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CHAPITRE PREMIER

L’ÉPARGNK

Les quatre usages que rhomme peut faire de l’accroissement de sa force productive. — L’accroissement des loisirs et de la production.

— Le rôle de l’épargne. — Préjugés populaires opposés à l’épargne : le prodigue et riiomme économe. — Idée fausse que la destruction d’objets utiles fait parfois « aller le commerce ». — De l’intensité de l’épargne en France et de sa proportion au revenu national. — Les causes qui ont augmenté l’intensité de l’épargne.

— Les caisses d’épargne. — L’emploi de leurs fonds. L assurance et ses diverses formes. — Les sociétés de secours mutuels.

— Les sociétés coopératives conçues comme instruments d’épargne.

Influence du marché des valeurs mobilières sur la formation et

la rapide utilisation de l’épargne.

Les quatre usages que l’homme peut faire de l’accroissement de sa force productive. — On a vu que la force productive de l’homme et de la société en général suit une marche ascendante, due en partie à la création incessante de nouveaux instruments de travail, en partie aux découvertes et aux inventions scientifiques et industrielles. De cet accroisse-

. 1er,

LA

ment de sa force productive, l’homme peut faire un quadruple usage; il le peut consacrer : 1° à l’augmentation de ses loisirs ; 2° à l’augmentation de ses consommations ou de ses jouissances immédiates; 3° à l’augmentation de ses instruments de travail, c’est-àdire à une nouvelle épargne; 4« à l’accroissement de la population.

De même que l’homme peut affecter chaque développement nouveau de sa force productive à l’un de ces quatre objets, il peut aussi le répartir entre plusieurs ou même entre tous les quatre ; ce dernier cas est le 'plus usuel pour les diverses sociétés humaines.

L’accroissement des loisirs et l’accroissement -de la production. — 11 est clair que l’accroissement de la force productive de l’homme et des sociétés pourrait être employé uniquement à procurer plus de loisirs aux hommes, plus de temps de repos. Mais il faudrait pour cela que le loisir fût pour eux le bien unique et suprême et qu’ils renonçassent à tout accroissement de da production, à tout développement nouveau de leurs instruments de travail, à tout agrandissement de la population.

Quoique les loisirs ne se soient pas accrus en proportion de l’accroissement de la force productive de l’humanité depuis un siècle, cependant on ne peut dire

• qu’ils soient demeurés absolument stationnaires, notamment depuis cinquante ans. La journée de travail a, en général, diminué. Dans la généralité des usines, elle n’est plus que de onze heures par jour, au lieu de treize ou quatorze, comme aux débuts de la grande 'industrie, de 1820 à 1840. Dans les métiers urbains, elle

• est tombée à neuf ou dix heures; enfin, dans les campagnes même, surtout dans les campagnes riches, elle •est au-dessous de ce qu’elle était autrefois. Nous ne

L’épargne et ses applications.

parlerons pas ici de la déplorable habitude qu'ont certains ouvriers des grandes villes de « faire le lundi», ou même, quand les salaires sont élevés, de chômer deux ou trois jours par semaine en plus du dimanche.

S’il est bon d’élargir les loisirs pour le développement de la vie de famille, pour l’instruction et les distractions intellectuelles et artistiques, il est fâcheux d en faire un pareil abus, surtout quand l’humanité a encore tant de besoins essentiels à satisfaire.

C’est à la satisfaction plus ample et plus complète des besoins de l’homme qu’est employée la plus grande partie du développement de la force productive de l’humanité. Procurer à l’homme un logis plus vaste, plus hygiénique, mieux clos, plus agréable; étendre et perfectionner son mobilier; lui assurer des vêtements répondant mieux aux diverses saisons et offrant un aspect décent, élégant même; rendre sa nourriture plus substantielle et plus variée; pourvoir à ses récréations douces et utiles, comme la lecture, la musique, l’art sous toutes ses formes; satisfaire sa curiosité par les déplacements et les voyages : la plus grande partie de l’accroissement de la force productive est tournée vers ces objets. Aussi l’humanité civilisée, considérée non seulement en masse, mais dans chacun de ses membres, a-t-elle à sa disposition beaucoup plus d’objets de consommation et de jouissance qu il n’en était échu

aux générations antérieures.

Le rôle de l’épargne. — Toute la production ne doit pas être tournée, toutefois, vers la consommation immédiate. Une partie notable doit en être consacrée à l’épargne, c’est-à-dire à la création de nouveaux instruments de travail; et c’est ce qu’ont fait instinctivement, avant même toutes les prédications des moralistes, les peuples civilisés. De tous les sentiments humains,

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