‹ Precis des evenemens militairesChapitre 4 sur 26 · to · texte numérisé non relu

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uoe attaque très-vive que le général Pacthod fit faire par le prince de Radtziwil , contre le village d' Aller, avait attiré toute l'attention des assiégés ; ceux-ci tentèrent le lendemain de s'établir au village de Zigankenberg , mais ils en furent promptement délogés.

Dans la journée du i avril, les assiégea ns perfectionnèrent les travaux faits pendant la nuit. Les assiégés s'en étant aperçus dirigèrent sur les travailleurs le feu des batteries du Hagelsberg et du Bischopsberg, sans causer aucun dommage.

Pendant la nuit du 2 au 5 , on déboucha par des zigzags de la droite de la première parallèle ; la redoute de Kalck, que 1 es assiégés achevaient de construire sur la rive gauche de la Vistule, en avant de la porte d'O/jVa, et à trois cents toises de la place, fut emportée de vive force par trois compagnies de la légion du nord ; mais comme cette redoute était d'une grande importance, le feld-maréchal Kalkreuth la fit réattaquer le matin par des forces supérieures ; elle resta à son pouvoir»

Le même jour, un détachement de troupes prussiennes, infanterie et cavalerie, débarqué sur Fîle de Nekrung du côté de Pillauy se présenta devant un poste de cavalerie placé par le général Schram au petit village de Kaalberg : ce poste s'était retiré. Le général Schram fit marcher un détachement sous les ordres du capitaine Mengarnau , et le fit soutenir par un bataillon saxon. Les Prussiens furent attaqués, on leur prit deux cents hommes, le reste se sauva dans des barques de pêcheurs.

Le jour suivant les assiégea: s continuèrent à cheminer en avant de la première parallèle , qui fut prolongée par sa gauche afin de couronner plusieurs hauteurs propres à établir des batteries. On éleva des redoutes et d'autres ouvrages de contrevallationpourappuyer la tranchée; car les moyens de défense contre une si forte garnison n'étaient pas moins nécessaires que le progrès des attaques. Le manque de bras, le retard qu'éprouvaient les convois d'artillerie à cause des mauvais chemins , ralentissaient l'activité des travaux.

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Pendant que Ton continuait les cheminemens vers la seconde parallèle, on ouvrit, le 9 avril, la tranchée de la fausse attaque sur le Bischopsberg, et la première parallèle fut dirigée de manière à resserrer la place par sa gauche. Cette première parallèle devait être appuyée aux environs de la tête du faubourg de Schidlitz; elle avait pour but de soutenir les batteries d'enfilade et de revers contre le Hagelsberg.

On reconnut que les assiégés travaillaient eux-mêmes sur la gauche de la principale attaque, pour prendre en flanc les cheminemens, et pour s'établir par une ligne de contre-approche sur un des mamelons que la seconde parallèle devait couronner. Quoique l'opération d'en déloger l'ennemi fut en quelque sorte téméraire, puisqu'il fallait l'attaquer à quarante toises du fort, le chef de bataillon du génie Rogniat, chargé de cette expédition avec un détachement de cinq cents hommes, franchit, à dix heures du soir, le ravin qui le séparait de l'ouvrage, sauta dans la tranchée ennemie , surprit la

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garde, et commença la destruction de l'ouvrage sous le feu de la mitraille qui partait du rempart et du chemin couvert; mais ce feu devint si vif, qu'il fut obligé d'évacuer la tranchée, où l'ennemi rentra avec quatre cents grenadiers. A une heure du matin, les Français attaquèrent de nouveau et chassèrent les quatre cents grenadiers prussiens. Ceux-ci perdirent dans cette affaire cinquante hommes tués et cent dix prisonniers. Le commandant Rogniat fit achever la démolition de l'ouvrage , et ne l'abandonna qu'au point du jour.

Dans la nuit du 1 1 , la seconde parallèle fut amorcée à la sape volante. Dans la matinée du 12, le travail des batteries étant achevé, le maréchal Lefebvre donna ordre de les armer. On conduisit des pièces de 12 dans les cinq redoutes déjà construites. Quoiqu'elles ne pussent encore être complètement armées, leur feu battait avec avantage les ouvrages de l'ennemi, et inquiétait la navigation : on tenta de l'intercepter surtout pendant la nuit par quelques postes re-

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tranchés. Celui qui fut établi sous les ordres du capitaine Tardivelle, au pont du ruisseau de Schellmûhlj y était constamment sous la mitraille de sept pièces de canon placées dans l'île XHolm.

Deux obusiers furent mis en batterie à l'extrémité du dernier boyau de droite, et commencèrent à foudroyer l'intérieur de la ville.

Le maréchal Kalkreuth, se prévalant de la supériorité de ses forces, continua sa défensive active avec beaucoup de vigueur. Il fit occuper de nouveau et réparer sa ligne de contre-approche. Elle était si près des batteries de la place que les Français ne pouvaient s'y maintenir; il fit même construire une redoute sur le mamelon du Hagelsberg, et la fit entourer de chevaux de frise. Il importait aux assiégeans de détruire ce nouvel ouvrage. Le général Pacthod fut chargé de l'attaquer avec un bataillon saxon et quelques compagnies d'élite qui étaient secondées par le chef de bataillon du génie Rogniat. Celuici devait attaquer de front et par la droite

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du mamelon. Les Prussiens se défendirent avec beaucoup de résolution; les Saxons pénétrèrent les premiers dans la redoute , après avoir renversé les chevaux de frise. L'ouvrage pris et repris trois fois resta entre leurs mains.

Les assiégés ne renoncèrent point encore à leurs travaux de contre-approche. Le i5 avril, à une heure du matin, ils sortirent en force de la place; et sous le feu de leur artillerie, ils s'avancèrent, et attaquèrent les Saxons avec tant d'impétuosité, qu'ils enlevèrent encore une fois la redoute, et gagnèrent même la tête des tranchées. Les troupes alliées, surprises d'une si forte et si brusque attaque, ployaient de toutes parts, lorsque le maréchal Lefebvre arriva luimême à leur secours à la tête d'un bataillon du 44e régiment de ligne; il était accompagné des généraux Michaud , Pacthod et Dufour. C'est aujourd'hui notre tour, dit-il aux soldats , et il se jeta le premier dans la mêlée. Les troupes ralliées autour de lui se pressaient pour le devancer. Non, non,syé-

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cria-t-il , et moi aussi je "veux combattre. Il conduisit la charge toujours à la tête de la colonne , et enleva la redoute à travers une grêle de mitraille et de balles. Les troupes d'élite qui la défendaient ne purent résister à ce terrible choc, et abandonnèrent Pouvrage , dont tous les abords furent jonchés de morts et de blessés.

