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voilà les parties essentielles de l'art, celles qui en constituent les beautés ; et les murs, les portes, les fenêtres , les voûtes , les arcades, ainsi que les autres parties que le besoin seul y a fait ajouter, ne sont que des licences que l’on doit tout au plus tolérer; telle est la conclusion étrange que tire l’auteur
que nous venons de citer.
De la connaissance de la cabane passons à celle des ordres, Ordres grecs.
et lisons ce que Vitruve nous apprend à ce sujet :
« Dorus, roi du Péloponnèse, ayant, dit-il , fait batir un «temple à Junon dans Argos, il se trouva par hasard de « cette manière que nous appelons dorique ; ensuite, dans « plusieurs autres villes, on en fit de ce même ordre, n'ayant «encore aucune regle établie pour les proportions de l'ar- «chitecture. En ce temps-là , les Athéniens envoyerent dans « l'Asie-Mineure plusieurs colonies sous la conduite d'Ion; «ils nommèrent lonie la contrée où celui-ci s'établit. Ils ÿ «bâtirent d'abord des temples doriques , principalement « celui d’Apollon. Mais comme ils ne savaient pas bien quelle « proportion il fallait donner aux colonnes , ils cherchèrent « le moyen de les faire assez fortes pour soutenir le faix de « l'édifice , et de les rendre en même temps agréables à la vue. « Pour cela ils prirent la mesure du pied d’un homme, qui «est la sixième partie de sa hauteur, sur laquelle mesure « ils formèrent leurs colonnes, de sorte qu’ils leur donnèrent « six diamètres. Ainsi, la colonne dorique fut mise dans « les édifices ayant la proportion, la force et la beauté du « corps de l’homme. s
« Quelque temps après, ils bâtirent un temple à Diane, «et cherchèrent quelque nouvelle manière qui füt belle par « la même méthode. Ils imitèrent la délicatesse du corps « d'une femme ; ils élevèrent leurs colonnes , leur donnerent «une base en façon de cordes entortillées, pour en être
Dorique , imité du corps humain.
Jonique, imité du corps de la femme.
Corinthien, imité du corps d’une jeune fille.
Ordres Romains.
Toscan.
« comme la chaussure; ils taillerent des volutes au chapiteau « pour représenter cette partie de cheveux qui pend à droite « et à gauche; ils mirent sur le front des colonnes, des cy- « maises et des gousses, pour imiter le reste des cheveux qui « sont liés et ramassés au derrière de la tête des femmes ; par « les cannelures, ils imitérent les plis des robes; et cet ordre « inventé par les Toniens, prit le nom d’/onigue.
« Le Corinthien représente la délicatesse d’une jeune fille « à qui l’âge rend la taillé plus dégagée et plus susceptible « des ornements qui peuvent augmenter sa beauté naturelle. « L'invention de son chapiteau est due à cette rencontre : « Une jeune fille de Corinthe, prête à se marier, étant morte, « Sa nourrice posa sur son tombeau , dans un panier, quelques « petits vases qu’elle avait aimés pendant sa vie; et afin que « le temps ne les gâtât pas sitôt, étant à découvert, elle mit « une tuile sur le panier, qui, ayant été posé par hasard sur « une racine d’acanthe, il arriva, lorsque les feuilles vinrent « à pousser, que le panier, qui était au milieu de la racine, « fit élever le long de ses côtés les tiges de la plante, qui, « rencontrant les coins de la tuile, furent contraintes de se « recourber, et de faire le contournement des volutes. Calli- « maque , sculpteur et architecte, vit cet objet avec plaisir, «et en imita les formes dans le chapiteau des colonnes qu'il « fit depuis à Corinthe, établissant sur ce modele les pro- « portions de l’ordre corinthien.
« Plusieurs colonies grecques ayant apporté dans l'Étrurie, « aujourd'hui la Toscane , la connaissance de l’ordre dorique, « qui était le seul dont on fit encore usage dans la Grèce, « cet ordre y fut long-temps exécuté de la même manière que « dans le pays d’où il tirait son origine : mais enfin, on y fit « plusieurs changements, on allongea la colonne, on lu « donna une base, on changea le chapiteau, on simplifia l’en-
« tablement, et cet ordre aïnsi changé fut adopté par les « Romains sous le nom d’ordre Zoscan.
