‹ Precis des evenemens militairesChapitre 2 sur 26 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Suites de la bataille cPEylau. — Opérations des corps d'observation russe et français sur le Bug et la Narew. — Bataille d'Ostrolenka. — Mouvement rétrograde de la Grande- Armée française \ — Dispositions de F empereur Napoléon pour rétablissèment des quartiers d'hiver sur la rive gauche de là Passa rge. — L'armée russe se porte en avant, feint de reprendre l'offensive , se cantonne entre /'Aile et la Passa rge. — Divers mouvemens des avant-gardes. — Divers combats. — Le prince de Ponte- Corvo bat le corps prussien et s'empare de Braunsberg. — Le maréchal Ney reprend Guttstadt. — Le maréchal Lefebvre resserre la garnison de Dantzick. — Suite des opérations du prince Jérôme et du général Vandamme en Silésie. — Suite des opérations du maréchal Mortier en Poméranie.

L'orageuse et sanglante journée àJEylau avait épuisé lus forces ? lassé la constance

des plus braves soldats de Tune et l'autre armée. Les Russes , qui avaient le plus souffert, durent encore marcher pendant toute la nuit pour effectuer leur retraite jusqu'au-delà de la Frisching. Ils se trouvèrent le 9 au matin dans le plus grand désordre. Des corps entiers semblaient avoir été détruits , un petit nombre de soldats restaient avec leurs officiers pelotonnés autour des drapeaux, tout le reste, pressé par la faim, s'était dispersé pour chercher des vivres; tandis que les Français, maîtres du champ de bataille, avaient établi leurs bivouacs, et s'y tenaient en bon ordre, prêts à marcher.

Le général Benningsen n'eut pas même la pensée de prendre position derrière la Frisching, il ne put rallier ses troupes que le 10 au matin, sous les murs de Kônigsberg. Il y prit position un peu en avant de la porte de Friedland, appuyant sa droite à Pinmarkty qu'il fit occuper par le détachement prussien qui avait été coupé à'Hussenen par le maréchal Ney le jour de la ba-

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taille. La gauche de l'armée russe s'étendait Je long de la Pregel. Cette position était trèsmauvaise, puisque ayant à dos le Frisch- Haff et la Baltique, l'armée ne pouvait se retirer qu'à travers la ville de Kônigsberg, où était son dépôt général. Il lui fallait donc, si elle était attaquée, vaincre ou périr sous les murs de cette place qui , dans le cas d'une défaite , aurait infailliblement subi le sort de Lubeck. Le général Benningsen fit travailler à des retranchemens sur sa droite et sur sa gauche. Il fit aussi jeter des ponts sur la Pregel, et porta son avant-garde dans les villages de Ludwigsvalden , Berchen et Gollan.

Le général Lestocq avait porté son quartier-général de Friedland à Allenberg, d'où passant par Wehlau il se porta dans les environs de Kônigsberg et couvrit la Pregel par des détachemens. Quelques troupes prussiennes furent aussi placées du côté de Brandenburg , pour éclairer la droite de l'armée.

L'empereur Napoléon, certain de l'état

désastreux où il avait réduit l'ennemi, crut cette circonstance favorable pour faire des propositions de paix ; le général Bertrand fut chargé de les porter au roi de Prusse à Memel où. la cour s'était retirée. Benningsen dépêcha à Pétershourg le prince Bagration, pour en informer l'empereur Alexandre, et lui rendre compte de là situation des affaires. Il régnait alors peu d'accord entre les généraux russes ; le général Knorring, plus ancien que Benningsen, avait été envoyé à l'armée peu de jours avant la bataille REylau, pour aider de ses conseils le général en chef et coopérer avec lui en qualité de chef d'état-major. Leur mésintelligence éclata sur le champ de bataille, où Knorring, comme nous l'avons fait observer, voulut à la fin de la journée s'opposer à la retraite que Benningsen jugeait indispensable pour sauver l'armée et couvrir le grand dépôt de Kônigsberg. Il est vraisemblable que le compte rendu par le prince Bagration détermina l'empereur Alexandre à se rendre à l'armée, pour en prendre le

DES EVENEIVU-IVS MILITAIRES. ty

commandement en personne, aussitôt que les nouveaux renforts qu'il y dirigeait de tous côtés y seraient arrivés. On ne pouvait opposer à l'empereur des Français un adversaire digne de lui parmi des généraux toujours responsables de leur conduite; il était raisonnable de ne pas lui laisser du moins {'immense avantage de la force et de l'unité du commandement réunies à l'exercise de l'autorité souveraine.

Poursuivant constamment l'exécution du grand plan de guerre qu'il avait conçu, Napoléon ne veut recueillir d'autre fruit de sa victoire que l'avantage de pouvoir reprendre des quartiers d'hiver, pour y continuer en sécurité la restauration de son armée, pour donner le temps de réduire les places qui doivent affermir sa base et le mettre en mesure d'entreprendre, à l'ouverture de la campagne, des opérations plus décisives. Dès le lendemain de la bataille, pendant qu'il semble n'être occupé que des premiers résultats de ce grand événement et des secours à porter à cette multitude

de blessés français et russes, on le voit donner les ordres les plus détaillés pour faire avancer à marches forcées tous les renforts qu'il pouvait tirer de ses derrières ; il rapproche les divisions de cavalerie du général Nansouty et du général Espagne qui n'avaient pas combattu à Ejlau ; ordonne au maréchal Lefebvre, qui rassemblait alors à Thorn le 10e corps d'armée destiné à faire le siège de Dantzick, de se rendre à Osterode pour y rester en réserve, et se lier avec le corps de l'aile droite sous les ordres du général Savary en observation sur la Narew. Il charge aussi le maréchal Lefebvre de veiller sur Elbing, et de renforcer les postes sur la Basse- Fistule. Il pressent que l'ennemi jettera de forts partis sur son flanc droit et sur ses derrières pour couper ses communications avec Varsovie.

La route de l'armée est changée et dirigée par la rive gauche du fleuve, encore incertain si les ressources de l'administration , et celles du pays entre la Passarge et la Vistule , suffiront pour faire vivre son armée

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dans des cantonnemens resserrés en présence de l'ennemi, il indique Posen comme place de dépôt et principal point d'appui. C'est dans ies ordres nombreux expédiés le même jour du quartier impérial à'Ejlau, c'est dans les instructions données aux maréchaux et à l'intendant -général Daru , qu'il faut étudier et admirer la promptitude et la sage prévoyance de ces dispositions.

Cependant Napoléon serra de près l'armée russe acculée à Kônigsberg. La cavalerie légère du grand-duc de Berg passa la Frischingj et la grosse cavalerie prit des cantonnemens sur la rive gauche de cette petite rivière. Le prince de Ponte-Corvo, parti de son camp de Strasbourg le 4 février, avait marché par Lobau et Osterode, et se trouvait le 8, jour de la bataille, à Reichertswald. Il y reçut l'ordre de poursuivre le corps prussien du général Lestocq , que l'empereur supposait entièrement séparé de l'armée russe et jeté sur le Frisch-Haff. Le prince de Ponte-Corvo apprit le 9, à Behlenhofy l'issue de la bataille; il arriva

5o précis

au quartier -général ftEylau le n; son corps d'armée ayant pris position à la gauche de la ligne, l'empereur le porta en avant dès le lendemain 12 , et le dirigea sur Kreutzburg. Le corps du maréchal Ney appuya à droite et se cantonna sur la route A^Eylau à Vittemberg, ses têtes de colonnes ne dépassant pas Mulhausen ; le corps du maréchal Soult continua d'occuper les villages A'Althojf, Schmoditten > et Lampasch sur le champ de bataille. Le maréchal Davout eut ordre de faire cantonner ses troupes sur la route à'Eylau kDomnau, et de pousser sa cavalerie légère sur Friedland. Le corps du maréchal Augereau, commandé en son absence par le général Compans, cantonna sur1 la route d'Eylau à Bartensteiriy et se trouva ainsi en seconde ligne du corps du maréchal Davout. La garde impériale resta dans la ville d'Eylau.

Le 11 février, le grand -duc de Berg se porta avec toute sa réserve de cavalerie sur Vittembergy pour observer l'ennemi de plus près, et le maréchal Ney eut ordre de le

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soutenir ; en même temps le prince de Ponte -Corvo établit ses avant -postes sur la route de Kreutzburg à Brandenburg.

L'empereur défendit à ses généraux d'engager aucune action sérieuse. Le prince de Ponte- Corvo fit occuper Mansfeld par la division du général Dupont; il y eut à ces avant -postes de fréquens engagemens. Le général Plotz, avec la partie du corps prussien qui couvrait la droite de la ligne russe, attaqua le moulin de Mansfeld, et fut repoussé; mais le 17e régiment de dragons, qui se portait sur ce point, s'étant égaré, donna dans une forte masse de cavalerie. Il fut très -maltraité, et perdit une centaine de dragons faits prisonniers.

L'empereur JNapoléon , décidé à prendre ses quartiers d'hiver sur la ligne de la Passarge, ordonna au général du génie Chasseloup de faire reconnaître le cours de cette rivière, depuis les lacs à'Allenstein jusqu'à la mer, et toute la Bas se- Fistule , depuis Marienwerder jusqu'à ses différentes embouchures. 11 donna aussi l'ordre de jeter un

5l PRÉCIS

pont à Marienwerder, et d'y construire une forte tête de pont. Il prescrivit à l'artillerie de hâter les préparatifs pour le siège de Uantzich.

Le général Benningsen sentit alors la nécessité de renforcer son aile gauche ; il ordonna au général Essen, commandant le corps d'observation russe sur la Narew, de faire un mouvement par sa droite pour se rapprocher de Villenberg. Napoléon , pour empêcher cette jonction , ordonna au général Savary de porter sur Killenberg une de ses deux divisions, au soutien du détachement que le maréchal Davont avait laissé sur ce point, sous les ordres du général Grandeau. Le général Oudinot , parti de Varsovie avec sa division de grenadiers, pour rejoindre le grand quartier-général, reçut Fordre de se diriger aussi sur Villenberg , et de manœuvrer de concert avec le général Savarj^. Par les mêmes motifs, le général Grouchy dut rallier sa division de dragons à Heilsberg y pour s'opposer aux incursions des cosaques qui s'étaient montrés à Villenberg^

et avaient pénétré sur le flanc droit et sur les derrières de l'armée.

