‹ Précis de̓́conomie politique [microform]Chapitre 50 sur 77 · partie d’entre eux · texte numérisé non relu

partie d’entre eux

11 peut y avoir aussi surabondance de production pour certains instruments, parce que l’humanité ne peut en consommer indéfiniment, par exemple des aiguilles, des épingles, des pioches, des bêches, des charrettes ou des wagons, des rails de chemins de fer, des locomotives. Pour cette catégorie, cependant, la limite de la consommation, surtout pour les derniers objets cités, est loin d’être fixée d’une manière aussi précise et aussi invariable que pour la précédente.

Mais il ne peut pas y avoir d’excès général et permanent de production, du moins d’une façon absolue, des marchandises qui se prêtent à des usages très variés et à des besoins humains extensibles, comme les tissus qui servent non seulement de vêtements, mais de tapis, de tentures ; comme le fer qui a mille applications possibles; comme le blé ou la viande, dont bien des gens sont encore privés; comme des maisons, quand tant de personnes sont entassées dans des taudis.

Dans ce cas, il y a seulement une disproportion entre

le prix de revient d’un objet dont une grande partie de 1 humanité n’est pas encore suffisamment pourvue et les moyens de le payer qu’ont un grand nombre de gens. Ou bien encore il y a des habitudes nouvelles qui doivent être prises, et qui le seront à la longue, comme de se vêtir et de se meubler ou de se loger plus confortablement ou plus élégamment. Cet excès de production

est donc plus apparent que réel et plutôt temporaire que durable.

Les deux causes qui amènent les crises commerciales générales sont, d’une part, les entraînements de la spéculation et les abus de crédit ; d’une autre part, les progrès soudains et considérables dans la fabrication OU dans les moyens de transport.

Quand on se trouve dans une période de prospérité, que les affaires, suivant l’expression vulgaire, vont bien’ que les fabricants réalisent des bénéfices, la disposition à 1 illusion qui est innée à beaucoup d’esprits porte à fonder de tous côtés de nouvelles entreprises, à immobiliser les capitaux en constructions de toutes sortes, à faire des emprunts multipliés qui n’ont pour gage que des bénéfices aléatoires. Le crédit alors se développe à

I extrême, on prête sans trop y regarder, on s’engage sans trop réfléchir; le moindre événement défavorable vient abattre toutes ces œuvres éphémères, comme le souffle le plus léger renverse des châteaux de cartes.

La cause, cependant, la plus active des crises commerciales, ce sont les progrès soudains, généraux, profonds, dans la fabrication ou les moyens de transport.

II en résulte de nouvelles conditions de concurrence et de prix qui surprennent et déconcertent un grand nombre de producteurs. Les calculs qui paraissaient les plus judicieux se trouvent tout à coup démentis par 1 afflux de produits nouveaux à des conditions de bon

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marché que l’on n’avait pas prévues. Il en résulte une perturbation momentanée qui peut se prolonger parfois pendant plusieurs années. Il y a de nouveaux arrangements à prendre, de nouvelles combinaisons à adopter, et cela ne se fait pas sans peine ou sans douleur.

Les crises commerciales sont, dans ce cas, pour le corps social, ce que sont les crises de croissance pour les adolescents ou les rages de dents pour les enfants. C’est un mal en quelque sorte nécessaire, que la nature impose; c’est la rançon d’un progrès soudain et considérable.

On a remarqué que les crises résultant des abus de crédit et des excès de la spéculation qui, en elle-même n’est pas un mal, mais une force utile, sujette seulement à des dérèglements, ont une tendance à se représenter périodiquement, tous les dix ou douze ans par exemple. Cela s’explique parce que l’expérience des pères ne corrige pas les enfants, et que les temps de prospérité, malgré toutes les leçons du passé, amènent inévitablement l’infatuation. (

Les crises qui proviennent de la soudaineté des^ grands changements industriels, n’ont pas une périodi-j cité aussi régulière ; elles se représentent à des inter-1 valles plus espacés; mais elles ont aussi une tendance revenir à des époques plus ou moins éloignées. La cause enestque le progrès agricole ou manufacturier ne s’opère pas d’une manière continue et uniforme; il y a des périodes de progrès soudain et général qui donnent au monde comme une fièvre et un ébranlement, et des' jiériodes de calme et de repos ; les premières sont plus j glorieuses pour le genre humain, les secondes peut-être plus heureuses.