« Long-temps après , les Romains, qui avaient adopté « les trois ordres grecs, imaginèrent de placer les volutes «ioniques dans le chapiteau corinthien : ce mélange fit « donner aux colonnes où on le remarquait , le nom de « Composite. »
T'els sont les cinq ordres que l'on regarde comme l'essence de l'architecture, comme la source de toutes les beautés dont la décoration est susceptible ; parce qu’ils sont, à ce que l'on prétend , imités des formes de la cabane et des proportions du corps humain. Voyons s'ils en sont en effet une imitation.
Commençons par l’ordre dorique, que le Grecs, dit-on, Les profixérent à six diamètres, parcê que le pied d’un homme a la RO ‘
ordres sontsixième partie de sa hauteur. D'abord , le pied d'un homme tlles imitées
du corps hu-
a, non la sixième, mais la huitieme partie de la hauteur de main? son corps. D'ailleurs , dans tous les édifices grecs, la proportion des colonnes doriques varie infiniment ( Foy. parallele, pl. 65); et dans cette variéte infinie , le rapport exact de six à un ne se rencontre pas une seule fois. Si quelque architecte grec s'est avisé d’assigner cette proportion à l’ordre dorique , il paraît que les Grecs n’en ont fait aucun cas ; autrement, on la retrouverait, sinon dans tous leurs édifices, du moins dans ceux qu'ils ont élevés du temps de Périclès , édifices qui passent, avec raison, pour des chefsd'œuvre.
La même variété se remarque dans les proportions des Elles ne le autres ordres que l’on soutient avoir été imités du corps de Fe Le la femme et de la jeune fille ( 7oy. parallele, 64 } Il: n'est "°-
donc pas vrai que le corps humain ait servi de modèle aux ordres.
Composite.
Mais je veux que dans les mêmes cas, le même ordre ait toujours les mêmes proportions; que les Grecs aient constamment suivi le système qu’on leur;attribue, et que la longueur du pied soit la sixième partie de la hauteur du corps de l'homme : s’ensuit-il que les proportions des ordres soient une imitation de celles du corps humain ? Quelle comparaison peut-on faire entre le corps de l’homme, dont la largeur varie à chaque hauteur différente, et une espèce de cylindre dont le diamètre est partout le même? Quelle ressemblance peut-il y avoir entre ces deux objets, quand même on leur supposerait une même base , une même hauteur? Il est donc évident que les proportions du corps humain n’ont servi ni pu servir de modèle à celle des ordres.
Lesformes Si les proportions des ordres n'ont pu avoir été imitées
des ordres qe celles du corps humain , léS formes de ces mêmes ordres
sont - elles imitées de ne l'ont guère été davantage de celles de la cabane. Les co-
nt ù lonnes ont, ou des bases avec des chapiteaux, ou du moins des chapiteaux ; car on n’admettrait point comme teile une colonne qui ne serait absolument qu'un cylindre. Or, on ne voit rien de tout cela dans les trones d'arbres ou les poteaux qui soutiennent la cabane. En vain dira-t-on que par la suite sur les poteaux on mit des planches ou des plateaux, pour en élargir la partie supérieure et la rendre plus capable de porter l’entablement; vu qu'à longueur égale, une pièce de bois composée de fibres longitudinales est moins susceptible de se rompre, qu'un morceau de pierre composé de petits grains agrégés les uns aux autres. Si l'un de ces objets avait servi de modèle à l'autre , il serait plus naturel de croire que les plateaux de bois ont été imités des chapiteaux en pierre, que de croire que ces derniers aient été imités des autres.
L'entablement n'imite pas plus parfaitement les parties
supérieures de la cabane, que les colonnes n'en imitent les soutiens. Dans un édifice carré, si l’on met des mutules ou des modillons, que l’on dit représenter l'extrémité des pieces inclinées du comble de cette cabane , on en met tout autour; il serait même ridicule d’en agir autrement. Cependant, dans la cabane, ils ne se voient que de deux côtés;1l en est de même des triglyphes. D'ailleurs, dans la cabane, l'extrémité des poutres ou solives, dont les triglyphes, dit-on, sont une imitation , est lisse, et les triglyphes sont cannelés : ils ne doivent même leur nom qu'aux deux canaux et aux deux demi-canaux qu'on y remarque. Si donc les architectes qui ont inventé les ordres, ont cherché à imiter la cabane, ils l'ont certainement très-mal imitée. Mais il paraît, par ce qu'en dit Vitruve en plus d’un endroit, que les Grecs, loin de s’assujétir à imiter cette cabane, prirent à tâche, au contraire , de masquer les parties de leurs édifices qui pouvaient ressembler le plus aux parties de la cabane. Voici comment cet écrivain s'exprime au sujet des triglyphes.