Toutes les ressources que put fournir l'administration de l'armée française, et toutes celles qu'on put tirer du pays furent employées à l'évacuation des blessés, qui encombraient Eylau, Landsberg et Guttstadt. Ces évacuations furent dirigées par Osterode sur Thorn. Le général Dombrowski fut chargé d'augmenter, par tous les moyens possibles, la cavalerie polonaise, de la rassembler à Osterode > et de l'employer à escorter les convois et à maintenir la libre communication entre l'aile droite de l'armée et le corps d'observation du général Savary. Rien ne fut négligé pour assurer la retraite de ce corps, dans le cas où l'ennemi tenterait de pénétrer avec des forces considérables sur le Bug, en-deçà de la Narew , et menacerait Varsovie, Les ouvrages de fortification commencés à Sieroch , à Modlin et à Praga, furent continués avec la plus grande activité.

Le maréchal Davout,'qui formait l'ex-

trême droite du gros de l'armée, reçut un renfort de cavalerie , et le prince de Ponte- Corvo, à la gauche, eut Tordre de pousser des reconnaissances jusque devant Kônigsbergy et d'enlever quelques autorités du pays pour avoir des nouvelles plus sûres de la situation de l'ennemi.

Après avoir pris toutes ces mesures, Napoléon fit expédier le 16 février les ordres pour reployer son armée , et la concentrer sur la ligne de la Passarge. Nous croyons devoir donner ici un extrait de cet ordre de mouvement, qui fut exécuté avec les plus grandes précautions, et de manière que les divers corps d'armée prirent successivement les positions qui leur étaient indiquées, et se trouvèrent toujours en mesure de former la ligne de bataille.

Ordre d'exécution.

« Aujourd'hui, 16, tous les avant-postes a resteront comme à l'ordinaire, de manière « que l'ennemi ne se doute d'aucun mouve- « ment. Aujourd'hui à midi, les cuirassiers

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« aux ordres du général Nansouty, et la bri- « gade du général Durosnel ,- se rendront à « Eylau; les cuirassiers du général Espagne «se rendront aujourd'hui, 16, à Lands- « berg, et se cantonneront entre cette ville a et Liebstadt.

ce La division de cuirassiers qui était com- « mandée par le général d'Hautpoult, et qui « a eu l'ordre de faire un mouvement cette « nuit pour quitter sa position , continuera a sa marche aujourd'hui sur Heilsberg, où « elle cantonnera le plus près possible de « cette ville, de manière à arriver demain , <ci 7, à Guttsladt, où, avec la division « Grouchy qui s'y trouve, cela formera un « corps de trois mille chevaux.

« Aujourd'hui 16, au jour, le 7e corps « d'armée, aux ordres du général Compans, « se mettra en marche pour arriver ce soir « à Heilsberg , mais deux bataillons seront « poussés aussi en avant que possible sur la v « route ft Heilsberg à Guttstadt. Le génère rai Compans enverra un officier au gé- « néral Grouchy qui est en avant avec ses

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« dragons sur Heilsberg et Gùttstadt, pour ce observer les raouvemens d'une colonne ce de cavalerie ennemie qui s'est portée sur « les derrières de l'armée. »

Mouvement du 17.

« Le prince de Ponte-Corvo se mettra en «marche demain 17, pour se rendre à « Wormditt; il couchera à Schlautienen ; il ce aura soin de faire partir une forte partie « de sa cavalerie , qui se retirera par la « route de Zinten sur Mehlsack; il reu commandera à l'officier commandant ce ce parti de bien éclairer la route, et de lui « rendre compte plusieurs fois par jour de ce ce qu'il apprendrait. Le maréchal Berce nadotte aura soin , lorsqu'il évacuera ce Schlautienen pour se rendre à Saalfeld, « d'envoyer un parti de cavalerie pour prence dre position à Onchen; et le commandant « aura ordre de rendre compte au maréchal ce Ney de ce qu'il aura appris. Demain 17., ce le quartier impérial partira ftEylau pour « se rendre à Landsberg ; la garde à pied

ce et la garde à cheval partiront à la pointe « du jour. Les caissons, l'artillerie, les «voitures de la garde, celles du quartierce général de la compagnie Breidt , ou autres, « partiront aujourd'hui à deux heures après ce midi, pour aller coucher à mi-chemin « à'Eylau à Landsberg, afin d'être le 17 a au-delà de cette ville.

ce Le corps du maréchal Soult partira « demain 17, à sept heures du matin, pour ce se rendre à Landsberg.

« Le corps du maréchal Ney , ayant sous ce ses ordres la cavalerie légère du général ce Lassalle et la brigade du général Guyot, ce ainsi que la division de dragons du géné- « rai Klein, formera l'arrière -garde, et « prendra position, demain 17, sur îe place teau iVEjlau, occupant la ville comme ce avant-garde , et faisant occuper tous les « débouchés qui y aboutissent par des posw tes de cavalerie; il aura soin de couvrir ce également par de la cavalerie la route ce à'Eylau à Landsberg.

ce M. le maréchal Davout, avec son corps

« d'armée, partira demain de Domnau pour « se rendre à Bartenstein; il aura soin de « tenir des postes de cavalerie sur les dif- « férentes directions des points occupés par « l'ennemi , et notamment sur la route (( ÏÏEylau à Kônigsberg.

(( La division de cuirassiers du général « Nansouty, suivie de la brigade de cava- <( lerie légère du général Durosnel , partira « d'Eylau, demain 17, pour cantonner à « une lieue de Landsberg , sur le chemin « cVEylau.

« La division Espagne, aussitôt son arri- « vée à Landsberg le 16 , enverra un of- « ficier au grand -duc de Berg, à Eylau , « pour recevoir les ordres de mouvement «du 17.»

.Mouvement du 18.

« Le quartier impérial se rendra le 18 « à Freymarkt; le corps d'arrière-garde du « maréchal Ney se portera le 18 à Lands- « berg, et prendra position de manière à « couvrir la ville.

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ce Le corps du maréchal Soult se rendra « le 18 à Frauendorff.

« Le corps de M. le maréchal Davout « se rendra à Heilsberg.

« Le corps de M. le maréchal Bernadotte « se rendra à Saalfeld. »

Mouvement du 19.

« Le quartier impérial sera le 19 à Lieb- « stadt.

ce Le corps du maréchal Soult prendra « ses cantonnemens dans les villages envice ronnant Liebstadt.

ce Le corps du maréchal Davout sera le ce 19 à Guttstadt.

ce Le corps du prince de Ponte -Corvo « sera à TVormditt.

ce La division, du général Nansouty sera w à Liebstadt,

ce Le maréchal Ney sera le 19 à Frey- « markt, où il séjournera; il y attendra « de nouveaux ordres.

ce Le 7e corps sera le 17 à Guttstadt avec ce la division de cuirassiers du général

(c d'Hautpoult et 3a division de dragons du «général Grouchy, où ils recevront de « nouveaux ordres suivant les circon- « stances.

« Quant à la division Espagne , elle encc verra tous les soirs un officier au grand ce duc de Berg, au quartier impérial, pour « recevoir des ordres.

«Toute l'armée, dans sa position du « 19, prendra séjour, et attendra de nou- « veaux ordres.

« Il est ordonné à tous les corps de mar- « cher dans le plus grand ordre, MM. les mace réchaux en sentiront assez l'importance. »

Le corps du maréchal Ney, comme on le voit par les dispositions ci-dessus, formait l'arrière -garde. Il fut renforcé de la cavalerie du générai Lassalle , de la brigade du général Guyot, et de la division de dragons du générai Klein.

Napoléon, après avoir refoulé l'armée des alliés jusqu'à leur dernière ligne de défense, presque à l'extrême frontière de la Prusse orientale, avait fait séjourner son armée

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pendant neuf jours sur Je champ de bataille, et dans les positions qu'ils avaient été forcés de lui abandonner. ïl avait donc surabondamment constaté sa victoire; le dépit des vaincus essaya cependant de la représenter comme douteuse, à cause <lu mouvement rétrograde des Français; mais c'était au contraire présenter aux généraux russes et prussiens un nouveau défi qu'ils se gardèrent d'accepter; c'était assurer le fruit de la victoire et atteindre son but, que de prendre la ligne de la Passarge à trois marches seulement en arrière des mauvaises positions, et du pays ravagé qu'on laissait à l'ennemi; c'était bien évidemment une base d'offensive, car les alliés devaient à tout prix tenter de forcer cette ligne, s'ils ne voulaient voir tomber incessamment au pouvoir du vainqueur la place de Dantzick et sa nombreuse garnison.

Avant de quitter son quartier -général ÏÏEylau, l'empereur annonça sa rentrée dans les quartiers d'hiver par la proclamation suivante :

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h Preussich-Eylau , le 16 février.

« Soldats ,

« Nous commencions à prendre un peu « de repos dans nos quartiers d'hiver, lors- « que l'ennemi a attaqué le premier corps « et s'est présenté sur la Basse-Vistule; nous « avons marché à lui; nous l'avons ^pour- « suivi l'épée dans les reins pendant l'espace « de quatre-vingts lieues : il s'est réfugié sous « les remparts de ses places et a repassé la « Pregel, Nous lui avons enlevé aux oom- « bats de Bergfried, de Deppen, de Hoff, à « la bataille à'Eylau, soixante pièces de ca- « non, seize drapeaux; tué, blessé ou pris <( prisonniers plus de quarante mille hom- « mes; les braves, qui de notre côté sont « restés sur le champ d'honneur, sont morts « d'une mort glorieuse : c'est la mort des « vrais soldats. Leurs familles auront des « droits constans à notre sollicitude et à « nos bienfaits.

