CHAPITRE XIX
Siège de Dantzick.
Il n'en est pas du siège d'une grande place comme des opérations en campagne; on sait qu'il est souvent difficile de démêler dans celles-ci le point de la vérité historique, et de conclure des rapports contradictoires des deux partis une narration impartiale des faits, lors même que les résultats sont évidemment prouvés et reconnus. La diversité des rapports et de la manière dont les incidens ont été aperçus par les témoins oculaires, le dissentiment des chefs sur les moyens employés, sur les manœuvres, jettent toujours quelques obscurités dans les narrations les plus sincères et les plus impartiales. Tout au contraire, dans l'histoire d'un siège, les moindres événemens sont constatés authentiquement. Il n'en est aucun qui ne soit fixé, soit pour l'attaque, soit pour la
défense, avec la plus grande précision. Le journal d'un siège est une sorte de procèsverbal auquel on doit faire foi, puisque rien n'y peut être altéré, et que les rapports sur les progrès des travaux, d'après les plans d'attaque une fois arrêtés, sont consignés chaque jour, et presque heure par heure. Ceux d'entre nos lecteurs dont l'attention ne s'arrête que sur le résultat des événemens de guerre , se satisferaient peutêtre d'un précis très-succinct du siège de Darrtzick, si mémorable par son importance; mais nous croyons devoir de plus grands détails aux militaires éclairés et versés dans l'art de l'attaque et de la défense des places. C'est pour répondre à leur attente que nous avons recueilli avec la plus scrupuleuse fidélité tout ce que le journal officiel de ce siège, tel qu'il fut rédigé par le général du génie Kirgener, et d'autres relations publiées d'après des documeiis authentiques, nous ont paru renfermer de faits importans. Nous ne devons point craindre le reproche de plagiat, puis-
que sur un tel sujet nous sommes forcés d'être compilateurs et copistes.
La ville de Dantzick , autrefois l'une des anséatiques , était échue en partage au roi de Prusse en 1795, époque du dernier démembrement de la Pologne. Elle avait beaucoup perdu de son commerce et de sa population par ce changement de domination; située sur la mer Baltique à l'embouchure de la Vistule , cette place est traversée du sud au nord par la Moltau , petite rivière qui vient se jeter dans la Vistule , et qui sert de canal pour la communication des bateaux marchands. Un bras de cette rivière forme File appelée Speicherstadt > et ses eaux servent beaucoup à la défense de la place. Avant la guerre de 1807, la position de Dantzick ne pouvant laisser présumer qu'elle dût avoir à soutenir un siège, l'entretien de ses fortifications avait été fort négligé; mais depuis que les batailles tfléna et ft Auerstaèdt avaient entraîné la destruction de l'armée prusienne et ouvert le royaume, le général Manstein ? qui corn-
mandait à Dantzick en l'abscence du feldmaréchal Kalkreuth , gouverneur titulaire , avait fait travailler avec activité au perfectionnement des ouvrages extérieurs; il s'était surtout appliqué à les faire fortement palissader.
Le dixième corps de la Grande* Armée , commandé par le maréchal Lefebvre , avait été, comme on Fa dit, formé à Thorn. Il était destiné aux sièges de Dantzick, de Graudentz et de Colberg. Ce corps se composait de deux divisions polonaises sous les ordres du général Dombrowski, du contingent du grand-duc de Bade, d'un corps saxon, d'une division de troupes italiennes, d'une autre du général Teulié^ et de divers corps de troupes françaises. Les parties de ce corps d'armée qui en furent détachées pour les sièges ou blocus de Colberg et de Graudentz, varièrent suivant les circonstances. Celle qui fut spécialement destinée et employée au 3iége de Dantzick, se composait en infanterie de deux divisions françaises et de trois divisions étrangères, et en cava-
lerie d'une brigade française, d'une brigade saxonne, d'un régiment de hussards badois, et d'un régiment de hussards polonais. Nos lecteurs trouveront aux Pièces justificatives un état de situation de ces différentes troupes. Le général Chasseloup commandait en chef le génie, le général Drouet remplissait les fonctions de chef de l'étatmajor général ; le général Kirgener était directeur des attaques , et commanda en chef l'arme du génie jusqu'au 19 avril. Le général Lariboissière commandait en chef l'artillerie ; il avait sous ses ordres les généraux Danthouard et Lamartinière.
