‹ Précis de̓́conomie politique [microform]Chapitre 38 sur 77 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

f.ES ASSOCIATIONS OUVRIÈRES. — LES SYNDICATS. — LES GRÈVES. — LES SOCIÉTÉS COOPÉRATIVES. — LES AN- CIENNES CORPORATIONS.

La nature de l’association et les deux systèmes généraux auxquels elle peut se ramener. — L’association est un des moyens qui s’offrent aux lîommes d’améliorer leur situation en distribuant mieux leurs efforts, en s’aidant mutuellement dans la revendication ou la défense de leurs droits, dans les moments critiques et douloureux de l’existence, et en arrivant enfin, par l’emploi de la force collective, à des résultats que ne pourrait obtenir une quantité égale de forces morcelées.

L’association n’est pas, comme certaines personnes le pensent, un fait nouveau, propre à notre temps ou à la civilisation occidentale. Elle est vieille comme le monde; seulement elle peut se présenter sous deux formes différentes : l’association réglementée, réunissant d’une façon obligatoire dans des cadres plus ou moins inflexibles toutes les personnes qui offrent certaines analogies de situation ; et l’association libre, ouverte, à laquelle l’on n’accède que de son plein gré et d’où l’on sort également sans avoir besoin d’aucune ‘ autorisation.

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Le premier type était, en général, celui des temps anciens et du moyen âge ; le second type est celui qui est adopté par la plupart des nations contemporaines.

Danger de l’association, l’exclusivisme. Les associations de l’ancien régime. — Le danger de l’association, c’est que cette organisation, en développant à la longue d’une manière excessive ce que l’on appelle l’esprit de corps, tend à pousser à l’exclusivisme et à l’oppression. C’est ce que l’on vit dans les corporations de l’ancien régime, qui, conçues d’abord comme des institutions tutélaires, finirent par devenir des instruments de vexation et de tyrannie.

Elles s’étaient formées en France, à la chute de l’empire romain, dans un dessein de défense mutuelle. C’étaient des abris pour les artisans contre les abus de la force, qui étaient fréquents dans ces temps d’administration lâche et de justice indécise. Les gens d’un même métier dans une môme localité constituaient une de ces corporations. Ils élisaient eux-mêmes leurs chefs, qui s’appelaient « rois » et faisaient leurs règlements.

L’esprit d’exclusion pénétra dans ces associations d’origine libre : ceux qui les composaient voulurent fermer 1 accès de la profession à tous les nouveaux venus. Les membres des corporations de métiers comprenaient trois classes : 1® les mait7‘es, les petits patrons du temps qui d’ailleurs, pour la plupart, travaillaient manuellement; 2° les compagnons^ c’est-à-dire les ouvriers; 3° les apprentis. On s’ingénia peu à peu à restreindre le nombre des maîtres, en exigeant des compagnons pour acquérir la maîtrise un stage fort long, en les obligeant à la confection d’un chef-d'œuvre, qui n’était pas seulement un beau morceau de travail, mais fiui coûtait fort cher; on octroya d’ordinaire des avan-

tages particuliers aux « fils de maîtres ». Gomme indemnité aux « compagnons » qu’on tenait ainsi à l’écart de la maîtrise, on limita dans la plupart des métiers, d’une façon très étroite, le nombre des apprentis, afin que les compagnons subissent une concurrence moins active.

Les corporations avaient en outre l’œil ouvert sur la fabrication, de manière que l’on ne déviât pas des anciens procédés; les méthodes nouvelles et les perfectionnements avaient beaucoup de mal à se faire accepter, et beaucoup d’améliorations furent ainsi longtemps ajournées. Enfin chaque corporation, prétendant dans sa localité au monopole des articles qu’elle produisait, était souvent en guerre et en procès interminables avec les corporations dont certains produits se rapprochaient des siens; boulangers et pâtissiers, cordonniers et savetiers, couteliers et armuriers, etc., avaient des discussions qui duraient des siècles.

Inconvénients des corporations fermées. — La royauté intervint plusieurs fois pour réglementer et sanctionner,en les limitant et les tempérant dans une certaine mesure, les privilèges que les corporations avaient ainsi peu à peu constitués à leurs membres, aux dépens du public. Mais l’action régulatrice du gouvernement, qui n’était pas toujours dépourvue de motifs intéressés, n’enlevait pas à ces institutions tout ce qu’elles avaient d’oppressif et d’inique.

Elles étaient un obstacle à la liberté individuelle, puisqu’elles interdisaient à un grand nombre de personnes laborieuses et bien douées de devenir apprenties dans le métier qui leur convenait, d’y passer compagnons ou maîtres, c’est-à-dire patrons, quand elles étaient capables de l’être. Elles constituaient, en outre, des en-

Iraves aux progrès industriels, qui ne pouvaient se produire et se développer qu’avec l’assentiment de la majorité des maîtres de la corporation, ou en passant difficilement à travers les mailles qui séparaient les différentes corporations entre elles. Régime de routine et de privilège, les corporations furent supprimées une première fois par le célèbre ministre et économiste Tnrgot, en 1776. Turgot étant tombé du ministère, elles furent rétablies avec quelques tempéraments, puis définitivement abolies par la loi du 2-11 mars 1791.

