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L’HERITAGE

pays de propriété personnelle et d’héritage. Ainsi la famille monogame, avec un état civil régulier, la transmission d’un nom patronymique, ne se rencontre guère que chez les peuples sédentaires, agricoles, pratiquant la propriété privée et respectant l’héritage individuel.

Au contraire, la famille polygame, la filiation lâche, l’absence d’état civil et de nom individuel caractérisé se trouvent chez les familles à propriété collective et à héritage incertain, comme les Arabes ou comme les anciens clans du moyen âge. C’est la propriété privée et l’héritage qui ont à la fois constitué la famille forte et émancipé l’individu.

Fait instinctif dans l’humanité, l’héritage s’est développé, précisé et a fini par trouver dans les diverses législations des formules juridiques à peu près analogues. Il repose sur le droit qu’a un homme qui, par son travail, par son intelligence, par son épargne, a créé une richesse, de la transmettre h la personne qu’il affectionne. En l’absence de testament précis, les plus proches parents sont considérés comme ceux qui doivent hériter du mort, parce qu’en général un lien particulier d’affection les unissait à lui, parce que, aussi, ils ont souvent participé directement ou indirectement à la formation de la richesse du décédé, ce qui est le cas habituel pour sa veuve, pour ses enfants, parfois pour ses frères, ou parce que le décédé et ses parents collatéraux descendaient d’un ancêtre commun qui avait lui-même amassé ces biens.

Au point de vue économique, l’héritage a pour objet l’augmentation et la conservation du capital, autant dans l’intérêt social que dans l’intérêt individuel. Il excite et il prolonge l’activité et l’épargne de l’homme; il ouvre à son esprit des horizons illimités; il donne à son œuvre un caractère de perpétuité.

la répartition des richesses.

Sans l’héritage Iss efforts elles épargnes de l’individu se borneraient à la satisfaction de ses besoins personnels; à quarante ou cinquante ans, si l’on avait assuré le repos et le confortable de sa vie ultérieure, on cesserait de travailler et surtout d’économiser. La production deviendrait beaucoup moins forte, la création des capitaux serait beaucoup moins abondante. Ce n’est un mystère pour personne qu’en général un célibataire, dans la seconde moitié de sa vie, se donne beaucoup moins de mal et fait moins d’épargnes qu’un père de famille; encore les célibataires ont-ils souvent des affections qui les sollicitent à ne pas se désintéresser absolument de l’avenir qui suivra leur mort.

La nature prévoyante a donné aux affections d’autant plus de force qu’elles se portent sur un nombre plus restreint d hommes. Jamais un homme n’aimera avec la même ardeur, le même sentiment de vigilance ininterrompue, ses 40 millions de compatriotes, s’il est Français ses CO millions de compatriotes, s’il est Américain, ses 100 millions de compatriotes, s’il est Russe, ses 300 millions de compatriotes, s’il est Chinois, qu’il aime sa

femme, ses enfants, même ses parents plus éloignés ou ses amis.

Faites qu’une fortune individuelle, au lieu de garder une forme distincte, d’échoir à quelques personnes déterminées d avance, aille se disperser, tomber en poussière, ajouter un inflniment petit aux ressources du budget d un très grand État, et personne n’aura souci des travaux persévérants et des épargnes indéfinies.

On dira peut-être que l’héritage, s’il fait des économes, fait aussi des fainéants. Il est vrai qu’un certain nombre d hommes ne savent pas se montrer dignes des fortunes que leurs parents leur transmettent; ils les gaspillent ou, d’une façon plus fréquente, ils vivent dans

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