LA LIBERTÉ ET LA PROPRIÉTÉ
ture est devenue plus perfectionnée, inégale, intensive, et que le capital, l’habileté de l’exploitant, la longue durée de la possession, sont devenus les conditions nécessaires d’un rendement considérable.
Pendant longtemps encore, cette propriété privée est restée assujettie à des servitudes collectives, dont le nombre alla peu à peu en diminuant et le poids en s’allégeant : les redevances féodales, l’obligation pour tous les propriétaires voisins de faire certaines cultures similaires, le ban des vendanges, le moulin banal, le four banal, la réserve des produits pour l’approvisionnement de certaines villes ou de certains marchés.
Par un procédé d’émancipation lent, mais ininterrompu, on est arrivé de nos jours à la propriété complète, absolue, qui reconnaît au propriétaire un plein droit d’usage sur sa chose et, en outre, le droit de transmission, le droit de don, le droit d’héritage
En môme temps qu’elle se précisait et que ses caractères devenaient chaque jour plus nets et plus complets, la propriété n’a pas cessé de s’étendre à un plus grand nombre de domaines : propriété des instruments de travail, propriété du bétail, propriété des approvisionnements, propriété de la maison et de l’enclos y attenant, propriété des terres défrichées par l’individu et mises parlui en valeur : voilà l’évolution, quant à la terre et quant aux choses matérielles. Mais peu à peu la propriété gagne et comprend des droits qui n’ont rien de corporel. La propriété industrielle naît et se propage, puis la propriété scientifique, la propriété artistique, la propriété littéraire. Au fur et à mesure que la civilisation se développe, que les besoins de l’humanité s’amplifient et se raffinent, que la production sô diversifie, de nouvelles natures de propriétés apparaissent.
On devient propriétaire d’un fonds de commerce,
LA
d’une marque de fabrique, d’une composition musicale, d’un procédé industriel, d’un poème, d’une simple formule, d’un air même et d’une chanson.
Chaque extension de la propriété correspond, dans l’esprit des hommes, à une extension de la responsabilité et de la productivité.
On juge que l’on ne peut mieux servir l’humanité en général, assurer le bien-être et les jouissances de tous, même de ceux qui ne possèdent rien, qu’en stimulant, par la propriété individuelle, les efforts et les soins de ceux qui exploitent le sol, de ceux qui par l’épargne constituent le capital, puis des commerçants, des industriels, des inventeurs, des savants, des artistes, des auteurs, de tous ceux qui ont ajouté au fonds primitivement commun de l’humanité un produit quelconque, une amélioration, une idée heureuse.