Cette loi proclama la liberté du travail, partie essentielle de la liberté industrielle. Graduellement la plupart des pays d’Europe supprimèrent ces corporations fermées ; l’on ne peut regretter ce régime qui, parti d’une idée de défense mutuelle, devait aboutir au privilège et à la routine.

Individualisme excessif établi par la Révolution de 1789. — Craignant de voir les corporations se reconstituer à la dérobée et avec le temps, le législateur

delaRévohition interdit, sous des peines correctionnelles, aux gens d’un même métier de s’entendre et de se concerter, à plus forte raison de s’associer, pour la défense de leurs « prétendus intérêts communs ». C’était aller beaucoup trop loin et porter atteinte à la liberté de l’homme, qui comporte, sous la réserve des clauses de nature à protéger 1 ordre public, le droit de réunion et d’association. Le Gode pénal prohiba également les coalitions d’ouvriers et de patrons, c’est-à-dire l’entente et le con-

cert entre les ouvriers ou entre les patrons pour suspendre simultanément le travail et amener une hausse des salaires, ou une réduction de la journée de travail, ou une modification aux règlements d’atelier à l’avan-

tage des ouvriers, ou inversement une baisse des salaires et une augmentation de la journée de travail ou un

changement aux règlements d’atelier à l’avantage des patrons.

Par crainte des abus et du retour des associations exclusives et oppressives, on réduisait ainsi l’homme à un individualisme excessif.

La force des choses brisa graduellement, malgré les sévérités des tribunaux, ces pénibles entraves et obligea le législateur à se relâcher d’une rigueur illégitime.

Les associations ouvrières anglaises ou Trades Unions. — Des associations ouvrières se constituèrent en dépit des interdictions légales, d’abord dans les pays les plus industriels, comme la Grande-Bretagne. Les plus célèbres de ces associations sont connues sous le nom de Trades Unions ou associations de métiers.

Après avoir été sévèrement prohibées, elles ont fini par être reconnues; elles ne sont plus astreintes qu’à une formalité légale, celle de l’enregistrement de leurs statuts.

On a beaucoup disserté sur le bien et le mal qu’ont faits ces sociétés anglaises. En principe, il est incontestable que les ouvriers d’un même métier ont des intérêts communs et qu’il serait illégitime de leur interdire tout concert à ce sujet. Soit pour faire valoir des prétentions raisonnables auprès de leurs patrons; soit pour former des sociétés coopératives de consommation, de crédit et de production, dont il sera question plus loin ; soit pour constituer des sociétés de secours mutuels, des pensions de retraite, des cercles, des institutions d’éducation professionnelle, les ouvriers ont le droit de s’entendre, de se réunir, d’accumuler des capitaux collectifs, de créer en un mot cet être moral qui constitue une association.

Il est, toutefois, regrettable que dans la pratiqueras-

sociation ouvrière ait souvent été plutôt un instrument de guerre qu’un instrument de paix.

Les Trades Unions britanniques, quoique conduites en général par des hommes intelligents, ont souvent

(montré dans leurs relations avec les industriels des prétentions tout à fait contraires à l’intérêt permanent des ouvriers et de l’industrie nationale. C’est ainsi que fréquemment elles se sont prononcées contre le travail J à la tâche, qui développe l’activité laborieuse et donne à chacun selon ses œuvres. Elles ont aussi souvent cherché à limiter d’une façon excessive le nombre des apprentis, à exclure du travail dans un district les ouvriers d’un district voisin, à maintenir aussi rigide que possible la barrière entre les différentes professions, par exemple à interdire à un menuisier travaillant à un bâtiment d’y remuer quelques pierres, ce qui devait être l’affaire du maçon. Quelques Trades Unions ont été • jusqu’à déterminer le maximum de travail qu’un ouvrier pouvait faire dans une heure ou avec un instrument déterminé, prohibant, par exemple, que l’on mît dans une brouette plus d’un certain nombre de briques.

