‹ Précis de̓́conomie politique [microform]Chapitre 48 sur 77 · L.-B. — ÉCON. POL. i · texte numérisé non relu

L.-B. — ÉCON. POL. i

En vertu de la maxime : Aide-toi, le ciel t’aidera, la société possède donc en elle-même les ressources nécessaires pour remédier, par des organisations intelligentes, à la cherté et dans une certaine mesure à la sophistication des produits. Sur ce dernier point, toutefois, la loi peut légitimement intervenir. L’État n’a pas le droit de défendre de vendre du lait additionné d’eau ou du vin mouillé, ou du vin fait avec du raisin sec, ou encore une graisse imitant le beurre et dite margarine. Mais il a le droit et le devoir d’obliger le vendeur à ne pas tromper sur la nature de la marchandise et à donner à celle-ci le nom propre qui lui convient. Il peut interdire de vendre de la margarine sous le nom de beurre, le vin mouillé ou le raisin sec sous le nom de vin naturel, etc. Il peut édicter des peines contre les falsificateurs sur la nature de la marchandise vendue. II convient toutefois qu il s abstienne d’une réglementation trop minutieuse, qui serait impraticable. Quant aux denrées manifestement nuisibles à l’homme comme certaines qualités d’alcools, il peut en interdire ou en limiter la vente, quand elle amène des désordres sociaux évidents. Il y a toujours, cependant, une question de mesure à observer pour ne pas entraver, par excès i de puritanisme, l’usage d’une liberté qui peut être souvent inoffensive, ou qui du moins ne nuit qu’à l’individu, non d’une façon sensible à la société.

Le commerce intérieur, c’est-à-dire celui qui s’ac- | complit dans le sein d’un même pays, jouit partout * d’une liberté presque absolue. Les douanes ou péages i qui existaient autrefois pour le passage d’une mar- i chandise d’une province dans une autre, du Languedoc ou de la Provence, par exemple, dans le Lyonnais ou dans l’Ile-de-France, ont été abolies depuis la Révolution et personne n en sollicite le rétablissement. Aussi

le marché national est-il régi par la liberté et la solidarité.

Les raisons d’être du commerce international.

Il n’en est pas tout à fait de même du commerce

extérieur, à savoir, celui qui se fait avec 1 étranger. Si étendu et si riche que soit un pays, il ne pourrait, sans certaines privations, se suffire absolument à lui-même. Nous avons parlé de la division territoriale du travail qui est imposée par la nature et par les antécédents historiques ou économiques (voir page 74). 11 est certaines denrées qu’un pays trouve avantage à consommer et qu’il ne peut produire lui-même : ainsi pour l’Angleterre le vin, le thé, le café, le coton; pour la France les trois dernières de ces marchandises. L impossibilité de produire ces articles en France et en Angleterre est absolue : il serait insensé de l’essayer. 11 est d’autres objets pour lesquels, au lieu d’une impossibilité absolue de production, on ne se trouve en face que d’une difficulté ou d’une insuffisance. Ainsi l’Angleterre consomme plus de viande, de blé, de beurre, de laine, que son sol ne lui en peut fournir, quoiqu’il lui en donne d’abondantes quantités. La France neproduitpres-

que pas d’étain, ou de plomb, ou de cuivre, ou de zinc, pas assez de fer ni de charbon. Peut-être avec d’énormes efforts pourrait-on développer chez nous la production de ces substances minérales; mais elle y serait très coûteuse. Nous pouvons avoir intérêt à acheter au dehors ce qui nous manque de ces marchandises, en nous appliquant à produire les articles où nous excellons, que nous pouvons faire à bon marché et que les pays étrangers recherchent. Les aptitudes acquises héréditairement ou traditionnellement peuvent créer les mêmes nécessités d’échanges internationaux que les différences des productions naturelles du sol. Ainsi tout un ensemble do

circonstances fait que les Français excellent dans la manufacture de la soie, dans celle des objets divers connus sous le nom d’articles de Paris et que, au contraire, ils ont moins réussi à la fabrication des articles communs de coton. Pes Ang^lais sont dans le cas inverse, produisant à bon compte les fils et les tissus communs de colon et ne réussissant pas dans l’industrie des soieries. Il en résulte qu’il est avantageux pour les Français de développer chez eux laproduction des soieries et des articles de Paris, et d’acheter aux Anglais des fils et des tissus grossiers de coton en leur donnant en échange des articles de Paris ou des soieries. Chacun des deux peuples sera ainsi satisfait, avec une moindre somme d’efforts et de sacrifices que s’il avait restreint la production où il excelle, pour se contraindre à une autre qui convient moins à son génie ou à ses habitudes.

Il est un autre cas encore où le commerce extérieur a de 1 utilité : c est lorsque, par suite de circonstances accidentelles, une marchandise importante qu’un pays produit en général avec facilité vient à manquer soudain; quand, par exemple, chez un peuple qui tire d ordinaire de son propre sol des approvisionnements de blé, survient une mauvaise récolte ou une disette. Les prix des céréales s’élèveraient dans des proportions énormes, les souffrances seraient cruelles pour les classes les moins aisées de la nation, la famine peutêtre en résulterait avec un accroissement de mortalité. Le commerce international intervient pour sauver une nation de ces souffrances; comme tous les pays ne sont pas à la fois frappés par un fléau naturel, les contrées épargnées fournissent des marchandises qui complètent l’approvisionnement de la contrée frappée. Le commerce extérieur agit ainsi comme une assurance contre les famines et les disettes, et ce n’est pas un des moindres

services qu’il a rendus aux peuples civilisés que de les

soustraire à ces affreux fléaux.