« Long-temps après que l'on eut fait des colonnesen pierre, Triglyphes «on faisait encore les entablements en bois. Les architectes dr M a « grecs trouvant que l'extrémité lisse des solives qui portaient TU à puis
LUE pour dérober
« sur l’architrave ou principale poutre n’était pas agréable aux yeux le
«à voir, ils figurèrent dessus avec des ais ou petites plan- . Whis
« ches, ce que nous appelons les plates-bandes des triglyphes,
«et les enduisirent angulairement avec de la cire. Cette cire
« ne pouvant boire l’eau de la pluie comme le reste de l’en-
« tablement , l’eau coulait dans ces espèces de canaux et se
« rassemblait au bas , en gouttes, que l'on imita depuis dans
« les entablements en pierre. » :
Dans les entablements des ordres ionique et corinthien , Frises lisses
les Grecs allèrent encore plus loin; ils firent totalement dis- Me As
paraître tout ce qui avait trait à la cabane ( For. parallèle , rinthien.
16 INTRIODUCTION.
pl. 65 et 66 ): et cependant, par une contradiction bien singulière, ce sont ces derniiers ordres que les partisans de la cabane regardent comme Îles plus beaux.
Re Il est donc évident qu les ordres grecs n'ont point été sont pas imi- imités de la cabane ; et quie, s'ils l'avaient été, cette imitation da out à serait on ne peut pas plus imparfaite, et par conséquent in- UE Ed capable de produire l’effeit que l'on en attend.
La cabane Mais ce modèle m'est-il pas lui-même encore plus impar-
na jé fait que la copie? Qu'est-ce qu'uneïcabane ouverte à tous les vents , que l'homme élève: pémiblement pour se garantir, et qui ne le garantit de rien? Cette cabane peut-elle être regardée comme un objet naturel? N’est-il pas évident qu’elle n’est que le produit informe des premiers essais de l’art ? Seraitce parce que l'instinct qui dirigea l’homme dans cette fabrication était si grossier, quil ne mérite pas le nom d'art, serait-ce pour cela qu’on lla regarderait comme une production de la nature ?
L'imitation Or, si la cabane n’est point un objet naturel, si le corps en ne rh humain n’a pu servir de modele à l'architecture; si, dans la A supposition mème du conttraire, les ordres ne sont point une
imitation de l’un et de l’autre, il faut nécessairement eñ conclure que ces ordres ne forment point l'essence de l’architecture; que le plaisir que l’om attend de leur emploi et de la décoration qui en résulte esit nul; qu'enfin, cette décoration elle-même n’est qu'une chitmère ; et la dépense dans laquelle elle entraîne, une folie.
ÏL suit de-là que, si le but principal de l'architecture était de plaire, il faudrait ou qu’elle imität mieux, ou quelle
Plaire west cherchât d’autres modèles, ou qu'elle prît d’autres moyens Eire que limitation.
ture, la déco Mais serait-il bien vrai que le principal but de l'architec-
ration n’est £ Ar pas son objet. ture fût de plaire, et que la décoration füt l'objet principal
dont elle doive s'occuper? Dans le passage de Laugier, celui que nous avons rapporté plus haut , on voit que, malgré ses étranges préventions, cet auteur ne peut s'empêcher de reconnaître que c’est à la nécessité seule que cet art doit son origine, et qu'il n’a d'autre but que l'utilité publique et par. ticulière. Et comment aurait-il pu s’aveugler là-dessus, même en supposant que l’homme qui éleva cette cabane, dont on a fait le modèle de l'architecture, eût été capable de concevoir l’idée de décoration? L'idée de ses besoins et des moyens propres à les satisfaire ne devait-elle pas s'offrir la premiere à son esprit, et même en bannir toute autre idée? Est-il raisonnable de croire qu'étant isolé, ayant à se défendre et de l’intempérie des saisons, et de la fureur des bêtes féroces , à se procurer une multitude d'avantages dont jusques alors il avait été privé, l’homme, en élevant un abri, ait seulement songé à en faire un objet propre à récréer ses yeux ? L’est-il plus de croire que les hommes réunis en société, ayant une foule d'idées nouvelles, et par conséquent une foule de nouveaux besoins à satisfaire, aient fait de la décoration l’objet principal de l'architecture ?