« Ayant ainsi déjoué tous les projets de « l'ennemi, nous allons nous rapprocher de

« la Fistule , et rentrer dans nos canton- (( nemens. Qui osera en troubler le repos, « s'en repentira. Car au-delà de la Vistule « comme au-delà du Danube y au milieu « des frimas de l'hiver comme au com- « mencement de l'automne, nous serons toujours les soldats français, et les soldats « français de la Grande-Armée, d

Le 17 février le quartier- général fut porté à Landsberg, et ce même jour le maréchal Lefebvre reçut ordre de retourner à Thorn, d'y rallier l'infanterie polonaise et la division saxonne à celle du général Ménard, et d'entreprendre l'investissement de la place de Dantzick.

Le général Benningsen , qui était resté immobile dans sa position sous Kônigsberg, voyant sa droite menacée par le mouvement en avant du prince de Ponte-Corvo, avait renforcé son avant-garde, composée de trois forts détachemens sous les ordres des généraux Markow, Pohlen, et Lambert. Ce corps avait attaqué les têtes de colonnes du prince de Ponte-Corvo dans les villages de

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Mansfeld , PPermsdorff> et Lichienhagen* II avait obtenu quelques avantages, niais il avait été arrêté par la masse des forces qui lui étaient opposées, et n'avait pu éclairer le mouvement de retraite ordonné par Napoléon. Ce ne fut que le 19 février, après l'entière évacuation à'Ejlau et des autres positions qu'occupaient les divers corps de l'armée française , que le général Benningsen en eut connaissance. Prenant alors plus de confiance il fit entrer la plus grande partie de son armée dans la ville de Kônigsberg, pour lui donner du repos. Il fit bivouaquer seulement l'autre partie en avant de la porte de Friedland , où elle était journellement relevée. Il fit avancer le corps d'avantgarde jusqu'à Kreutzburg; il étendit les jours suivans ses divisions dans les environs de Kônigsberg, et porta à Ejlau les cosaques de l'hettmann Platow. L'on y trouva environ deux mille blessés grièvement et qui n'avaient pu être transportés; le plus grand nombre étaient des Russes. Le 21 février, le corps d'avant-garde russe

arriva à Landsberg , l'armée le suivit et le point de rassemblement fut indiqué à Allenb&rg.

Le général Benningsen se hâta d'occuper le pays que venait de quitter l'armée française. Il fit poursuivre vivement par les cosaques les dernières arrière -gardes, et pendant que le gros de son armée marchait sur une seule colonne par Ejlau et Landsberg, les Prussiens sur les deux ailes flanquaient la marche. Le général Plotz à la droite se porta sur Braunsberg et traversa la Passarge ; le général Lestocq à la gauche marcha par Friedland et Domnau sur Bartenstein.

Le s5 février, le général russe porta son quartier- général à Landsberg; il vit les champs de bataille iïEylau, de Grosglandau et de Hoff encore couverts de morts et de débris; et devant ces tristes témoignages d'une grande victoire qu'il avait vaillamment mais vainement disputée, il publia à son tour une proclamation par laquelle il prétendit sans doute justifier son premier

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rapport, comme si le changement de position de l'armée française et son mouvement rétrograde pour rentrer dans des quartiers d'hiver, pouvait être considéré comme une preuve que Napoléon eût perdu le champ de bataille qu'il n'avait quitté qu'après y avoir triomphé pendant onze jours ; comme s'il ne restait pas évident aux yeux des contemporains et de la postérité que le plan d'opération offensif de Benningsen avait complètement échoué. Voici cet infidèle témoignage :

« Soldats,

« Comme l'ennemi s'était flatté de nous « couper de nos frontières, ce dont j'avais a été informé par nos avant-postes, je fis « prendre à l'armée une position différente « afin de déjouer ses projets. Les Français k trompés par ce mouvement sont tombés « dansïe piège que je leur avais tendu. Les «chemins par lesquels ils nous ont suivis u sont jonchés de leurs cadavres. Ils ont été « attirés sur le champ de bataille iYEjlau»

DES ÉVÉ^ïEMFNS MILITAIRES. 67

w où votre incomparable valeur a surpassé « nies espérances, où vous avez montré tout « ce que peut l'héroïsme russe.

« Dans cette bataille, plus de trente mille « Français ont trouvé leur tombeau. Ils ont « été forcés de se retirer sur tous les points, « et de nous abandonner leurs blessés, leurs « drapeaux et leurs bagages.

« Je me suis vainement efforcé de les (( attirer sous les murs de Kônigsberg pour « y achever leur entière destruction. Seule- « ment douze régimens ont osé s'avancer, « ils ont été anéantis ou faits prisonniers. « Guerriers, vous vous êtes maintenant re- <( posés de vos fatigues; allons, poursuivons «les perturbateurs, couronnons nos hauls « faits, et après avoir, par de nouvelles victoires, donné la paix au monde, nous c< rentrerons dans notre chère patrie. Notre « monarque nous attend pour récompenser «votre incomparable valeur, et dans les « bras de nos femmes et de nos enfans nous i( nous consolerons de tous les malheurs qui « ont affligé notre chère patrie.

« Signé Benningsen. »

Le ton si décidément offensif de cette proclamation n'était , à proprement parler y qu'une ruse de guerre. Napoléon connaissait trop bien la véritable situation de l'armée russe -pour croire que Benningsen voulût courir la chance d'une seconde bataille. En effet, l'armée russe ne fit aucun mouvement jusqu'au ier¥ mars. L'avantgarde s'empara à' Heilsberg , où le général Benningsen porta son quartier-général ; il rallia à son aile gauche la division du général Sedmaratzki, restée jusqu'alors en réserve à Goniadz. Le général Tolstoy en prit le commandement, et la porta sur Bischopsburg.

L'armée française avait achevé son mouvement rétrograde pour rentrer dans ses quartiers d'hiver sur la ligne de la Passarge. Avant de faire connaître sa nouvelle position , et la manière dont les cantonnemens des divers corps furent distribués, nous devons parler de l'engagement qui eut lieu entre les deux corps d'observation sur la Narew , savoir : le corps russe commandé par le général Essen, et

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le corps français commandé par le général Savary. Napoléon en avait reçu la nouvelle le 18 février.

Le général Essen , qui venait d'être renforcé par une division détachée de l'armée de Moldavie, reçut l'ordre d'attaquer le corps français. Après avoir concentré ses forces ( à peu près vingt-deux mille hommes ) sur le point de Nowogorod, le général Essen manœuvra par sa droite en remontant la Rosoga, fit occuper Myszyniec par des troupes légères, et feignit de se porter sur le Haut- Omulew , pour tourner la gauche du général Savary, et couper, entre Myszyniec et Villenberg , la communication du corps d'observation français avec le gros de l'armée.

Quoique ce mouvement de flanc parût décidé, et que les bois épais qui bordent les rives de la Rosoga dérobassent aux éclaireurs français les marches et contremarches du général russe , il ne parvint point à tromper son adversaire : le général Savary avait fait occuper fortement la ville

à' Ostrolenka, pendant que le général Suchet arrivait le i5 février à la tête de sa belle division à Kadzillo, point central entre YOmulew et la Rosoga, à une égale distance de Mjszjniec et à1 Ostrolenka. Le général Essen marcha par les deux rives de la Narew sur Ostrolenka : la colonne qui marchait par la rive droite rencontra le i5 février l'avant-garde française, et l'attaqua vivement; mais celle-ci ayant été soutenue par la division du général Gazan , les Russes, attaqués à leur tour sur la route de Nowogorod , furent culbutés. La seconde colonne du général Essen , qui marchait par la rive gauche, se porta directement sur Ostrolenka; cette ville était gardée par une brigade de la division Gazan, sous les ordres du général Campana, et par une brigade de la division de grenadiers du général Oudinot, sous les ordres du général Ruffin. Nous avons dit plus haut que le général Oudinot avec sa réserve de grenadiers partie de Parsopie7 était en marche pour se rendre à l'armée en

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se dirigeant sur Villenberg; il avait ordre de s'y réunir au général Savary, dans le ras où le général Essen aurait fait un mouvement par sa droite pour rejoindre Farinée de Benningsen. Informé du mouvement offensif du général Essen sur Ostrolenka , le général des grenadiers avait pris sur lui de marcher au secours du corps d'observation, et ce renfort de braves contribua puissamment au succès de cette affaire. Le 16 février, une forte colonne d'infan!erie russe pénétra dans Ostrolenka, mais elle ne put s'y maintenir. Les généraux Campana et Ruffin, avec leurs deux brigades, défendirent les rues pied à pied, chargèrent par trois fois les Russes à la baïonnette, et les forcèrent enfin d'abandonner la ville et de se retirer sur les monticules de sable qui la couvrent sur la rive gauche.

Ce vigoureux combat, qui dura une partie de la matinée, donna le temps aux généraux Oudinot et Suchet de rassembler leurs divisions. Tout le corps du général Essen se trouvait en position lorsque le

7^ précis

général Savary arriva avec ses deux divisions et toute son artillerie. Il disposa ainsi ses troupes : la division des grenadiers d'Oudinot et la cavalerie du corps d'ar-. mée formèrent l'aile gauche; la division du général Suchet , le centre; la brigade du général Campana, de la division Gazan, la droite; la brigade du général Ruffin eu réserve; toute l'artillerie sur le front. Le général Savary fit marcher à l'ennemi dans cet ordre, en ligne de bataille, et tout à la fois; le général Oudinot chargea d'abord à la tête de la cavalerie et mit en fuite les cosaques; il attaqua ensuite avec ses grenadiers, et renversa du premier choc la droite de l'ennemi, l'action s'engagea sur toute la ligne : les Français gravissant les monticules, chargèrent et enfonce-, rent les bataillons russes; ceux-ci dépostés ne purent rétablir le combat, et se retirèrent en désordre. Leur arrière- garde fut vivement poursuivie jusqu'à plus de deux lieues A'Ostrolenka. Ils laissèrent sur le champ de bataille douze cents morts, un plus grand