Le \l\ avril, la seconde parallèle fut perfectionnée, et on commença à construire deux redoutes pour la soutenir. Il fallut emporter à la baïonnette un second ouvrage de contre -approche sur le centre de cette parallèle.

Dans la nuit du i4 au i5, après avoir repoussé une nouvelle sortie, on continua les travaux à la gauche pour se garantir des feux de flanc que l'ennemi avait conservé, et Ton prépara des batteries pour battre le front du Hagelsberg et le débouché du faubourg de Schidlitz.

Le maréchal Lefebvre, ayant reçu plusieurs convois d'artillerie et de munitions , fit attaquer et occuper la tête du canal de

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Laach par le général Gardanne. La possession de ce poste fut assurée par deux bons ouvrages construits sous la direction du chef de bataillon du génie Sabatier, et par ce moyen toute communication entre la place et le canal fut interceptée.

Le i6? l'ennemi sortit du fort de JVeichselmundè où il s'était retiré la veille, et s'avança sur la droite du général Gardanne pendant que sa gauche était attaquée par une nuée de cosaques. Le maréchal Lefebvre envoya des renforts sur ce point qu'il était si nécessaire de conserver. L'action dura plus de sept heures avec des chances variées. On se battit avec acharnement, mais les assiégeans restèrent maîtres du canal après avoir tué plus de six cents hommes. Les travaux interrompus pendant l'action furent repris avec activité. On construisit une redoute à cinquante toises de la rive droite, et une tranchée de communication qui liait la redoute à un bois, dans lequel . on fit baraquer les troupes. Cette communication avait envi-

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ron trois cents toises de longueur; un double parapet la mit à l'abri des feux de Weichselmunde et des batteries de l'île à'Holm.

Les autres travaux ne s'étaient point ralentis à cette époque du siège (du 16 au 17 avril ). Il y avait trois attaques distinctes : la première et la principale au centre sur le Hagalsberg., la seconde ou fausse attaque de droite sur le Bischopsberg; la troisième ou fausse attaque de gauche comprenait tous les travaux sur la Basse- Fistule, On continua d'élever et d'armer les différentes batteries précédemment entreprises à l'attaque principale. On déboucha de la seconde parallèle par une sape debout, et l'on couronna un plateau à quarante toises de la place. Tous ces travaux entrepris à la sape volante furent poussés avec tant d'activité ■ qu'ils furent presque entièrement terminés pendant la nuit du 16 au r 7. Le couronnement du plateau forma une demiplace d'armes en avant de la seconde parallèle pour lier celle-ci avec la troisième.

Le feu de la place inquiétait d'autant

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plus les travailleurs, qu'on n'avait point encore sur le plateau l'artillerie nécessaire pour y répondre. Le maréchal ordonna de creuser des trous de loup pour y placer des tirailleurs, dont le feu continuel sur les embrasures de l'ennemi ralentit beaucoup le sien.

Le même jour 17, on commença à la gauche une redoute qui devait concourir avec celle du canal à couper la communication de la place avec la mer. Une corvette anglaise, remorquée par deux chaloupes, se présenta dans la Fistule, mais elle s'éloigna à l'approche de deux pièces d'artillerie légère soutenues par un détachement. Le général Chasseloup fit alors construire une nouvelle redoute sur la rive gauche, afin de croiser ses feux avec celle de la rive droite à la tête du canal.

Le maréchal Lefebvre, décidé à ne battre la place que lorsque l'armement de toutes les batteries donnerait les moyens de faire un feu vigoureusement soutenu et longtemps prolongé, défendi! de répondre au

canon de la place. On s'occupa de pousser sur la gauche de la seconde parallèle trois zigzags sur la capitale du bastion de droite du Hagelsberg. Les demi-places d'armes de droite et de gauche se trouvèrent ainsi à environ soixante toises des palissades.

Le général Lariboissière faisait en même temps travailler sur le Stolzenberg à une grande batterie, pour prendre de revers et d'enfilade le front du Hagelsberg, et tous les ouvrages latéraux.

La pluie et la neige qui tombèrent en abondance dans les journées des 19, 20 et 11 avril, inondèrent les travaux des assiégeans , il fallut les nettoyer et les déblayer ; mais le temps s'étant mis à la gelée le 22 , tous les travaux furent repris.

Les Prussiens n'avaient point encore renoncé à secourir la place par le Frisch-Haff. Ils tentèrent d'y opérer un débarquement qui n'eut aucun succès.

Pendant la nuit du 11 au i5 , on déboucha à la gauche de la demi-place d'armes de droite, à l'attaque principale, par quatre

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zigzags qui furent effectués à la sape pleine, le clair de lune ne permettant point de le faire à la sape volante. Les travailleurs furent fortement inquiétés par le feu de l'ennemi que favorisait ce clair de lune.

Le travail de la redoute et des coupures sur la rive gauche de la Vistule , qui avait été interrompu par le mauvais temps, fut repris et terminé. Un blockhaus fut construit dans la redoute de l'île de Nehrung, et fut armé de quatre bouches à feu, et garni de de deux rangs de palissades.

Toutes les batteries des première et deuxième parallèles, et celles du Stolzenberg se trouvaient armées et approvisionnées. On prépara divers emplacemens pour des obusiers de campagne, afin de réunir la direction des feux, et de pouvoir porter des obus dans tous les quartiers de la ville. Il y avait le 25 avril en batterie dix-huit pièces de 24, vingt-huit de 12, six de 6, trois de 3, neuf mortiers, et huit obusiers. Les pièces de 6 et de 5 n'étaient destinées qu'à appuyer les extrémités des pa-

rallèles contre les sorties de Ja garnison. L'ennemi avait doublé son feu, et bouleversait entièrement les têtes des sapes; ce fut dans la,nuit du 23 au 24 que le général Lariboissière fit commencer le feu des mortiers et des obusiers. Les batteries de canon furent démasquées au point du jour; l'ennemi riposta avec la plus grande vivacité, mais on s'aperçut bientôt que l'artillerie française prenait la supériorité. Elle était dirigée par les généraux Danthouard et Lamartinière; le feu des assiégés se ralentit peu à peu; une de leurs bombes tomba sur le magasin de la batterie du Stolzenberg y mais un soldat travailleur eut l'heureuse audace d'y pénétrer et de couper la mèche. Quelques déserteurs ayant assuré que ce premier feu des assiégeans avait fait beaucoup de ravages dans la place, le maréchal Lefebvrefit sommer le gouverneur, qui répondit comme on devait s'y attendre de la part du feld-maréchal Kalkreuth. Les feux des batteries incendiaires et des batteries de revers recommencèrent pendant la journée

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du a5; les généraux Danthouard et Lamartinière firent construire une nouvelle batterie entre les flancs bas du Stolzenberg, et changèrent aussi la direction de quelques autres afin de battre le bastion de droite du Bischopsberg , dont le feu incommodait beaucoup les batteries françaises.

