IT
SECTION
SECTION
lui demander des audiences publiques ou particulières. Ces audiences ne pouvant être données à tout le monde à-la-fois, et ceux qui les demandent méritant de la considération , 1l faut , outre lés appartements du prince et de sa famille , les logements des gens de sa suite et d’autres accessoires , faire entrer dans $a composition des portiques, des vestibules, des galeries, des salles dans lesquelles chacun puisse en toute saison attendre commodément et dignement le moment d'être admis à son tour aux audiences du prince: telles sont les convenances principales d’un palais On voit que la magnificence doit résulter naturellement de la disposition de ce genre d'édifice.
Les palais de l’Escurial, de Versailles, des Tuileries, et quantité d’autres, ont une étendue immense; on a prodigué des sommes énormes pour couvrir leur extérieur de ce que l’on appelle Architecture. D'après les idées que l'on a vulgaïrement de cet art, ils devraient être de la plus grande beauté; rien cependant n’est plus trivial et plus mesquin que leur aspect. La plupart des palais d'Italie au contraire sont d'une
petitesse extrême, ne sont pas composés à beaucoup près ,
d’un aussi grand nombre d'objets, ont coûté conséquemment bien moins, et rien cependant n'est plus noble que ces édifices. Pourquoi cela ? parce que, dans les premiers, on a totalement négligé la disposition et les convenances pour ne s'occuper que de décoration, et que dans les autres les convenances et la disposition ont du moins été les principaux objets dont on s’est occupé d’abord.
Les bornes de ce précis ne nous permettent pas d'examiner, l’un après l’autre, avec quelques détails, les différents palais que nous venons de citer. Nous renverrons donc pour cet examen aux planches 43, 45, 46, 47, 53, etc., jusques et compris 6o de notre Parallèle, et nous nous bornerons à
D 0 + opel ré
quelques observations sur le Louvre, ce palais si célèbre; elles suffiront pour achever de remplir le principal but que nous nous sommes proposé en traitant de ce genre d’édifice.
Dans un palais comme le Louvre, où les principaux appartements sont au premier étage, la convenance demandait peut-être pour cet étage, ainsi qu’on l'a fait, une colonnade d’où le prince qui l'eût habité eût pu jouir des fêtes que l’on aurait données dans la place qui est au-devant de cet édifice ; mais à coup sür elle exigeait au rez-de-chaussée une autre colonnade pour recevoir dignement ceux que leurs affaires auraient pu conduire dans ce palais : or, si le Louvre est admiré généralement par tous ceux qui ne considèrent l'Architecture que comme l’art d’amuser les yeux à cause de la colonnade que l'on remarque dans sa façade, n'est-il pas évident qu'il aurait excité une admiration double, si audessous de la colonnade qui existe, une autre colonnade se fût présentée aux regards? #
Les bâtiments qui environnent la cour du Louvre sont simples, c’est-à-dire qu'ils ne renferment dans leur épaisseur qu’une seule pièce, disposition peu commode, puisque pour parvenir aux pièces des extrémités, il faut traverser toutes les autres, ou monter et descendre sans cesse des escaliers qui interceptent la communication des appartements. Une colonnade qui aurait régné tout autour de cette cour, tant au rez-de-chaussée qu’au premier étage, ainsi que dans la plupart des palais d'Italie, en faisant disparaître tous ces inconvénients, n’aurait-elle pas ajouté considérablement à la beauté de sa décoration? Y a-t-il quelqu'un qui puisse disconvenir que des colonnades réelles n’offrent un spectacle plus frappant que des images imparfaites et confuses de ces mêmes colonnades, telles que celles qui forment la décoration architectonique de la cour du Louvre ?
I11° PART
II SEcrio.
xx part, 46 DES ÉDIFIMES PUBLICS.
SECTION
La colonnade du Louvre sstähiterceptée dans son milieu par un avant-corps énorme, lan Ila partie inférieure duquel est pratiquée l'entrée de ce palaüs);-entrée, au jugement de tout le monde, indigne d’ür tell édifice. Si cet avant-corps inutile et incommode n’exisäaitipas. si la colonnade s’étendait, comme naturellement selaédlevrait être ; d’un pavillon à l’autre, cette colonnade ne feraït-elle pas un effet infiniment plus imposant? Si de là colonnade que l'on eût dû placer au-dessous de celle-ci on füt entré dans un vestibule vaste par cinq entre-colonnements; si par un nombre d’entrecolonnes semblables on eüt passé de ce vestibule sous les portiques de la cour; si pour arriver au premier étage on eût trouvé de grands escaliers à droite et à gauche du vestibule, l'entrée du Louvre n'aurait-elle pas été aussi majestueuse qu'elle l’est peu ?
S'1l est évident que la convenance eût procuré à cet édifice un degré de beauté bien supérieur à celui qu'il offre , il ne l'est pas moins que l’économie , loin de s'opposer à cet effet, aurait, au Contraire, contribué essentiellement à l'augmenter.
Il n'est pas besoin de calcul pour se convaincre que les dépenses occasionées par les avant-corps, les frontons et une foule d'autres objets inutiles ou peu simplement disposés qui se rencontrent dans cet édifice, et que l'économie et le goût rejettent absolument, eussent été plus que suffisantes pour la construction des objets essentiels qui lui manquent, et desquels eût infailliblement résulté le degré de beauté
dont il était susceptible.
Le projet de palais que l’on trouvera, planches 3 et 4 de cet ouvrage, est supposé élevé à la campagne. Comme dans ce cas le terrain est bien moins restreint qu'a la ville, comme l'on peut s'étendre en quelque sorte autant qu'on le veut, nous avons cru devoir ne lui donner qu'un étage: d'une part,
DES ÉDIFICIES PUBLICS. 47 ati PART.
afin qu'il n'y eût point de logements au-dessus des appartements du prince; de l’autre, afin que de tous les appartements placés au rez-de-chaussée ont püt jouir plus facilement des promenades qu'offriraient les jardins.
On remarquera que cet édifice exige quelques pièces assez vastes dont la hauteur doit par conséquent être plus considérable que celles de plusieurs autres dont l'étendue est moindre ; et que de ces différentes hauteurs des pièces résulte naturellement un certain mouverment dans l'élévation de cet édifice; que la convenance exigeant dans certaines parties de son plan des colonnades qu'elle réprouve dans d’autres, cette difiérence introduit nécessairement dans l'élévation, sans qu'il soit besoin de s'en être occupé, des avant-corps, des arrière-corps, des parties ornées et des parties lisses, ce qui donne à l'aspect de cet édifice le degré de variété dont il est susceptible. :
Quant au plan général de ce palais, notre but n'a été , en le donnant, que de fare voir que, rapprochant les uns des autres des édifices qui ont entre eux des rapports, et formant de ces édifices un ensemble, on peut, sans augmenter la dépense, augmenter la magnificence des spectacles que l'architecte peut offrir.