Quelques auteurs, qui ont soutenu et développé le sysiéme de la cabane avec tout l'esprit imaginable , diront que jusques ici il n'est question que de bâtisse; que sous ce rapport l'architecture n’est qu’un métier; et qu’elle n’a mérité le nom d'art que lorsque les peuples , parvenus au plus haut degré d’opulence et de luxe, ont cherché à donner de l’agrément aux édifices qu’ils ont élevés. Mais nous en appelons à ces auteurs-là mêmes. Est-ce lorsque les Romains furent parvenus au plus haut degré d’opulence et de luxe, et qu'ils couvrirent de moulures , d’entablements, etc. , leurs édifices , est-ce alors qu'ils firent de meilleure architecture ? Les Grecs étaient biens moins opulents , et leur architecture, où ces
objets sont en si petit nombre, n'est-elle pas préférable à l'architecture romaine ? Ces auteurs en conviennent euxmêmes ; ils vont jusques à dire que c'est la seule qui mérite le nom d'architecture. Eh bien! cette architecture qu'ils admirent, et qui mérite d'être généralement admirée, n'eut jamais pour but de plaire, ni pour objet la décoration. A la vérité, on y remarque du soin , dela pureté dans l'exécution; mais ce soin n'est-il pas essentiel à la solidité? Dans quelques édifices on observe quelques ornements de sculpture ; mais les autres, pour la plupart, en sont totalement privés, et n’en sont pas moins estimés. N’est-il pas évident que ces ornements ne sont point essentiels à l'architecture ? Ceux-là mêmes qu’elle emploie, lorsqu'elle croit devoir se parer, n'annoncent-ils pas clairement qu’elle est loin de prétendre à plaire par la beauté intrinsèque de ses proportions et de ses formes ? Et si parmi les dernières on en apérçoit quelquesunes qui n'émanent pas directement du besoin , les différences qu'on y trouve dans chaque édifice ne prouvent-elles pas que les Grecs n’attachaient aucune importance à la décoration architectonique ?
ae A Soit que l’on consulte la raison , soit que l'on examine les
chitecture. monuments, il est évident que plaire n'a jamais pu être le but de l'architecture, ni la décoration architectonique être son objet. L’utilité publique et particulière , le bonheur et la conservation des individus et de la société, tel est, comme nous l'avons vu d’abord, le but de l'architecture.
L'architec- Mais, dira-t-on encore, puisqu'il y a des édifices que l'on cle pas sea admire ou que l’on méprise avec raison, il y a donc des LE qua beautés et des défauts dans l'architecture: elle doit donc re-
"7 chercher les unes et éviter les autres, elle peut donc plaire; et, si ce n’est pas là son but principal, elle doit au moins tâcher de joindre l’agréable à l’utile.
Nous sommes loin de penser que l'architecture ne puisse
as plaire; nous disons au contraire qu'il est impossible ; Pss PP )
qu’elle ne plaise pas, lorsqu'elle est traitée selon ses vrais principes. La nature n'a-t-elle Pas attaché le plaisir à la satisfaction de nos besoins, et nos plaisirs les plus vifs sont-ils autre chose que la satisfaction de nos besoins les plus impérieux ? Or, un art tel que l'architecture, un art qui satisfait immédiatement un si grand nombre de nos besoins, qui nous met à portée de satisfaire aisément tous les autres, qui nous défend contre les intempéries des saisons, qui nous fait jouir de tous les dons de la nature et de tous les avantages de la société, un art enfin auquel tous les autres arts doivent leur existence, pourrait-il manquer de nous plaire ?