Les exportations et les importations. — Le commerce extérieur se décompose en deux séries d actes : des ventes et des achats ; les ventes ont reçu le nom à: exportations et les achats celui à: importations. Les marchandises qu’un pays achète au dehors, on les importe, c’est-à-dire qu’on les fait venir dans le pays, les marchandises qu’on vend au dehors, on les exporte, c’est-à-dire qu’on les fait sortir du pays. Nous importons ainsi des États-Unis du coton, du pétrole, parfois du blé et des salaisons; nous y exportons des soieries,

des objets d’art, des articles de Paris, etc.

Les exportations et les importations s’enchaînent mutuellement. Nous ne pourrions acheter aux Etats-Unis si nous n’avions des marchandises à leur livrer comme contre-partie ou si nous ne pouvions leur céder une créance sur un pays qui serait notre débiteur. Nous pourrions, il est vrai, payer nos achats à l’étranpr en monnaie ou en lingots d’or et d’argent; mais c est la un expédient qui ne pourrait indéfiniment continuer, parce que la monnaie finirait par nous manquer.

Le change et ses variations. — Aussi la monnaie, les lingots d’or et d’argent, n’interviennent que pour de faibles quantités dans le commerce international. Les produits qne l’on importe se payent en réalité, dans le cours normal des choses, avec les produits que l’on exporte. C’est pour cela que l’on a pu dire que les produits s’échangent contre les produits. Un mécanisme très ingénieux, qui a reçu le nom de change, permet d’effectuer à chaque instant tous les payements d’une nation à une autre avec le moindre déplacement possible de métaux précieux ou de monnaie.

Prenons un exemple : la France importe d’Angleterre

des fils et des tissus de coton, de laine et de lin, un certain nombre de tonnes de houille, des machines, etc. Elle exporte en Angleterre du vin, des soieries, des ar t.cles de Paris, du heurre, des œufs et autres denrées.

omment vont s opérer les payements entre les deux pays? Il faut, pour le comprendre, se reporter aux pages 239 à 244 où nous avons expliqué le mécanisme des eltres de change. Ces lettres de change ont cours dans e commerce extérieur. Les commerçants anglais qui nous ont vendu des fils et des tissus, de la houille, L machines, tirent sur leurs acheteurs de France des lettres e change, c’est-à-dire des ordres de payer à une date de un mois, deux mois, trois mois, jusqu’à concurrence du montant de leurs ventes. D’un autre côté, les commerçants français qui ont vendu aux Anglais des vins des soieries, des articles de Paris, du heurre, des œufs tirent sur leurs acheteurs hritanniques, également jusqu à concurrence du montant de leurs ventes, dos lettres de change, c’est-à-dire des ordres de payer.

Il y a ainsi en France, pour des centaines de millions de francs de lettres de change tirées sur l’Angleterre, et d autre part, en Angleterre, d’autres lettres de chano-é également pour des centaines de millions tirées sur °a rance. Va-t-on prendre des centaines de millions de francs en or en France pour les porter en Angleterre afin d acquitter les dettes des acheteurs français à l’égard des commerçants anglais en tissus de coton, laine ou lin, enhouilleouen machines, puis reprendre ensuite en Angleterre des centaines de millions de francs en or et les ramener en France afin de payer les dettes des acheteurs anglais à l’égard des commerçants français

en vins, en soieries, en articles de Paris, en heurre et en œufs ?

Ce procédé de payement serait simple en apparence;

en réalité, il serait fort coûteux et entouré de beaucoup de risques. L’or et l’argent sont des marchandises qui, quoique peu encombrantes, coûtent assez cher à transporter; il les faut surveiller avec soin pour les préserver des voleurs et des escrocs; ils peuvent être perdus par un naufrage ou par une maladresse dans le trajet sur mer. Enfin, pendant qu’on les ferait voyager ainsi, de France en Angleterre et d’Angleterre en France, à plus forte raison s’il s’agissait de contrées lointaines, ces quantités d’or et d’argent manqueraient, comme moyens de payement, aux pays dans la circulation desquels on les aurait puisés.