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nombre de blessés, deux drapeaux et sept pièces de canon : le général Suwarow, fils du vainqueur de Novl, était au nombre des morts. La perte des Français fut beaucoup moindre, ils n'eurent guère plus de cent hommes tués et environ six cents blessés ; mais Je général de brigade Campana, l'un des officiers de ce grade les plus distingués, était au nombre des premiers. Le lendemain, 17 février, le général Savary fit continuer la poursuite par sa cavalerie, porta la division Suchet en avant sur la route de Nowogorod, et rallia le reste de ses troupes à Ostrolenka. Le général Oudinot reprit , avec son corps de grenadiers, fort d'environ neuf mille hommes, sa première direction sur Villenbergy où il devait flanquer la droite des cantonnemens de l'armée et couvrir ses communications. Si le général Essen avait battu et dispersé le corps d'observation français, il aurait opéré une diversion très-importante, car en passant la Narew et se portant sur Varsovie, il pouvait faire changer la position de l'armée

française , dont le flanc droit et les derrières se fussent trouvés entièrement à découvert. Aussi l'empereur Napoléon recommandait-il au général Savary de veiller attentivement sur les mouvemens de ce corps d'armée , de ne point se compromettre dans une action générale, et de ne pas perdre de vue que son but principal devait être, en couvrant Varsovie, de se lier avec la droite et le centre de l'armée. Il apprit avec une vive satisfaction l'issue de la bataille d* Ostrolenka , mais il prescrivit aussitôt au général Savary de ne pas pousser plus loin l'avantage qu'il avait obtenu sur le général Essen. Il lui suffisait que ce corps fût contenu, et que le général Oudinot, qui avait tant contribué à rendre cet avantage décisif, pût remplir promptement l'intervalle qui restait ouvert entre le corps du maréchal Davout et le corps d'observation sur la Narew. Cet intervalle n'avait été jusqu'alors occupé que par un détachement d'arrière-garde qu'avait laissé le maréchal Davout du côté de J^illenberg et &yOrtels-

burg, sous les ordres du général Grandeau.

L'un des plus heureux résultats du succès àyOstrolenka fut de pouvoir établir avec sûreté une nouvelle route de communication directe entre Varsovie et le quartier impérial. Il ne fut plus question de la communication longue et difficultueuse par la rive gauche de la Vistule. L'empereur jugea cependant nécessaire de renforcer le corps d'observation sur la Narew; il ordonna à son frère, le prince Jérôme, de détacher de l'armée de Silésie les deux divisions bavaroises, et de les diriger sur Varsovie; mais cette disposition ne fut point entièrement exécutée, parce que ce corps d'armée, déjà trop faible, n'aurait pu continuer la guerre de siège dont il était chargé. Une seule de ces divisions, celle du général de Wrède, sous les ordres supérieurs du prince royal de Bavière, marcha de Kalitsch sur Varsovie, et joignit plus tard le corps d'observation.

Enfin Napoléon après avoir fait établir entre Osterode3 Thorn et Posen, ses hôpitaux de premier et de second ordre, déter-

j6 PRECIS

mina de la manière suivante l'assiette des cantonnemens des quatre corps d'armée et de ses différentes réserves. On peut voir aux Pièces justificatives les détails intéressans de cette opération que nous ne rapportons ici que très-succinctement : elle fut combinée de telle sorte que les corps d'armée n'eussent au plus que deux marches à faire pour se réunir à Osterode, point de rassemblement général dans le cas où l'ennemi prendrait décidément l'offensive. Ces corps d'armée furent placés sur des lignes presque parallèles, ayant chacun en tête de ses cantonnemens ses troupes légères.

La gauche de la ligne générale se trouvait ainsi appuyée au Frisch-Hajf ; la ligne suivait en remontant le cours de la Passarge ; le centre couvrait les débouchés sur Osterode, et la droite était en avant entre la Passarge et Y Aile.

Le corps du prince de Ponte-Corvo , aile gauche, devait occuper Braunsberg. Ses cantonnemens étaient couverts et gardés par une chaîne de postes de cavalerie et

DES ÉV^NEMENS MILITAIRES. nn

d'infanterie le long de la Passarge^ depuis son embouchure jusqu'au village de Spanden.

Le corps du maréchal Soult occupait Wormditt, Liebstadt> Mohrungen et Liebmhùl; son avant-garde était à TiTormditt, son quartier-général à Mohrungen ,• il faisait garder la ligne de la Passarge, depuis le village de Spanden jusqu'à Deppen. Il avait un fort détachement à Elditten pour maintenir ses communications avec Guttstadt.

Le corps du maréchal Ney occupait Hohenstein et Gilgenburg; son avant -garde s'étendait au loin sur la droite, et poussait des reconnaissances sur Passenheim et sur Villenberg. L'empereur prescrivit de nouveau aux commandans de ces quatre corps d'armée de n'engager aucune affaire sérieuse; d'augmenter ou de diminuer la force de leurs avant-gardes et les détachemens en observation suivant les circonstances; et dans le cas où l'ennemi se présenterait en force, de réunir de leur propre mouvement, sans attendre des ordres, leurs corps d'ar-

mée sur leur réserve aux points de rassemblement indiqués.

Quant à la cavalerie de la réserve du grand-duc de Berg, elle fut par une disposition particulière répartie sur la ligne.- Savoir, une division de dragons détachée au corps du prince de Ponte-Corvo, une autre au corps du maréchal Ney, une troisième au corps du maréchal Davout, une quatrième à Elbing. La cavalerie légère du général Durosnel fut cantonnée à Elbing; celle du général Lassalie à Neidenburg; les trois divisions de cuirassiers à Riesenburg, Freistadt, Bischopswerder, Neudorff, Craisin et Strasbourg ; de manière que ces divisions pouvaient se réunir en deux marches sur le point iïOsterode.

La garde impériale et le corps de grenadiers du général Oudinot occupèrent Osterode, Lôbau, Rosenthal et Neumarck.

Le parc mobile de l'armée fut placé à Strasbourg, et les dépôts de l'artillerie à Thorn. On assigna aux corps d'armée les Hifférens bailliages où ils devaient faire leurs

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réquisitions, pour la subsistance des troupes dans tout le pays compris entre la Vistule et la Passarge»

Pendant que les divers corps de la Grande- Armée achevaient leurs mouvemens pour exécuter ces dispositions générales, Napoléon, de son quartier impérial de Liebstadt, réglait divers objets importons; il ordonnait au général du génie Chasseloup de faire démolir les places de Silésie , à l'exception de celle de Glogaw. Il faisait armer Varsovie sur la rive gauche, afin de pouvoir battre à revers le pont et la tête de pont de Praga. Il prescrivait aussi d'augmenter l'armement de la place de Thorn , et d'y faire monter soixante pièces de canon. Il pressait les travaux de Marienwerder et de Marienburg; il donnait au général Savary de nouvelles instructions sur les mouvemens qu'il devait faire, et les positions qu'il devait prendre dans les diverses suppositions des entreprises que pourrait faire l'ennemi sur la ligne de VOmulew et de la Narew. Il transférait à Thorn le quartier-général administratif, et faisait évacuer Varsovie;

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ainsi sa nouvelle ligne d'opérations éiaît déterminée sur Posen et Thorn. C'est dans la correspondance du major-général que doivent étudier ces diverses dispositions ceux qui savent recueillir d'utiles leçons dans les vrais documens de l'histoire.

A cette même époque le maréchal Masséna étant arrivé à Thorn, l'empereur rappela près de lui le général Savary, et donna au maréchal le commandement du corps d'observation. Le maréchal Masséna reçut les mêmes instructions qui avaient été données au générai Savary.

Le général Benningsen se flattait encore que le mouvement de retraite de l'armée française allait se continuer, et que Napoléon se reploierait jusqu'au-delà de la Vistule. Ses avant-gardes étant poussées avec beaucoup de vivacité, l'empereur ordonna au maréchal Ney et au prince de Ponte -Corvo de refouler les cosaques qui pénétraient entre les têtes de colonnes, de faire soutenir les avant-gardes de cavalerie par de forts détachemens d'infanterie, et de ne s'arrêter que dans le cas où l'ennemi montrerait des

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corps entiers, et des forces supérieures. C'était surtout sur la Basse- Passarge que Benningsen faisait le plus d'efforts, afin de tourner et d'enlever l'appui de l'aile gauche de l'armée française. Le général Lestocq avait repris le commandement du corps prussien, et, comme nous l'avons dit, il avait passé cette rivière à Braunsberg. Sun avantgarde s'était avancée sur la rive gauche près de l'embouchure jusqu'à Tiedmansdorff^ et poussait des partis sur Mulhausen. Ce corps paraissait vouloir se maintenir dans cette position, et se diriger sur Elbing pour se mettre en communication avec la place de Danizick. Le prince de Ponte-Corvo, qui, d'après les dispositions générales, devait occuper Braunsberg , ordonna au général Dupont, le 26 février, de se porter sur cette ville et de rejeter le corps du général Lestocq au-delà de la Passarge. Outre sa division d'infanterie, le général Dupont avait à ses ordres trois régimens de cavalerie commandés par le général Lahoussaye , et une

brigade de dragons commandée par le gé- 18. 6

néral Margaron; celle-ci fut placée en réserve à Tiedmansdorff , et le 5ie de ligne avec deux pièces de canon à Mulhausen, afin de soutenir l'attaque.

A mesure que le général Dupont s'avançait sur l'ennemi , celui-ci se reployait sur Braunsberg, et prenait position près de Stangen dorff.

Le général Lestocq avait t sous ses ordres environ sept mille Prussiens et cinq mille Russes.

Le général Dupont forma deux colonnes; celle de droite, composée du 9e d'infanterie légère et du 5e de chasseurs , dirigée par le général Labruyère, passa la Passarge et déboucha par Petelkau ; celle de gauche, composée des trois régimens d'infanterie, 24% 3ae et 56% et de deux régimens de hussards, était conduite par le général Dupont; elle suivit la route de Mulhausen à Braunsberg.

Le général Lestocq appuyait sa gauche au village de Zagern; sa ligne était formée entre la route de Frauenburg et la ville de

Braunsberg, en arrière de Stangendorff.

