‹ Précis des leçons d'architecture données à l'École royale polytechnique (volume 2)Chapitre 37 sur 65 · DES PRISONS · texte numérisé non relu

DES PRISONS

Dans les grandes villes il devrait y avoir des prisons particulières pour chaque classe de détenus. L’humanité, la justice, et surtout l'intérêt des mœurs, ne permettent pas de renfermer dans une même enceinte, de confondre avec des criminels, des hommes emprisonnés pour dettes ou pour quelques fautes de jeunesse. Loin de corriger ces derniers, ce qui est le but que l’on se propose en les renfermant, cé serait les exposer au danger presque inévitable de devenir aussi méchants que les scélérats avec lesquels on les mettrait en contact, et risquer de les rendre encore plus nuisibles à la société qu'ils ne l'étaient auparavant. Dans les villes de peu d’étendue, où souvent il ne peut y avoir qu’une seule prison, il faut du moins qu'elle soit disposée de manière que les différentes espèces de prisonniers n'aient entre eux aucune communication. Dans tous les cas, les femmes doivent être entièrement séparées des hommes.

Dans quelque prison que ce soit, on doit apporter tous les soins imaginables pour la rendre salubre. La perte, même momentanée , de la liberté est déja un assez grand supplice, sans y ajouter celui des maladies et de la mort qu'elles traînent souvent à leur suite, d'autant que, parmi ceux qui endurent le premier de ces maux, il en est souvent qui ne l'ont pas mérité.

Si la justice due aux prisonniers réclame ces attentions. l'intérêt de la société les commande impérieusement. Qui ne connaît la maladie appelée fièvre des prisons, et ses effets funestes? Les seuls exemples que cite John Hovard font frémir. Aux assises tenues dans la prison d'Oxford, en 1577, tous ceux qui y assistèrent, au nombre de trois cents, périrent en quarante heures. Il en arriva autant à Launton. en

III‘ PART

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1730. Vingt-cinq ans apres, dans Axminster, petite ville du Devonshire, un prisonnier absous infecta sa famille et la ville entière. À Londres, en 1750, trois juges, le lord-maire et un nombre infini de personnes furent frappés de cette maladie et en moururent.

Dans le projet de prison que nous donnons, planche 19, et que l'on suppose être pour une grande ville, on a tâche de réunir la plus grande salubrité à la plus grande süreté. Au moyen de l’enceinte qui éloigne la prison de toutes les maisons avoisinantes, elle se trouverait environnée d'une masse d'air considérable ; les préaux seraient vastes, plantés d'arbres, rafraîchis et lavés par d’abondantes fontaines; aucune chambre n'étant placée au rez-de-chaussée, entièrement occupé par des portiques, toutes seraient exemptes d'humidité. Les infirmeries, placées dans des pavillons plus

élevés que le reste de l'édifice, et en outre ouvertes sur toutes leurs faces, ne pourraient causer aucune incommodité dans

les autres parties. Les prisonniers, n'étant réunis que pendant certaines heures du jour, soit dans les préaux, soit dans les ouvroirs ou chambres de travail , et le reste du temps étant renfermés chacun dans une chambre particulière dont la croisée donnerait sur le préau, ne pourraient former aucune entreprise pour s'échapper; et s’il s’en formait. malgre cela quelqu’une, elle serait nécessairement sans succès, vu la position des quatre corps-de-garde placés au rez-de-chaussée, de l’intérieur desquels on pourrait apercevoir, pour ainsi dire, d’un coup d'œil tout ce qui passerait, soit à l'extérieur, soit dans l’intérieur, soit dans l’enceinte, soit sous les portiques. Les planches 19 et 20 du Choix des projets feront voir que le plus ou moins d’étendue d’un terrain ne doit influer en rien sur l'esprit dans lequel un projet doit être composé.

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