Aussi le simple intérêt commercial a-t-il conduit à se passer autant que possible de ces métaux pour les payements entre deux nations. Voici comment on opère : la France a à recevoir de l’Angleterre plusieurs centaines de millions de francs pour achat par des Anglais de nos soieries, de nos vins, de nos articles de Paris et, d’autre part, elle a à payer à l’Angleterre des centaines de millions pour achats par nos commerçants de tissus britanniques, de houille ou de machines anglaises; les deux sommes se font, jusqu’à une certaine partie du moins, compensation. Les commerçants anglais qui ont fait des achats en France et qui doivent par conséquent faire des payements en France, achètent à leurs collègues anglais qui ont fait des ventes en France et qui doivent par conséquent recevoir des payements en France, les lettres de change que ces derniers possèdent sur des commerçants français, et ils donnent en payement à leurs vendeurs français ces lettres de change sur d’autres commerçants français. Les commerçants français qui sont débiteurs de l’Angleterre pour achats de marchandises achètent, d’autre part, les lettres de change sur l’Angleterre dont sont détenteurs les com-

Là circulation des richesses.

merçants français qui ont fait des ventes aux Anglais, et ils s’acquittent envers leurs créanciers anglais avec ces lettres de change souscrites par d’autres commerçants anglais, débiteurs de Français.

En d’autres termes, le commerçant français en vins, en soieries, en articles de Paris, créancier des Anglais, reçoit pour payement la lettre de change que doit payer un autre commerçant français qui est débiteur des Anglais pour achat de charbon ou de machines ou de tissus de coton. Par contre, le commerçant anglais, créancier des Français, pour vente de tissus de coton, de machines ou de charbons, reçoit en payement la lettre de change que doit payer l’autre commerçant anglais, débiteur des Français pour achat de vins, d’articles de Paris ou de soieries. Sauf le cas rare d’insolvabilité de l’un des débiteurs qui doit payer la lettre de change, les payements s’effectuent entre la France et l’Angleterre, tant que les dettes de chacun des pays sur l’autre sont égales, sans qu’une seule pièce de monnaie ou un seul lingot passe d’Angleterre en France ou de France en Angleterre. On évite ainsi les inconvénients du déplacement des espèces métalliques.

Mais il peut arriver que les dettes des deux pays l’un sur l’autre ne soient pas égales. La France peut, je suppose, avoir plus de payementsà faire en Angleterre que celle-ci n’en a à faire en France. Alors la compensation au moyen de lettres de change ne peut plus s’opérer complètement. 11 y aura une certaine partie des commerçants français, dans cette hypothèse, qui ne pourra pas effectuer ses payements vis-à-vis de l’Angleterre avec des lettres de change tirées sur des Anglais débiteurs de la France. Certains Français devront transporter, pour effectuer leurs payements, des espèces métalliques en Angleterre. Or, on l’a vu, pour frais matériels de trans-

port et pour assurance contre les risques de perte ou de vol, il en coûte un certain prix pour transporter des espèces métalliques de France en Angleterre : supposons que ce prix soit de 1/2 p. 100 de la valeur des espèces transportées. La monnaie légale en Angleterre, c’est la livre sterling, qui contient un poids d’or équivalant à 25^', 21. Tant que, en France, on achète une lettre de change en livres sterling sur l’Angleterre au prix de 25^'',21 la livre sterling, on dit que la livre sterling est au pair, en ce sens que l’on paye la promesse de recevoir une livre sterling en Angleterre exactement la somme d’or qui est contenue dans une livre sterling métallique.

On appelle change le prix auquel s’achète, sur une place commerciale déterminée, une quantité fixe de monnaie métallique ou fiduciaire livrable en un autre lieu. Quand en France on achète soit des billets de banque anglais, soit des lettres de change sur l’Angleterre, au prix de 25 fr. 21 la livre sterling, on dit que le change est au pair. Tant que les créances de la France sur l’Angleterre égalent celles de l’Angleterre sur la France, le change de la livre sterling en France reste au pair.

Mais dans l’hypothèse où nous nous plaçons, la France ayant plus de dettes envers l’Angleterre que celle-ci envers la France, les commerçants français consentiront, pour s’épargner les frais et les risques de transport d’espèces métalliques, à payer le papier sur l’Angleterre un peu plus que le pair : si, comme on l’a dit, les frais de transport des espèces métalliques, y compris l’assurance, atteignent 1/2 p. 100, soit environ 12 centimes 6 par livre sterling, les commerçants français pourront payer les traites sur l’Angleterre au prix de 25 fr. 25, ou 25 fr. 30, ou 25 fr. 32; ils y auront toujours plus

■Il

d’avantage qu’à envoyer des espèces dans la Grande Bretagne. L’avantage ne cesserait qu’au cours de 25 fr. 34 environ, puisque les frais de transport d’eS' pèces en Angleterre sont de 1/2 p. 100 et que, d’ail leurs, le pair de la livre sterling est de 23 fr. 21.

Quand les traites ou lettres de change sur l’Angleterre se vendent ainsi en France au-dessus du pair, on dit que le change anglais est en hausse ou que le chano-e est favorable à l’Angleterre. Gela indique que la France a plus de payements à faire dans la Grande-Bretagne qu’elle n’en a à recevoir de ce pays, en un mot, que 3. trancG Gst débitricG dG la GrandG*BrGta^riG.

L’hypothèse contraire peut se présenter : l’Angle terre peut avoir plus de payements à faire à la France qu elle n’en a à recevoir de ce pays ; alors en France les traites ou les lettres de change sur l’Angleterre étant très abondantes et dépassant les sommes que la France a elle-même à payer à la Grande-Bretagne, ces traites sur 1 Angleterre seront peu recherchées chez nous elles circuleront difficilement : au lieu de se négocier au pair qui est de 23 fr. 21 par livre sterling, elles pour ront ne plus trouver preneur qu’à 23 fr. 18, 23 fr. 15 ou 23 fr. 10. On dit alors que le change anglais est en baisse ou que le change est défavorable à l’Angleterre.