Les remèdes proposés pour les crises économiques. — Il n’y a aucun remède souverain aux crises

économiques; il serait présomptueux de rêver de les prévenir d’une façon absolue. Il faudrait arracher de l’âme de chaque génération nouvelle le goût de l’illusion, pour faire qu’elle ne se laissât jamais entraîner par la spéculation exagérée et par les abus du crédit. Il faudrait aussi pouvoir canaliser le progrès humain, de sorte qu il coulât lentement, d’un flot uniforme et timide, au lieu de faire des irruptions violentes, suivies bientôt de périodes de ralentissement ou d’arrêt. Ni l’homme ni la société n’auraient ce pouvoir.

Quand une crise économique est spéciale et locale, comme la crise cotonnière de 1860 à 1865, ou celle du phylloxéra dans le midi de la France, il y a quelques palliatifs. On peut entreprendre, mais avec mesure et discernement, quelques travaux publics dans les régions frappées. On peut faciliter l’émigration ; encore convientil, cependant, d’agir avec mesure; car ces sortes de crises étant passagères, si l’on développait outre mesure l’émigration, quand la prospérité reviendrait les bras feraient défaut. La prévoyance chez les particuliers,

» l’épargne dans les temps de prospérité, sont encore les

meilleurs moyens d’adoucir ces jours d’épreuve.

Dans les crises commerciales générales, s’étendant à toutunpayset àtouteslesindustries, des palliatifs ne peuvent guère servir. L’État n’a qu’un rôle médiocre à jouer en pareille circonstance ; il doit être prudent, économe, inspirer la confiance. S’il ouvrait des ateliers nationaux, comme certains le proposent, il aggraverait et prolongerait plutôt la crise; il prolongerait, en effet, l’illusion, les prétentions exagérées dont la crise est sortie. L’État, d’ailleurs, a souvent exercé sur l’industrie une sorte d’action perturbatrice. Quand, par exemple, les États font construire, dans les périodes de prospérité, un nombre exagéré de kilomètres de chemins de fer, qu’ils

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entreprennent des travaux publics à outrance, ils dénaturent les conditions naturelles des industries, les relations normales des profits et des salaires; ils aident à la surexcitation, ils font naître des établissements surabondants, ils poussent à des hausses excessives ou prématurées du prix de la main-d’œuvre. Les États ne sauraient donc se montrer trop circonspects quand ils veulent se mêler d’industrie, la subventionner ou 1 exciter et 1 entretenir par leurs commandes.

Conséquences parfois heureuses des crises économiques. — Les crises commerciales, malgré les maux qu’elles entraînent, ont une conséquence heureuse : tous les producteurs se trouvant frappés font leur examen de conscience au point de vue économique; ils réexaminent toute leur organisation, ils en réforment les côtés défectueux, ils en écartent le coulage, ils adoptent les procédés les meilleurs, et ils arrivent à des prix de revient moindres qu auparavant. Les salaires, les bénéfices reviennent à un taux raisonnable; on reprend des habitudes de travail plus régulières; le crédit redevient plus ferme et prend plus de discernement. Il en résulte que, après une crise commerciale de quelque durée, le débouché de beaucoup de marchandises s’est accru, de nouvelles couches de consommateurs se sont formées; le progrès, qui apparaissait d’abord comme perturbateur, s’est consolidé; et, en définitive, l’humanité, après une secousse pénible et plus ou moins prolongée, se trouve avoir à sa disposition plus de moyens de satisfaire ses besoins et ses

goûts.

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