Un nouveau convoi venu de Varsovie ^ donna le moyen d'augmenter les batteries du front d'attaque, ainsi que celles du StoU zenberg.

Le feu avait été très-vif de part et d'autre pendant toute la journée du 26, et les assiégeans avaient poussé un boyau de communication à la droite pour rejoindre la parallèle. A sept heures du soir le feu de l'ennemi cessa tout à coup ; ce silence fit soupçonner au colonel du génie Lacoste, aide-de-camp de l'empereur, commandant la principale attaque, que l'ennemi méditait une sortie. Il se concerta avec le général Ménard pour faire échouer cette entreprise; des détachemens furent placés à droite et à gauche dans les tranchées; ils reçurent

l'ordre de laisser avancer l'ennemi, et de ne se montrer que lorsqu'ils seraient en mesure de couper la tête de la colonne. À dix heures du soir le petit poste , placé en avant ventre à terre se reploya, et vint annoncer que l'ennemi sortait de la place marchant en colonne par pelotons. Six cents grenadiers prussiens formaient cette attaque, ils étaient suivis de deux cents travailleurs, le général Ménard fit alors sortir les troupes des tranchées et fit aborder l'ennemi à la baïonnette sans tirer un seul coup de fusil. Cette agression inattendue déconcerta les grenadiers prussiens, ils s'arrêtèrent et voulurent se retirer sur une forte réserve qu'ils avaient laissée dans le chemin couvert; mais les détachemens placés à droite et à gauche des tranchées chargèrent alors sur les deux flancs, et la tête de la colonne se trouva coupée. L'ennemi perdit dans cette sortie cent quarante-neuf hommes tués, un grand nombre de blessés, et environ sept cents prisonniers.

Le feld -maréchal Kalkreuth fit demander

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une suspension d'armes de deux heures pour enterrer les morts. Les assiégeans en profitèrent pour reconnaître de nouveaux emplacemens de batteries à ricochet et la direction des tranchées la plus propre à les lier aux parallèles; on joignit aussi par un boyau la gauche des deux batteries du Stoïzenberg à l'attaque du Bischopsberg ; enfin on porta des obusiers, des mortiers et trois pièces de douze dans la demi-place d'armes entre la deuxième et la troisième parallèle.

A l'attaque de la Basse- Vistule, Je chef de bataillon du génie Sabatier faisait continuer les travaux. Il s'avançait sur la digue jusqu'au-dessous de l'embouchure du canal , il s'emparait avec un détachement d'une langue de terre située à l'extrémité de l'île à'Holm 3 et l'isolait par une coupure; enfin il rendait plus immédiat et complétait la communication des deux rives par la construction de deux ponts de bateaux, l'un sur le fleuve et l'autre sur le canal de Laack.

Le 28 avril, à l'attaque principale, on travailla à prolonger la droite de la troisième

parallèle, et à élargir les communications* On prolongea l'un des boyaux de la demiplace d'armes vers l'emplacement qu'on avait reconnu la veille pendant la suspension d'armes.

Ce même jour, à dix heures du soir, les gardes de la troisième parallèle furent attaquées par une sortie de deux mille hommes; l'attaque commença par la gauche de la parallèle. Le commandant Rogniat, major de tranchée, s'étant avancé avec deux compagnies du 19e régiment de ligne, culbuta les assaillans et les poursuivit jusqu'aux palissades du chemin couvert, où quelques braves eurent l'imprudence de sauter. Pendant ce temps, un bataillon de grenadiers prussiens repoussa d'abord deux compagnies françaises, pendant que deux autres bataillons, sortis aussi du chemin couvert, cherchaient à les tourner; mais le général Michaud qui commandait la réserve, marcha au secours des gardes de tranchée, et repoussa l'ennemi au moment où il pénétrait dans. les communications de la troisième parallèle. Les Prus-

siens , revenus trois fois à la charge, et trois fois rejetés sur la place, perdirent soixante et dix hommes tués , beaucoup de blessés et deux cents prisonniers.

Le 3o avril, les batteries des assiégeans, augmentées, comme nous l'avons dit, de plusieurs pièces arrivées de Varsovie, foudroyèrent la place, où le feu se manifesta dans plusieurs endroits. On établit dans cette même journée deux nouvelles batte* ries, Tune dans la deuxième parallèle, et l'autre un peu en avant, pour balayer les approches du chemin couvert de la demi-lune, et battre les réduits en charpente qui étaient dans la place d'armes rentrante.

De leur côté, les assiégés répondaient par le feu de toutes les batteries du front d'attaque. Ils dirigèrent plus de trente bouches à feu sur la redoute qui tirait avec le plus d'effet. Les gardes du chemin couvert ne cessaient d'inquiéter les travailleurs par des feux de pelotons bien nourris. Des pots à feu lancés des ouvrages de la place éclairaient les travaux de la tranchée, et cependant on

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parvint à établir la communication de la deuxième à la troisième parallèle. On déboucha à la sape pleine de deux points de la troisième parallèle pour s'avancer sur la capitale de la demi-lune.

Le siège traînait en longueur. Les fortifications extérieures étant en terre, l'artillerie des assiégeans ne pouvait les ruiner. Le maréchal Lefebvre, non moins impatient que l'empereur Napoléon de réduire Dantzickj décida, d'après l'avis des généraux commandant le génie et l'artillerie, qu'il fallait s'attacher à détruire les palissades , et faciliter à l'infanterie l'assaut des ouvrages. On continua donc, le i mai, la sape sur le saillant de la demi-lune ; mais ce travail n'avançait que lentement, avec beaucoup de peine et de péril, parce que le canon de l'ennemi renversait les gabions a mesure qu'on les posait. On parvint cependant, dans la nuit du 2 au 3, à rejoindre les deux têtes de sape de la portion circulaire sur le saillant de la demi-lune. L'ennemi , pour s'opposer à ces progrès, et pour détruire les ouvrages du

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Stolzenberg, fit une sortie d'environ deux mille hommes; il fut vivement repoussé par les gardes de tranchée et perdit beaucoup d'hommes. Le capitaine de sapeurs Boisaubert fut tué dans cette affaire.

Le travail de la sape fut moins inquiété le lendemain, on chemina vers le bastion d'attaque et sur le saillant de la demi-lune où l'on avait ouvert une sape debout. On fit aussi deux tranchées dans la partie droite de la troisième parallèle, et l'on prolongea celle-ci dans le vallon de Schidlitz.