Le pair du change indique que les dettes entre les deux pays peuvent se compenser sans transport d’espèces ; le change favorable à l’un des pays, c’est-à-dire au-dessus du pair, démontre que ce pays est en défini tive créancier de l’autre ; le change défavorable à un pays, c est-à-dire au-dessous du pair, prouve que ce pays est, à l’égard de l’autre, débiteur.

Nous avons considéré deux pays isolément, la France et 1 Angleterre ; mais dans la pratique les choses sont plus compliquées, parce qu’une nation n’est pas en rap-

ports commerciaux avec une seule nation, mais avec presque toutes les autres nations du globe. 11 se pourrait, par exemple, que la France fût, pour son commerce, débitrice de l’Angleterre, mais que, par contre, elle fût créancière de la Hollande, qui elle-même serait créancière de l’Angleterre ; alors la France pourrait combler soit la totalité, soit une partie de sa dette envers l’Angleterre, en cédant à celle-ci des traites sur la Hollande, traites qui, par hypothèse, seraient abondantes chez nous et recherchées par les Anglais.

Le cours du change est un instrument d’une excessive sensibilité ; il varie constamment, d’ordinaire dans des proportions minimes; il avertit à chaque instant les banquiers et les commerçants d’un pays de la situation des dettes et des créances de ce pays à l’égard de toutes les autres contrées.

La hausse du taux de l’escompte à la suite du change défavorable. — Quand le cours du change sur l’étranger devient trop élevé, c’est-à-dire trop défavorable, il peut en résulter des sorties d’or abondantes, par l’impossibilité pour les commerçants du pays de se libérer complètement à l’égard des commerçants des autres pays avec de simples lettres de change ; alors les grandes banques relèvent le taux de l’escompte pour les effets de commerce qu’on veut leur négocier, c’est-à-dire qu’au lieu d’établir la retenue qu’elles prélèvent sur la valeur du billet d’après le tarif habituel de 3 p. 100 par an ou 3 1/2 p. 100, elles élèvent cette retenue sur le pied de 4 p. 100 par an, ou même 5, 6, 7 p. 100 par an. Le taux de l’escompte à la Banque de France et à la Banque d’Angeterre a été porté jusqu’à 9 et 10 p. 100 par an pendant quelques semaines de l’année de crise 1866. Aujourd’hui que l’organisme financier est devenu beaucoup plus

souple qu autrefois, on n’a plus besoin d’avoir recours à ces taux d’escompte extravagants. L’élévation de l’escompte en banque a pour objet et généralement pour effet : 1» d’induire les négociants à réduire leurs engagements, à se montrer prudents ; 2° de les porter à se libérer vis à-vis lepayscréancier par d’autres moyens que l’exportation des métaux précieux: ainsi par la réalisation de valeurs mobilières dites internationales, cest-à-dire de ces différents fonds qui, comme les titres américains, italiens, espagnols, égyptiens, etc., sont cotés sur les principales places financières du monde; 3» d’attirer des capitaux du dehors, notamment sous la forme d’espèces métalliques ; ces capitaux recevant dans le pays où le taux de l’escompte est élevé une rémunération de 1, 2 ou 3 p. 100 par an plus haute que dans les autres pays, les banquiers ont intérêt à les faire venir du pays où la rémunération est la moins élevée dans celui où elle est la plus élevée.

La hausse du taux de l’escompte, suivant la hausse du cours du change sur l’étranger, est donc le moyen de rétablir l’équilibre entre les dettes et les créances qu un pays a sur l’ensemble des autres pays.

Du rapport entre les exportations et les importations. La théorie de la balance du commerce.

Ces explications étaient nécessaires pour se rendre compte des procédés de règlement adoptés entre les nations. Mais une question plus haute se pose qui intéresse tout l’ensemble de l’organisme national ; étant donné que les ventes qu’un peuple fait à l’étranger de ses marchandises nationales s’appellent exportations et que les achats qu’il fait de marchandises étrangères se nomment importations, quelle doit être la proportion désirable des unes avec les autres? Autrefois la doctrine régnante, qui correspond encore au préjugé po-

pulaire, était que les exportations doivent toujours dépasser les importations; on pensait qu’il était utile qu’un pays restât, du chef de ses échanges, créancier de l’étranger et que cette créance fût payée en monnaie ou en espèces métalliques qui venaient accroître chaque année la quantité de métaux précieux existant dans le pays. On ajoutait qu’une contrée ne pourrait, sans se ruiner, avoir longtemps des importations supérieures aux exportations, puisque dans ce cas, croyaiton, il fallait exporter chaque année des métaux précieux et que, au bout d’un certain temps, le pays aurait été tout à fait dépourvu de richesses métalliques. On a donné à cette doctrine le nom de théorie de la balance du commerce. On considérait la « balance du commerce » comme favorable quand les exportations dépassaient les importations ; on disait, au contraire, que la balance du commerce était défavorable quand c’étaient les importations qui excédaient les exportations.

