‹ Précis de thermométrie clinique généraleChapitre 20 sur 33 · FIÈVRE ; CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ; DÉFINITION · texte numérisé non relu

FIÈVRE ; CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ; DÉFINITION

L'élévation de la température est le phénomène caractéristique de la fièvre. C'est une assertion qui a été répétée par de nombreux et éminents observateurs dans la plus lointaine antiquité, dans le moyen âge et dans les temps modernes. C'est un fait généralement admis comme certain et prouvé.

Les symptômes fournis par la circulation, par la respiration et par d'autres fonctions, et qui se recontrent ordinairement dans la fièvre, non seulement manquent dans les maladies considérées comme fébriles par la généralité des médecins, mais peuvent même se manifester sans que pour cela il y ait fièvre; quelques uns de ces phénomènes, et des plus importants, peuvent être observés même dans l'état normal,

Ajoutez à cela que les deux fonctions, la circulation et la respiration, qui sont les premières interrogées, et dont la fréquence peut être rigoureusement représentée par des nombres, présentent de grandes variations selon les âges, selon l'état de réplétion ou de vacuité des premières voies, sous l'influence de l'exercice, des impressions morales, etc., etc. Certaines affections du cœur et du poumon augmentent de

beaucoup la fréquence du pouls et de la respiration sans être, pour cela, accompagnées de fièvre. Les sensations spéciales accusées par les malades, les perturbations siégeant dans les organes digestifs et dans leurs annexes, les troubles de l'innervation, tout cela peut également manquer dans des maladies évidemment fébriles. Seule l'élévation de la température est constante.

D'après cela nous pouvons définir la fièvre un état pathologique caractérisé par l'élévation de la température au dessus du maximum physiologique. Nous ne nous bornons pas à dire simplement élévation ou augmentation de température, parce que cette température peut, comme nous Tavons dit, osciller entre de certaines limites dans l'état de santé et monter jusqu'à un certain degré sans qu'il y ait fièvre; pour que la fièvre se manifeste il est de condition essentielle que la chaleur animale soit supérieure au degré le plus élevé de la température normale.

Il se pourrait peut-être qu'on objectât que la chaleur d'une partie périphérique enflammée pourrait s'élever beaucoup, excéder même la température générale, qui se maintiendrait dans les limites normales, et que malgré cela on ne pourrait pas dire que le sujet aurait la fièvre. Mais on voit que cette objection manque de portée si l'on refléchit que lorsqu'on dit température physiologique on entend toujours parler de la chaleur générale ou interne. Dans le cas que nous venons de supposer, la température générale, mesurée au moyen du thermomètre placé dans Taisselle, n'ayant pas dépassé la Umite supérieure normale, il n'y a pas eu fièvre; il y a eu, tout au plus, si Ton veut l'admettre, une fièvre locale ou topique. Pour qu'on puisse établir avec précision l'existence de la fièvre, il est indispensable, nous le répétons, que la température du sujet ait dépassé le maximum physiologique.

Le docteur Jaccoud a défini la fièvre: «Un état pathologique constitué par l'accroissement de la combustion et de la

température organiques*». Nous ferons remarquer en premier lieu, que Taccroissement de la combustion étant la cause de Taugmentation de la chaleur, il n'est pas nécessaire de comprendre dans la définition la cause et l'effet, le phénomène primordial et le phénomène consécutif. En second lieu, l'augmentation des combustions organiques, bien que indiquée fréquemment par la modification des urines, n'est pas un phénomène appréciable pour le clinicien, et, pour cette raison, il ne doit pas entrer dans une définition, qui, avant tout, doit être claire et pratique ; tandisque l'augmentation de la température est un phénomène manifeste, susceptible d'une mensuration rigoureuse par le thermomètre, et servant non seulement à indiquer l'existence de la fièvre, mais aussi à exprimer son intensité, et à apprécier ses oscillations. En troisième lieu, la température animale, soit physiologique soit pathologique, ne dépend pas exclusivement des combustions organiques; au contraire, la température résulte de deux termes: 1®, production de la chaleur par les combustions organiques; 2°, perte de la chaleur par l'irradiation périphérique et le§ évaporations cutanée et pulmonaire. C'est de l'équilibre existant entre ces deux termes, Tun positif, l'autre négatif, qu'émane la température normale, laquelle se maintient constante et fixe (avec de légères oscillations), parceque ces deux termes gardent entr'eux une relation qui, elle aussi, demeure constante dans l'état normal, Tun et l'autre subissant simultanément une augmentation ou une diminuition proportionnelle. De la rupture de cet équilibre physiologique procède la température morbide. Or, le manque d'équilibre, produisant l'augmentation de la température, peut provenir soit de l'accroissement de production du calorique (hyperpyrogénèse ^) soit de la diminu-

^ Traité de pathologie interne, t. 1.", pag. 72. — Paris, 1869.

^ Nous employons ce mol dérivé de hyper, excès, pyr, feu, et genesisy génération, pour exprimer la production exagérée de la chaleur.

tion des pertes de ce même calorique, ou enfin de ces deux origines ensemble ; dans la seconde hypothèse, la fièvre ne pourrait être définie par l'augmentation de combustion. Il est vrai que l'exagération des combustions organiques est le phénomène capital, et ce qu'il y a de plus important dans la fièvre; mais il n'en est pas la cause exclusive. Ce qui est certain, ce qui est positif et mathématiquement démontré c'est l'augmentation de température, quelle que soit son origine. C'est dans ces idées que nous parait être le professeur Jaccoud, quand, après avoir donné la définition que nous venons de rapporter, il ajoute: «seule l'élévation de température est constante et immuable à ce point qu'elle sufiSt pour spécifier et pour définir la fièvre.» Et plus loin: «... tout individu dont la température subit un accroissement durable a la fièvre. 9

Les définitions de la fièvre, qui se trouvent dans les divers traités de pathologie, sont, pour la plupart, inexactes. Pour exemple, nous citerons celle de Grisolle: «État morbide caractérisé principalement par la chaleur anormale de la peau, par l'accélération du pouls, par un état de malaise et par des perturbations diverses de quelques autres fonctions*.» Analysée à la lumière des connaissances actuelles, cette définition présente les défauts suivantes: 1°., ce n'est pas principalement qu'il faut dire mais toujours; 2°., l'expression chaleur anormale n'est pas exacte dans ce cas, parceque les températures inférieures au minimum physiologique sont également anormales, et que loin d'appartenir à la fièvre elles caractérisent l'algidité; on devrait donc dire raugmentation anormale de la température; 3®., l'accroissement de la température n'a pas lieu seulement à la peau, mais dans tout l'organisme, il est général; 4**., l'accélération du pouls n'est point un phénomène constant, et il a lieu dans beaucoup d'autres états non fébriles; 5°., les autres phéno-

* Traité élémentaire de pathologie interne , t. i. — Paris, 18S5.

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