Ces mesures sont anticivilisatrices, contraires au droit qu’a l’homme énergique et bien doué d’obtenir, par un surcroît de travail, une plus ample rémunération ; contraires aussi au droit qu’ont les individus d’un métier ou d’un district d’entrer dans un autre métier ou dans un autre district où il y a plus à gagner. On remarque ainsi une tendance chez certaines Trades Unions à revenir aux anciennes corporations de métiers avec leur esprit exclusif et leurs règlements absurdes et iniques. Elles auraient la même influence opposée à la liberté humaine et au progrès. /

La prétention notamment de restreindre le nombre des apprentis, ou d’exclure de tout travail les ouvriers

étrangers à l’association est tout à fait contraire au principe d’égalité. On arriverait par cette voie à constituer une sorte d’élite de la classe ouvrière, qui accaparerait pour ses membres tous les bons métiers et qui rejetterait J le reste des hommes dans les professions non classées 1 et peu productives. On formerait ainsi, dit-on, un qua- ï trième état, par opposition avec le tiers état, l’ancienne j bourgeoisie ; mais ce ne serait qu’en constituant, par J voie d’exclusion, un cinquième état de misérables et de J pdiHcis qui seraient confinés dans les métiers infimes ^ rebutants et peu productifs. A tout considérer, certaines des doctrines des chefs de ces associations amèneraient graduellement l’Europe au rétablissement du régime des castes, comme dans l’Inde ou l’ancienne Égypte.

Nous devons reconnaître que les principales des T rades Unions protestent, au moins en principe, contre ces tendances; mais elles ne s’en sont pas toujours assez dégagées dans la pratique.

Les grèves d’ouvriers. — L’une des occupations principales des Trades Unions, au moins pendant les

deux premiers tiers de leur existence, ç’a été de sou- j tenir des grèves.

Les grèves d’ouvriers, quoique interdites jusqu’à un | temps assez récent par la plupart des législations, se sont produites à toutes les époques. Elles consistent i' dans la suspension simultanée du travail par l’univer- i salité ou la généralité des ouvriers d’un môme établis- |

sement, ou d’un même métier, dans une localité ou dans J

toute une région. Cette suspension de travail, effectuée I de concert, a, d’ordinaire, pour cause le désir d’une I augmentation de salaire, ou d’une réduction de la jour- 1 née de travail, ou de modifications à apporter aux rè- 1 glements d atelier, ou la demande de remplacement I d’un directeur ou de contremaîtres. J

A peu près tous les États sont arrivés à reconnaître le droit de grève ; ils y ont vu une application de la liberté individuelle. Un ouvrier peut suspendre son travail, à ses risques et périls, sans délit ; donc dix, cent ou mille ouvriers peuvent faire de même. L’interdiction des grèves ou des coalitions n’a jamais eu d’efficacité; ainsi, en France, de 1853 à 1862, période où la loi les prohibait, des poursuites ont été exercées, pour 749 coalitions ouvrières, contre 4,522 ouvriers, dont 613 ont été acquittés, et dans le môme temps on poursuivait 89 coalitions patronales, où 629 patrons étaient impliqués, dont 237 furent acquittés. Gomme l’entente entre les patrons peut s’effectuer avec beaucoup moins de bruit et d’une façon moins ostensible qu’entre les ouvriers l’interdiction de la faculté de se mettre en grève apparaît à la masse des ouvriers comme une intervention de l’État dans l’intérêt des seuls patrons. Enfin la grève paisible, sans violence, quoique pouvant avoir de fâcheux résultats économiques, ne paraît pas empreinte de 1 immoralité qui est nécessaire pour constituer un délit.

Si toutes les législations autorisent les grèves, ce qui

nous paraît conforme à l’impartialité que doit garder le

législateur, il n’en résulte pas moins que des grèves

fréquentes et surtout violentes sont pour une industrie

et pour un pays un mal qui peut avoir des conséquences fatales.

Inconvénients des grèves. — Le droit de grève peut être utile pour faire respecter l’ouvrier par des entrepreneurs peu scrupuleux ou inhumains; mais on n’y doit recourir qu’à la dernière extrémité. Les grèves entraînent une énorme déperdition de capitaux ; généralement les pertes subies par le corps des ouvriers ne sont pas compensées par les avantages mêmes de la

victoire. Supposons qu’une grève dure un mois, c’est pour l’ouvrier une perte déplus de 8p. 100 de son salaire annuel ; si on obtient à la lin de ce mois de grève une augmentation de 5 p. 100 du salaire, ce n’est qu’au bout de dix-neuf mois que l’ouvrier, par le surcroît de sa rémunération, aura regagné ce qu’il avait perdu dans le mois de chômage volontaire.

Les grèves, en empêchant les industriels de faire face à leurs engagements ou de prendre des commandes nouvelles, prolitent souvent aux industries concurrentes, même aux industries étrangères. Certaines industries ont émigré à la suite de grèves ; celle de la 'construction des navires a ainsi quitté Londres ; l’ébénisterie parisienne a été fort éprouvée par la même cause, au grand profit de l’ébénisterie allemande ou autrichienne.