Le général Labruyère, avec la colonne de droite, attaqua la gauche des alliés, et enleva le village de Zagern. L'ennemi, après une vive fusillade, se retira derrière un ravin entre ce village et Braunsberg. Pendant ce temps, le général Dupont avait débouché du bois, et attaquait la position de Stangendorff, d'où l'ennemi fut d'abord chassé par le 96e régiment ; il allait y rentrer lorsque le 24% qui était en seconde ligne , suivit le mouvement de la première et arriva promptement à son appui ; la brigade de hussards manœuvrant* dans les intervalles et sur les ailes, soutint l'infanterie. Quoique la position de l'ennemi, en arrière de Stangendorff, fût très -avantageuse, le général Dupont l'aborda et le culbuta. Cependant le général Lestocq forma de nouveau sa ligne sur les hauteurs en avant de la ville, et parut résolu à la défendre. Le combat recommença dans Braunsberg; mais îe général Lestocq fut contraint d'évacuer la ville et de repasser la rivière. Il perdit une

partie de son artillerie et beaucoup de prisonniers. Le général Dupont fit poursuivre l'arrière-garde au-delà du faubourg de Neustadt. Quinze cents prisonniers russes ou prussiens, un drapeau et une pièce de canon restèrent entre les mains des Français. Le lendemain 27, le général Dupont repassa la Passarge , brûla le pont, et s'établit à Braunsberg , Frauenburg et Toïkmitt.

La prise de Braunsberg , qui fit beaucoup d'honneur au général Dupont, et dans laquelle les généraux Labruyère, Barois, ainsi que le colonel Gérard, se distinguèrent particulièrement, assura la gauche de l'armée française et sa position sur la Passarge. Cette rivière ne pouvait être considérée comme une ligne de défense; elle coule dans un ravin escarpé et presque entièrement boisé jusqu'à deux lieues au-dessus de Braunsberg , le vallon s'élargit ensuite et devient très-marécageux; quelques jours de sécheresse ou de gelée rendent la Passarge guéable presque partout; elle a d'ailleurs des gués praticables presque en tous

des éVjînemens militaires. 85

temps, excepté pendant la fonte des neiges. On voit que cette ligne ne présentait aucun obstacle dans le cas où l'ennemi aurait voulu prendre sérieusement l'offensive, et qu'elle ne pouvait être défendue qu'autant que les troupes seraient établies de manière à pouvoir être promptement réunies sur les points menacés.

Le prince de Ponte-Corvo fit entrer ses troupes en cantonnement; il fit jeter quelques bataillons sur la rive droite , fit brûler les ponts , et ne conserva que ceux de Spanden et de Braunsberg , où l'on construisit des têtes de pont. Le faubourg de Neustadt, sur la rive droite , fut retranché, et l'ennemi dut renoncer à rien entreprendre de sérieux dans cette partie. Il continua cependant à faire diverses démonstrations sur la rive droite de la Passarge , il renforça son aile gauche , et mit le maréchal Ney dans l'impossibilité de maintenir son avant-garde à Guttstadt.

L'empereur avait porté son quartier-général de hiebstadt à Osterode : ses quartiers

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d'hiver étant définitivement assis, et toutes les avant-gardes placées de manière que l'ennemi ne pût les surprendre et pénétrer en force entre les cantonnerai ens. Avant que l'armée rie fût rassemblée sur le point central , Napoléon s'occupa sérieusement du siège de DantzicJc > et ajourna toute opération offensive.

Dans leurs positions respectives, les deux armées , à peu près d'égale force et également fatiguées , n'étaient occupées que de se réparer; chacun des deux partis attendait des renforts pour ouvrir avec avantage la campagne suivante. Le général Benningsen paraissait contenir l'armée française, et se vantait de l'avoir réduite à la défensive; cependant il n'eût osé risquer d'engager une action générale, et il ne fallait pas moins qu'une victoire pour forcer Napoléon à repasser la Vistule , et à renoncer à la conquête de Dantzich. Bien loin de se borner à une observation entièrement en équilibre avec celle de l'ennemi, Napoléon n'avait pas cessé d'agir offensivement; son aile droite avait battu

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le corps du général Essen à Ostrolenka; un autre corps en arrière de sa gauche investissait Dantzick, tandis qu'il avait sous sa main quatre corps d'armée et ses réserves concentrées sur Ja Passarge , et qu'il pouvait, en quelques heures, former sa ligne de bataille sur le plateau à'Osterode. La ligne des alliés n'avait ni d'aussi bons appuis, ni une aussi belle position centrale : ils occupaient une partie de la Prusse orientale, déjà ruinée par le passage des armées pendant les mois de janvier et de février ; et si leur nombreuse cavalerie légère leur donnait quelque avantage pour inquiéter les avant -gardes françaises, elle achevait aussi de consommer les ressources du pays. Les Français, au contraire, avaient derrière eux la Passarge et les bouches de la Fistule, un pays abondant et qui n'avait point été épuisé. Le général Benningsen ne pouvant forcer la gauche de l'armée française, fortement appuyée au Frisch-Haff, continua de menacer le centre, il montra des têtes de colonnes sur la rive droite de la Passarge , fit canon-

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ner les avant-postes, et chercha à pénétrer dans les cantonnemens. Ces diverses attaques furent constamment repoussées; il y eut quelques engagemens assez vifs , dans l'un desquels le général Ligier-Belair, commandant une brigade du maréchal Ney, mit en déroute un fort détachement russe qui avait passé Y A lie entre Heilsberg et Guttstadt, fit prisonnier le général qui le commandait avec quelques centaines de soldats.

Ces démonstrations de l'ennemi couvraient un mouvement plus sérieux dirigé sur la droite de la position générale des Français, entre Y Aile et la Haute-Passarge : c'était la partie la plus faible de la ligne des cantonnemens. Le maréchal Ney avait ordre de tenir, autant qu'il lui serait possible, le poste important de Guttstadt, qui formait la tête des cantonnemens et éloignait l'ennemi de la Haute-Passarge. Benningsen dirigea sur ce point de fortes masses , et força le maréchal à l'évacuer; mais l'empereur Napoléon, pour empêcher l'ennemi de l'observer de

DES ÉVËNEMENS MILITAIRES. 8g

près, et d'opérer contre son aile droite, reprit tout à coup l'offensive par une disposition générale. Il ordonna au prince de Ponte- Corvo de se porter au carnp de Spanden de manière que l'ennemi ne s'aperçût pas de son mouvement, et d'y réunir tout ce qu'il pourrait avoir de cavalerie. Le maréchal Soult reçut ordre de rassembler ses trois divisions à Liebstadt Le maréchal Ney fit toutes ses dispositions préparatoires pour attaquer Guttstadt. Le maréchal Davout resta en réserve avec deux de ses divisions à 31ohrungen , et la division du général Morand releva à Allenstein les troupes du corps du maréchal Ney qui s'y trouvaient sous les ordres du général Belair, afin que celui-ci pût rejoindre le corps du maréchal Ney. Le but de ce mouvement général était la reprise de Guttstadt.

Le 3 mars, à la pointe du jour le prince de Ponte-Corvo se dirigea de Spanden sur Mohlsack , et fit replier tous les avant-postes ennemis. Le maréchal Soult présenta des têtes de colonnes sur les quatre ponts de

Spanden, Spartinen, Alhen et Pitthenen. Il déboucha principalement par Aïken , et se dirigea sur Wormditt. Celle de ses colonnes qui déboucha par Spartinen marcha sur Schwedt, et renversa tout ce qui se présenta devant elle sur les routes de WolfersdorffçX à'Olsdorff. Le maréchal Ney attaqua Guttstadt avec la plus grande vivacité, il culbuta une avant-garde ennemie, la poursuivit et fit un assez grand nombre de prisonniers. Les Russes évacuèrent Guttstadty en abandonnant les magasins qu'ils y avaient déjà formés. L'objet de l'opération étant ainsi rempli, et l'ennemi s'étant reployé de tous côtés, les maréchaux, conformément aux instructions qui leur avaient été données, ramenèrent le lendemain leurs corps d'armée dans leurs cantonnemens sur la rive gauche de la Passarge, et laissèrent seulement des avant -gardes sur la rive droite pour donner le temps d'évacuer les prises qu'on avait pu faire. Les Russes perdirent dans cette journée , un millier d'hommes, tués, blessés, ou faits prisonniers; il&

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retirèrent promptement l'artillerie qu'ils avaient portée jusqu'à la rive gauche de la Passarge, vis-à-vis les ponts et les gués. Le général Benningsen , qui avait pu craindre que Napoléon ne se portât en force sur Kônigsbergy fut rassuré en voyant les masses françaises repasser la rivière et rentrer dans leurs quartiers d'hiver. Il reporta de nouveau en avant ses troupes légères; mais il se borna à faire observer les avant-postes de l'armée française.

Il y eut encore quelques engagemens partiels pendant le mois de mars. L'avant-garde de la gauche de l'armée russe s'étant avancée du côté de Vïllenberg, le grand-duc de Berg en chassa les cosaques, les poursuivit, et nettoya toute la rive droite de Y Aile jusqu'au-dessous de Guttstadt.

Le maréchal Masséna avait aussi reçu l'ordre de se porter du côté de Gilgenburg, dans le cas où le mouvement de l'aile gauche de l'armée russe aurait été plus sérieux. Il garda ses positions sur YOmulew et sur la Narew.

Le repos également nécessaire aux deux arme'es ne fut plus troublé; le grand intervalle entre la droite de l'armée française et le corps d'observation était rempli par des corps mobiles, et particulièrement par la division polonaise du général Zayonscheck nouvellement formée , et cantonnée à Neidenburg.

Nous n'entrerons pas ici dans de plus grands détails sur les petits combats entre les avant-gardes des deux armées. Nos lecteurs les trouveront dans la correspondance du major- général avec les commandans des corps d'armée, ainsi que le détail des affaires d'avant- postes; ils remarqueront à la fois la vigilance continuelle de Napoléon, et la fixité de ses dispositions générales. Pendant que ses corps d'armée réparaient leurs perles et recevaient des renforts, il pressait l'investissement et le siège de la place de Dantzick. Dès le lendemain de la reprise de Guttstadt, le 4 mars, il écrivit au maréchal Lefebvre qu'aussitôt qu'il aurait rallié son corps d'armée ( 10e corps) dont la force devait être de

dix-huit mille hommes, il devait rejeter dans la place les gros détachemens qui en étaient sortis et s'étaient avancés jusqu'à Dirschauy et s'attacher surtout à couper la communication de Dantzick avec Kônigsberg , en s'emparant du Frisch-Nehrung > langue de terre qui s'étend jusqu'à Pillau entre la Baltique et le Frisch-Haff. Nous comprendrons ces opérations préparatoires dans la relation complète de ce grand siège, qui fut le principal événement de la campagne d'hiver; mais pour ne pas interrompre cette relation, nous nous hâtons de rendre un compte succinct des opérations des corps d'armée du prince Jérôme en Silésie, et du maréchal Mortier en Poméranie.

