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RELATION DE LA TEMPERATURE AVEC LES URINES

Les urines présentent dans la fièvre des modiflcations physiques et chimiques qui sont remarquables dans la période d'augment et surtout dans celle du fastigium, et qui disparaissent pendant la défervescence soit avec rapidité, soit avec lenteur, selon que la défervescence elle même est rapide ou lente.

Pendant les périodes d'augment et de fastigium les urineâ deviennent rares et plus colorées, leur densité s'accroît et el- Jes sont sédimenteuses. Elles contiennent une plus grande proportion d'urée, qui parfois atteint presque le double de ce qu'elle doit être dans l'état normal (de 30 grammes, moyenne normale, elle peut s'élever à 50 grammes en 24 heures) et aussi d'acide urique, qui de 50 centigrammes, moyenne ordinaire pour 24 heures, arrive à la quantité d'un gramme. Les chlorures, au contraire, diminuent considérablement dans le liquide urinaire, et leur proportion descend parfois à un dixième. En calculant à 11 Vs grammes la quantité moyenne de chlorure excrété par les urines en 24 heures, on a vu ce poids baisser jusqu'à un gramme pendant la fièvre. Il est si rare de ne pas rencontrer cette diminution des chlorures que lorsqu'une analyse quelconque ne la révèle pas, elle doit être considérée comme peu rigoureuse ou comme se rapportant à un cas extrêmement exceptionnel.

Pour la confirmation de ce qui vient d'être dit, nous présenterons à la suite les résultats des analyses des docteurs Traube, Jockmann, Moos^ Uhle et Ranke, analyses faites sur les urines de sujets affectés de fièvres intermittentes, et qui se trouvent reproduites dans les Leçons de clinique médicale du professeur Jaccoud. Dans les fièvres intermittentes les modifications de l'urine sont très saillantes parccr]u'elles

sont intermittentes, comme les manifestations pathologiques auxquelles elles sont dues ; elles apparaissent avec le paroxysme, et disparaissent avec lui, ce qui est une preuve de plus pour démontrer que ces altérations sont entièrement liées à la fièvre.

Voici les résultats de quelques analyses dues au docteur Moos:

Urine excrétée Cent, cubes

Chlomre de sodium

Urée

■ (Paroxysme jGuérison .

i Paroxysme Apyréxie .

Guérison .

g I Paroxysme I Guérison .

t (Paroxysme i Apyréxie .

1 Paroxysme 8 (Apyréxie , ( Guérison .

Avant d'aller plus loin nous ferons remarquer une circonstance par laquelle s'explique un phénomène qui paraissait faire exception à la règle ; c'est que quelquefois, la maladie étant terminée, la proportion de l'urée dans les urines est supérieure à ce qu'elle était pendant le paroxysme ; la cause est dans. l'alimentation corroborante dont font usage les sujets qui ont été soumis à une diète plus ou moins sévère. Dans la dernière des analyses citées au précédent tableau la quantité d'urée, après la guérison, était supérieure de 1,9 gramme à la proportion trouvée pendant le paroxysme antérieur.

Les analyses qui suivent, dues au docteur Uble, ont été

— ISSfaites chez des enfants et les proportions se rapportent à un kilogramme dii poids du corps :

Urine excrétée Cent, cubes

Chlorure de sodium

Vtéti

j j Paroxysme

1 Apyréxie

2 \ Paroxysme

1 Anvréxie

« Paroxysme

Aûvréxie

^ Paroxysme

) Aovréxie

Nous citerons encore les résultats de l'analyse faite par le docteur Ranke, de Munich, dans un cas de fièvre intermittente tierce, parceque c'est une des observations plus complètes qui aient été faites sur ce sujet.

Apyréxie. .

Paroxysme Apyréxie. .

Paroxysme Apyréxie. .

Urine excrétée Cent, cubes

Guérison

Chlorure de sodium

Urée

Dans un cas de fièvre qaarte les docteurs Traube et Jockmaon ont trouvé :

Urine excrétée Cent, cubes

Chlomre de Bodiom

Urée

Paroxysme

Apyréxie

Paroxvsme

C'est lout-à-fail à dessein que nous reproduisons les ré* sultats de celle analyse, afin de montrer une exception très rare^ dans laquelle il y a augmentation de la quantité des chlorures.