Les grèves ont souvent amené les industriels à introduire des machines nouvelles pour se passer des ouvriers récalcitrants : par exemple, le métier à filer appelé Iron Man (l’homme de fer), par lequel un ouvrier conduit 1,500 à 2,000 broches; certaines machines perfectionnées pour étendre les couleurs dans l’indiennage ' et des perfectionnements aux machines à vapeur. Les ' grèves aussi ont contribué à faire substituer certaines matières premières à d’autres ; ainsi dans l’industrie

du bâtiment les charpentes en fer aux charpentes en | bois. ^

De ce que l’ouvrier possède le droit de grève, il n’en résulte pas qu’il doive fréquemment s’en servir; il est beaucoup de droits que dans son intérêt l’homme avisé et équitable doit laisser sommeiller.

Les devoirs des pouvoirs publics en cas de i grève. — Les pouvoirs publics, quand il se produit une I grève, doivent veiller au maintien de l’ordre, à la sécu- " lité des propriétés privées, et plus encore à la liberté des

personnes. Il est de leur devoir strict de protéger contre les mauvais traitements de leurs camarades les ouvriers qui, refusant de se joindre à la grève, veulent continuer à travailler. L’appui de la police et de la force armée pour le but qui vient d’être indiqué, ne constitue pas une intervention de la part des pouvoirs publics. Ce qui serait, au contraire, une intervention inique et coupable, ce serait d’autoriser les municipalités ou les conseils généraux à distribuer des secours aux grévistes ou à leurs familles; ce serait, en effet, prendre parti pour la grève. L’État doit s’abstenir de tout ce qui aurait ce caractère et empêcher que des fonds qui proviennent de l’impôt aient une affectation aussi contraire à leur destination naturelle.

Dans certains pays on a recouru à des arbitrages pour prévenir les grèves ou en hâter la fin ; ce sont là de bonnes mesures, quand elles ont l’acquiescement volontaire des parties intéressées. Mais l’État sortirait de son rôle, qui lui commande l’impartialité complète, s’il prétendait imposer un arbitrage soit aux ouvriers, soit aux patrons qui refuseraient de s’y soumettre.

Les syndicats ouvriers. — De même que les Trades Unions ont été reconnues par la loi en Angleterre, de même la législation française a fait dernièrement une place aux syndicats professionnels, soit de patrons, soit d’ouvriers. Ce sont des associations où chacun doit rester libre d’entrer et de sortir. Après avoir été depuis vingt ans environ tolérées par le pouvoir, ces sociétés sont devenues absolument légales.

En principe, par le rapprochement d’individus exerçant le même métier, par la discussion entre les mem-

la répartition des richesses.

gande industrielle, ces associations se présentent comme très recommandables. Plusieurs le sont, en effet.

D’autres, au contraire, peuvent dévier de la voie dans laquelle le législateur pensait qu’elles allaient entrer. Un des dangers auxquels sont exposées les chambres syndicales ouvrières notamment, c’est que, par l’abstention de la généralité des ouvriers laborieux, elles deviennent la proie de quelques meneurs inquiets, agités, qui veulent s’en servir uniquement dans leur intérêt personnel et qui s’arrogent le droit, n’étant que quel-

qi^s-uns, de parler au nom d’un groupe énorme d’indifférents.

Alors même qu’elles compteraient un grand nombre de membres effectifs et assidus, ces associations ouvrières risquent de donner sur un autre écueil : c’est de vouloir lirniler la liberté individuelle, d’exclure de la pratique d’un métier toutes les personnes qui ne leur sont pas affiliées. Elles retomberaient ainsi dans les abus que nous avons décrits chez les anciennes corporations et chez quelques Trades Unions.

Aussi le législateur doit-il rester sur ses gardes et éviter de conférer un rôle officiel ou officieux à ces syndicats. Il doit aux syndicats de patrons et aux syndicats d’ouvriers la liberté; il ne leur doit rien de plus. Il faut qu’il ne leur confère ni faveurs ni privilèges. Les règlements faits par ces chambres syndicales ne doivent aucunement lier, malgré eux, soit es ouvriers ou les patrons du même métier, soit même les membres de ces associations, lesquels doivent être toujours libres d’en sortir à leur gré. Une chambre syndicale ne peut avoir sur ses affiliés qu’un pouvoir moral, que ceux-ci doivent avoir le droit, malgré tout en^-agement antérieur, de secouer quand ils le jugent bon'^ Il en est de ces sortes d’affiliations comme des vœux mo-

nastiques : l’État n’a pas à les interdire, ni non plus à prêter main-forte à l’exécution de leurs règlements. S’il en était autrement, les chambres syndicales deviendraient bientôt des institutions oppressives.

Les sociétés coopératives. — Les associations ouvrières prennent parfois un caractère économique très déterminé et très tranché, qui leur fait donner le nom de sociétés coopératives.