L'impuissance dans laquelle se trouvait le général Benningsen de forcer la barrière que lui opposait Napoléon , était assez prouvée par l'intérêt qu'il aurait eu à dégager la place de Dantzich; mais il n'était pas moins important pour les alliés , de soutenir les diversions qu'opéraient en Silésie et en Poméranie le reste des garnisons prussiennes

et le corps suédois. Dans l'une et l'autre de ces provinces, les places fortes retenaient deux corps d'armée , dont Napoléon ne pouvait disposer qu'après leur reddition. En Silésie, le général Vandamme, avec la division wurtembergeoise et quelques bataillons bavarois, avait investi Brieg vers la fin de janvier. Cette place, très-forte par sa situation et par le grand développement de ses fortifications, avait soutenu, en 1761 et 1762, des sièges mémorables. Elle fut un grand obstacle pendant ces deux campagnes; alternativement défendue par les Autrichiens et par les Prussiens , elle fut prise par les premiers qui s'en emparèrent par surprise et par un vigoureux coup de main que seconda l'attaque intérieure faite par cinq cents prisonniers. Le roi de Prusse la reprit l'année suivante , 1 762 , après avoir battu le maréchal Daun. La place tint pendant deux mois de tranchée ouverte, elle soutint plusieurs assauts. L'exemple du brave gouverneur Guasco ne fut point imité cette fois. Le général Vandamme, plus heureux que Fré-

DES ÉVÉNEMENTS MILITAIRES. g5

déric, réduisit cette place en neuf jours de tranchée. La capitulation fut signée le 8 février, et la garnison défila le 16 devant le prince Jérôme. On trouva dans la place deux cent cinquante bouches à feu , plus de quatre cents milliers de poudre et des magasins considérables, des munitions et des subsistances.

Le prince d'Anhalt-Pleiss , qui s'était retiré sous Gîatz avec ce qui lui restait de troupes , fut de nouveau attaqué , battu et rejeté dans cette place par la cavalerie bavaroise commandée par le général Lefebvre Desnouettes; celui-ci, soutenu par quelques bataillons d'infanterie , marcha de front sur les retranchemens qu'occupait le prince d'Anhalt à Warta, pendant que le colonel Rewbel tournait cette position avec l'infanterie; les Prussiens furent défaits et ne purent se rallier.

Le prince Jérôme, faisant en même temps assiéger Kosel et Neiss, se bornait à faire observer la garnison de Glatz par la cavalerie du général Lefebvre Desnouettes. Le

gouverneur proposa de rendre sa place à condition que la garnison aurait la liberté de se retirer avec armes et bagages; mais cette condition étant refusée, la négociation fut rompue. Cette petite place fut étroitement cernée, et le prince français porta toute son attention et ses moyens de siège sur la place de Neiss.

La guerre de siège que le prince Jérôme était chargé de faire en Silésie, et que le général Vandamme conduisait avec autant d'ardeur que de talent, aurait exigé l'emploi d'un corps d'armée beaucoup plus nombreux que celui dont le commandement lui avait été confié. Quoique Napoléon mît beaucoup d'importance à la reddition successive de toutes ces places, la facilité avec laquelle on avait conquis Magdebourg , Kustrin y Stettin et Glogaw , lui avait fait espérer que les gouverneurs des forteresses de la Silésie imiteraient le honteux exemple de ceux qui avaient si mal défendu les places de VElbe et de YOder; mais ceux des forteresses de la Silésie se conduisirent avec beau-

DES ÉVÉNEMENTS MILITAIRES. gn

coup plus de dévoûment et de vigueur. Les proclamations menaçantes du roi les continrent dans leur devoir; toutefois ces garnisons isolées ne pouvaient se soutenir mutuellement qu'autant qu'un corps d'observation assez fort aurait habilement manœuvré entre elles, et forcé le prince Jérôme à tenir la campagne. Le petit oorps du prince d'Anhaït, malgré l'activité de ce général et les renforts de levées de paysans, ne pouvait remplir cet objet; mais la tâche du général Vandamme n'était pas pour.cela moins difficile : c'était beaucoup que d'avoir pu, avec douze à quinze mille hommes de troupes auxiliaires et un matériel peu considérable, réduire les places de Glogaw ^ Breslau , Shweidnitz y Brieg, Kosel} celles de Glatz et de Neiss beaucoup plus fortes, mieux pourvues, et ayant des garnisons de cinq à six mille hommes, présentaient de plus grands obstacles. L'empereur Napoléon, qui avait d'abord ordonné à son frère de détacher les deux divisions bavaroises pour venir, sous les ordres du prince royal, renfor- 18. H

cer le corps d'armée du maréchal Masséna^ sentit la nécessité de ne point trop affaiblir le corps d'armée de Silésie. Une seule division bavaroise, celle du général de Wrèdey marcha de Kalitsch sur Varsovie; la division Deroi resta sous les ordres du prince Jérôme.

La prise des forteresses de la Basse et Haute-Silésie, et la soumission de ces provinces, étaient d'une grande importance pour le succès des opérations en Pologne : Napoléon, quisut mieux qu'aucun autre conquérant nourrir la guerre par la guerre, et recueillir jusques aux moindres fruits de la victoire, exigeait que le produit des contributions frappées sur ce pays, le plus riche de toutes les possessions prussiennes par la fertilité du sol et l'état florissant de l'industrie, fût immédiatement versé au trésor de l'armée ; le général Vandamme envoyait par mois près de six millions. Il fit aussi des levées de chevaux, et expédia fréquemment des convois de munitions et d'effets d'habillement; mais le résultat le plus im-

portant de la conquête de la Silésie fut le désarmement des places fortes, qui fournit les moyens de former les équipages de siège nécessaires pour réduire Dantzick, d'armer les têtes de ponts sur la Fistule, et de renforcer les parcs de l'armée. Le général Bertrand, aide-de-camp de l'empereur, et l'un des meilleurs officiers de l'arme du génie, fut chargé spécialement de former ces équipages, d'organiser les convois, et de les diriger sur Dantzick.

A mesure que les places de la Silésie tombaient au pouvoir de Napoléon , l'ordre qu'il avait donné de les démanteler s'exécutait avec rigueur. Les habitans de cette province, les plus fidèles sujets de la monarchie prussienne, étaient consternés en voyant abattre les barrières dont le grand Frédéric avait couvert sa plus belle conquête. Un écrivain politique très-recommandable, M. de Montvéran , dans son Histoire critique de la situation de l'Angleterre en 1816, reproche à. l'empereur Napoléon d'avoir détruit cette frontière. Il

pense qu'indépendamment de circonstances passagères, la Prusse devait être considérée comme l'alliée naturelle de la France , et que c'était la plus forte barrière que les puissances occidentales de l'Europe pussent opposer à l'ambition de la Russie ; mais, en admettant la justesse de ces considérations générales, on doit reconnaître qu'elles ne pouvaient entrer dans le système de guerre de Napoléon. La conservation de ces places aurait distrait de la masse de l'armée française un grand nombre de troupes; leur situation était trop excentrique par rapport à la ligne d'opération, et elle pouvait lui fournir d'utiles appuis.

Pendant que le général Vandamme entreprenait le siège de Neiss, la plus forte place de la Haute-Silésie , avec un corps de six mille hommes, nombre à peine égal à celui de la garnison, le prince Jérôme, dont le quartier-général était établi à Munchenberg, faisait observer la garnison de Glatz par le général Lefebvre-Desnouettes. Le prince d'Anhalt, qui s'était jeté dans cette place

après son dernier échec et la dispersion de la masse des paysans, tenta encore un effort 5 il fut vigoureusement repoussé.

La ville de Neiss est située sur la rive droite de la rivière de ce nom. Une ville nouvellement bâtie par Frédéric 11 sur la rive gauche renferme la plus grande partie des magasins et des établissemens militaires. Les fortifications de Neiss consistaient en une première enceinte bas donnée , avec une fausse-braie et des cavaliers; ces ouvrages n'élaient point revêtus : une seconde enceinte formée par des contre-gardes et des demi-lunes unies entre elles par des flancs rentrans, avait son escarpe et sa contrescarpe revêtues. Ces deux enceintes étaient encore défendues par une enveloppe en terre avec un avant-fossé. Des écluses renfermées dans les fortifications servaient à inonder tous les terrains compris entre la Neiss et la petite rivière de Bilan jusqu'au pied des hauteurs. Les fossés et les avant-fossés étaient aussi inondés jusqu'à huit ou dix pieds de profondeur. Entre les fossés , détaché dans l'inondation ,

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se trouvait le fort Blockhausen, ou fort d'eau très-àvantageusemeht situé pour gêner les approches de ia place. La partie de la nouvelle ville située sur la rive gauche de la Neiss était défendue par un fort étoile revêtu d'escarpe et contrescarpe. Ce fort appelé le fort de Prusse, était lié à la rivière par une ligne continue flanquée de quelques redans; enfin une autre ligne bastionnée s'appuyant sur l'inondation et sur la Basse- Neiss, formait un bon camp retranché; le terrain mamelonné en avant du camp offrait beaucoup d'avantages pour les attaques; mais la prise du camp ne pouvait influer sur celle de la place.