Le 4 ftu point du jour, l'ennemi s'étant aperçu de l'avancement des travaux de la nuit, fit un feu très- vif d'artillerie qui arrêta la marche de la sape; mais les batteries de la seconde parallèle * reprirent la supériorité, démontèrent l'artillerie des assiégés et bouleversèrent ses embrasures»

Ces mêmes travaux furent continués dans les journées du 5 et du 6, et l'ennemi montra la même activité à détruire ce que l'on se flattait de terminer. Malgré l'adresse de l'artillerie française, celle de l'ennemi con-

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servait un grand avantage, parce qu'il n'a~ vait pas été possible de ricocher les lignes de la fortification. Les ressources de l'ennemi en munitions étaient d'ailleurs trèsconsidérables, tandis que les assiégeans étaient obligés de ménager les leurs, et quand ils croyaient avoir éteint le feu des assiégés à la fin de la journée, ceux-ci remettaient toutes les nuits de nouvelles pièces en batteries. On réussit pourtant, malgré ces difficultés renaissantes, à s'approcher par les différentes sapes jusqu'à six toises du saillant de la demi-lune.

Le maréchal Lefebvre, faute de moyens suffisans pour faire occuper l'île A'Holm comprise entre le canal et la Fistule, avait été forcé de différer cette opération. Le géjnéral Chasseloup insistait pour qu'on s'emparât de cette île parce que sa possession seule pouvait mettre à même de construire de nouvelles batteries de revers contre le front d'attaque. Le maréchal décida que l'île serait attaquée dans la nuit du 6 au 7 mai; elle était gardée par quatre

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cents Russes, deux cents Prussiens, et une compagnie d'artillerie avec quinze pièces de canon et autant d'obusiers. Les assiégés n'avaient rien épargné pour la conservation de ce poste important. Cette expédition fut confiée au général de division Drouet,chef de l'état-major général. L'adjudant commandant Agmé commandait, sous ses ordres, les huit cents hommes destinés à l'exécuter, et le général Gardanne devait seconder l'attaque principale en traversant le canal de Laack pour couper la retraite de l'ennemi. A dix heures du soir les pontonniers mirent à l'eau douze barques contenant chacune vingt -cinq hommes; ce premier détachement composé de cinquante grenadiers du régiment de la garde de Paris, de deux cents hommes d'infanterie légère et cinquante canonniers mineurs ou sapeurs, fut bientôt suivi d'un second. L'ennemi surpris ne put s'opposer au débarquement : les grenadiers emportèrent la première redoute; la seconde, attaquée par le colonel Agmé, fut mieux défendue par les Russes, mais ceux-

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ci forcés à leur tour de se retirer sur les ouvrages construits à la pointe de l'île, y furent suivis avec tant de rapidité, que les assaillaro entrèrent avec eux dans les retranchemens. Pendant ce temps , les troupes du général Gardanne ayant traversé le canal coupèrent la retraite à l'ennemi ; ce qui échappa à la baïonnette fut fait prisonnier. Le second débarquement, composé des troupes badoises et de quelques compagnies de ia légion du nord , s'effectua sans obstacle. Ces troupes s'emparèrent d'une forte redoute malgré les difficultés que présentaient l'inondation et les fortes palissades. Enfin toutes les défenses de l'île furent enlevées avec la même impétuosité. Le succès fut complet; l'ennemi perdit dans cette affaire trois cents hommes tués dans les retranchemens, neuf cents prisonniers, et dix-sept pièces de canon. La perte des assiégeans fut peu considérable, et ne s'éleva pas au-dessus de neuf hommes tués, et une quarantaine de blessés. Nous ne devons pas omettre ici une action d'éclat toute semblable à celle qui

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immortalisa le brave d'Assas au combat de Kloster-Camp. Un chasseur du 12e régiment d'infanterie légère , nommé Fortunas , s'étant porté en avant, tomba au milieu d'un détachement russe, dont les officiers surpris eux-mêmes peu d'instans après par la compagnie à laquelle appartenait ce chasseur, crièrent : « Ne tirez pas, nous sommes Français»; menacé d'être tué s'il parlait, Fortunas s'écria : «Tirez, tirez, mon capitaine, ce sont des Russes. »

La possession de l'île à'Holm fut promptement assurée par les travaux que l'on fit aux retranchemens dont on venait de s'emparer. Les batteries furent retournées pour les faire servir contre la place; et dès le 7 mai, la redoute de la rive gauche commença à foudroyer Dantzick. Le pont de radeaux sur le canal fut achevé , et l'on avança beaucoup la construction du pont sur la Vistule*

Cependant à l'attaque principale le feu terrible des assiégeans parvint à éteindre celui de l'ennemi. Des rangs entiers de palissades furent labourés par les boulets et les

éclats de bombes. Les ouvrages extérieurs étaient entièrement délabrés, les principaux édifices étaient endommagés, et les incendies se multipliaient. Les assiégés travaillaient avec activité à l'armement du corps de place.

Le maréchal Lefebvre ordonna alors de couronner le chemin couvert au saillant de la demi-lune du Hagelsberg. Le colonel du génie Lacoste et le chef de bataillon du génie Rogniat furent chargés de cette difficile opération : elle réussit malgré les obstacles qu'opposait le feu de quatre pièces de canon qui tiraient à mitraille pendant qu'on se fusillait dans les branches du chemin couvert et dans les places d'armes rentrantes. Les sapeurs et les tirailleurs parvinrent à effectuer le couronnement.

On savait que les assiégés travaillaient depuis quelques jours à des galeries de mine; le puits fut découvert par le brave sergent du génie Chapot, qui s'y élança seul, désarma et fit prisonniers deux mineurs ennemis.

Les Français, maîtres d'une partie du che-

min couvert et des galeries de l'ennemi, placèrent deux batteries importantes, et forcèrent les assiégés à évacuer entièrement le chemin couvert; ceux-ci cependant conservèrent le blockhaus; la nature du terrain n'avait pas permis de construire un cavalier de tranchée pour favoriser le couronnement du chemin couvert. Aussi cette opération fut- elle très -meurtrière; les assiégéans perdirent environ cent homjnes. Le travail fut continué le 8 mai, et l'on atteignit par la seconde sape le saillant du bastion d'attaque.

Le maréchal Lefebvre se détermina à tenter un assaut au fort du Hagelsberg, et fit pousser le bombardement avec une grande activité. Afin de distraire l'attention de l'ennemi, de nouvelles batteries furent élevées à la pointe de l'île pour enfiler et prendre de revers les ouvrages du corps de place qui répondaient au Hagelsberg, et principalement un cavalier que les assiégés avaient armé pour cet effet. Dans la journée du 9, tous les débouchés étant prêts, deux déta-

chemens de sapeurs, soutenus par un piquet d'infanterie, poussèrent une reconnaissance sur le blockhaus de la place d'armes. Le sergent de mineurs Noyer sauta le premier dans le chemin couvert, et s'assura qu'il n'existait point de mine «au saillant du bastion : mais les réduits des places d'armes étaient encore trop fortement occupés pour que l'on pût tenter la descente du fossé. Le lendemain , ro mai, on chemina sur les trois saillans à la fois pour embrasser tous les contours du chemin couvert. Ce travail fut long et périlleux. Le capitaine du génie Collet , qui le dirigeait , y fut grièvement blessé. Les assiégés jetèrent, pendant les journées du 11 et du 12 mai, une telle quantité d'obus et de bombes sur ce point, que six toises de la tête furent entièrement comblées.