Ces sociétés peuvent avoir pour objet ou de rassembler des capitaux et de les prêter à ceux des ouvriers affiliés qui en ont besoin et qui offrent des garanties : c’est ce que l’on appelle les sociétés coopératives de crédit; ou d’organiser l’achat en commun de marchandises que l’on vend ensuite en détail aux associés : c’est ce que l’on nomme les sociétés coopératives de consommation; ou de constituer des groupes d’ouvriers d’un même métier qui produisent, sans aucune direction de patron, et vendent en commun les articles qu’ils ont fabriqués, c’est ce que l’on appelle les sociétés coopératives de production.

Nous parlerons des deux premières catégories de so- .ciétés coopératives, quand nous traiterons du crédit et

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de la consommation.

Quant aux sociétés coopératives de production, il y a peu de chose à en dire. C’est un type d’organisation qui a eu jusqu’ici quelques applications, mais beaucoup moins que les deux précédents. Des ouvriers intelligents, économes, très laborieux, peuvent, sans doute, s’entendre, après avoir réuni quelques épargnes, pour constituer une petite maison d’industrie ou de commerce. S’ils ont beaucoup de jugement, de persévérance et de discipline, s’ils savent choisir un bon gérant, le bien rémunérer et suivre avec une certaine docilité sa direction ; si également ils se contentent d’un

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L’échange est un fait instinctif dans l’humanité. — Les deux origines de l'échange. — Évolution graduelle de l’échange. — Formes diverses de l’échange. — La notion de valeur. — L’ordre des valeurs dans l'humanité. — Causes qui déterminent les oscillations des valeurs. — La concurrence. — Les exceptions à la concurrence : les ^

monopoles. — Effets de la concurrence. — Le prix.

L’échange est un fait instinctif dans l’humanité. — Ce qui caractérise la production dans les sociétés civilisées, c’est que la plupart des hommes produisent ce qu’ils ne consommeront pas eux-mêmes, ou du moins bien au delà des proportions de leur consommation personnelle et familiale, et qu’ils se procurent, par la voie de l’échange ou de la vente et de l’achat, qui sont les procédés habituels de l’échange, la plupart des objets dont ils ont besoin. Un cordonnier fait deux ou trois cents paires de bottes dans son année, tandis que pour lui et sa famille il n’en aura pas besoin d’une

douzaine. Un petit propriétaire produit sur son hectare de vignes 50 hectolitres de vin, tandis qu’avec sa femme et ses enfants, il n’en boira que 6 ou 7. Un ouvrier lunetier passe sa vie à faire des lunettes dont, s’il

a une bonne vue, il ne fera lui-même aucun usage personnel.

La production en vue de l’échange a donc presque remplacé dans les sociétés modernes la production directe en vue des besoins du producteur. La première partie de cet ouvrage a montré comment la division du travail aide chaque jour davantage à la disparition de l’ancienne production patriarcale, où chaque famille consommait à peu près ce qu’elle produisait, et ne produisait que peu d’objets au delà de ceux qu’elle consommait directement.

L échangea de tout temps existé, mais dans des limites plus ou moins étendues. L’échange est un de ces grands faits instinctifs qu’aucun homme n’a inventés; c’est comme le langage, c’est comme l’association et le groupement en tribus et en sociétés; personne n’a pu se dire l’inventeur de l’échange, ni du langage, ni de l’association. L’homme est né avec une disposition naturelle pour l’échange.

Les deux origines de réchange. — L’échange a deux origines : la diversité de capacité productive des différents territoires, la diversité d’aptitudes productives des différents hommes. La diversité de capacité productive des diverses terres est un fait absolu; la diversité d’aptitudes productives des différents hommes n’est que relative.

L’un des besoins impérieux de l’homme, c’est le sel: or, il y a des pays que la nature n’a pas doués do sel, le Soudan, par exemple, certains districts de l’Inde. Dès qu’ils se sont avisés de l’existence de salines en dehors

de leurs territoires, les habitants du Soudan et ceux de ces districts de l’Inde ont appris à offrir les denrées qu’ils avaient en abondance, comme le bétail, pour se procurer cette chose si indispensable pour eux, si rare pour eux, le sel. C’est là un frappant exemple, mais il

v en a des milliers du même genre.

La diversité des aptitudes productives des hommes a, dans le sein même des tribus les plus primitives, constitué graduellement l’échange. Un homme plus faible que les autres, soit qu’il fût mal venu de naissance, soit qu’il eût été blessé, atteint de maladie, ne valait guère pour la poursuite du gibier ou pour la pêche, dans une tribu de chasseurs ou de pêcheurs; mais il pouvait faire des flèches ou des harpons, on réparer les huttes, ou transformer en vêtements le? peaux de bêtes sauvages. De ces humbles commencements de réchange, l’instinct particulier qui le distingue de la bête a graduellement conduit l’homme à cette séparation des professions, cette division si détaillée du travail qui a centuplé la capacité productive de l’humanité.

Les animaux n’échangent pas; l’homme multiplie de plus en plus les échanges ; ce qui chez lui était un instinct aveugle a fini par devenir un acte réfléchi, raisonné, prémédité.