Sans doute que la grandeur, la magnificence, la variété, l'effet et le caractère que l’on remarque dans les édifices, sont autant de beautés, autant de causes du plaisir que nous éprouvons à leur aspect. Mais qu'est-il besoin de courir apres tout cela ? Si l’on dispose un édifice d’une maniere convenable à l'usage auquel on le destine, ne différera-t-il pas sensiblement d’un autre édifice destiné à un autre usage? N'aura-t-il pas naturellement un caractère, et, qui plus est, son caractère propre? Si les diverses parties de cet édifice, destinées à divers usages, sont disposées chacune de la manière dont elles doivent l'être, ne différeront-elles pas nécessairement les unes des autres ? Cet édifice n’offrira-t-il pas de la variété? Ce mêmeédifice , s’il est disposé de la manière la plus économique, c'est-à-dire la plus simple, ne paraîtrat-il pas le plus grand, le plus magnifique qu'il soit possible , puisque l'œil alors embrassera à-la-fois le plus grand nombre de ses parties ? où est donc la nécessité de courir après toutes ces beautes partielles ?
H est impossible que es productions de cet artne plaisent pas.
Beautés que lon remarque dans l’architecture.
Elles se trouvent naturellement quand on ne s'occupe que de la disposition.
Elles Il y a plus, cest que cela, loin d’être nécessaire, est nuidisparaissent ble à la dé . Il A ; ff à quand on Sible à la décoration elle-même : en effet, si , parce que cersoccupe deftaines beautés dans un édifice vous auront frappé, vous
décoration architecto- voulez les transporter dans un autre qui n'en est pas sus- Nr ceptible, ou si ces mêmes beautés s'y trouvant naturellement, vous voulez les porter à un plus haut point que la nature de l'édifice ne le comporte, n'est-il pas évident que cet édifice aura un aspect, une physionomie différente de celle qu'il devrait avoir, qu’il n'aura plus son caractère , que ses beautés naturelles s’affaibliront , s'évanouiront , et peut-être même se changeront en défauts rebutants ? La Vénus de Médicis et l'Hercule Farnèse sont des figures admirables ; mais si, parce que la tête de l’une est plus gracieuse ou qu’elle a plus de caractere que la tête de l’autre , on plaçait celle de Vénus sur le corps d'Hercule , et réciproquement, ces véritables chefs-d’œuvre de l'art ne deviendraient-ils pas des chefsd'œuvre de ridicule? et si , parce que les différentes parties de ces statues sont admirables , le sculpteur, pour aug-
menter la beauté de leur ensemble, en avait augmenté le nombre , et qu’il eût donné à ces figures quatre bras, quatre jambes, etc., ne seraient-elles pas au contraire des produc-
tions monstrueuses ?
D'après ce qui vient d’être dit, on ne doit donc pas s'attacher à ce que l'architecture plaise, vu qu'en s’occupant uniquement à remplir son véritable but, il lui est impossible de ne plaire pas, et qu’en cherchant à plaire elle peut devenir ridicule ; on ne doit donc pas non plus chercher à donner de la variété, de l'effet, du caractere aux édifices, puisqu'il est impossible qu'ils n'aient pas toutes ces qualités au plus haut degré dont ils sont susceptibles, lorsque, faisant uniquement usage des vrais moyens de cet art, on leur a donné tout ce qu'il leur faut, rien que ce qu’il leur faut,
ere pag tire tn ten» ne
INTRODUCTION. ai
et que ce qui leur est nécessaire est disposé de la maniere
la plus simple.
C'est donc de la disposition seule que doit s'occuper un : Agir architecte, même celui qui tiendrait à la décoration architec- jet nmique tonique , et qui ne chercherait qu’à plaire, puisque cette dé. 4° Farehiteccoration ne peut être appelée belle , ne peut causer un vrai plaisir, qu'autant qu’elle ne résulte que de la disposition la plus convenable et la plus économique.
Ainsi, tout le talent de l'architecte se réduit à résoudre L'architecces deux problèmes : 1° avec une somme donnée faire l’édi- x 1à pu fice le plus convenable qu'il soit possible , comme dans les à PE édifices particuliers ; 2° les convenances d'un édifice étant données , faire cet édifice avec la moindre dépense qu'il se puisse , comme dans les édifices publics.
On voit par tout ce qui précède, qu’en architecture l’économie, loin d'être, ainsi qu'on le croit généralement, un obstacle à la beauté ,. en est au contraire la source la plus féconde.