Le maréchal Kalkreuth s'attachait d'autant plus à multiplier les obstacles à ces derniers travaux, qu'il avait l'espoir d'être secouru puissamment par mer. Déjà depuis plusieurs jours on avait vu paraître des voiles prussiennes dans le Frisch-Haff. Le ma-

réchal Lefebvre , averti par l'empereur que les alliés méditaient une grande entreprise, avait invité le général Oudinot, qui se trouvait à Marienburg avec son corps de grenadiers, à porter une de ses brigades dans l'île de Nogat. Il avait aussi renforcé ses postes dans cette partie, et prévenu le général Schram de se tenir sur ses gardes dans la Nehrung. Le nombre des voiles ennemies s'augmentait de jour en jour dans la partie orientale du Frisch-Haff. Le 10 et le 1 1 mai on comptait plus de cinquante-sept bâtimens chargés de troupes, qui s'avancèrent par la pleine mer sous la protection du fort de JVeichselmunde, et débarquèrent les troupes et les munitions dont ils étaient chargés au camp de Neufahrwasser, dont la communication avec Dantzick avait été coupée , ainsi que nous l'avons dit plus haut.

Le général Benningsen, ne pouvant forcer la ligne des cantonnemens de l'armée française sur la Passarge, était décidé à faire un dernier effort pour attaquer l'armée de siège du côté de la mer. Il avait donné au gé-

néral Kamenskoi le commandement de cette expédition : celui-ci s'embarqua au fort de Pillau avec deux divisions composées de régimens russes et prussiens, formant un effectif d'environ douze à quinze mille hommes. Soixante - six bâtimens de transport, escortés par trois frégates ou corvettes , por* tèrent à l'embouchure de la Vistule ce nombreux secours, qui réunissant et concentrant ses attaques avec une sortie de la garnison , mettait l'armée du maréchal Lefebvre dans le plus grand péril. Après avoir pris les dispositions dont nous venons de parler* le maréchal fit à ses soldats cette courte et énergique harangue : « Camarades, tant que nous « vivrons, nous n'abandonnerons rien à l'en* « nemi; que chacun défende son poste juste qu'à la mort. » Tous répondirent par le serment de vaincre ou de mourir.

Le général russe Kamenskoi pouvait attaquer tout à la fois le général Schram dans l'île de Nehrung , et le général Gardanne sur le canal de Laach et dans l'île d'Uolm.

L'empereur Napoléon, prévoyant que les

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alliés tenterai en 1 enfin de dégager Dantzick, avait formé à Marienburg une réserve dont le maréchal Lannes, rétabli de la maladie qui l'avait retenu pendant trois mois à Varsovie , devait prendre le commandement. Le général Oudinot, sur l'invitation du maréchal Lefebvre, s'était déjà mis en marche \ ses têtes de colonnes parurent aux environs de la place dans la soirée du 12 mai. Le maréchal Lan nés s'y porta de sa personne, leur présence et l'ardeur des grenadiers releva encore le courage des assiégeans. Le général Kamenskoi, au moment du débarquement de ses troupes, ignorait encore la prise de l'île ftHolm, et fut déconcerté de trouver un tel obstacle à ses communications avec la place. Il retint ses troupes dans les retranchemens du camp de Neufahrwasser. Il ne tenta point d'attaquer l'île, et montra beaucoup d'irrésolution dans ses mouvemens. Il se borna à se concerter, par des signaux, avec le gouverneur de Dantzich > et ne put communiquer qu'avec le fort de Weîchselmunde . Les généraux français eu-

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rent tout le temps de faire leurs dispositions relativement à l'attaque à laquelle ils s'attendaient.

Les assiégés, animés par la présence de l'armée de secours , firent pendant la journée du i5 un feu très- vif. Les travaux des assiégeans furent poussés avec une nouvelle vigueur. On déboucha des deux pointes de la sape pour entrer dans le chemin couvert du bastion, et dans celui des places d'armes vis-à-vis des blockhaus; on pressa le couronnement sur différens points pour arriver jusqu'aux palissades. Une attaque de vive force était impossible avant que ces palissades, d'une grosseur énorme, qu'on ne pouvait promptement couper à coups de hache, fussent ruinées par un moyen plus prompt. Les assiégés, devenus plus audacieux, firent dans la même soirée, i3, une sortie; ils pénétrèrent jusque dans la tête de sape, d'où ils furent promptement repousses.

Le lendemain 14, les sapeurs débouchèrent sur le saillant de la place d'armes

rentrante par une sape debout; ils la poussèrent jusqu'à trois pieds de la palissade , et firent une traverse à une batterie d'obusiers établie au couronnement des glacis du demibastion de droite; ils poussèrent aussi un boyau suivant îe contour de la hauteur, pour soutenir la seule pièce qu'on eût pu établir vis-à-vis le flanc qui défendait le passage du fossé. Le terrain était tout à l'avantage de l'assiégé; aussi l'artillerie française ne parvint que par des efforts inouïs à placer un obusier dans ce logement rétréci et plongé par le bastion ; enfin on commença une mine contre le blockhaus de la place d'armes rentrante de droite.

Les travaux de la Basse-Vistule , si importans depuis l'arrivée de l'armée de secours, furent continués avec une égale activité.

Ce fut seulement le i5 mai, le quatrième jour après le débarquement, que divers mouvemens des Russes dans le camp retranché de Neufahrwasser annoncèrent la résolution du général Kamenskoi d'attaquer im- 18. 12

médiatement. IL commença à déboucher à quatre heures du matin , et engagea d'abord une vive canonnade. Les troupes du gé néral Schram etcellesd 11 général Gardanne étaient en bataille derrière les deux redoutes construites vis-à-vis le fort deWeichselmunde . Le maréchal Lefebvre était au Hagelsberg , veillant lui-même à la garde des ouvrages, et se tenant prêt à marcher avec sa réserve sur le point qui serait attaqué. Le maréchal Lannes et le général Oudinot , sur la gauche de la Basse- Vistule, attendaient que le dessein de l'ennemi fut déterminé.

Le général Kamenskoi avait formé q uatre colonnes : la première, celle de droite, se porta à la droite du bois , la seconde et la troisième marchaient au centre ,. et la quatrième était en réserve sur le bord de la mer. Ces quatre colonnes, composées de neuf régimens russes, présentaient une force de onze à douze mille hommes.