Évolution graduelle de l’échange . — Au

début, la plupart des hommes n’échangeaient que leur superflu contre le nécessaire, c’est-à-dire une très petite part de leur production contre quelques objets indispensables qui leur manquaient, le dixième, par exemple, ou le cinquième du produit de leur chasse ou de leur pêche contre quelques flèches, ou quelques peaux préparées pour le vêtement, ou contre la réparation de leur hutte. Puis la production en vue de l’é-

change a pris une part de plus en plus grande, et aujourd’hui la généralité des hommes échangent les neuf dixièmes de leur production, sinon leur production tout entière, contre la production d’autres hommes dont certains demeurent aux antipodes. La blouse de l’ouvrier faite de coton qui vient d’Amérique et teinte avec de l’indigo qui vient de l’Inde, son pantalon qui est souvent tissé avec de la laine de la Plata ou du Gap, le café qu’il prend et qui vient du Brésil, le sucre dont il se sert et qui peut arriver de Java, le tabac qu’il fume et qui peut provenir du Maryland ou de la Yirginie, sont des exemples de la complexité et de la solidarité que les relations d’échanges établissent entre les hommes.

L’échange développe l’échange : aux diversités d’aptitudes naturelles entre les hommes se joignent bientôt, dès qu’il s’est créé une profession spéciale nouvelle, les accentuations que l’influence du milieu, de l’éducation, de la transmission héréditaire, produit dans ces diversités d’aptitudes naturelles, qu’elle vient encore développer.

Formes diverses de l’échange. — Les procédés de l’échange sont très divers : on peut échanger un produit contre un produit, par exemple une livre de sel ou de sucre contre une, deux ou quatre livres de blé ou d’orge; un produit contre un travail, par exemple un quartier de venaison ou un panier de poisson contre la réparation des flèches du chasseur, des filets ou du canot du pêcheur ; un produit contre des services personnels : un chef de tribu ou un homme riche dans une tribu peut assurer telle quantité de nourriture et telle quantité de vêtements à tel autre homme pauvre qui se tiendra toujours à sa disposition pour recevoir et exécuter ses ordres. Le

développement de la civilisation fait naître une foule de modes divers et nouveaux de l’échange.

L’échange suppose la propriété ; il est un rapport d’égalité : dans l’échange régulier, absent de fraude, d’oppression ou d’aveuglement et de légèreté, chacun des deux échangistes doit faire un gain et se trouver plus à son aise qu’au para vant. Celui qui aura échangé du blé contre du sel ou du sucre devra se réjouir de l’échange, parce qu’il avait plus de blé qu’il ne lui en fallait et qu’il manquait de sel ou de sucre; l’autre partie, qui a abandonné son sel ou son sucre contre du blé, doit également gagner à l’échange, puisque le blé lui faisait plus défaut que le sucre ou le sel. De même pour chacun des exemples précédents : celui qui a obtenu un quartier de venaison contre la réparation d’instruments de chasse ou de pêche doit se réjouir, parce qu’il s’entend mieux à réparer ces instruments qu’à tuer le gibier; et l’autre partie de même, parce qu’elle peut plus facilement tuer du gibier que réparer des armes, ce qui lui est pourtant indispensable.

En s’adonnant à la production des objets pour lesquels il a le plus d’aptitudes naturelles et en acquérant, par la voie de l’échange, les autres objets dont il a besoin, chaque homme augmente ses moyens de consommer.

La notion de valeur. — La légitimité et l’utilité de l’échange étant établies, quelle sera la règle qui servira de guide dans les divers échanges? Cette règle, c’est la notion de valeur; notion qui existe dans l’esprit de l’homme, d’abord d’une façon confuse, et qui graduellement se précise et s’accentue.

La valeur est la propriété qu’à tel objet de s’échanger contre un certain nombre d’autres. Par exemple un hectolitre de blé vaut un mouton d’une moyenne gros-

seiir, ou 10 kilogrammes de laine ou 15 kilogrammes de sucre. La valeur n’est jamais ni absolue ni toujours la môme ; elle varie suivant les circonstances extérieures et suivant les impressions de l’esprit de l’homme. A un autre moment ou dans un autre lieu l’hectolitre de blé pourra ne plus valoir que la moitié d’un mouton gras ou 5 kilogrammes de laine ou 7 kilogrammes et demi de sucre, de même aussi que, dans un autre temps et dans un autre lieu, l’hectolitre de blé pourra valoir trois ou quatre fois plus de chacune des denrées que je viens d’indiquer. La valeur, c’est la puissance dans l’échange.

Quelles sont les causes qui déterminent la valeur, cette chose si ondoyante et qui tient une si grande place dans le monde?