Un exemple va mettre dans le plus grand jour ces idées, Planche 1°. et donner à ces principes le plus grand degré de certitude. gxemple L'édifice connu sous le nom de Panthéon-Français, dans sea l'origine, devait être un temple : le but que l’on se propose la connais-dans ces sortes d'édifices, quel que soit le eulte qu’on y oo exerce, est non-seulement d'y rassembler la multitude, mais | PAC encore d'y frapper son imagination par l'organe des sens : or, la grandeur et la magnificence sont les moyens les plus propres à produire cet effet. D’après cela, il semble que la décoration soit , sinon l’objet unique , au moins la chose principale dont on doive s'occuper dans la composition de semblables édifices, et que la dépense qu’elle exige ne doive être comptée pour rien. Cependant nous allons voir que si dans
celui dont il s'agit , mettant de côté toute idée de décoration,
29 ENTRODUCTION.
l'on se füt borné à le disposer de la manière la plus convenable et la plus économique, on aurait fait un édifice tout autrement capable de produire l'effet que l’on désirait. Le Panthéon-Français a de longueur 100 mètres sur 80 de large: il est composé d’un portail et de quatre nefs, réunies à un dôme, le tout formant une croix grecque. Le développement des murs est de 612 mètres. On y compte deux cent six colonnes , distribuées au nombre de vingt-deux pour le portail , de cent trente-siix pour les nefs, et de quarante-huit pour le dôme ;‘qui en présente trente -deux à l'extérieur et seize dans sa partie intérieure.
Qui ne croirait qu’un édifice tel que celui-là, dont les dimensions sont aussii considérables et le nombre des colonnes aussi prodigieux, oiffre le plus grand et le plus magnifique spectacle ? Il n'en est cependant rien. Cet édifice , intérieurement, n’a que 3,67:2 mètres de superficie réelle : la superficie apparente est encore bien moins considérable , puisque la forme de croix adoptée par l'architecte n'en laisse guère voir plus de la moitié em entrant.
Le nombre des «colonnes ne contribue pas plus à donner une idée de magnificence, que les dimensions ne contribuent à donner une idée de grandeur. Des vingt-deux colonnes du portail , on n’en aperçoit distinctement quesix ou huit: celles du dôme sont, pour les trois quarts, masquées par le portail. Pénètre-t-on dans l’intérieur; on n’en voit distinctement que seize, toutes less autres sont couvertes par celles-ci. Les colonnes de l’intérieur du dôme ne se montrent qu’à moitié; encore pour les apercevoir est-on obligé de faire un effort. Cependant cet édifice, si peu grand, si peu magnifique , a coûté pres de dix-hiuit millions.
Si, au lieu de courir après les formes que l'architecte a crues les plus propres à produire de l'effet et du mouvement,
il avait fait usage de celles que l’économie présentait naturellement, dans la disposition d’un édifice qui n’est formé que d’une pièce, c'est-à-dire d’un cercle, s'il avait employé les colonnes concentriquement à ce cercle, de manière à diminuer l'étendue de la voûte intérieurement , et à former à l'extérieur un vaste portique, capable de recevoir une foule de peuple qui devait s’y rendre de toutes parts, quelle grandeur, quelle magnificence un tel édifice n’aurait-il pas étalée ! La superficie, dont rien n'aurait dérobé à l'œil la moindre partie, aurait été de 4,292 mètres , l'extérieur aurait constamment présenté trente -deux colonnes ; et l’intérieur en aurait offert une multitude. Voilà deux édifices bien différents l’un de l’autre. A quoi tient cette énorme différence ? à ce que, dans le premier, on a cherché à faire du beau, et que lon a cru que pour y parvenir il n'y avait d'autre moyen quede prodiguer l'argent ; tandis que dansle deuxième on ne s'est occupé qu'a disposer l’édifice de la maniere la plus convenable et la plus économique. En effet, celui-ci, qui l'emporte en grandeur et en magnificence sur celui-là, ne renferme que cent douze colonnes, n’a que 248 mètres de développement de murs, et coûterait par conséquent la moitié moins , c'est-à-dire, qu'avec la somme qu'a coûtée l’autre, on aurait pu faire deux édifices, non tels que celui qui existe, mais tels que celui qu’on y substitue, ou un seul édifice qui aurait eu le double de celui-là même que l'on vient de proposer.
Cet exemple, quoique par sa nature l'un des plus défavorables au système que nous exposons ; suffirait néanmoins pour convaincre de la solidité de nos principes ; pour faire voir , d’une part, combien peu ce que l’on appelle décoration est propre à produire les grands effets que l’on en attend, et de l’autre , combien l'architecture, uniquement fondee sur
Planche II.
Exemple des funestes effets de lIgnorance de ces principes.
la raison et la nature des choses, peut, sous tous les rapports, augmenter le nombre et le degré de nos jouissances.
