L’HÉRITAGE
l’oisiveté. C’est là un mal ; mais il ne faut pas en exagérer l’importance : les prodigues sont bientôt cruellement punis par les conséquences de leur prodigalité. Quant aux véritables oisifs, ceux qui ne s’occupent, dans leur vie, ni de soigner et de surveiller leurs propriétés, ni de placer et de gérer attentivement leurs capitaux, tâche qui est délicate et singulièrement importante pour la société elle-même, ni de cultiver les lettres, les sciences ou les arts, le nombre de ces vrais oisifs est beaucoup moins important qu’on ne le pense. Leur situation va, en général, en empirant. A tout considérer, le surcroît d’énergies et d’épargnes qui est créé en vue de transmettre à ses proches ou à ses amis un héritage dépasse de beaucoup dans une société les capitaux perdus ou consommés par l’oisiveté d’un certain nombre d’héritiers.
Si l’on voulait transférer à l’État la totalité ou une partie des héritages, on amoindrirait singulièrement la production et la capitalisation, et on arrêterait le progrès social. La nation tomberait bientôt en décadence : car 1 État consommerait comme revenus les sommes qui, chez les particuliers dont il hériterait, étaient considérées comme des capitaux. L’État, en proie aux appétits des fonctionnaires ou des électeurs faméliques qui assiègent le budget, est un très médiocre épargnant; c’est, au contraire, un grand consommateur et un grand destructeur de capitaux.
Décréter que l’État hérite des particuliers, alors même qu’on ne lui reconnaîtrait de droit à l’héritage qu’en 1 absence de descendants du décédé ou de parents collatéraux rapprochés, ce serait vouloir l’amoindrissement progressif des capitaux de la nation, c’est-à-dire du fonds permanent qui aide celle-ci dans son travail, qui lui facilite les progrès et qui lui vaut une graduelle amélioration de son sort