Pour qu’une chose ait de la valeur, il faut trois conditions indispensables : d’abord qu’elle réponde à un désir de l’homme, ensuite qu’elle soit d’une acquisition exigeant quelque effort, enfin que la jouissance puisse en être transférée d’une personne à une autre.

Il n’est pas nécessaire, pour qu’un objet ait de la valeur, que tous les hommes en désirent la possession; il suffit que quelques hommes aient du goût pour lui. On désire des objets, soit parce qu’ils sont utiles, comme le pain, la viande, le vêtement; soit parce qu’ils sont simplement agréables et flattent le caprice, la vanité, comme un diamant, une dentelle, un tableau, un objet rare; soit parce qu’ils répondent à un sentiment particulier, comme un souvenir.

La conformité à un désir de l’homme est donc le premier fondement de la valeur. La possibilité de transférer l’objet du désir d’une personne à une autre est la seconde condition fondamentale. La santé est un grand bien, le premier des biens, elle est pour l’individu qui

ia possède la source de beaucoup d’utilités et de beaucoup de jouissances; mais comme elle ne peut se transférer de la personne qui en jouit à la personne qui en manque, elle ne peut donner lieu à un échange et, dans le sens économique rigoureux, n’a pas de valeur

La difficulté d’acquisition est la troisième condition de la valeur; quand un objet, si désirable qu’il soit, est fourni par la nature en telle abondance qu’il est à la disposition de chacun, cet objet n’a pas de valeur; comme l’air respirable ou comme le soleil.

Divers écrivains ont fait reposer la valeur sur l’utilité, en donnant à ce mot un sens qui serait plutôt celui du mot de désirabilité, sur la rareté, sur le travail incorporé dans une chose ; ce sont là des explications qui contiennent une part de vérité, mais sont incomplètes.

La valeur est un composé de l’intensité des désirs et de la difficulté d’acquisition ou de production des choses.

L’ordre des valeurs dans l’humanité. — L’ordre des valeurs est l’ordre des préférences dans l’esprit de l’homme. Tel homme excessivement riche préfère un tableau de Rubens à 100,000 francs ou à toute la diversité des objets que l’on peut se procurer avec 100,000 francs ; si donc cet amateur se trouve en présence d’un concurrent, très riche aussi, également grand amateur de tableaux, qui lui dispute ce Rubens, il consentira à le payer 100,000 francs.

L’ordre des valeurs dans une société civilisée ne correspond pas le moins du monde à l’ordre des utilités dans le sens le plus ordinaire du mot. Ainsi le diamant ou la dentelle fine, qui ne font que parer la femme, valent plus qu’un chaud manteau qui l’abrite du froid ; la truffe, qui ne nourrit pas et. dont l’usage fréquent nuit plutôt à la santé, vaut plus que la pomme de terre, qui est autrement essentielle à l’homme. On peut dire

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même que l’ordre des valeurs est souvent le renversement de l’ordre des utilités habituelles.

Quelques écrivains ont vu dans cette situation une anomalie, une folie, un scandale : il n’en est rien. Ce qu’ils prennent pour un désordre est plutôt une harmonie.

Si les objets les plus essentiels au maintien de la vie étaient les plus coûteux, alors Thumanité aurait beaucoup de mal à vivre et serait fort à plaindre. Au contraire, ce sont les superfluités au point de vue physiologique qui sont le plus coûteuses, et le gros de l’humanité n’a pas à s’en inquiéter.

La femme du peuple qui a de bons vêtements de laine n’est pas, au point de vue du vêtement, dans un état physiquement inférieur à celui de la femme riche qui porte une dentelle en point d’Alençon coûtant 1,00U francs le mètre. Le salarié qui boit du vin naturel à 60 ou 70 centimes le litre n’est pas physiologiquement dans une situation inférieure à l’homme riche qui boit du château-laffitte à 10 ou 15 francs la bouteille. Le paysan qui a une chaumière propre et chaude ne pâtit pas physiologiquement plus que le millionnaire qui s’est fait construire un immense château meublé d’objets rares.

Qu’importe, vraiment, à l’homme qui s’est procuré, moyennant 1 franc ou 2, une édition vulgaire d’un chefd’œuvre qu’un autre homme le lise dans une édition de luxe, coûtant cent fois plus?

C’est une preuve du développement de la civilisation que ce soient les objets considérés comme superflus qui aient le plus de valeur. Cela prouve que la généralité des besoins humains, les plus essentiels, peuvent être satisfaits à peu de frais, et que la différence entre les conditions des hommes dans une même société est

moins profonde en réalité qu’en apparence, moins grande d’après les utilités réelles qu’ils peuvent se procurer que d’après les valeurs dont ils jouissent.

Il devait, d’ailleurs, naturellement en être ainsi i car le genre humain n’aurait pu se multiplier, si toutes les choses qui sont ordinairement indispensables à l’existence de l’homme n’avaient pas été très répandues dans le monde, les unes communes et gratuites, comme l’air et l’eau, les autres d’une acquisition relativement aisée, comme le pain et les vêtements vulgaires.