Le général Schram, dont nous venons cPiridiquer la position en arrière des redoutes, avait à sa gauche les bataillons polonais^

au centre une forte brigade saxonne, à la droite le deuxième régiment d'infanterie légère, et en réserve le régiment de la garde de Paris. Les Russes attaquèrent cette ligne vers cinq heures du matin , sur la gauche et sur le centre, avec des forces supérieures. Le maréchal Lefebvre voyant qu'ils gagnaient du terrain, envoya au. général Schram un bataillon du 2e d'infanterie légère et deux cents Saxons. Trois fois les Russes essayèrent d'enfoncer la ligne française , et trois fois ils furent repoussés. Leur quatrième attaque fut si impétueuse, que le général Schram ne la soutint qu'avec beaucoup de peine. Les Russes ployèrent, mais le général Kamenskoi fit avancer sa réserve et rétablit le combat. Le général Oudinot arriva alors avec la première colonne de sa division , à la tête de laquelle marchait avec lui le maréchal Lannes. L'action devint alors plus vive et très-meurtrière. Un boulet frappa le cheval du général Oudinot, et le renversa sur le maréchal Lannes; Oudinot se relève et combat à pied à la tête de ses grenadiers. Les Russes cul bu-

tés et défaits cédèrent le terrain , et furent poursuivis jusque sous le canon de TFeichseh munde. Le champ de bataille resta couvert de leurs morts. Une colonne, qui filait le long de la mer, fut presque entièrement détruite. Les Russes perdirent dans cette affaire près de deux mille cinq cents hommes. Dans cette action brillante, presque tous les aides*de-camp et tous les officiers qui étaient auprès des généraux français furent plus ou moins blessés.

Le feld-maréchal Kalkreuth ne crut point devoir seconder cette attaque par des sorties ; il se borna à faire diriger une forte canonnade sur les travaux ; et les assiégés, témoins du vigoureux combat que livraient les Pviisses , virent s'évanouir leurs dernières espérances.

L'attaque du général Kamenskoi sur l'île âiHolm devait être secondée par celle que le colonel Bulow était chargé d'exécuter sur la Nehrung, avec quatre bataillons , deux compagnies d'artillerie et une centaine de chevaux : celle-ci fut tardive., et les troupes de

Kamenskoi, sortiesdu camp de Neufahrwasser, étaient déjà défaites et refoulées dans leurs retranchemens , lorsque Bulow, qui était parti de Pillauy et avait fait débarquer son détachement, se porta sur Kaalberg pour attaquer les avant-postes du général Sehram. Ces postes de cavalerie se reployèren t jusqu'à Furstemverder* La colonne prussienne s'avança en longeant le Frisch-Haff*, jusqu'à l'extrémité occidentale du golfe; mais craignant d'être tourné par sa droite, Bulow n'osa s'avancer davantage vers Dantzick. lî s'était même déjà trop engagé. LegénéralBeaumontavecsa brigade de dragons, et le général Albert avec la brigade de grenadiers du corps d'Oudinot, qui se trouvait , comme nous l'avons dit, dans l'île de Nogat, se réunirent et débouchèrent ^vFurstenwerder, Ils rencontrèrent les Prussiens entre Passenwerder et Stége , à la petite pointe du jour, les culbutèrent et les poursuivirent sans relâche le long de la Nehrung, pendant toute la journée. Dans ce trajet, qui n'était pas de moins de dix lieues, le colonel Bulow perdit onze

cents hommes, dont quatre cents furent faits prisonniers, et quatre pièces de canon.

Telle fut l'issue de la seule tentative sérieuse qu'eussent faite les alliés pour secourir Dantzick. Pendant ces combats, les travaux devant le Hagelsberg, et sur les autres points d'attaque, ne furent point interrompus. On avait commencé un rameau de mine pour faire sauter le blockhaus de la place d'armes rentrante, et ouvert plusieurs entrées dans le chemin couvert de la demilune et du bastion de droite.

Les Russes ne renouvelèrent point leur attaque, et restèrent dans leurs retranchemens pendant la journée du ï6. Vers la fin de cette journée, on fit jouer la mine qui devait faire sauter le blockhaus ; elle était chargée de quatre cents livres de poudre, et cependant elle ne produisit pas tout l'effet qu'on s'en était promis :1e blockhaus ne sauta point, mais il fut fort endommagé. On s'empressa de couronner l'entonnoir, au fond duquel on commença un autre rameau de mine; le capitaine du génie Migneron fut

DES EVÉffEMENS MILITAIRES. l85

tué par l'explosion du premier rameau.

Le 17, ie travail entrepris à l'entonnoir de la mine fut continué. «Le jeune Tholosé, lieutenant du génie, y fut tué. Son père et son frère aîné étaient morts aussi honorablement que lui sur le champ de bataille.

Les assiégés firent, vers les sept heures du soir, une petite sortie sur le couronnement de l'entonnoir, et enclouèrent un obusier placé à l'angle saillant du bastion ; les gardes de la tranchée repoussèrent cette sortie, et l'obusier fut désencloué.

Enfin le 18, on arriva au pied du blockhaus que l'ennemi occupait encore et d'où il fusillait à bout touchant; on y mit le feu avec des fascines goudronnées.

On fit en même temps un débouché blindé pour entrer dans le chemin couvert. Dans la même nuit le caporal Gaucia , trois sapeurs, et six hommes d'infanterie, se jetèrent dans le fossé de la demi-lune, et malgré les décharges continuelles de mitraille, ils s'ouvrirent un passage à travers les piquets et la fraise dont il était entouré.

l84 PRJÉCIS

On jeta aussi une bombe dans le puits de l'ancienne mine ennemie pour la bouleverser.

Les journées du 19 et du 20 furent employées à perfectionner les travaux commencés pour la descente du fossé, et pour rendre l'assaut praticable. Les mineurs entrèrent de nouveau en galerie vers le milieu de la face du bastion attaqué, pour essayer d'adoucir le talus de la descente du fossé qui se trouva, quoique en terre, extrêmement roide à une profondeur de plus de vingt-sept pieds. Les palissades de la face de ce bastion, ainsi que celles de la demilune avaient de si fortes dimensions, qu'à moins de pouvoir les battre en brèche, on ne devait pas compter sur les effets de l'artillerie pour obtenir des trouées suffisantes. On tenta vainement de les brûler avec des fascines et des tonneaux de poudre; il fallut prendre le parti de déchausser ces palissades, ne pouvant les couper.