Neiss fut entièrement bloquée le 24 février, et dans la nuit du ier au 1 mars, la première parallèle fut tracée sur le front de la porte de Neustadt. Les travaux ne furent poussés vivement que vers le 11 avril, lorsque la reddition de Schveidnitz permit de porter tous les efforts, tous les moyens contre la ville de Neiss. A cette époque le baron de Kleist, aide-de-camp du roi de

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Prusse, nouvellement nommé gouverneur de la Silésie, commandait à Gkitz; voyant que la place de Neiss n'était encore que faiblement attaquée, il tenta de la secourir et sortit de Glatz avec un corps d'environ quatre mille hommes, pour attaquer celui du général Lefebvre Desnouettes, en position à Franckenstein. Le général Kleist combina son attaque avec celle du fort détachement sorti de Silberberg;]es deux corps se portèrent sur la position de Franchenslein, et cherchèrent à la tourner par la droite. Le prince Jérôme partit de Munchenberg, arriva avec sa réserve lorsque le combat venait de s'engager; les Prussiens furent complètement battus et poursuivis jusque sous les murs de Glatz, après avoir laissé sur le champ de bataille, trois cents hommes tués, six cents prisonniers et trois pièces de canon. Quatre cents autres dispersés dans les bois furent enveloppés; cependant le siège de Neiss fut continué avec vigueur, une partie de la ville était déjà incendiée; mais le feu de la place et principalement

celui du fort d'eau, qui prenait d'écharpe les ouvrages des assiégeans, démontait leur artillerie, et prolongeait la défense. Les pièces qui arrivèrent de Schveidnitz , donnèrent au général Vandamme, des moyens de battre avec plus de succès les ouvrages extérieurs, et surtout le Blockhausen; il se détermina à livrer assaut à ce fort.

Cette audacieuse entreprise, conduite par le colonel Nauberoun, eut un plein succès; les troupes vurtembergeoises franchirent tous les obstacles de la Neiss et de la Bilan, : le feu de la mitraille et de la mousqueterie, la profondeur du fossé rempli d'eau qui ceignait le Hausen, ne l'es arrêtèrent point. Le fort fut emporté.

Le général Vandamme ayant fait raser le fort d'eau et incendier les moulins, les approches devinrent plus faciles; et l'arrivée de quelques renforts mit les assiégeans en état de bloquer plus strictement la place sur la Basse-Neiss : on commença à battre en brèche; le bombardement fut poussé avec plus de chaleur, le feu des assiégés devenait

DES EVENEMENS MILITAIRES. Io5

moins vif. Un de leurs magasins à poudre ayant sauté, causa beaucoup de désordre. Le général Vandarnme, informé que la garnison souffrait beaucoup par le manque de vivres, renouvela sa sommation au gouverneur; celui-ci demanda une entrevue, et la capitulation fut conclue aux mêmes conditions accordées aux places qui avaient déjà succombé. La garnison, encore forte de sept mille hommes, défila devant le prince Jérôme, et déposa ses armes sur le glacis, le i6juin 1807. La place de Neiss n'avait plus de vivres lorsque la capitulation fut signée; mais on y trouva trois cent vingt-huit bouches à feu et deux cent soixante milliers de poudre.

C'est pour ne pas revenir sur cet événement, que nous avons rapporté ici le précis du siège de Neiss. Peu de jours après sa reddition , le prince Jérôme fît investir Glatz. Le camp retranché ayant été attaqué et forcé , ce dernier boulevard de la Silésie capitula le 28 juin. Ainsi la guerre fut terminée dans cette province à la même époque qu'aux bords du Niémen.

La destruction de cette frontière de la nouvelle Prusse méridionale, qui avait coûté tant de combats au grand Frédéric , fut le coup le plus sensible porté à la puissance prussienne. Pendant que les deux places de Neiss et de Glatz tenaient encore, quoique sans espoir d'être secourues, celle de Colberg sur la Baltique, quoique bien moins considérable, causait plus d'embarras sur les derrières de l'armée française; sa garnison, qui pouvait être facilement renforcée et ravitaillée par mer, inquiétait les communications entre Stettin et la Bassefistule, et opérait seule une diversion assez importante. L'empereur Napoléon destina une division italienne , commandée par le général Teulié, à rejeter dans la place de Colberg les détachemens qui couraient la campagne, et s'avançaient jusque sur le Bas* Oder; l'avant-garde de cette division fut attaquée le 1 6 février à Stargard. Le général Bonfanti, qui n'avait avec lui que trois compagnies, repoussa vivement cette attaque. Le détachement prussien, composé

d'un bataillon \ de deux cents chevaux et de trois pièces d'artillerie, fut battu et forcé de se retirer. Le général Teuîîé marcha avec le gros de sa division, un régiment des fusiliers de la garde, une compagnie de gendarmes d'ordonnance à la poursuite de ce détachement; il le chassa de Makow, et le repoussa jusqu'à Neugardt. Les Prussiens avaient pris une bonne position , et construit une redoute au milieu d'un marais; cet obstacle n'arrêta point la colonne du général Teulié; les fusiliers de la garde emportèrent la redoute ; les Prussiens abandonnèrent la petite ville de Neugardt, et furent chargés par les gendarmes d'ordonnance. Us perdirent leurs canons, après avoir laissé sur le champ de bataille une centaine de morts, et plus de deux cents prisonniers. La place de Colberg fut investie, et l'empereur ordonna qu'on fît les apprêts du siège. Le maréchal Mortier, qui était alors devant Straïsundy reçut, comme nous l'avons dit dans un des chapitres précédens, Tordre de se rendre devant Colberg , avec son état-major, la divi-

sion Dupas et la cavalerie du général Lorger pour prendre le commandement du siège de Colberg. Il partit le 29 mars, laissant seulement devant Stralsund la division du général Granjan, composée du 4e d'infanterie légère, le 58e de ligne, les 2e et 7e régimens de ligne hollandais, et le 2e de hussards.

Nous avons déjà indiqué ce mouvement du corps d'armée du maréchal Mortier, et fait connaître les motifs de l'interruption des travaux devant Stralsund; le maréchal ne pouvait les pousser plus vivement, parce qu'il n'avait pas une artillerie suffisante; il s'était borné à tenir cette forteresse étroitement bloquée. Il avait interrompu, ou du moins fort gêné, par des batteries élevées sur le rivage, la communication de la place avec l'île de Rugen. Au moment de son départ pour Colberg; le général Essen, gouverneur de Stralsund, reçut un renfort considérable. Informé du mouvement du maréchal, et que celui-ci avait déjà porlé son quartier-général à Grimm, il fit sortir une partie de sa garnison pour attaquer les trou»

des èVénemens militaires. 109

pes du général Granjan. Le général français concentra ses forces sur le point de Wogdhagen , et soutint pendant deux heures, avec la plus grande opiniâtreté, les efforts de l'ennemi, qui, voyant ses attaques de front inutiles, manoeuvra pour couper aux Français leur retraite sur Brandshagen. Le général Granjan , pressé par des forces supérieures, se retira sur Greissezwald. Les Suédois se portèrent sur Demmin, et le général Granjan continua sa marche sur Anclam y où il prit position. Il plaça un bataillon de grenadiers et un régiment d'infanterie hollandais à la tête du faubourg, pour couvrir le pont sur la Peene, mais il fut bientôt obligé de porter toute sa division a la rive droite de cette rivière, et de couper le pont. Les Suédois, qui avaient passé la Peene à Demmin^ vinrent attaquer la division française à Anclam le 3 avril; le combat fut très-vif et dura une grande partie de la nuit; les Français furent obligés de se retirer sur Ucfcermunde. Les Suédois, protégés par une flottille de prames et de

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chaloupes canonnières, firent plusieurs débarquemens sur la côte de la Poméranie prussienne, et particulièrement dans l'île de Tf^ollin y tandis que le gros de leur troupe, qui avait passé la Peene , continuait de se porter en avant. Ainsi tourné par sa droite et attaqué de front, le général Granjan, pour n'être point entièrement coupé de Stettin, se détermina à se retirer sur cette place, où il arriva le 7, et rallia sa division. Indépendamment de la perte peu considérable que cette division avait faite pendant cette retraite par le feu de l'ennemi, les Suédois avaient pris hGreissezwald et à Anclam environ mille Français ou Hollandais, malades ou blessés; ils avaient aussi enlevé quatre cents recrues hollandais et un détachement de conscrits français qui rejoignaient le corps d'armée.

Informé de ces événemens, le maréchal Mortier ordonna d'abord au général Granjan de porter sa division à Passevalck\ il partit lui-même de Colberg le 1 1 avril , avec son état- major et les généraux Dupas et

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Lorge, pour se rendre à Stettin. Il ramena avec lui le 72e de ligne, un bataillon (J'infanterie italienne, le 2 e de cuirassiers hollandais et deux escadrons du 3e de chasseurs; ces troupes arrivèrent à Stettin le i3 avril. Le même jour, le i5e de ligne, îa brigade de chasseurs à pied de Nassau, deux cents cuirassiers de divers régimens venant de Berlin, arrivèrent à Passepalck. Le maréchal Mortier ayant ainsi rassemblé sur ce point une force de douze à treize mille hommes , l'organisa de la manière suivante :

La ire division aux ordres du général de division Granjan :

i5e régiment d'infanterie de ligne;

72e idem;

2e idem y hollandais;

7e idem 9 idem;

8e idem, idem;

1" compagnie d'artillerie à cheval, idem.

La 2e division aux ordres du général de division Dupas :

4e régiment d'infanterie légère;

La brigade de chasseurs à pied de Nassau;

58e régiment d'infanterie de ligne;

2e bataillon du ier régiment d'infanterie de ligne italien;

2° compagnie d'artillerie à cheval hollandaise.

La division de cavalerie aux ordres du général de division de Lorge:

Deux escadrons du 5e régiment de chas-

seurs ;

Quatre-vingts hussards du 2e régiment;

Deux cents cuirassiers français ;

2e régiment de hussards hollandais;

2e régiment de cuirassiers hollandais;

ire compagnie du 6e régiment d'artillerie à cheval.

Quatre pièces de 8 formèrent la réserve d'artillerie.