Causes qui déternainent les oscillations des valeurs. — Quoique la valeur des objets dépende ainsi du jugement que porte l’esprit de chacun sur leur degré de désirabilité, cette valeur, chose fuyante et variable, tend néanmoins, pour la plus grande quantité des choses utiles à l’homme, à se fixer dans des limites qui, pour un temps donné et pour un même pays, sont assez étroites.

On n’obtient la valeur effective d’un objet que par le concours de deux volontés : la volonté de la personne qui possède l’objet et qui consent à s’en dessaisir, la volonté de la personne qui ne le possède pas et qui voudrait l’acquérir. En généralisant davantage, on arrive à cette formule que c’est l’offre et la demande qui fixent les valeurs. L’offre représente ceux qui sont en possession de l’objet, mais qui désirent s’en défaire contre un autre; la demande, ceux qui ne le possèdent pas et qui ont le désir de l’acquérir. Quand l’offre dépasse la demande, que par exemple il y a plus de personnes à vouloir se défaire de leur blé que de personnes qui cherchent du blé, la valeur de l’objet, ici le blé, tend à baisser. Quand, au contraire, la de/nande dépasse Toffre, la valeur de l’objet tend à hausser. Ces oscillations en hausse ou en baisse se produisent jusqu’à ce qu’on arrive

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au degré de valeur qui met justement en équilibre la demande et l’olTre.

Pour les marchandises qui sont très répandues et dont la production peut augmenter facilement dans un temps assez bref, comme la plupart des marchandises •communes, notamment les objets manufacturés et dans une mesure un peu moindre les produits agricoles, il y a une circonstance qui tend à limiter les oscillations de la valeur en hausse et en baisse. La valeur, avonsnous dit, est fixée parla combinaison de l’intensité du désir d’acquérir et de la difficulté d’acquisition; or, la difficulté d’acquisition des objets dépend en général de leurs frais de production, de ce qu’il en coûte d’efforts et de sacrifices pour les produire et les amènerai! marché ou au domicile de celui qui les recherche. Tout producteur de blé, ou de vêtements, ou d’ustensiles de ■ménage, sera disposé à se dessaisir de la partie de ces objets qui dépasse sa consommation personnelle, s’il rentre, par la compensation qui lui sera donnée, dans ■tous les déboursés qu’il aura faits pour produire ces objets et s’il trouve, en outre, un léger avantage pour le payer de ses risques. La difficulté d’acquisition pour 'toutes les marchandises communes, qui sont susceptibles d’une production très étendue et régulière, tend donc à se mesurer aux frais de fabrication, à ce que l’on appelle le prix de revient. Ce prix de revient n’est jamais absolument le même pour tous les producteurs, certains étant plus habiles que d’autres ou placés dans des conditions naturelles plus avantageuses; mais ce qui tend à déterminer, dans la généralité des cas, la valeur, c’est le prix de revient habituel pour produire la totalité de la quantité qui est nécessaire à la demande ou aux besoins du marché.

Si, pour toutes les marchandises communes, suscep-

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tibles d’une production étendue et constante, la difficulté d’acquisition, l’un des éléments de la valeur, se mesure ainsi au prix de revient, d’autre part l’intensité du désir d’acquérir tend aussi à se mesurer sur lui. Personne, en effet, sauf les cas de besoins tout à fait urgents, ne consentira à payer un objet d’une reproduction aisée deux fois plus qu’il ne coûte à produire : on aimera mieux attendre quelque temps qu’une autre offre se présente. Ainsi à la longue, pour l’ensemble des objets communs, c’est autour des frais de production, en s’en éloignant peu en plus ou en moins, qu’oscille la valeur des choses.

Il n’y a d’écart considérable et durable que pour les articles dont la production ne peut pas facilement s’accroître, comme les objets d’art de premier ordre, ou d’une façon plus générale pour toutes les marchandises dont la reproduction, en quantités considérables, ne peut se faire soit dans un temps relativement bref, soit sans accroissement de frais.

La concurrence. — Une grande force, la principale du monde économique, tend à ramener la valeur de toutes les marchandises, sauf les quelques exceptions que je viens de signaler, à ce qui représente leurs frais de production ou de fabrication, dans lesquels il faut comprendre non seulement le prix de la matière première et de la main-d’œuvre, mais l’intérêt, et l’amortissement des capitaux engagés et le bénéfice de l’entrepreneur, tel qu’il a été décrit dans un chapitre précédent. Cette grande force, la suprême régulatrice de toutes les opérations économiques, c’est la concurrence.

La concurrence, comme l’indique son nom, c’est la lutte qui s’établit entre tous les producteurs pour se défaire, dans des conditions rémunératrices, de leurs pro-

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