Cette doctrine, si spécieuse qu’elle soit, est erronée : elle repose sur une observation incomplète des faits. L’expérience lui a donné, dans le courant du dix-neuvième siècle, le démenti le plus prolongé. Ainsi l’Angleterre, qùi est le navs le nliis riche du mnndp

depuis un demi-siècle au moins, de la façon la plus régulière, un très grand excédent des importations sur les exportations. En 1884, par exemple, les importations dans la Grande-Bretagne et l’Irlande montent à 9 milliards 74o millions de francs et les exportations à 5 milliards 823 millions seulement, de sorte que l’excédent des importations sur les exportations atteint le chiffre colossal de 3 milliards 920 millions de francs en une seule année. En 1883 l’excédent des importations en Angleterre sur les exportations est encore plus con- L.-B. — Éco.\. PoL. 17

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la circulation des richesses.

sidérable et atteint 4 milliards 20 millions de francs ; en 1886 ce même excédent des importations sur les expor- . tuions s’élève à 3 milliards 421 millions de francs; de sorte que si la théorie de la balance du commerce était vraie, l’Angleterre aurait, dans ces trois années seulement, perdu 11 milliards 400 millions sur son commerce avec l’étranger. Bien plus, comme le même fait, l’excédent des importations sur les exportations, se reproduit régulièrement pour la Grande-Bretagne depuis plus de cinquante ans, l’Angleterre aurait de ce chef, dans le courant du dix-neuvième siècle, perdu plus de cent milliards de francs, et elle ne devrait plus avoir une pièce d’or à sa disposition. L’expérience prouve, au contraire, que l’Angleterre n’a jamais été plus prospère que dans ces dernières années. La France offre, depuis environ un quart de siècle, à un moindre degré, le phénomène d’un excédent habituel de ses importations sur ses exportations. En 1884 elle importait pour 4 milliards 343 millions de marchandises et en exportait pour 3 milliards 232 millions ; l’écart en faveur des importations était 1,111 millions de francs; en 1883 les importations en France dépassaient de juste 1 milliard les exportations; et en 1886 la différence, toujours en faveur des importations, était de 904 millions de francs. Ainsi, la France, en trois ans, si la théorie de la balance du comcommerce était vraie, aurait perdu environ 3 milliards sur ses échanges avec l’étranger; les métaux précieux qu’elle détient auraient dû être diminués d’autant, et cependant chacun sait qu’aucune nation ne possède autant d’or et d’argent que la France.

Fausseté de la théorie de la balance du commerce. Les divers éléments dont on doit tenir compte dans les relations économiques d’un peuple avec l’étranger. — Ce qui fait la fausseté de

la théorie de la balance du commerce, c’est qu’elle néglige de considérer certaines circonstances très importantes : en premier lieu, les exportations représentent la valeur des marchandises au prix de fabrique et au moment où elles sortent du pays ; il y faudrait joindre le prix du transport par navire national, quand l’expédition se fait sur un navire français, le prix de l’assurance, les profits des intermédiaires, courtiers et commerçants , au contraire, les importations, qui sont comptées au prix d’arrivage dans les ports, ont déjà payé la plus grande partie de ces frais, et dans le prix de la marchandise importée il y a une portion qui représente les bénéfices du navire national, de l’assureur national, parfois du commerçant national, quand la marchandise étrangère a été importée sur vaisseau français, assurée en France et pour le compte d’un commissionnaire français. Du fait de ces circonstances l’écart réel entre les importations et les exportations se trouve singulièrement réduit en réalité relativement à ce qu’il est en apparence.

11 faut encore tenir compte d’autres circonstances. En dehors des importations et des exportations de marchandises officielles il y a des importations et des exportations occultes. Or, dans les pays d’une très ancienne civilisation qui jouissent d’un grand renom à travers le monde pour leurs industries de luxe, les exportations occultes de marchandises sont beaucoup plus importantes que les importations occultes. Il arrive en France chaque année des dizaines de mille étrangers riches ; la plupart de ces étrangers exportent de France dans leurs malles des bijoux, des objets d’art, des articles de mode à l’usage personnel qui ne sont 1 objet d aucune estimation de la douane ; ce sont là des exportations occultes qui, certainement, pour la France,

dépassent le chi/îre de plusieurs centaines de millions de francs par an.