Le 19, une corvette anglaise la Sans* Peur, de vingt-quatre canons y et cent vingt

hommes d'équipage, avec une garnison de quarante soldats russes ou prussiens, voulut profiter d'un vent favorable pour remonter la Vistule jusqu'à Dantzick; mais le feu des batteries et surtout celui de la. mousqueterie des postes établis sur la rive gauche, furent si bien dirigés, que les matelots ne pouvant manœuvrer, la corvette échoua. Lesgrenadiers du régiment delà garde de Paris se jetèrent alors dans la Vistule } et abordèrent les premiers le bâtiment ennemi, qui amena aussitôt pavillon. La Sans- Peur portait aux assiégés dix-huit milliers de poudre, cinq cents sacs d'avoine, des gargousses pour des boulets de 24, et divers autres objets de ravitaillement.

L'artillerie de la place fit beaucoup de mal pendant ces deux journées du 19 et du 20, et endommagea considérablement les travaux de tranchée. Le feld -maréchal Kalkreuth, prévoyant bien que l'assaut du Hagelsberg allait être tenté, résolut de faire un dernier effort pour détruire les derniers ouvrages des assiégeans. .11 ordonna en con-

séquence une grande sortie. Elle eut lieu dans la soirée du 20 mai; les gardes de tranchées furent d'abord repoussées , et les assiégés se maintinrent dans les logemens de contrescarpe assez de temps pour renverser le travail de la journée de la veille. Toutefois le colonel Lafosse du 44e de ligne et le chef de bataillon Oudot du 12e léger, parvinrent à rallier les troupes et à les ramener au combat. Ces deux chefs furent grièvement blessés; mais l'ennemi abandonnâtes ouvrages, et fut poursuivi jusque dans le fossé de la place.

Le 21 mai , l'armée de siège fut renforcée par l'arrivée des troupes du maréchal Mortier, dont une partie était restée devant Colberg. Ce maréchal vint lui-même se réunir au maréchal Lefebvre, et les ordres furent donnés pour livrer immédiatement l'assaut au Hagelsherg.

On se battait corps à corps sur les derniers débris des défenses de l'ennemi : tout était prêt pour la descente du fossé; les assiégés se préparaient de leur côté à soutenir el re~

pousser l'assaut. Ils avaient disposé trois fortes pièces de bois, retenues par des cordes sur le talus extérieur de l'escarpe , afin de renverser les colonnes d'attaque. Un instant avant l'heure fixée, François Vallet, soldat du 12e d'infanterie légère, qui avait déjà arraché des palissades dans le fossé, alla seul couper les cordes qui retenaient les poutres. Il fut blessé d'un coup de feu après avoir exécuté ce coup d'audace.

Cependant le maréchal Lefebvre, avant de donner le signal de l'assaut, crut devoir faire au brave gouverneur de Dantzick une dernière sommation, et lui offrir une honorable capitulation. Le feld-maréchal Kalkreuth n'ayant plus aucun espoir d'être secouru, et reconnaissant que les assiégeans pouvaient se rendre maîtres du fort de H agelsberg, à la glorieuse défense duquel il avait presque épuisé ses dernières ressources, se montra disposée capituler. Le colonel du génie Lacoste fut chargé de la négociation. Le maréchal exigeait que le gouverneur s'engageât à faire rendre le fort de Weichselmunde et le

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camp retranché de Neufahrwasser, quelagarnison déposât les armes et restât prisonnière. Kalkreuth répondit que n'ayant plus aucune communication avec Weichselmunde et le camp retranché, il ne pouvait prendre à cet égard aucun engagement, et qu'il était résolu à périr avec le reste de sa garnison sur les remparts, plutôt que de souscrire à des conditions plus humiliantes que celles qu'il avait accordées lui-même à la garnison de Mayence , en 1793.

Plein d'estime pour son digne adversaire, le maréchal Lefebvre en référa à l'empereur Napoléon* il lui représenta que maître de la place, il le serait bientôt de Weichselmunde et du camp, et que le feld-maréchal Kalkreuth, poussé au désespoir, ferait encore payer bien cher une conquête qui avait déjà coûté le sang de tant de braves. Napoléon se rendit aux observations du maréchal, et l'autorisa à accorder au gouverneur de Dantzick les conditions qui lui sembleraient être les plus convenables.

Le 24 mai, après trois jours de négocia-

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lions, la capitulation fut arrêtée et signée entre le général Drouet, chef de letat-major de l'armée de siège d'une part, et le gouverneur Kalkreuth, les généraux prussiens Rouquette, Collamberger, et le général russe Scherbatow, de l'autre.

Les principales conditions delà capitulation furent que la garnison sortirait avec armes et bagages, drapeaux déployés, tambour battant, mèche allumée, avec deux pièces d'artillerie légère et leurs caissons attelés de six chevaux, pour être conduite aux avant-postes de l'armée prussienne à Pillau, en passant par l'île de Nehrung, et en cinq jours de marche. Cette garnison s'engageait à ne pas servir contre l'armée française et ses alliés pendant un an. Toutefois la capitulation ne devait recevoir son exécution que si à l'époque du 16 mai, à midi,, la garnison n'avait pas été secourue, bien entendu que jusqu'à cette époque la garnison de Dantzick ne pourrait faire aucune attaque contre les assiégeans, en supposant le cas où ceux-ci se battraient en dehors.

En conséquence , le 26 à midi , le Ha~ gelsberg, les portes d'Oliva, de Jacob et de Neugarden, furent cédées aux troupes françaises, et le lendemain 27, la garnison sortit avec les honneurs stipulés et marcha vers Pittau par la Nehrung. Le maréchal Lefebvre fit le même jour son entrée à la tête de son corps d'armée ; le maréchal Lannes et le général Oudinot se refusèrent à son invitation de partager avec lui les honneurs de ce triomphe auquel ils avaient tant contribué.

Depuis le combat du i5, le général Kamenskoi, retiré sous Weichselmunde, n'avait fait que d'inutiles démonstrations. Témoin passif des apprêts de l'assaut et de la reddition de la place, et voyant déjà disposer des batteries à boulet rouge pour brûler ses bâtimens de transport, il se hâta de faire embarquer ce qu'il lui restait de troupes, et mit à la voile pour Plllau.

Le maréchal Lefebvre fit sommer immédiatement le fort de ffeichselmunde ; mais pendant qu'on réglait les articles de la capi-

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tulation , la garnison sortit volontairement et se rendit prisonnière.

Nous ne saurions mieux terminer cette relation authentique du siège de Dantzick , qu'en consignant ici quelques observations du général Kirgener, chef de l'état-major dn génie. Cet officier général , l'un des plus distingués de son arme, et qui fut frappé de la mort des braves sur le champ de bataille de Bautzen, par le même boulet qui enleva aussi à la France le grand - maréchal du palais Duroc, était directeur des attaques, et commanda en chef jusqu'à l'arrivée du général Chassel ou p, le 19 avril. Il terminait ainsi le précis qu'il a publié en 1807 :

« Les principales difficultés de ce grand « siège ont été,

« i°. Que M. le maréchal Lefebvre avait « d'abord une armée inférieure à celle du ma- « réchal Kalkreuth, et que cette armée était « composée en grande partie de troupes «neuves; toutes celles destinées au siège «n'ayant pas eu le temps de rejoindre « encore.

