LA LIBERTÉ ËT LA PROPRIÉTÉ
les énergies qu’elles contiennent, plus prospères et plus progressives.
Développement continu de la liberté individuelle. — Ce qui a aidé à affranchir le travail humain, à supprimer d’abord l’esclavage, puis le servage, puis la corvée, puis le compagnonnage obligatoire, l’apprentissage obligatoire, les examens pour l’exercice d’un métier, ce qui a aidé [aussi à obtenir la liberté du domicile, ce ne sont pas seulement les idées philanthropiques ou chrétiennes, quoiqu’elles y aient sans doute contribué; ce sont encore les inventions, les découvertes, les voies de transport, les améliorations industrielles et techniques qui ne comportaient plus la rigidité des anciens cadres.
Aujourd’hui la liberté civile peut être considérée comme presque absolue dans l’Europe occidentale. L’esclavage fut aboli de fait dans le vieux monde par l’invasion des barbares et parle christianisme. Il a disparu en 1833 des colonies anglaises, en 1848 des colonies françaises, en 1863 des États-Unis d’Amérique, puis successivement des Antilles espagnoles et du Brésil, où il ne subsiste plus qu’à l’état transitoire, tous les noirs aujourd’hui venant au monde libres.
Les États musulmans et les petites tribus fétichistes du centre de l’Afrique restent seuls à méconnaître la liberté individuelle, de même que la propriété privée.
Dès 1236, on commence à abolir le servage en Italie, à Bologne; dès 1298 on s’y met en France ; et au dix- j
septième siècle il ne restait plus guère de serfs dans j
notre pays; la Révolution de 1789 n’avait plus qu’à en affranchir quelques milliers. En Angleterre, sous Elisabeth, c’est-à-dire à la fin du seizième siècle, l’émancipation des serfs était achevée. En Russie le servage fut aboli il y a un quart de siècle. Quant aux entraves secon- L.-B. — Éco.v. poL, 7
daires à la libarté humaine, c’est au ministère de Turgot en France, en 1776, que revient le mérite de 1 abolition des cadres forcés qui, sous le nom de maîtrises et de jurandes, violentaient la liberté industrielle. Ces oiganisations ayant été rétablies après la chute de Turgot, la Révolution de 1789 les supprima définitivement. Peu à peu, dans le courant de quatre ou cinq dizaines d’années, le reste de l’Europe occidentale suivit l’exemple que nous avions donné; l’Allemagne elle-même se décida à reconnaître la pleine liberté de changer de domicile et de
contracter mariage.
La liberté de coalition, les droits d’association et de réunion, la suppression de tout ce qui peut rappeler une attache quelconque, par exemple de l’obligation du livret pour l’ouvrier, viennent consacrer cette émancipation, aujourd’hui à peu près complète, de l’individu.
Évolution et développement de la propriété individuelle. — La propriété suivait un développement analogue à celui de la liberté.
La propriété est le droit absolu d’un homme sur sa personne, sur le produit de ses efforts, sur les choses qu’il est le premier à mettre en valeur. Elle a un lien indissoluble avec la liberté; aussi a-t-elle subi la même évolution. De la communauté primitive qui prévalait quand l’homme ne faisait que recueillir, par la chasse, par la pêche ou par la cueillette, les dons spontanés de la nature, on est passé à la propriété collective du clan ou du village, premier dégagement de la communauté absolue, lorsque l’augmentation de la population et le progrès de l’esprit humain ont porté à une agriculture rudimentaire, informe, comportant d’énormes étendues de jachères ou de terrains incultes. Un nouvel essor de l’intelligence humaine a peu à peu constitué la propriété individuelle, au fur et à mesure que la cul-