En troisième lieu, il faut aussi prendre en considération que, depuis un demi-siècle surtout, les relations entre les nations ne sont pas uniquement d’ordre commercial ; elles sont aussi d’ordre financier. Les vieilles et très riches nations, comme les États-Unis, la France, la Hollande, produisant beaucoup de capitaux par l’épargne et ne trouvant chez elles pour ces capitaux que des emplois dont la plupart sont peu rémunérateurs, se sont mises à faire des prêts considérables aux pays plus jeunes ou plus pauvres. Ces prêts se font, soit en souscrivant aux emprunts des Etals étrangers ou des sociétés étrangères, soit en achetant des titres de ces sociétés ou de ces Etats, soit en allant fonder des entreprises dans ces pays jeunes ou pauvres. C’est ainsi que l’Angleterre, la France, la Hollande, ont énormément prêté aux États de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud, aux diverses colonies européennes de l’Asie, à l’Égypte, et même en Europe à la Russie, à l’Autriche, à la Turquie, à l’Italie, à l’Espagne, au Portugal. De tous ces placements les uns ont été bons, d’autres médiocres, d’autres mauvais ; mais les vieux et riches pays sont ainsi créanciers du reste du monde et reçoivent chaque année l’intérêt des prêts qu’ils ont faits à des débiteurs étrangers solvables. On a calculé que la Grande-Bretagne tire un revenu annuel de 2 milliards et demi à 3 milliards de francs de ses prêts à l’étranger ou dans les colonies, prêts qui dépassent 50 milliards. La France retire certainement chaque année au moins 1,200 millions, sinon 1 milliard et demi, des prêts du même genre qu’elle a faits à l’étranger ou des entreprises qu’elle y a fondées. H suffit de citer le canal de Suez qui, à lui seul, produit aux Français 50 millions

par an. Les fonds d’États ou de sociétés de Russie, d’Autriche, d’Italie, d’Espagne, de Portugal, de Turquie, d’Égypte, de l’Amérique du Sud, etc., complètent les 1,200 à 1,500 millions de revenus annuels de la France sur l’étranger. Voilà, certes, de quoi combler une grande partie de l’écart entre les importations et les exportations de marchandises.

Enfin, un vieux pays, d’une civilisation perfectionnée et raffinée, bien doué, d’ailleurs, de la nature, exerce sur le reste du monde une attraction qui fait qu’une foule d’étrangers riches viennent soit le visiter, soit même s’établir dans son sein. Pour la France, par exemple, la brillante ville de Paris, toutes nos stations hivernales de la Méditerranée, nos bains de mer de l’Atlantique ou de la Manche, attirent beaucoup d’étrangers opulents qui y dépensent leurs revenus. Ces revenus, provenant du dehors, arrivent chez nous comme un supplément de ressources, une sorte de tribut volontaire, et permettent encore de combler une partie de l’intervalle entre l’importation et l’exportation des marchandises.

11 ne faut donc pas s’alarmer, dans un vieux et riche pays, créancier du monde entier par ses placements, si l’importation des marchandises dépasse l’exportation ; c’est un phénomène naturel. H ne peut en être autrement que dans les pays jeunes ou les pays pauvres qui, au lieu d’être les créanciers du reste du monde, sont les débiteurs des autres pays. Aux Indes anglaises, par exemple, qui doivent payer chaque année des sommes considérables à l’Angleterre, pour intérêt des capitaux placés par les Anglais en chemins de fer ou en usines dans 1 Hindoustan et pour les bénéfices des commerçants anglais, l’exportation des marchandises dépasse l importation. En 1884 les exportations des Indes mon-

tent à 2,230 millions, dépassant de 527 millions de francs les importations, qui ne sont que de 1,703 millions. En 1883 l’excédent des exportations aux Indes sur les importations atteint 391 millions de francs. Et il en est ainsi depuis un demi-siècle, sinon davantage ; ce qui n’empêche pas les Indes d’être un pays pauvre. C’est que cette contrée reçoit moins qu’elle ne donne; une partie de ses exportations servant simplement à payer ses créanciers anglais et ne donnant lieu à aucun retour correspondant.

La théorie de la balance du commerce est donc fausse. Ce n’est pas les chiffres seuls de l’importation et de l’exportation des marchandises qu’il faut considérer pour savoir si un pays est créancier ou débiteur de l’étranger, c’est le cours du change seul qui donne sur ce point des indications précises et immédiates.

De la législation sur le commerce avec l’étranger. Le libre échange et le régime protecteur. — De quelle façon un pays doit-il régler ses échanges avec l’étranger? Doit-il leur laisser une liberté absolue, ou, au contraire, chercher à restreindre les importations et à développer les exportations? Deux théories sont ici en présence, celle du « libre échange » ou « liberté commerciale » et celle du « régime protecteur » ou « protectionnisme ». En faveur du système du libre échange on invoque les raisons suivantes : un pays ne 'doit pas faire violence à la nature qui a donné aux différentes contrées des spécialités de production; tel pays, ayant d’abondants gisements de houille et de fers est destiné à exceller dans la métallurgie et dans les mines; une contrée qui ne se trouve pas dans les mêmes conditions ferait de vains efforts pour atteindre à la même supériorité. Elle a un meilleur usage à faire de ses forces et de ses capitaux, c’est de les appliquer à

la production des denrées pour lesquelles elle tient certains avantages soit de la nature, soit des aptitudes de sa race, soit simplement même de l’habitude et de la tradition. Elle peut, par exemple, développer ses cultures de vignes, ses industries raffinées, comme celle des objets de luxe ou d’art ; elle obtiendra ainsi, pour une même somme d’efforts, plus de résultats, et elle pourra se procurer, par la voie de l’échange, les produits dont elle manquerait, à bien meilleur compte que si elle voulait les faire elle-même en abandonnant les occupations où elle excelle. On invoque encore en faveur du libre échange cette considération que la concurrence entre les nations est absolument nécessaire pour servir de stimulant aux industriels et aux ouvriers qui, en dehors de cet aiguillon, s’endormiraient dans la routine. Les marchés nationaux sont trop étroits pour que les quelques principaux industriels dans chaque branche d’industrie n’en prennent pas à leur aise si la loi les met à l’abri de toute concurrence de l’étranger. La protection, c’est-à-dire soit la prohibition des marchandises étrangères, soit du moins l’imposition de droits très élevés sur elles, a toujours engourdi les industries qui se sont trouvées pendant longtemps à ce régime.