Au Ier février, les troupes du général Dombrowski avaient commencé à s'approcher de Dantzick y et avaient pris position à Mewe , sur la rive gauche de la Fistule. Le général Ménard, qui commandait le corps badois, arriva sur le même point le 1 5 février, et repoussa un détachement de la garnison de Dantzick qui était venu de Dirschau à sa rencontre. Le général Dombrowski ayant été ainsi renforcé, reçut
Tordre d'attaquer un gros détachement ennemi qui occupait une position avantageuse à Dirschau et aux environs ; il fit d'abord faire une reconnaissance du côté de Gremhlin par le colonel Dombrowski son fils, à la tête d'un régiment de cavalerie, de quatre compagnies de chasseurs, et de deux pièces de canon.
Le général polonais mit ses troupes en mouvement le 25 février, et dirigea le général Ménard sur la route de Dirschau, pour tourner la ville par la gauche, afin de couvrir la route de Dantzick. L'infanterie polonaise suivit le chemin qui conduit par Kashawa à Dirschau, par la rive droite de la Fistule. Les deux colonnes marchèrent à la même hauteur jusqu'à portée de canon de Dirschau $ lavant-garde du général Ménard, commandée parle général Puthod, attaqua une colonne ennemie qui accourait pour renforcer les troupes postées dans la ville , et le gros de la colonne badoise prit position sur la route de Dantzick.
Les Prussiens, qui étaient sortis de Dir*
schau pour venir à la rencontre de la colonne polonaise , ne tardèrent pas à être attaqués par l'avant-garde, aux ordres du général Nimeiewski. L'agression des Polonais fut si brusque, que les Prussiens rentrèrent presque aussitôt dans le faubourg. Cette infanterie, soutenue par son artillerie, se défendit long-temps dans cette position; mais elle y fut encore forcée , et rentra dans Dirschau, après avoir mis le feu aux maisons qu'elle abandonnait. La partie des troupes qui, par le succès de cette première attaque, se trouva renfermée dans la ville, était à peu près de quinze cents hommes. Ils se retranchèrent dans une église et dans un cimetière , et s'y défendirent avec d'autant plus de résolution qu'ils espéraient être secourus par le détachement que le gouverneur de Dantzick avait fait sortir, dès qu'il avait eu avis de la marche des troupes polonaises et badoises; mais cette colonne, qui s'avançait vers Dirschau, se trouva coupée par l'avant-garde du général Ménard.
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Malgré le feu de l'artillerie et de l'infanterie prussienne, les Polonais, soutenus par la division badoise, pénétrèrent dans Dirschau. Les Prussiens n'ayant plus d'espoir escaladèrent les murailles, pour tâcher de gagner l'île de Nogat, en traversant la branche gauche de la Vistule > sur laquelle est situé Dirschau* Les eaux n'étant point fortement gelées, un grand nombre de Prussiens se noya, le reste fut obligé de se rendre à discrétion. La longue résistance des Prussiens avait exaspéré les Polonais, le massacre fut horrible; on ne se fit presque aucun quartier. Pendant que ceci se passait dans la ville, le général Pacthod attaquait la colonne d'environ deux mille hommes d'infanterie et de quatre escadrons, que le commandant de Dantzich avait fait sortir avec trois pièces d'artillerie. La résistance fut vive tant que les troupes renfermées dans Dirschau soutinrent le combat; mais aussitôt que la ville fut occupée , et que le général Ménard put disposer du gros de ses troupes, la colonne de secours se hâta de rentrer dans la place ,
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laissant sur le champ de bataille huit cents hommes tués ou blessés.
