermo-sphygmo-pnéométrique.
Premier cas: — Il a trait à un individu, âgé de 20 ans,
célibataire, tisserand, de tempérament mixte, constitution moyenne, stature régulière, affecté de pleuro-pneumouie aiguë du côté droit, au second degré. Le malade était très souffrant et accablé, quand il fut soumis au traitement par l’alcool, qui, employé d’une manière exclusive, donna les résultats suivants :
De 9 à 10 heures du malin
De 4 à 5 heures dn soir
kl
Température |
eu
Respiration
Température |
j Respiration
Traitement
(7.°) De l’eau de vie 10 grain, de 2 en 2 heures avec infusion de guimauve
(8.®) Idem
(9.®) Idem
(10.®) Idem
il.®
(ii.e) Rien
(13.e) Rien
1 Pouls intermitteut clans ees deux jours.
2 Le pouls redevient régulier.
Ce malade a pris par jour 120 grammes d’eau de vie, à 26°, et dans tout le traitement, 4 jours, 480 grammes. La température a reparu normale au troisième jour de cette médication, et le maximum de la température s’est effectué le quatrième jour.
Second cas: — Homme âgé de 30 ans, tempérament sanguin, constitution forte, stature régulière. 11 fut admis dans notre service clinique de l’hôpital de S. José, salle S. Sebastien lit n.° 39, le 10 avril 1870, pour une pneumonie aiguë du côté gauche au deuxième degré, et il en est sorti le 21 du même mois, complètement guéri. 11 était malade
depuis 13 jours. Il avait eu dans son enfance la variole et la rougeole ; il avait été vacciné. L’examen de la température, du pouls et de la respiration a donné les résultats suivants :
JS
De 9 à 10 heures du matin
De 4 à 5 heures du soir
rt
rt
XJ
Température j
Pouls
Respiration
Pouls
Respiralion
Traitement
(14,e) De l’eau de vie 2 grammes de 2 en 2 heures
(15..) Idem
(16.e) Idem
(il.*) Idem (18.8) Idem
( 19.») Idem
(20.e) Rien
Ce malade a pris par jour 24 grammes d’eau de vie, et 144 grammes pendant tout le traitement.
Troisième cas: — Homme, âgé de 40 ans, tempérament mixte, constitution moyenne, stature régulière, cultivateur. 11 fut admis dans notre service clinique de l'hôpital de S. José, salle St. Sebastien, lit n.° 30, le 31 mars 1870. Affecté de pneumonie aiguë du côté gauche au deuxième degré, il est sorti guéri le 14 avril 1870. 11 était malade depuis 7 jours. Il avait eu dans son enfance la* variole et la rougeole. L’examen thermo-sphygmo-puéométrique a donné les résultats suivants :
De 9 à 10 heures du matiu
De 4 à 5 heures du soir
cS
Température i
éS
Respiration
Température ,
ÛH
j Respiration
Traitement
(7.o) De l’eau de vie 4 gram. de 2 en 2 heures
(S.") Idem, 8^ram.
de 2 en 2 heures
(O.") Idem
lO.o
(lO.o i Idem
(H.6) idem
(12.0) Idem
(13.e) Idem
(14.e) idem
(IG.0) Rien
(17.e) Rien
Ce malade a pris le premier jour 48 grammes d’eau de vie, le second jour 96 grammes, et 672 grammes pendant tout le traitement.