‹ Précis des leçons d'architecture données à l'École royale polytechnique (volume 2)Chapitre 36 sur 65 · DES HÔPITAUX · texte numérisé non relu

DES HÔPITAUX

Il en est de plusieurs especes : les uns sont destinés à contenir les pauvres, tels que l'Hôpital général ; les malfaiteurs, tels que Bicêtre ; les femmes de mauvaise vie, les enfants trouvés, les fous , tels que la Salpêtrière , etc. ; les autres, à recevoir les malades de l’unet de l’autre sexe, tels que

rie papr. 08 DES ÉDIFICES PUBLICS.

I SecrioN. V’ETA né FCrI0N. J'Hôtel-Dieu , la Charité, les Incurables, etc. Nous ne nous

occuperons que de ces derniers, encore n'entrerons-nous pas dans tous les détails, ce qui exigerait un volume. Nous nous bornerons , ainsi que nous l'avons fait à l'égard des autres genres d'édifices, à faire connaître les convenances principales, et l'esprit dans lequel ces édifices doivent être composés.

De tous les édifices les hôpitaux sont ceux dans lesquels devrait régner le plus de salubrité; de tous les édifices ce sont cependant ceux dans lesquels, en général, on en rencontre le moins. Dans la plupart, toutes les salles réunies, tantôt aux angles d’un carré, tantôt au centre d'une CTOIX , forment des foyers d'infection, non-seulement funestes aux personnes qui viennent dans ces lieux chercher du soulagement à leurs maux, mais encore aux habitants des villes dans lesquelles les hôpitaux sont inconsidérément renfermés. À l'égard de toutes les autres parties, ces édifices sont traites avec tant d’insouciance et de barbarie, et l’aspect qui résulte de la disposition du tout est tel, que le plus malheureux ne consent qu'à regret à se faire transporter dans ces lieux, qui semblent moins des édifices hospitaliers que des gouffres où vient s’engloutir l'humanité souffrante. Les hôpitaux de Milan en Italie, et de Plymouth en Angleterre, sont presque les seuls qui méritent quelques éloges. ;

Dans l'hôpital de Milan, l'un des plus célèbres d'Italie, bâti avec magnificence aux frais de Cottoni, riche citoyen de cette ville, on remarque avec plaisir de vastes et nombreux portiques, soutenus par des colonnes de marbre, qui, en établissant une communication entre les diverses parties de l'édifice, facilitent et assurent le service des malades, et procurent aux convalescents des promenades commodes et agréables, propres à hâter leur entier rétablissement. On applaudit au sentiment d'humanité qui dirigea le génie de

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IIS SecrTio.

l'architecte dans la disposition de ces différentes parties. mais on regrette en même temps que les salles n'y soient pas mieux coordonnées que dans la plupart des autres hôpitaux, sous le rapport essentiel de la salubrité.

L'hôpital de Plymouth, bâti avec non moins de soin, par Rovehad , en 1756, est de tous les hôpitaux le mieux disposé. IL offre quinze pavillons, éloignés les uns des autres, réunis au rez-de-chaussée par une colonnade qui règne autour d’une cour carrée. De ces quinze pavillons dix sont pour les malades, les cinq autres pour le service. La disposition de cet édifice est évidemment bien supérieure à celle de l'hôpital de Milan; mais elle est cependant encore loin d’être parfaite. Chaque pavillon renferme à chaque étage deux salles accouplées, dans lesquelles pee conséquent l'air ne peut pénétrer de toutes parts.

Les nu de de la Roëiétié et de Sainte-Anne, hors de Paris, composés par M. Poyet, d’après le programme de l’Académie des Sciences, édifices commencés en 1708, presque aussitôt abandonnés , auraient été de véritables modèles en ce genre, s'ils eussent été achevés. Ces hôpitaux réunissent tous les avantages de ceux de Milan et dé Plymouth, sans en avoir aucun des inconvénients. On en trouvera l’idée, planche 18. Chaque salle, tant celles qui, d’un côté, sont destinées pour les hommes, que celles qui, de l’autre, sont destinées pour les femmes, est affectée à un genre particulier de maladie. Chacune de ces salles a dix mètres de large sur environ neuf mètres de haut. Derrière les lits, placés sur deux rangs dans chaque salle, se trouve un corridor d'un mètre, servant à les isoler du mur, à en dégager le service, à masquer les garde-robes placées derrière chaque lit dans le renfoncement des croisées, et dont le service se serait fait sans qu'il y parût dans des lieux d'aisance

III‘ PART

SECTION

placés à l’une des extrémités de chacun de ces corridors.

Au-dessus de ces mêmes corridors, qui n’ont qu’un peu plus de deux mètres d'élévation, se trouve de chaque côté un rang de croisées au moyen desquelles les salles séraient parfaitement éclairées, et l'air parfaitement renouvelé. Les voûtes en brique qui couvrent les salles sont ouvertes à des distances convenables dans la partie supérieure.

À l’une des extrémités de chaque salle sont les escaliers qui du portique conduisent aux salles , et à l’autre extrémité les pièces de dessertes.

Le rez-de-chaussée, voûté comme les salles, serait destiné aux cuisines, offices, pharmacies, apothicaireries et'autres accessoires, tels que bains, logements et réfectoires des sœurs, des médecins, des chirurgiens, ete. Dans l'intervalle

qui sépare les divers corps de bâtiment sont des jardins plantés d'arbres, les buanderies, les‘étuves, le magasin aux huiles, la fabrique de chandelles, les boucheries, boulange-

ries, büchers ; en un mot, tous les lieux destinés à renfermer une grande quantité de matières combustibles sont placés loin dés salles, le long des murs d'enceinte de ces hôpitaux.

Dans des hospices dont la disposition répondrait si parfaitement à l'importance de leur objet, on ne craindrait plus de venir chercher des secours. Leur aspectseul, sinon magnifique, du moins noble et agréable, inflüerait sur l'efficacité des remedes. En entrant dans de tels édifices, où tout annoncerait le respect que l’on porte à l'humanité, et surtout à l'humanité souffrante, on se sentirait soulagé du poids de la honte, fardeau souvent plus insupportable et, plus accablant que celui du malheur même.

On pourra comparer ces derniers hôpitaux avec ceux que nous avons cités, planches 29 et 30 du Parallèle.

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