L’INTÉRÊT DU CAPITAL
phénomène naturel et qui n’a rien de contraire à la justice.
L’argent, disait Calvin, n’engendre pas de l’argent, c’est incontestable ; mais avec de l’argent on achète des terres qui produisent un revenu net, toutes dépenses de main-d’œuvre payées; on achète une maison qui pro^ duit des loyers; on achète une vache qui donne du lait et fait plus que payer sa nourriture et son entretien, etc. Calvin distinguait assez nettement le capital réel que l’on peut se procurer avec de l’argent et l’argent luimême, qui n’est qu’un moyen d’acquisition.
Les jésuites, dans une analyse exacte, démêlèrent encore plus nettement le rôle que joue le capital dans les opérations industrielles et commerciales.
L’intérêt dérive nécessairement de la nature du capital. — Le propre du capital, c’est d’ajouter, dans une mesure plus ou moins considérable, à la production de l’homme. Qu’il s’agisse d’un fusil prêté à un sauvage, d’une machine à coudre prêtée à une ouvrière, d’une brouette ou d’une charrette et de chevaux prêtés à un ouvrier terrassier, d’une barque prêtée à un pêcheur, il est incontestable que le sauvage tuera plus de gibier avec un fusil qu’il ne l’aurait fait avec ses seules mains et à la course, que l’ouvrière fera plus de besogne avec la machine à coudre qu’avec une simple aiguille, que le terrassier déplacera plus de terre avec la brouette ou avec la voiture et les chevaux que s’il n’avait pas eu ces instruments à sa disposition, que le pêcheur prendra plus de poisson avec une barque qu’il ne l’aurait pu faire s’il en avait été privé. Ces exemples pourraient être multipliés à l’infini : les instruments agricoles, l’outillage industriel, les locornotives, sont dans le même cas.
Puisque le capital augmente ainsi les forces produc- L.-B. — ÉGOiX. PoL. 9
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tives de l’emprunteur, il est naturel que celui-ci donne au prêteur du capital une partie de l’accroissement de production ainsi obtenu. Au lieu de prêter le capital, on peut le louer, louer le fusil, louer la machine à coudre, louer la brouette, louer les chevaux et le tombereau, louer la faneuse et la moissonneuse. Celui qui n a pas ces instruments a un grand avantage, quand il ne peut les acheter, à les louer pour une somme déterminée, au jour, à la semaine ou au mois. Le prêt est assimilable à une location : aussi dit-on parfois le loyer des capitaux pour indiquer le taux de l’intérêt.
Personne ne soutiendra qu’un homme qui a emprunté un tombereau et des chevaux, ou une machine à coudre, ou une machine à battre, soit régulièrement quitte envers le prêteur quand il lui restitue au bout d’un mois, ou de six mois, ou d’un an ces instruments de production en aussi bon état qu’auparavant. Il doit y ajouter quelque chose, à savoir une part dans le surcroît de productivité que l’usage des objets empruntés a donné à son travail.
D’un autre côté, le prêteur du capital, en s’en dessaisissant, a pu se porter préjudice à lui-même; car telle circonstance aurait pu se présenter où il aurait eu besoin de ces instruments et, ne les ayant plus, aurait été induit en dommage. 11 court, en outre, les risques de détérioration, parfois même de perte des objets prêtés; car l’emprunteur peut être soit infidèle, soit simplement maladroit et insolvable. Il est naturel que le prêteur soit indemnisé de ces risques. La simple restitution, au bout de six mois, d’un an, de dix ans, de l’objet prêté ne l’indemniserait pas. Car, indépendamment des chances de détérioration ou de perte, un bien futur ne vaut pas un bien présent, à cause de la brièveté et des aléas de la vie humaine. L’échange d’un