‹ Précis de̓́conomie politique [microform]Chapitre 13 sur 77 · I LES DIFFÉRENTES SORTES DE CAPITAUX · texte numérisé non relu

I LES DIFFÉRENTES SORTES DE CAPITAUX

I 1° Les améliorations durables du sol, comme clô-

tures, dessèchements, irrigations, plantations d’arbres, ou cultures permanentes, engrais durables, etc.

2° Les constructions de toute nature;

3® Les outils et les machines de tout genre;

» ' 4® Les animaux de travail ;

j 5® Les matières premières destinées à la fabrication,

j comme le coton, la laine, les huiles, le charbon qui

j doivent être consommés dans une usine ;

6® Les approvisionnements destinés à faire vivre le 1 personnel producteur, jusqu’au moment où l’œ.uvre de la production sera achevée ;

7® La monnaie ;

8® Certaines facultés ou certains biens incorporels.

[ Cette nomenclature n’est pas limitative ; elle ne peut ‘ guère l’être.

Les derniers articles méritent quelques explications.

^ Certaines personnes se demandent si la monnaie est bien un capital; et d’autres trouvent que c’est le capi- I tal par excellence.

Nous traiterons plus loin la question de la monnaie. On verra que l’or et l’argent sont des richesses, mais ne sont pas toute la richesse, ni même la principale ! richesse; que les peuples les plus riches ne sont pas I ceux qui ont le plus d or, la Grande-Bretagne, qui jus- I qu’ici forme la nation la plus riche du globe, possédant f moins de métaux précieux que la plupart des autres grands peuples civilisés, et les États-Unis, qui suivent de près la Grande-Bretagne en richesse, ayant eux aussi ! relativement peu de monnaie métallique.

La monnaie, l’or et l’argent, sont incontestablement des capitaux. La monnaie est à la lottre un outil; c’est l’instrument des échanges; elle n’est pas recherchée pour elle-même ; elle l’est comme moyen d’acquisition.

La monnaie a élé souvent comparée aux grandes routes et aux voies de transport: on ne l’a créée que pour aider au transfert des produits. Elle coopère, d’ailleurs, à la production en facilitant les échanges, épargnant du temps, des calculs, des déplacem.ents.

Toutes ces conditions la qualifient absolument pour être un capital. Seulement, elle n’est qu’une petite partie du capital d’un pays; et, comme tous les capitaux qui servent aux transports ou aux échanges, elle ne doit pas être en quantité exubérante pour les besoins de la production. Un peuple doit économiser la monnaie, de même qu’il économise les wagons (1).

Les capitaux incorporels : le talent, l’éducation. — La question de savoir s’il y a des capitaux incorporels a été souvent controversée. Elle doit, selon nous, se résoudre affirmativement.

On dit avec raison du talent d’un homme que c’est un capital. En réalité, il y a une analogie frappante entre l’éducation ou l’apprentissage et la formation des capitaux matériels. On y retrouve: l^lamême pensée de prévoyance qui suscite des efforts en vue d’un résultat éloigné ; 2° les mêmes sacrifices du présent à l’avenir, la renonciation par exemple à la possibilité d’obtenir des gains actuels modestes pour la chance de gains futurs plus considérables, 3° la nécessité de vivre sur des réserves antérieures pendant la période de l’apprentissage ou de l’éducation ; 4° le même objet, qui est de faciliter et d’augmenter la productivité du travail ultérieur; 3° la même nécessité, pour que tous ces efforts ne soient pas perdus, que, après l’expiration de la durée’ de l’apprentissage ou de l’éducation, l’excédent de productivité du travail compense tous les efforts faits, toutes

(1) Voir plus J.oiu le chapitre sur la Monnaie.

LES DIFFÉRENTES SORTES DE CAPITAUX. ol

les dépenses, toutes les avances durant l’éducation ou l’apprentissage.

Ainsi entre la capitalisation, d’une part, l’éducation et l’apprentissage de l’autre, il y a parallélisme absolu : identité des motifs, identité des moyens, identité des résultats.

Il nous semble abusif de contester qu’il y ait des capitaux incorporels. Ces capitaux existent pour les peuples de même que pour les individus. Les qualités reconnues pour appartenir à un peuple, qu’elles soient héréditaires ou transmises par l’éducation, ont autant d’avantages dans les relations internationales que dans les relations entre individus. Les marques de fabrique, qui sont réputées pour couvrir des produits estimés, la clientèle acquise à une nation, le renom qu’on lui accorde d’avoir du goût et de l’élégance, ou de l’habileté industrielle, ou de la probité commerciale, constituent réellement des sortes de capitaux, qui ont un prix dans les échanges entre les divers pays.

Les œuvres d’art sont des capitaux. — On s’est demandé si les tableaux, les oeuvres d’art pouvaient être considérés comme des capitaux. Au point de vue purement matériel on pourrait leur contester ce caractère : en y réfléchissant davantage, on doit le leur attribuer. Par leur permanence qui leur assure, avec quelques soins, une durée plus longue qu’à la généralité des œuvres humaines, par le don particulier qu’ils ont de procurer des jouissances sans être détériorés ni surtout détruits par l’usage, les tableaux et les œuvres d art se classent parmi les plus impérissables des richesses. On les a dénommés quelquefois des capitaux de jouissance. '

Celles de ces œuvres qui atteignent un mérite exceptionnel possèdent, en outre, une vertu éducatrice qui sert

à des séries de générations successives. Elles forment le goût, elles n’élèvent pas seulement l’âme, elles développent encore dans une nation des talents artistiques et industriels qui ont une valeur vénale. Elles ont, à ce point de vue, une fonction qui les rapproche de tous les autres capitaux. Des musées, comme ceux du Louvre, de Madrid, de Londres, du Vatican, etc., contribuent à répandre tout autour d’eux les notions et le goût des arts, à susciter, à entretenir, à développer certaines qualités productives que les jeunes contrées de l’Amérique ou de l’Australie seront fort en peine de fomenter au même degré.

j3eaucoup moins de gens iraient, non seulement à Rome et à Florence, mais à Dresde, à Amsterdam, à la Haye, à Munich, si des merveilles de l’art ne s’y trouvaient ; ces chefs-d’œuvre sont donc bien pour ces villes et ces pays un capital qui produit des revenus indirects. Des légions d’artistes, parfois médiocrement doués par la nature, vivent encore en Italie de la reproduction ou de l’interprétation des chefs-d’œuvre de l’antiquité ou de la Renaissance. Qu’on compare la situation d’un jeune Américain ou d’un jeune Australien qui aurait une vocation artistique à la situation d’un jeune Italien. Quelle différence! Que de démarches, de pertes de temps, de dépenses imposées au premier pour s’instruire, et évitées au dernier! Les richesses artistiques resteront peut-être éternellement l’une des supériorités du vieux monde sur le nouveau. Il serait puéril de leur contester d’être l’iin des plus précieux capitaux de l’humanité.

Quand on examine les choses de haut, on voit que toute la civilisation est un merveilleux phénomène d’incessante capitalisation matérielle, intellectuelle et morale.

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