Après le combat de Dirschau, le général Manstein ne chercha plus à défendre au loin les approches de Dantzick. Le générai Dombrowski établit ses troupes en avant de Dirschau, et fit occuper les hauteurs de Rosemberg, appuyant sa droite à la Vistule. Le maréchal Lefebvre établit son quartiergénéral à Dirschau, et y resta jusqu'au 9 mars, en attendant les renforts qui lui étaient annoncés. Il fit peu à peu former l'investissement de Dantzich; l'île de Nogatj Furstenwerder, Kôsensmarck, Rostauy Munchen, Grebin et Heilsberg furent occupés. Le maréchal porta ensuite son quartier-général à Rosemberg.
Les troupes qui devaient compléter l'armée de siège arrivèrent successivement, et le parc d'artillerie commença à se former. Le 12 mars, le maréchal Lefebvre se trouva en mesure de resserrer la place; et les troupes de la garnison ayant reculé, il distribua les siennes dans les positions suivantes. Un
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bataillon d'infanterie légère français fut placé à Ohra, un bataillon saxon à Saint* Halbrecht dans le Burgfeld, et deux autres à Tiefensée et Kemlade.
Le corps polonais occupa Schonfeld, Kowald et Zunhendin.
Des bataillons prirent poste à Wonnenbergj Neufcau, Schudelkau, Sniekau.
Les cuirassiers saxons et les chevau-légers à Guirsehkens et Saint- Halbrecht.
Le 19e régiment de chasseurs français à Burgfeld, et le 23e à Schudelkau.
Les dragons et les hussards badois à Wonnenberg.
Les lanciers polonais à Langenfurt.
Le front de cette ligne était couvert en partie par la rivière de Radanne. Le grand parc d'artillerie fut établi à Langenau. Le général Dupas , qui commandait dans cette partie, fit retrancher la tête de ce faubourg de Dantzick, et lia ses postes avec ceux de Neuschottland et de Schellmùhl.
Le 16 mars le maréchal Lefebvre fit attaquer le village de Stolzenberg , occupé par
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un détachement ennemi. II. fut emporté après une vive résistance , et les Prussiens perdirent encore le faubourg de Schidlitz, où ils s'étaient retirés. Le général Ménard se retrancha dans ce dernier poste par différentes coupures, se lia avec le général Dupas par les revers du Zigankenberg. Le général Gard anne, sous les ordres duquel se trouvaient les généraux Ménard et Dupas , avait établi son quartier-général à Pietzkendorff» Le 3e régiment d'infanterie légère saxon occupa les hauteurs de Jebrsustelberg , le faubourg ftOliva > et les digues qui de Saint-Halbrecht se dirigent sur la Moltau. Le 18 mars, la place se trouvait entièrement investie, à l'exception de la partie orientale qui, par Yi\ede Nehrung, communiquait avec Kônigsberg. Il ne restait à la garnison que cette communication par terre* Le feld-maréchal Kalkreuth se hâta d'en profiter pour se jeter dans la place, dont il vint lui-même, en sa qualité de gouverneur, commander la défense. Il amena avec lui un renfort considérable d'infanterie?
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russe et de cosaques : son arrivée fut an»
noncée par une salve d'artillerie.
L'île de Nehrung est une grande langue de terre entre la Baltique, le golfe dé Frisch- Haff et la Fistule, au-dessus de l'île de Nogat. On sait combien cette communication , qui n'a pas moins de dix à douze lieues de longueur, était importante pour la garnison de Dantzick ; aussi n'avait-on rien négligé pour la mettre à Pabri d'une attaque : on y avait élevé des batteries gardées par un fort, détachement. Le maréchal Lefebvre n'avait pu encore faire attaquer la Nehrung à cause des glaces que la Vistulé charriait en quantité ; mais aussitôt que le fleuve fut un peu débarrassé, le général Scnram reçut ordre de passer dans l'île, avec un corps d'environ deux mille hommes et six pièces de canon. Il divisa sa troupe en trois colonnes , sous les ordres des colonels Brayer, Vogel et Montmarie. Le colonel Tholosé, avec un détachement de cinquante chasseurs et une pièce de canon , fut chargé de côtoyer la rive gauche de la t^istulé , pour inquiéter l'en*
neini, et prendre en flanc tous ceux qui chercheraient à se sauver par la digue de la rive droite.
