LA NATURE ET LE ROLE DE L’ÉTAT
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Définition de l’État. — Préjugés et exagérations sur la capacité de l’État. — L’individu n’est pas seul en face de l’État : les associations privées. — Les principales attributions de l’État. — Motifs de modestie qui doivent s’imposer à l’État. — L’État n’est pas l’agent principal du progrès dans les sociétés humaines.
Définition de PÉtat. — Une société se compose de trois éléments : les individus, les associations libres et enfin les pouvoirs publics ou l’État. Nous avons jusqu’ici parlé des deux premiers. Il convient de dire quelques mots du rôle et de l’action du troisième.
L’État est l’expression suprême de la nation ; la nation est une association faite par l’histoire et qui diffère des autres associations par plusieurs caractères : elle est un fait qui s’impose à tous ceux qui sont nés dans un territoire ; elle comprend, qu’ils le veuillent ou non, l’universalité de ceux qui y résident autrement que par tolérance. L’État, comme organe vivant de
l’association nationale, jouit de prérogatives particulières : il a le pouvoir d’assujettir toute la population du territoire à des règlements appelés lois; il a aussi celui de lever, par la voie de contrainte, sur tous les habitants, les sommes qu’il juge nécessaires à ses besoins et qui prennent le nom de taxes ou d’impôts.
Le pouvoir législatif ou réglementaire sur l’universalité des citoyens, et le pouvoir fiscal, voilà ce qui constitue l’État. Aussi les municipalités, les autorités provinciales, qui détiennent une partie de ces deux pouvoirs, doivent-elles être regardées, au point de vue économique, comme des organes secondaires de l’Etat.
Préjugés et exagérations sur la capacité de l’État. — L’État a des attributions qui lui sont absolument essentielles, et d’autres qui sont facultatives. Il doit préserver la nation de toutes les attaques du dehors : c’est là sa mission primordiale; il doit, en outre, faire observer la paix à l’intérieur. L’État est donc par excellence chargé de ce que l’on a appelé le service de sécurité.
Ce serait, toutefois, le réduire à un rôle trop étroit que de vouloir l’enfermer dans ce cadre. II ne faut pas non plus, comme certains théoriciens, croire que le rôle de l’État est infini et peut s’étendre à tout. Quelques économistes allemands ont soutenu que la fonction de l’État dans une société est analogue à celle du cerveau dans l’organisme humain : ce serait, par excellence, l’appareil de coordination et de direction; les individus seraient vis-à-vis de l’État dans cette situation tout à fait inférieure où se trouvent dans le corps humain les organes spéciaux de nutrition ou de relation par rapport au cerveau.
C’est une regrettable manie que celle de vouloir introduire partout la physiologie : on se livre ainsi à des