Un autre exemple va faire voir dans quels abymes de malheurs peuvent entraîner et entraînent en effet l'ignorance ou l'inobservation des vrais principes de cet art.
Tout le monde connaît la troP fameuse église de Saint- Pierre de Rome, édifice dans lequel se trouvent amoncelées toutes les pauvretés de décoration que le vulgaire appelle les richesses de l'architecture ; édifice qui servit si long-temps de modèle à tout ce que l’on a fait de plus mauvais dans cet art; édifice dont bien des gens n’osent encore faire trop hautement la critique, mais que du moins aucun architecte ne s’aviserait plus d’imiter. On connaît aussi l’ancienne basilique bâtie par Constantin ; composée de la manière la plus convenable et la plus simple, l'effet le plus grand et le plus magnifique résultait de sa disposition. Cet édifice tombait en ruine ; il était naturel de le rebätir sur le même plan: quand même, pour ajouter à sa majesté, on eût augmenté ses dimensions, au point de l’égaler, à cet égard , à l'édifice actuel, cette reconstruction n’eût pas été onéreuse ; mais les fausses idées que l’on avait dès-lors de l'architecture ne permirent pas de prendre un parti aussi sage : persuadé, comme on l'était alors, qu’en architecture la disposition n’est rien; que la décoration est tout; qu’elle consiste dans la complication des formes et des proportions; enfin, que la beauté architectonique ne saurait avoir d’autre principe, on préféra les projets les plus inconvenables, les plus tourmentés et les plus bizarres : on ne se dissimula pas les dépenses énormes dans lesquelles des projets de ce genre devaient entraîner; mais, pénétré de cette autre idée, que l’on ne peut faire rien de beau qu'au moyen d’une énorme dépense, et comme on voulait faire un temple qui l’emportät en beauté sur les temples
INTRODUCTION. 2ë les plus magnifiques de l'univers, on crut qu'il était indispensable de se livrer à une prodigalité illimitée. La seule inspection de la planche peut faire juger si l’on parvint, avec de pareils moyens , au but que l’on s'était proposé.
Quant aux effets funestes qui résultérent du système d’après lequel fut élevé cet édifice, l’histoire ne les faisant que trop connaître, nous n’en retracerons pas l’effrayant tableau; nous croyons de plus en avoir assez dit pour démontrer l'importance de l'architecture, la vérité de ses principes, l'influence qu'elle exerce sur le sort des individus et de la société, et par conséquent pour faire sentir à tous ceux qui doivent élever des édifices la nécessité indispensable de l'étude approfondie d’un art qui les rend les dépositaires et les dispensateurs d’une partie de la fortune des particuliers et des nations.
AS LAS RURAL LUE VUE LAS LAS LED VAL LAS LAS LLVLLS LVR LL LIL LUS LL LV LLR L'URL LEE VAR VAR LAS L'URL ES
Manière d'étudier l'Architecture. — Plan du cours. — Genre de dessin propre à l'Architecture.
Nombre Cr qui pourrait peut-être refroidir un instant l'ardeur avec ae ci laquelle les élèves de l'école polytechnique doivent naturelrite lement se porter à l'étude de l'architecture, ce serait, d'une part, le peu detemps qu’ils peuvent y consacrer, et de l’autre, le nombre infini d'objets que l’architecture embrasse. Deux genres NOUS avons vu que cet art consistait dans la composition d'édifices. et l'exécution, tant des édifices publics que des édifices particuliers.
Ces deux genres se subdivisent en un grand nombre d'espèces , et chaque espèce est encore susceptible d'une infinité de modifications.
Édifices Les édifices publies sont, les portes de ville, les arcs de publics. triomphe, les ponts, les places publiques, les temples consacrés à la divinité, ceux qui doivent servir de sanctuaires aux lois et à la justice, les palais destinés pour les administrations supérieures , et le trésor public, les maisons municipales , les écoles, les colléges, les académies , les bibliothèques, les muséum , les théâtres, les marchés , les boucheries, les halles de toute espèce, les douanes, les bourses, les foires , les bains publics, les hôpitaux, les prisons , les casernes, tant d'infanterie que de cavalerie , les arsenaux ; etc. ; en un mot, tous les édifices nécessaires au culte , au gouvernement, à l'instruction, aux approvisionnements, au
SUITE DE L'INTRODUCGTION. 27
commerce, aux plaisirs, à la santé, au soulagement de l’humanité souffrante, à la sûreté et à la tranquillité publique, etc., etc.
