‹ Précis de̓́conomie politique [microform]Chapitre 29 sur 77 · ET LA PETITE PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

ET LA PETITE PROPRIÉTÉ

Exposé de la théorie de la rente de la terre. — Réfutation des conséquence qu’on en a tirées. — Les systèmes socialistes de reprise de la terre par l’État. — Les mérites respectifs de la grande et de la petite propriété.

Exposé de la théorie de la rente de la terre.

— Au commencement de ce siècle une théorie s’est produite sous le nom de « Rente de la Terre », qui a servi d arme aux socialistes et à divers économistes même pour contester, non pas la légitimité primitive delà propriété foncière, mais sa légitimité actuelle. Cette théorie est due au célèbre économiste anglais Ricardo, qui n’en tirait lui-même aucun argument contre la propriété. Mais certains de ses disciples, plus zélés et plus présomptueux que lui, en ont profité pour proposer des systèmes divers de confiscation.

Sans entrer sur ce point dans des détails que ne comporterait pas un traité élémentaire , résumons en quelques mots le fond de cette doctrine (1).

Quand dans un pays tout le sol n’est pas occupé et que la population n’est pas très dense, disait Ricardo,

(1) Dans notre Essai sur la répartition des ric/iiîM(?5 et dans notre Collectivisme, nous avons donné un exposé plus ample et une réfutation plus détaillée de la théorie de Ricardo-

les hommes ont à proximité une grande quantité de terres disponibles de bonne qualité : les agriculteurs les mettent en valeur sans que personne ait à payer un fermage ou une rente, puisque l’on n’a qu’à choisir entre les espaces vacants. Mais au bout d’un certain temps, la population s’étant accrue, toutes les terres de première qualité, toutes celles aussi qui sont près du marché ont été appropriées. Les agriculteurs qui surviennent ne peuvent plus se procurer que des terres de qualité médiocre, qui donnent un moindre rendement que les précédentes, ou bien des terres plus éloignées du marché et qui exigent plus de frais de production. Se trouvant en une situation défavorable, ces nouveaux survenants, au lieu d’aller occuper des terres médiocres

ou éloignées, ont intérêt à s’adresser aux occupants des terres bonnes et bien placées, et à leur offrir une redevance pour la jouissance de ces terres. Cette redevance peut égaler tout l’écart entre la productivité naturelle des bonnes terres et la productivité naturelle des terres médiocres, par exemple 10 hectolitres à l’hectare, si les premières donnent 20 hectolitres de rendement et les secondes seulement 10 hectolitres ; cette redevance

aussi peut égaler la différence des frais de transport entre les terres situées le plus près du marché et les terres situées le plus loin, par exemple 20 francs par hectare, si c’est là l’excédent de frais qu’il en coûte pour transporter la récolte de la terre la plus éloignée.

La redevance qui est ainsi payée par le fermier au propriétaire des terres les meilleures ou les mieux

situées, est ce que l’on appelle la rente de la terre.

On ajoute que, la population allant toujours en augmentant, on est obligé, pour l’alimenter, de recourir de plus en plus aux terres de mauvaise qualité ou aux terres mal situées, et que, par conséquent, le privilège

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