L’INTÉRÊT DU CAPITAL
bien présent contre un identique bien futur serait préjudiciable à celui qui livrerait le premier.
L’intérêt du capital est donc légitime, parce que l’emprunteur, s’il est intelligent et laborieux, retire un surcroît de productivité de la somme empruntée ; parce que, d’autre part, le prêteur se prive de la jouissance d’une chose qui éventuellement pourrait lui être utile pendant la durée du prêt, et que, en outre, il court des risques, soit de détérioration, soit de perte, soit de retard dans la restitution.
Le taux de l’intérêt est une convention à forfait qui résout, par une somme déterminée et fixée d’avance, la rémunération qui, par les raisons précédentes, est due au prêteur.
Avantages de l’intérêt du capital pour l’emprunteur. — L’intérêt du capital est, d’ailleurs, avantageux à l’emprunteur; car, si les possesseurs de capitaux ne devaient retirer aucun avantage de leurs prêts, ils ne se dessaisiraient jamais des sommes qu’ils possèdent; ils ne prêteraient plus que par amitié, par dévouement ou par charité, c’est-à-dire dans des occasions tout à fait exceptionnelles.
On objectera peut-être que certains emprunteurs ne recourent pas à l’emprunt pour se procurer des instruments de travail, mais simplement pour accroître leurs consommations, leurs jouissances, et gaspiller des capitaux, au lieu d’en tirer un parti productif.
Ce cas se rencontre en effet, mais le prêteur en général ne peut entrer dans ces distinctions; il doit supposer que l’emprunteur fait de la somme empruntée un usage raisonnable, c’est-à-dire qu’il accroît la production.
11 existe, toutefois, une catégorie de prêteurs qui poussent les hommes imprévoyants à des dépenses
excessives et improductives, pour leur faire des prêts à de très gros intérêts. Ces hommes sont ce que l’on appelle des usuriers. L’usure consiste, non pas tant dans le taux très élevé de l’intérêt que dans des manœuvres soit délictueuses, soit tout au moins immorales, pour pousser des hommes imprévoyants à des emprunts qui les ruineront. L’usure est l’abus et comme la corruption du prêt à intérêt. Les lois l’ont souvent condamnée; il n’est pas démontré que leur intervention en cette matière, sauf quand les manœuvres immorales sont tout à fait prouvées, soit justifiée. Mais tout au moins la morale flétrit avec raison les prêteurs qui, pour accroître le taux de l’intérêt, cherchent uniquement à profiter des passions des hommes faibles.
Circonstances qui influent sur le taux de l’intérêt. — Le taux de l’intérêt, quand on le considère dans un temps donné et dans l’ensemble d’un pays, obéit à certaines lois générales. 11 n’est pas fixé par la pure fantaisie; il résulte : 1° de l’abondance des capitaux disponibles; 2'’ de la productivité que ces capitaux pourront avoir dans les conditions présentes de l’industrie, de l’agriculture et du commerce; 3° de la quantité et de l’ardeur des emprunteurs, surtout des emprunteurs productifs, tels que les industriels, les commerçants et les agriculteurs ; 4° des risques de perte soit partielle soit totale que comportent l’état général du pays et la situation particulière de chaque emprunteur. Plus les risques sont considérables, plus le taux de l’intérêt est élevé, parce qu’il contient alors, outre la rémunération normale du capital, une sorte de prime d’assurance contre les pertes possibles.
Le taux de l’intérêt est, en général, plus élevé dans les pays neufs et naturellement fertiles que dans les vieux pays, parce que dans les premiers les capitaux