Le général Schram fit aborder ses troupes à Furstenwerder, le 20 mars, à quatre heures du matin. Elles gagnèrent très-heu* reusemerit la rive opposée sans être aperçues. Le lieutenant Lavergne, du 2e régiment d'infanterie légère, parvint le premier à la pointe de l'île à côté d'une digue qui la traverse, et dont le général Schram lui avait ordonné de s'emparer à tout prix. Ce brave officier marcha droit sur le poste ennemi, le surprit, s'en rendit maître, et paya généreusement de sa vie ce beau fait d'armes.
Le succès de cette première attaque assura le débarquement du reste des troupes. Le colonel Brayer ayant formé sa colonne, se dirigea sur Nikelswalden , afin d'empêcher l'ennemi de se retirer sur Dantzich. La seconde colonne, aux ordres du colonel Vogel, se dirigea sur le lac Fruenkalmyn , où elle devait prendre position ; sa droite appuyée au lac et sa gauche à la mer, afin d'observer
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le point de Pillau, et de s'opposer à la retraite de l'ennemi de ce côté. Le général Schram, avec la colonne du colonel Montmarie, marcha directement sur les Prussiens.
Le général prussien qui commandait sur l'île deNehrung, déconcerté par cette attaque inattendue, n'eut le temps de faire aucune disposition. Il ne put rallier ses troupes, sous la protection de quelques pièces d'artillerie, qu'entre Wordelm et Bohnsack. Chassés de cette position, et poursuivis vivement, les Prussiens se jetèrent dans les dunes, entre Newhar et Krahau > où ils reçurent un renfort d'infanterie et six cents cosaques , envoyés par le maréchal Kalkreuth. Ces troupes fraîches rétablirent le combat avec d'autant plus d'avantage, que les Français n'avaient alors qu'une seule pièce pour répondre à la nombreuse artillerie qu'avait le général prussien.
Le général Schram ayant fait avancer un bataillon du 2e régiment d'infanterie légère, fit charger vigoureusement les cosaques; et
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ceux-ci, effrayés de cette attaque, entraînèrent dans leur fuite le reste de la troupe prussienne, qui se retira en désordre sous le canon du fort de FFeichselrnunde*
Le maréchal Kalkreuth, vers les sept heures du soir, fît sortir de Dantzick une colonne d'environ quatre mille hommes pour rallier les troupes battues, et pour empêcher les Français de s'établir dans l'île de Nehrung. Malgré la supériorité du nombre, les Français rengagèrent le combat avec une nouvelle ardeur et de nouveaux succès. La colonne rentra dans la place , et l'île de Neh~ rung resta au pouvoir des vainqueurs, avec deux cents prisonniers et deux pièces d'artillerie.
Le maréchal Lefebvre ne perdit pas un instant pour s'assurer la possession d'une conquête si importante. Il fit établir un pont sur le front gauche de la Vistule, et construire divers ouvrages propres à arrêter les tentatives de l'ennemi du côté de Dantzick > et celles qui pourraient être essayées du côté de Pillau. Le général du génie Kirgener
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fut chargé de reconnaître le terrain et de déterminer les ouvrages à construire, principalement vers la pointe de la presqu'île, visà-vis du fort de Pillau. C'était le point qu'il importait de défendre pour interdire à l'ennemi toute communication par terre avec les assiégés.