On ajoute encore que tout droit de douane mis sur une marchandise étrangère équivaut à une taxe mise sur certaines industries nationales qui ne peuvent se passer de cette marchandise étrangère comme élément de leur production. Toute taxe, par exemple, sur les fils de coton étrangers est défavorable aux fabricants de tissus, qui ont besoin de certaines qualités de fils que l’étranger seul fait bien ou à bon compte. Toute taxe mise sur le fer étranger, en faisant renchérir d’une façon générale le prix du fer dans le pays, est défavorable aux fabricants de machines, aux agriculteurs, etc. Le

régime protecteur arrive donc, en protégeant quelques industries, c’est-à-dire en les soustrayant à la concurrence étrangère, à rendre la vie difficile à beaucoup d’autres industries nationales qui ne pourraient se passer des produits faits à l’étranger, n’ayant dans le pays aucun équivalent ou des équivalents imparfaits et trop coûteux.

Ces arguments sont très topiques, très démonstratifs, et il n’y a nul doute que le régime de la liberté commerciale ne soit le régime théoriquement vrai et, dans la pratique, le plus propre à stimuler l’activité d’un peuple.

Les partisans du régime protectionniste objectent qu’un peuple ne doit pas être dépendant de l’étranger pour ses principales industries et pour ses approvisionnements. Cette objection peut avoir quelque portée au point de vue militaire, dans l’état actuel des relations des peuples européens, en ce qui concerne les fabriques de canons, de fusils, ou la construction des navires d’Élat. Mais on ne saurait l’étendre beaucoup plus loin. Ils disent aussi que la protection est un mode d’éducation pour un peuple et que, en établissant des droits sur les marchandises étrangères pendant quelques années, on arrive à développer l’industrie nationale au point qu’elle puisse un jour supporter sans soutien la concurrence du dehors. Cet argument n’est, toutefois, donné que pour en imposer ; car, si on le tenait pour e.xact, on devrait conclure que le régime protectionniste ne doit avoir qu’un temps et que, au bout de dix, quinze ou vingt ans, il doit disparaître. -Même ainsi conçu, il serait encore en partie erroné ; car il n’est ni désirable ni utile qu’un peuple développe à la fois toutes ses productions, négligeant par conséquent celles auxquelles il a le plus d’aptitude.

Si le régime de la liberté commerciale doit être considéré comme celui qui est conforme à la nature et à la science, il n’en résulte pas que l’on doive supprimer immédiatement tous les droits de douane. Il est des ménagements à observer envers les établissements industriels existants, une période tout au moins de transition et de transformation à leur garantir.

La liberté absolue d’importation. Les prohibitions. Les droits modérés et les traités de commerce. — Le système d’une nation, au point de vue des douanes, peut revêtir trois formes différentes : en premier lieu, la liberté absolue d’importation, qui est le régime appliqué en Angleterre depuis trente-cinq ans environ ; il n’existe, en effet, dans ce pays aucun droit que l’on puisse appeler protecteur de l’industrie nationale; les matières premières et les objets fabriqués ne sont frappés d’aucun impôt; les seules marchandises qui acquittent des taxes à l’entrée de la Grande-Bretagne et de l’Irlande sont des denrées de consommation générale, dont la plupart n’ont pas de similaires dans le pays, comme le thé, le café, le tabac, le vin, l’alcool. On les impose uniquement pour procurer un revenu au gouvernement et non pas pour favoriser, en les délivrant de l’aiguillon de la concurrence étrangère, telle et telle catégorie de producteurs nationaux. Ce régime peut être désigné par l’expression de «la douane fiscale », par opposition à « la douane protectionniste ou protectrice ». La douane fiscale ne se préoccupe que de procurer au Trésor public un certain revenu en grevant les objets de consommation générale qui n’ont pas de similaires dans le pays.

La seconde forme que peut revêtir le système douanier, c’est la prohibition; cette prohibition, ou l’interdiction des marchandises étrangères, peut en théorie

être totale ou partielle : en réalité, elle n’est jamais que " partielle. La prohibition totale, c’est-à-dire l’interdiction de toutes les marchandises étrangères sans exception, équivaudrait à la suppression absolue de tout commerce avec l’étranger et priverait le pays d’une foule de marchandises dont il ne peut se passer, par exemple les contrées de l’Europe occidentale de coton ► de pétrole, de café, de thé, de quinquina, etc. Aucun pays ne s’est donc abandonné à cette folie de la prohibition totale. Mais plusieurs ont recouru à la prohibition partielle, celle de toutes les marchandises étrangères dont la concurrence pouvait nuire à d’importantes industries nationales. Tel était le régime douanier de la France avant la célèbre réforme de 1860.