Les Suédois , dont la force s'élevait à quinze mille hommes, voyant approcher les troupes françaises, et sachant que le maréchal Mortier, revenu sur ses pas, se disposait à les attaquer , ne poussèrent pas plus loin leur incursion dans la Poméranie prus-

DES EVÉNEMENS MILITAIRES. Il5

sienne; ils se hâtèrent de prendre position. Le général Essen appuya sa droite à Friedlandy son centre à Dargitz et Belling , et sa gauche à Stolzenburg et Falkenwald; il était ainsi en mesure de se retirer par Anclam et Demmin, et de repasser la Peene. Le maréchal se détermina à attaquer vivement le centre de l'ennemi, sans s'occuper de ce qui pouvait se passer sur ses derrières, ni des mouvemens qu'avaient faits les Suédois, protégés par leurs diverses embarcations, pour s'avancer du côté de Stettin, Il prit cependant la sage précaution de laisser à Passevalck un régiment provisoire qui venait d'y arriver. L'attaque commença à deux heures du matin et fut dirigée sur le village de Belling, d'où les Suédois furent dépostés : le maréchal les fit poursuivre jusqu'à Ferdinandshoffy où ils firent une vive résistance. Ce village fut cependant emporté à la baïonnette par le i5e régiment de ligne, qui fit une centaine de prisonniers et s'empara d'une pièce de canon. L'ennemi fut poursuivi jusqu'à Langdam, où cinq à six 18. 8

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mille Suédois étaient réunis avec cinq pièces de canon ; ils avaient coupé le pont sur la rivière de Zurow, qui est profonde et trèsencaissée. Leur infanterie, placée sur la lisière du bois, fit un feu des plus vifs. Plusieurs voltigeurs passèrent la rivière à la nage, afin de couvrir les sapeurs occupés à rétablir le pont. Aussitôt qu'il fut terminé, la colonne s'avança et culbuta tout ce qu'elle rencontra.

L'ennemi se retira jusqu'à Altcosenow , à l'embranchement des grandes routes d5 Anclam, Passevalck et Uchermunde , mit dix pièces d'artillerie en batterie , et tint ferme pendant près de deux heures; mais la cavalerie ayant pour la première fois trouvé un terrain propre à manœuvrer, l'ennemi craignit d'être coupé, et se retira sur Anclam, laissant cent cinquante morts sur le champ de bataille, parmi lesquels se trouva le commandant de l'artillerie. Le général Armefeld y fut blessé d'un coup de biscaïen.

La marche continua sur Anclam; l'ennemi remplissant la ville y fut chargé par

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les guides de M. le maréchal, et forcé de repasser la Peene, abandonnant ses blessés et beaucoup de prisonniers.

Le temps était affreux, il ne cessa pas de pleuvoir et de grêler toute la journée. L'action, qui avait commencé à deux heures du mâtin, ne finit qu'à neuf heures du soir.

Le 17 à la pointe du jour, la brigade du général Veaux fut détachée à' Altcosenow sur Uckermunde. Les Suédois y étaient au nombre de quatre à cinq mille hommes; ils opposèrent une forte résistance tandis qu'ils embarquaient leurs blessés et leurs bagages. Le général Veaux, après avoir fait rétablir un pont, chargea dans la ville, fit quatre cents prisonniers , parmi lesquels un major et dix-sept officiers; il prit deux pièces de canon.

Un parti de cavalerie dirigé sur la route de Demmin, sous les ordres du chef d'escadron Coyel, fit quarante prisonniers, et prit deux pièces de canon.

Outre six pièces de canon, on prit aux Suédois, dans ces deux journées, mille cin-

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quante-deux prisonniers, et beaucoup de bâtimens chargés de grain.

La perte des Français fut peu considéra ble, l'ennemi n'ayant tenu dans ses positions successives que pour se donner le temps de repasser la Peene. Le général Essen fut surpris et déconcerté par la promptitude du rassemblement des troupes françaises, la célérité de leur marche et la vigueur des attaques.

Le maréchal Mortier avait reçu, en même temps que l'ordre de se porter de sa personne à Stettin, l'autorisation de lever le blocus de Stralsund, et de proposer au général Essen de conclure un armistice. Napoléon avait été informé que le roi de Suède était très-mécontent du retard que les Anglais mettaient à payer le subside dont ils étaient convenus, et bien plus encore de ce qu'ils n'avaient point envoyé un corps de troupes dont le roi de Suède devait prendre le commandement , pour opérer une forte diversion dans la Poméranie prussienne. De premières ouvertures avaient été faites

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précédemment, mais le général Essen avait cru devoir profiter de l'affaiblissement du corps qui bloquait la place de Stralsund ; il voulut donc exécuter seul cette incursion qui pouvait découvrir Berlin, et couper les principales communications sur les derrières de l'armée française. Le succès obtenu par le maréchal Mortier, et la crainte qu'il ne poursuivît ses avantages au-delà de la Peene, disposèrent le général Essen à profiter de cette circonstance. Certain de l'assentiment du roi, il envoya, le 18 avril, un parlementaire au quartier-général du maréchal Mortier, en lui faisant connaître qu'il était autorisé à conclure un armistice. Une suspension d'armes fut immédiatement arrêtée. L'entrevue des deux généraux eut lieu à Schulskow, où l'armistice fut signé aux conditions suivantes, savoir : Que les troupes suédoises remettraient dès le lendemain les îles tfUzedom et de Wollin aux garnisons françaises* que la ligne de la Peene et de la Trebel servirait de démarcation entre les deux armées; que les Français con-

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serreraient un poste au-delà de la Peene et derrière la barrière RAnclam; que pendant l'armistice les Suédois ne fourniraient ni directement ni indirectement aucun secours, de quelque nature que ce fût , aux villes de Colberg et Dantzich , non plus qu'aux troupes d'aucune puissance en guerre avec la France ou avec ses alliés; enfin qu'aucun débarquement de troupes dont les puissances seraient en guerre avec la France ne pourrait s'effectuer à Stralsund, dans la Poméranie suédoise et dans l'île de Rugen, pendant la durée de l'armistice. Et si des troupes débarquaient à Stralsund d'après des ordres supérieurs, ce que le baron d'Essen ignorait, il s'engageait à empêcher de la part de ces troupes tout acte hostile envers les Français pendant la durée de l'armistice. Les hostilités ne pouvaient recommencer qu'en se prévenant dix jours d'avance.

Le maréchal Mortier, qui reçut encore un renfort composé du 3e régiment de ligne et de trois cents dragons et chasseurs , fit en-

trer son corps d'armée en cantonnemens. Il plaça son infanterie entre Passevalck et Stettin, occupa les îles à'Uzedom et de Woh lin, et répandit sa cavalerie dans le Mecklembourg-Strelitz.

Après avoir fait ces dispositions, le maréchal Mortier porta son quartier-général à Stettin. Peu de jours après, le 29 avril, de nouveaux pourparlers avec le général Essen amenèrent la conclusion d'un article additionnel par lequel les hostilités entre les troupes françaises et les troupes suédoises ne devaient recommencer qu'après s'être prévenus un mois d'avance, au lieu de dix jours, comme il avait été stipulé par l'armistice du 18.

Ces événemens donnèrent à l'empereur Napoléon la facilité de disposer d'une partie des troupes qui se trouvaient rassemblées sous les ordres du maréchal Mortier, et dont la présence n'était plus nécessaire en Poméranie. La plupart des troupes qui formaient la division Granjan reçut l'ordre de se diriger sur Thorn, Marienwerder et Dantzick,

Le maréchal ne conserva sur le Bas-Oder qu'une division d'infanterie, commandée par le général Dupas , et deux régimens de cavalerie hollandaise, hussards et cuirassiers , sous les ordres du général Lorge. Le premier soin du maréchal fut d'assurer, par des partis composés d'infanterie et de cavalerie, les communications entre Camin et Colberg, et de Stettin à Marienwerder et Thorn. Il fit surveiller aussi par des détachemens toute la côte de la Baltique, et les deux rives de Y Oder. Le reste des troupes, sous les ordres du maréchal, ne tarda pas à recevoir diverses destinations pour se rallier à la Grande-Armée, et pour renforcer le corps qui assiégeait Colberg, et dont le commandement fut donné au général Loison. Le maréchal lui-même partit de Stettin le \l\ mai, avec son état-major, et porta son quartier-général à Rumelsburg. Dans cette position , à l'embranchement des routes de Colberg et de Dantzich , il était en mesure de porter des secours sur les points où il serait le plus nécessaire.

Nous ne parlerons pas des mouvemens ultérieurs des troupes formant le corps du maréchal Mortier ( 8e corps de la Grande- Armée), jusqu'à l'époque où il rentra en ligne, et prit une part non moins glorieuse aux opérations de l'ouverture de la campagne dans la Prusse orientale, qu'à celles qu'il avait dirigées dans les deux Poméranies. Une partie de ce corps d'armée, savoir, les chevau-légers belges, une compagnie d'artillerie à cheval hollandaise , et les trois régimens d'infanterie hollandais, passèrent avec les généraux Granjan et Lacombe Saint- Michel, sous les ordres du maréchal Brune. Ce maréchal, comme nous le dirons plus tard , fut chargé du commandement en chef entre Y Elbe et Y Oder, et d'observer l'armée suédoise.

Nous avons rendu compte de la position des corps de la Grande-Armée française cantonnée sur la Passarge, de celle de l'armée russe , et de l'observation mutuelle des corps du maréchal Masséna et du général Essen, sur la Narew. Nous avons fait connaître, en

anticipant un peu sur Tordre des dates, les opérations de la guerre de siège conduite en Silésie par le général Vandamme, sous les ordres du prince Jérôme, et de celle aussi terminée en Poméranie par le maréchal Mortier. Il nous reste , avant de parler des opérations de Pouverture de la campagne dans la Prusse orientale, à donner l'historique du siège de Dantzick , et à faire connaître comment fut employé tout le temps du séjour de l'armée française sur la Passarge. Si nous avons retracé trop rapidement les sièges des places de la Silésie, où les troupes vurtembergeoises et bavaroises se distinguèrent par des actions audacieuses, et suppléèrent à leur petit nombre par la plus étonnante activité, c'est que nous avons craint de distraire trop long-temps l'attention de nos lecteurs de la scène principale, et du but des efforts et de la constance de Napoléon.

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