Il n'était pas moins essentiel de s'emparer des retranchemens élevés par les Prussiens sur la rive gauche de la Basse-Vistule , devant Weichselmunde, et par là d'intercepter toute communication avec la mer; mais le maréchal Lefebvre n'avait encore ni assez de troupes ni assez d'artillerie pour tenter cette entreprise. A peine avec neuf mille hommes pouvait-il garder les postes dont il s'était déjà rendu maître.
Le gouverneur Kalkreuth, qui, sans compter les milices bourgeoises, avait à sa disposition une garnison d'environ dix -huit à vingt mille hommes, prépara une sortie générale pour détruire les ouvrages déjà commencés par les assiégeans ; mais le maréchal Lefebvre, connaissant la force de la garni-
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son depuis les renforts arrivés de Kônigsberg avec le gouverneur, s'attendait à cette sortie ; il la repoussa vigoureusement en faisant attaquer lui-même les colonnes prussiennes, qui furent contraintes de rentrer dans la place sans avoir obtenu sur aucun point le moindre succès.
Pendant que le gouverneur profitait de la faiblesse du corps assiégeant , et faisait ses efforts pour le tenir éloigné des ouvrages extérieurs, il né négligeait pas d'inquiéter les derrières par des partis. Le colonel Erakow, qui commandait un de ces partis, s'etànt trop engagé, fut chargé et coupé par un escadron du 19e régiment dé chasseurs français, et par un régiment dé lanciers polonais. La majeure partie du détachement prussien (environ quatre cents hommes) fut contrainte de mettre bas les armes; le reste se sauva en désordre et ne rentra qu'avec peine dans Dantzick. Krakow lui-même, atteint par quelques lanciers polonais, fut fait prisonnier.
Tels furent les événemehs de quelque im-
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portance qui précédèrent l'ouverture de la tranchée. Les renforts de troupes et d'artillerie arrivèrent dans les derniers jours de mars. Les détachemens conduits par les généraux Michaud , Dufour et Van-der-Veld avaient rejoint le corps d'armée, et mis le maréchal Lefebvre en mesure d'exécuter les ordres dé l'empereur Napoléon, et de commencer le siège. Il concentra ses troupes et les rapprocha des différens points d'attaque; il fit reconnaître par le général Pacthod le camp retranché des Prussiens à Neufahrwasser. Le général Kirgener eut ordre de se rendre dans l'île de Nehrung pour tracer les ouvrages nécessaires à l'attaque de ce camp et du fort de Weichselmunde qui le protégeait. L'ouverture de la tranchée fut fixée à la nuit du ier au i avril.
Une description des principales défenses de Dantzich est ici nécessaire pour faire bien apprécier les difficultés qu'offrait l'attaque régulière de cette place.
La ville de Dantzich > traversée par la Moltau, est entourée de larges fosses, rem-
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plis par cette rivière , dont plusieurs écluses retiennent les eaux pour former ensuite, et à l'est, une vaste inondation. Cette inondation s'appuie d'un côté aux faubourgs d'OAra et de Saint-Halbrecht , et de l'autre aux digues de la Vistule. Elle s'étend ainsi à plus de quatre lieues, et couvre les deux tiers des fronts de l'est. Elle ne peut être que trèsdifficilement affaiblie, parce que les eaux de la Vistule sont presque toujours au même niveau que celles qui la forment, surtout lorsque le vent fait refluer les eaux de la mer dans le fleuve.
Du côté du nord , la Vistule coule à cent trente toises environ du chemin couvert, et ne laisse entre la rive gauche et les glacis de la place que quelques canaux et des marais impraticables. A son embouchure, distante de deux mille quatre cents toises de la place, les deux rives sont défendues à droite par le fort de Weichselmunde , à gauche par le camp retranché de la petite île de Neufahrwasser, ce qui assure à l'assiégé l'arrivée des secours qui peuvent lui être envoyés par mer.
