‹ Précis de̓́conomie politique [microform]Chapitre 56 sur 77 · NATURE ET ROLE DE L’ÉTAT · texte numérisé non relu

NATURE ET ROLE DE L’ÉTAT

assimilations inexactes, et les idées y perdent en netteté. La niaiserie de ces comparaisons saute aux yeux.

Il n’y a aucune similitude à établir entre les cellules du corps humain qui n’ont qu’une vie végétative ou mécanique, et les individus qui sont susceptibles d’intelligence, de moralité ou de liberté. Dans le corps humain, le système nerveux et particulièrement le cerveau, qui en est l’expression suprême, est le seul centre de la volonté et de la pensée : le pied ni la main ne pensent ni ne veulent. Dans une société, tout individu peut être aussi bien doué de pensée, de moralité, de prévoyance, que l’État. Les molécules du cerveau sont, dans le corps de l’homme, composées d’une autre matière que les molécules du pied ou de la main, ou de l’estomac; au contraire les molécules qui forment l’État concret et dirigeant ne sont pas d’autre nature que les autres molécules sociales.

L’État est un organisme qui est mis dans la main do certains hommes ; il ne pense pas et il ne veut pas par lui-même; il ne pense et il ne veut que par la pensée et la volonté des hommes qui successivement parlent et veulent en son nom. Or, les hommes qui détiennent les pouvoirs publics, c’est-à-dire qui représentent l’État, n’ont pas une structure physique ou mentale différente de celle des autres hommes. Ils n’ont aucune supériorité naturelle, innée ou inculquée par la profession même. L’Église peut enseigner qu’un homme faible, revêtu du sacerdoce, est transformé et jouit de grâces divines. La société démocratique ne peut prétendre que les individus portés au pouvoir et qui forment, au moins momentanément, l’Etat, qui sont l’Etat légiférant et agissant, possèdent, pour les préserver de l’erreur, des préjugés ou des passions, des grâces surnaturelles d’aucune sorte.

3o4 L’ÉTAT ET LES FINANCES PUBLIQUES.

L’État, surtout sous un régime de pouvoirs publics à délégation brève, fréquemment renouvelable, vaudra ce que vaudront les individus qui se succèdent dans les assemblées législatives ou au gouvernement. La faillibilité de l’État est donc aussi certaine et aussi démontrée par l’histoire que la faillibilité des individus.

L’individu n’est pas seul en face de l’État. Les associations privées. — Certaines personnes parlent comme s’il n’y avait dans une nation que deux éléments en présence, les individus et l’Etat; elles en concluent que tout ce que ne peuvent faire les individus isolés, l’État doit s’en charger. C’est Ig une grave erreur. En raisonnant ainsi on oublie les associations libres qui se forment chaque jour entre citoyens et qui, sans recourir à aucune contrainte, sans lever des taxes par voie d’autorité, pourvoient à une infinité d’œuvres sociales d’intérêt général ou collectif. Ce sont ces associations libres qui ont fondé les caisses d’épargne, les sociétés d’assurances, les monts-de-piété, la plupart des grands services de transport. Elles ont le mérite de ne rien imposer à personne, d’agir sous le régime de la concurrence et de la liberté personnelle, d’être sensibles à l’aiguillon de l’intérêt privé, d’avoir une organisation élastique, flexible, qui se modifie et se transforme spontanément, sans grands efforts, s’adaptant toujours aux circonstances nouvelles.

Les principales attributions de l’État. — Si nous cherchons à définir les attributions de l’État, nous voyons qu’elles peuvent se ramener aux chefs suivants :

1® Sauvegarder la sécurité de la nation du côté de l’étranger et la paix matérielle à l’intérieur entre les citoyens.

2® L’État, étant l’association la plus générale et

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