« '2°. Que l'artillerie avait une peine in- « finie à faire arriver ses convois par la dif- « ficulté des chemins et de la mauvaise «saison; ce qui a retardé l'établissement h des batteries, et forcé de ménager les muet nitions jusqu'à la fin.

« 5°. Que la place obligeant à une très- « grande circonvallation , qui n'a pu être « même entièrement fermée qu'après l'ar- « rivée des renforts, les corps de troupes qui « occupaient les divers quartiers , étaient «extrêmement faibles, et ne pouvaient « fournir que très-peu de travailleurs à la « fois, et encore trop peu de gardes pour « les tranchées.

«4°. Enfin, que l'on n'avait aucun bon «plan de la place, aucune idée de la pro- « fondeur des fossés, et que les accidens du « terrain en avant de la fortification se «multipliant à l'infini, on ne pouvait les « reconnaître qu'à mesure de l'avancement « des travaux.

« Ces circonstances, la nécessité de conu centrer la majeure partie des troupes à

« portée du camp de Neufahrwasser par « où les secours venant de la mer pouvaient « déboucher, et enfin l'avantage que l'assiégé « avait pu conserver de rester maître d'une k partie de ses faubourgs, ont déterminé à « conduire la principale attaque sur le Ha- « gelsberg.

«Je pensais, et je pense encore, que le «véritable point d'attaque était la longue « branche de lignes de la plaine qui se rat- « tache au bastion de droite du Hageïsberg; « c'était là le défaut de la cuirasse : mais «il fallait reprendre la petite redoute qui « conduisait immédiatement à l'attaque de «Pile.

« Cette opération de l'île avait été résolue, « et le général d'artillerie Lariboissière avait « déjà fait arriver les bateaux à cet effet.

« Alors on aurait cheminé en toute sécu- « rite au pied des hauteurs; on ricochait ou « prenait de revers toutes les lignes flan- « quantes , et même en supposant l'attaque «en règle, la descente de fossé se faisait «pour ainsi dire de plain-pied; mais la

« petite redoute n'ayant pu être reprise , il ci n'y avait plus d'autres moyens que de con- « tinuer au Hagelsberg .

« Cependant si de prime abord on avait « pu s'établir au Stolzenberg et dans le race vin au pied du Bischopsberg, ce qui aurait «dû être, si l'on avait eu plus de troupes « en arrivant, l'avantage de se trouver de « suite au pied des glacis du Bischops- « berg m'aurait peut-être fait pencher en « faveur de ce point d'attaque , malgré la « la pins grande capacité de ce front sur « l'autre et la supériorité de son tracé. Il est « vrai que ces derniers avantages en faveur «de la fortification du Bischopsberg sont « bien compensés par la plus grande profon- « deur des fossés du Hagelsberg , et aussi « par la liaison de ce front avec celui de sa « gauche. Ils forment ensemble une seule «ligne droite, à laquelle on a réellement « affaire, indépendamment que le Bischops- « berg et l'île y peuvent encore porter des « feux, ce qui n'est pas réciproque.

« La configuration du corps de place, en

DES ËVÉNEMENS MILITAIRES. 1q5

» arrière, ne peut entrer en aucune considé- « ration à mon sens; car les ouvrages en terre « étant tous liés entre eux, dès que l'on a « passé la dernière palissade , on est libre de « s'étendre partout , et par conséquent de « commencer la nouvelle attaque où l'on « veut.

« Mais je le répète, dans les circonstances

« où l'on s'est trouvé, on ne pouvait faire

« autre chose que ce que l'on a fait; et s'il

« pouvait y avoir du pour et du contre pour

« le choix du point d'attaque, il n'était plus

«possible de varier pour l'assaut, au point « où l'on en était.

« Le Bischopsberg ne pouvait plus être « que la fausse attaque, et celle du Hagels- « berg était la seule sur laquelle on dût a compter, encore que la première eût pu « réussir, parce qu'il y avait un point sur Je « revers du Stolzenberg qui offrait quel- « ques facilités pour une surprise.

ce II faut souvent distinguer les parties « d'une fortification favorables à une sur- « prise ou à une attaque de vive force , des

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« points où l'on doit conclure les attaques « régulières. C'est ainsi que, par rapport à « cette place , les points de surprise ou d'at- « taque de vive force étaient les revers du « Bischopsberg et du Hagelsberg, ainsi que « les bords de la rivière , tandis que les « points d'attaque en règle ne pouvaient se « trouver que dans la plaine àiOliva ou sur « les plateaux.

« Pour conclure , on peut dire que la foret tification du Bischopsberg y supposée en « plaine, vaudrait mieux que celle du Ha™ « gelsberg, mais que tout change par les « accidens du terrain. L'ennemi a tellement « senti cette vérité, qu'il s'est constamment « maintenu dans les vergers et les faute bourgs en avant du Bischopsberg, jusqu'au « moment où l'attaque du Hageîsberg était « trop avancée pour qu'on pût changer de « système ; et l'on a vu plus haut qu'il y « avait des considérations majeures qui ont a obligé à préférer le parti que l'on a pris.

« A l'égard du camp retranché de Neu- « fahrwasser, la plupart ont été d'avis de

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« l'attaquer d'abord ; ce qui eût de suite « fermé la communication avec la mer. Mais « les avis ont différé sur les moyens d'exé- « cution ; l'attaque de vive force ne m'a « paru praticable qu'avec du canon. Je fon- « dais mon opinion sur ce qu'il n'y avait « point d'exemple que l'on eût forcé un « aussi bon camp défendu par deux lignes « d'ouvrages, dont les uns étaient pour les « autres des réduits inattaquables, et qui se « trouvaient d'ailleurs couverts par deux « enceintes de palissades à grosses dimen- « sions. Je croyais que n'ayant pas dans ce « premier moment assez d'artillerie pour « faire le siège de la place , on pouvait emk ployer ce que l'on en avait à contrebattre « les ouvrages du camp, et à rompre les part lissades qui, toutes grosses qu'elles étaient , « ne pouvaient résister à du canon de gros « calibre; enfin le siège ayant été entrepris « sur ces entrefaites, la nécessité de concen- « trer tous ses moyens sur la place ellem même n'a plus permis de songer qu'à « couper Ja communication de la mer à \&>

« ville par des opérations plus immédiate- « ment liées aux attaques.

ce Ainsi s'expliquent les efforts que l'en- « nemi a pu faire pour secourir Dantzick, « et les retraites précipitées qu'il a faites du « Neufahrwasser et du Tf^eichselmunde « après la reddition de la place. »

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