Le professeur Andral, investigateur infatigable autant que praticien éminent^ a vérifié la relation directe qui existe entre la quantité d'urée excrétée par les reins et le degré auquel s'élève la température dans les affections pyrétiques> soit phlegmasies, telles que pneumonie, pleurésie, etc., soit fièvres essentielles, telles que fièvres intermittentes, typhoïdes, éruptives, etc. Dans une communication * faite récem* ment à l'Académie des Sciences de Paris cet illustre médecin a montré les résultats de ses analyses qui se résument dans l'exposé suivant: Dans vingt trois analyses d'urines provenant de sujets affectés de fièvres intermittentes, U a trouvé dans onze cas une proportion d'urée oscillant entre vingt et trente deux grammes, dans. neuf cas entre seize et vingt grammes, dans deux entre treize et quatorze grammes. Ce judicieux praticien fait observer que la diète agissant en sens inverse de la fièvre dans la thermogenèse, il peut arriver que la proportion d'urée diminue, tout en se conservant encore à un chiffre élevé, tandis que la chaleur du corps se

^ Du rapport des variations de la température du corps humain avec les variations de quantité de quelques principes du sang et de Vurine.

maintient au même degré. Le savant académicien indique une affection qui fait exception à la règle, c'est la cirrhose du foie qui, tout en étant une maladie apyrétique, présente cependant une augmentation dans la quantité de lurée éliminée par les rems, comme cela a été observé par lui dans trois analyses. Le professeur Andral en appréciant la valeur des expériences physiologiques qui paraissent prouver l'existence d'une certaine solidarité entre les fonctions excrétoires du foie et celles des reins, incline à admettre que les matières azotées de la bile qui ne peuvent être éliminées du sang par le foie, dont le tissu se trouve altéré, rencontrent dans la sécrétion rénale une voie supplémentaire pour leur élimination. Les maladies fébriles sont ta cause ordinaire de l'accroissement de la quantité d'urée dans les urines, mais cela ne veut pas dire que d'autres causes ne puissent, elles aussi, produire des effets analogues. M. Ândral évalue la proportion d'urée normalement sécrétée par les reins à la quantité de dix^à quinze grammes pour mille grammes d'urine.

En examinant les rapports des principes du sang avec la température, le docteur Andral a constaté les faits suivants;

1®. Relativement à la fibrine, dit rillustre académicien, on peut établir comme un fait général que lorsque le sang contient plus de quatre millièmes de ce principe la température s'élève. L'augmentation de la chaleur est proportionelle à l'augmentation de la fibrine, mais cette règle est sujette à de nombreuses exceptions. Il est impossible de trouver dans ce fait la relation de causalité, attendu que dans une grande classe de maladies, les pyréxies, la fibrine se maintient dans les limites physiologiques ou même descend, ce qui n'empêche pas que la température ne soit très élevée et ne puisse même être supérieure à celle des phlegmasies, qui cependant sont caractérisées par une augmentation de fibrine.

2®. Pour ce qui est des globules, de nombreux faits prou-

— ISSvent que leur diminution, même très considérable, ne fait pas baisser la température au-dessous de la limite physiologique, et il est des cas où la chaleur dépasse cette limite.

3^. Quant à l'albumine, lorsque celle-ci, au lieu d'être toute employée à la nutrition, est en partie perdue par les urines, la théorie parait indiquer qu'il doit y avoir une moindre production de chaleur et les faits observés par le professeur Andral autorisent à supposer qu'il en est effectivement ainsi.

L'augmentation de la proportion d'urée a été rencontrée dès avant le frisson de l'accès,. chose qui devait être, attendu que la température commence elle aussi à s'élever avant le frisson, et la hausse de la chaleur de même que l'accroissement de l'urée ont pour cause commune la combustion or^ ganique exagérée. Ce fait que nous venons de mentionner est confirmé par les intéressantes analyses du docteur Sydney Ringer, et ses résultats réunis, se rapportant à un espace de temps d'une heure, sont les suivants ^ :

Urine azeré-

Chlonire de sodium

Avant Je frisson

Pendant le frisson

Pendant la période de chaleur ....