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Le terrain qui borde les deux rives de la Vistule est coupé de canaux et couvert de marais : cette circonstance est toute au désavantage de l'assiégeant; elle rend ses établissemens difficiles, ses travaux peu solides, et l'affaiblissent en le forçant à étendre ses quartiers, à disséminer ses troupes, et à multiplier ses postes. Cet inconvénient était alors d'autant plus grave, que les troupes du siège furent constamment moins nombreuses que celles de la garnison, et qu'il fallait la prudence la plus minutieuse pour ne pas trop les affaiblir.
La communication entre la place et le fort . de Weichselmunde était assurée par une suite de redoutes construites sur les bords de Vistule , et surtout par l'heureuse position de l'île à'Holm, qui permet à l'assiégé de rapprocher les feux de la place de ceux du fort, de manière à ne laisser entre eux qu'un intervalle d'environ sept cents toises, et de profiter du canal de Laack pour communiquer avec Weichselmunde, malgré les batteries que l'assiégeant pouvait établir à Schell-
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mùhl. L'assiégeant ne peut donc tenter de jeter un pont sur cette partie de la Vistule, qu'après s'être emparé de l'île d'Holrn.
À l'ouest de la place, deux chaînes de collines, séparées par la vallée de Schidlitz, couvrent cette partie de l'enceinte; ces deux collines prolongées sont couronnées par deux forts, le Eischopsberg et le Hagelsberg, liés entre eux par des retranchemens continus, qui forment une seconde enceinte, appuyée d'un côté à l'inondation de la Moltau, et de l'autre à la rive gauche de la fistule. Cette nouvelle enceinte, quoique construite en terre et sans revêtement, était à l'abri de toute insulte. Les assiégés avaient hérissé le chemin couvert ainsi que le pied des escarpes et des contrescarpes de fortes palissades fraisées , qui, tenant lieu de revêtement, ôtaient aux assiégeans tout espoir de réussir par un coup de main, et les obligeaient à une attaque régulière.
En suivant sur le plan cette description des défenses de Dantzick, on peut remarquer que les assiégeans étaient loin d'avoir
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investi la place du côté même qui n'était pas garanti par l'inondation, puisque l'île S!Holm et surtout le camp retranché de Neufahrwasser étaient encore au pouvoir des assiégés. Ceux-ci eurent long-temps l'avantage de pouvoir communiquer avec la mer, et de recevoir des secours en hommes et en munitions de toute espèce. Le maréchal Lefebvre , qui n'eut jamais à sa disposition plus de seize mille hommes, ne put dès le commencement du siège s'emparer du camp retranché , seul moyen d'ôter à l'ennemi tout espoir de secours.
Il avait été décidé dans le conseil de guerre tenu pour déterminer les points d'attaque, et d après les rapports du générai Chasseloup commandant le génie, et du général Lariboissière commandant l'artillerie, que la principale attaque serait dirigée contre le fort du Hagelsberg > et qu'elle serait favorisée par deux fausses attaques, l'une dirigée contre le carn^ retranché de Nwefahrwasser, par les troupes du général Schram, et l'autre contre le fort du Bis-
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chopsberg par les troupes établies à la tête des villages de Stolzenberg et de Schidlitz* Deux autres attaques secondaires faites sur la rive gauche, devaient concourir à resserrer la place.
La position du général Schram dans l'île de Nehrung était assurée par des redoutes garnies d'un double rang de batteries, et pour la fortifier encore plus, le maréchal avait fait appuyer la gauche sur le village de Herrenberg, à six ou huit cents toises de la rive droite, et de l'autre côté cette position s'appuyait à la mer. Le général Schram avait ordre de manœuvrer de manière à intercepter la communication entre le fort de Weichselmunde et la place; il devait aussi s'opposer à ce qu'aucun secours ne pût s'avancer du côté de Neufahrwasser.
Toutes ces dispositions étant arrêtées, la tranchée fut ouverte dans le nuit du ierau 2 avril, à huit cents toises des palissades. La crête du Ziganhenberg fut couronnée sur un développement de deux cents toises. Ce travail fut entièrement dérobé à l'ennemi ;