‹ Précis des leçons d'architecture données à l'École royale polytechniqueChapitre 3 sur 33 · HA A · texte numérisé non relu

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l’art de faire des édifices utiles, que celui de les décorer. Son but principal est de plaire aux yeux, et par là d’exciter en nous des sensations agréables : ce à quoi, ainsi que les autres arts, elle ne peut parvenir que par limitation. Elle doit prendre pour modèle les formes des premières cabanes que les hommes ont élevées, et les proportions du corps humain. Or, les ordres d'architecture inventés par les Grecs, imités par les Romains , et adoptés par la plupart des nations de l’Europe , étant , selon ces auteurs, une imitation du corps humain et de la cabane, font par conséquent l'essence de l'architecture. D'où il suit que la beauté des décorations formées par les ordres est telle, qu'en aucune manière on ne

dt tt entente à

doit regarder à la dépense dans laquelle entraîne nécessairement la décoration.

Mais puisqu'on ne peut décorer sans argent, et que plus Examen de on décore, plus on dépense, il est naturel d'examiner s'il ces idées. est vrai que la décoration architectonique, telle que les architectes la conçoivent, procure tout le plaisir que lon sen promet, du moins si ce plaisir compense les frais qu'elle occasione.

Pour que l'architecture püt plaire en imitant, il faudrait qu'à l'exemple des autres arts elle imitât la nature. Voyons si la première cabane que l’homme a faite est un objet naturel ; si le corps humain peut servir de modèle aux ordres : voyons enfin si les ordres sont une imitation et de la cabane et du corps humain.

Prenons d’abord une idée de cette cabane et de ces ordres. Description Voici comment Laugier s'exprime au sujet de la cabane: jt ne a « Considérons, dit-il, l’homme dans sa première origine, i « sans autres secours, sans autre guide que l'instinct naturel « de ses besoins. Il lui faut un lieu de repos. Au bord d’un «tranquille ruisseau, il aperçoit un gazon; sa verdure nais-

« sante plaît à ses yeux; son tendre duvet l’invite; il vient ; cet mollement étendu sur ce tapis émaillé, il ne songe qu'à « jouir en paix des dons dé la nature ; rien ne lui manque, «il ne désire rien ; mais bientôt l'ardeur du soleil qui le «brûle loblige à chercher un abri; il aperçoit une forêt qui «lui offre la fraicheur de ses ombres , il court se cacher dans « Son épaisseur, et le voilà content. Cependant , mille va- « peurs élevées au hasard se rencontrent et se rassemblent, « d'épais nuages couvrent les airs, une pluie effroyable se « précipite comme un torrent sur cette forêt délicieuse. » L'homme, mal couvert à l'abri de ces feuilles, ne sait plus « comment se défendre d’une humidité incommode qui le

Ordre : ce que l’on entend ordinairement par ce mot.

pénètre de toute part. Une caverne se présente , il sy glisse; et se trouvant à sec, il s'applaudit de sa découverte : mais de nouveaux désagréments le dégoûtent encore de ce séjour ; il s’y voit dans les ténèbres, il y respire un air mal-sain ; il en sort résolu de suppléer, par son industrie, aux inattentions et aux négligences de la nature. L'homme veut se faire un logement qui le couvre sans l'ensevelir. Quelques branches abattues dans la forêt sont les matériaux propres à son dessein. Il en choisit quatre des plus fortes, qu'il élève perpendiculairement et qu'il dispose en carré. Au-dessus, il en met quatre autres en travers, et sur celles-ci, ik en élève qui s'inclinent et qui se réunissent en pointe des deux côtés. Cette espèce de toit est couverte de feuilles assez serrées , pour que ni le soleil ni la pluie ne puissent y pénétrer; et voilà l'homme logé. Il est vrai que le froid et le chaud lui feront sentir leur incommodité dans sa maison ouverte de toute part, mais alors il remplira l’entre-deux des piliers, et il se trouvera garanti.

« La petite cabane que je viens de décrire, continue Laugier, est le modèle sur lequel on a imaginé toutes les magnificences de l'architecture ; c'est en se rapprochant , dans l'exécution, de la simplicité de ce premier modèle , que l’on évite les défauts essentiels, que l'on saisit les perfections véritables. Les pièces de bois élevées perpendiculairement nous ont donné l’idée des colonnes. Les pièces horizontales qui les surmontent, nous ont donné l’idée des entablements. Enfin, les pièces inclinées qui forment le toit, nous ont donné l’idée des frontons. Voilà ce que tous les maîtres de l’art ont reconnu. »

Les colonnes, les entablements et les frontons, dont la

réunion forme ce quon appelle un ordre d'architecture,

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