Pendant la période de sueur

Le nombre supérieur correspond à l'époque la plus dis-

^ Sydney Ringer, Med. chir. Trans,; Jaccoud, Leçons de dinique médicale.

tante da frisson. Dans ces observations le maximum de Turée a coïncidé avec le frisson.

Pour procéder à l'analyse on doit recueillir séparément de Turine pendant chacune des périodes de Taccës, avant l'accès lui même, et pendant Tapyréxie, comme l'ont fait les observateurs allemands que nous avons cités et comme Ta fait aussi le docteur Sydney Ringer.

Pendant la défervescence les urines reviennent à l'état normal pour leurs qualités physiques et chimiques; il y a diminution de la densité, de la coloration, de l'urée et de l'acide urique des urines, et il y a augmentation de la quantité d'urine et de la proportion des chlorures.

Des altérations analogues ont lieu dans les autres maladies fébriles. Nous avons noté journellement la quantité et la densité des urines dans diverses affections aiguës : nous citerons pour exemple l'observation suivante faite sur un jeune garçon de quinze ans, de tempérament lymphatique et de constitution moyenne, affecté de pleuro-pneumonie aiguë au second degré située au côté droit.

Jours de la maUdie

Densité de Tarine 1

Quantité d'nrine exoritéa en 24 heures

848 grammes

< La densité a été mesurée arec Tarinomètre de Prout.

L'élévation de la température est en relation avec Talté

ration que subit l'urine et aussi avec ramaigrissement, comme nous le verrons plus tard, parceque ces trois phénomènes reconnaissent une même origine commune, qui est la combustion organique.

La sécrétion urinaire n'est pas la seule qui subisse une diminution ; les sécrétions intestinales diminuent également pendant les périodes à'augment et de fastigium du cycle thermique, d'où résulte la constipation qui cesse ensuite dans le cours de la défervescence.

RELATION DE LA TEBfPBQA'nJRB AVEC LA NUTRITION

La fonction nutritive éprouve, entr'autres, une notable altération, qui est constante lorsque la fièvre dure depuis un certain temps. Si la fièvre reconnaît pour cause immédiate Taxagération des métamorphoses organiques, et principalement des combustions, il est clair qu'elle doit déterminer la consomption du sujet qui, privé d'aliments, vit aux dépens de lui môme, ayant à pourvoir à toutes les dépenses et à fournir tous les matériaux nécessaires pour la combustion. Ce résultat, que la théorie fait prévoir, est confirmé par l'observation directe, qui démontre chez les fébrlcitants une diminution de vingt à trente pour cent de leur poids. Le docteur Wachsmuth a constaté sur un malade atteint de pneumonie aiguë une perte de deux kilogrammes en vingt-quatre heures lors du fastigium du cycle fébrile ; la veille de la défervescence la perte fut 718 grammes, au commencement de la défervescence elle fut à peine de 57 grammes, et le jour suivant, pendant lequel le malade prit quelque nourriture, il y eut augmentation de deux cents grammes dans son poids *. Dans ce cas la perte en poids a donc

^ Jaccoud, Leçons de clinique médicale. — Paris, 1867.

diminué en même temps qu'a eu lieu la chute de la flèvre. elle a cessé quand est venue la défervescence, et Tacquisition ou l'augmentation de poids a commencé avec Talimentation. De sorte que la consomption, qui est Teffet de la suractivité des combustions, de Tautophagie fébrile et de la diète, se produit dans les périodes d'augment et de fastigium, et elle décline et disparaît pendant la défervescence. La consomption fébrile est proportionelle à Tintensité et surtout à la durée de la fièvre.

RELATION DE LA TEMPÉRATURE AVEC l'iNNERVATION ; CONSIDERATIONS SUR LE FRISSON ET QUELQUES AUTRES PHÉNOMÈNES

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