Le système mixte entre la liberté commerciale absolue et le régime partiellement prohibitionniste, c’est celui de l’affranchissement de toutes les matières premières et de taxes modérées sur les objets fabriqués. ^ Ces taxes, tout en diminuant l’aiguillon de la concurrence étrangère, ne doivent pas le faire complètement disparaître. En général, ce système mixte s’établit au moyen de traités de commerce. Le régime des traités de commerce a de nombreux avantages qui ont été, dans ces derniers temps, trop perdus de vue. Les nations qui concluent ensemble un traité de commerce fixent pour chacune des marchandises les droits qu’elles devront supporter pendant une période déterminée, en général pendant dix ou douze ans. Ces droits sont calculés de manière à n’être pas prohibitifs : les commer- ) çants de chacun des deux pays contractants peuvent donc introduire chez eux les marchandises de l’autre pays, ce qui maintient dans une certaine mesure l’aiguillon si utile pour tout pays de la concurrence étrangère ; les labricants nationaux, étant ainsi légèrement

stimulés, ne s’endorment jamais complètement dans la routine. Celles des industries nationales qui ont besoin, pour les travailler, de certains produits étrangers, par exemple les tisseurs de Lyon qui emploient diverses qualités de fils de coton que la France ne peut guère fournir, savent qu’ils pourront pendant une longue période les faire venir du dehors à des conditions déterminées. Enfin, ce qui est un grand point, les fabricants nationaux qui produisent pour l’exportation sont mis à l’abri, par les traités de commerce, de tout changement brusque dans le taux des taxes des pays qui sont régis par ces traités. Les traités de commerce ont donc l’avantage inappréciable de garantir à un pays pendant une période de dix à douze ans un régime commercial à l’importation et à l’exportation qui est connu d’avance et qui offre de la stabilité. Or la stabilité des débouchés est l’une des conditions essentielles du fonctionnement fructueux de l’industrie et surtout de son développement. Les plus fameux traités de commerce sont ceux de 1860, conçus dans un esprit libéral, dont on s’est malheureusement écarté depuis dix ans.

La faculté d’entrepôt. Les ventes publiques. — Les droits de douane exigent, pour n’être pas trop nuisibles, certains tempéraments. Le principal est la faculté ^'entrepôt. On appelle ainsi le droit qu’a tout importateur de déposer les marchandises étrangères dans des magasins spéciaux, sans avoir à payer les droits de douane. Les marchandises ainsi déposées n’acquittent ces droits que lorsqu’elles sortent des entrepôts pour être versées dans ce que l’on appelle la consommation générale, c’est-à-dire pour passer aux mains des commerçants en gros, en demi-gros ou en détail. Quand les marchandises en entrepôt en sortent pour être réexpédiées à l’étranger, elles n’ont aucun

droit de douane à acquitter. La faculté d’entrepôt a deux avantages pour le commerce : c’est de différer le payement des droits de douane jusqu’au moment où les marchandises importées sont définitivement vendues pour la consommation intérieure ; l’autre, c’est de permettre la réexportation sans payer de droits. S’il en était autrement, les commerçants hésiteraient à importer beaucoup de marchandises, dans l’ignorance où ils seraient si les offres n’en dépasseraient pas les be» soins de la consommation nationale. On dit que l’entrepôt est réel quand il s’effectue dans des magasins publics désignés à cet effet par l’administration. Mais on accorde aussi aux commerçants la faculté de conserver les marchandises dans leurs propres magasins, s’ils sont dans certaines conditions et s’ils demeurent sous la surveillance des agents du fisc. C’est ce que l’on appelle « l’entrepôt fictif » ; cette faculté dispense aussi l’importateur de payer les droits de douane jusqu’au moment où les marchandises sortent de ses magasins pour être mises en vente chez les commerçants en gros, en demi-gros ou en détail. Quand les marchandises quittent l’entrepôt fictif pour être réexportées, elles ne payent pas de droits. La généralité des États ont aussi aboli toute espèce de droits pour le transit des marchandises étrangères sur leur territoire ; par exemple, d’Angleterre ou de Belgique en Suisse ou en Italie ou en Espagne par la voie de France. On juge que le transit des marchandises étrangères donne de l’animation à nos ports, à nos voies ferrées, laisse des profits à nos ouvriers, à nos commerçants, à nos entreprises de navigation ou de transports terrestres.

Dans les villes où existent des entrepôts, on a souvent institué des ventes publiques à des époques déterminées de certaines marchandises de grande consom-

LE COMMERCE AVEC L’ÉTRANGER. 30t

mation, comme les laines, les cafés. Celles de Londres, Anvers et Amsterdam sont, notamment célèbres. Ce procédé attire les acheteurs, souvent de fort loin, et

donne aux prix une assiette connue.

En définitive c’est vers le principe de la liberté commerciale que les États modernes et progressifs doivent orienter leur politique économique; et ceux mêmes qui, sous la pression de certaines circonstances ou de certains préjugés, s’en écartent, n’osent rompre complètement avec lui.

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