Les édifices particuliers sont, les maisons particulières à la Édifices ville et à la campagne, les maisons à loyer, les maisons de Do plaisance, les maisons rurales, ainsi que toutes leurs dépendances, les ateliers, les magasins, etc., etc.
La différence des mœurs, des usages, des climats, des loca- Modifications lités, des matériaux, des facultés pécuniaires, introduit né- RER ce cessairement une foule de variétés dans chaque espèce d'édifice, et porte jusqu'à l'infini le nombre de projets que l'architecte peut concevoir et exécuter.
Si, en effet, pour apprendre l'architecture, il fallait étu- Manière dont dier, l’une après l’autre, les diverses espèces d'édifices dans US toutes les circonstances qui peuvent les modifier ; une sem- ne sal blable étude, en supposant qu’elle fût possible, serait certai- l'architecnement d’une longueur effrayante. Peut-être pensera-t-on nu qu'il serait possible de l'abréger, en la restreignant A ds certain nombre de projets, que l’on présumerait devoir exé- cette cuter. Mais quelque grand que füt ce nombre, cette étude rs serait nou-seulement bien incomplète , mais encore bien peu profitable ; car, à coup sûr, on n’acquerrait ainsi que des idées particulières, isolées, qui, loin de se prèter un mutuel secours , se heurteraient souvent les unes les autres , et jetteraient d'autant plus de désordre et de confusion dans l'esprit, que le nombre en serait plus considérable.
Il pourrait arriver en outre qu'un architecte formé par cette méthode füt chargé d’éleverun édifice dont il ne se serait point occupé; dès-lors il ne pourrait le faire, ou, ce qui serait PIS ,
il ne le pourrait faire que très-mal : en supposant même que cet édifice eût été l’un des objets de son étude, mais sur un
terrain différent de celui sur lequel il aurait à bâtir, cette circonstance seule , indépendamment d’une foule d’autres qui pourraient se rencontrer en même temps, sufhrait pour qu'il ne réussit pas mieux; l'étude particulière qu'il aurait faite de ce projet, loin de lui être de quelque utilité, lui nurait au contraire, en l’éloignant d'en composer un autre ; alors, pour faire cadrer ses plans avec le terrain donné, il serait obligé d'en étendre ou d’en resserrer les parties ; ce qui presque toujours rendrait sa composition inconvenable, et quelquefois même absolument inexécutable.
On ne sut Ce n'est donc point ainsi que l’on doit étudier l’architecpu “ru ture. En effet, ce procédé n’est applicable à l'étude d'aucun science ni art, ni de quelque science que ce soit. Un homme qui se
dans aucun ; ; : !
art. propose de courir la carrière dramatique, n'apprend pas à faire telle ou telle tragédie; un musicien , tel ou tel opéra ; un peintre, tel ou tel tableau. En quelque genre que ce puisse être, avant de composer, il faut savoir avec quoi l’on compose; or, la composition de l’ensemble des édifices n'étant que le résultat de l'assemblage de leurs parties, il faut connaître celles-ci, avant de s'occuper de l’autre ; et ces parties n'étant elles-mêmes qu’un composé des premiers éléments des édifices, après l’étude des principes généraux dont tous les principes particuliers doivent émaner , Ces premiers éléments doivent être les premiers objets de l'étude d’un architecte. D'après ce que nous indique la raison, d'apres les méthodes usitées dans les écoles des sciences et des arts, où l’on
apprend aux élèves à marcher du simple au composé, du
connu à l'inconnu, de telle sorte qu’une idée prépare à la suivante, et que celle-ci rappelle infailliblement l'autre ; nous nous attacherons de plusen plus à ce plan d'étude, que nous avons précédemment suivi.
Plan % ï “au Te PR No NT du cours. Après avoir exposé les principes généraux, ainsi que nous
venons de le faire dans notre introduction, nous nous oc- I Partie. 12 de ; ; Éléments des
cuperons des éléments des édifices, qui sont les soutiens &äifices.
isolés et engagés, les murs, les différentes ouvertures que l’on
y pratique , les fondements, les planchers, les voûtes, les
combles et les terrasses. Nous envisagerons ces divers ob-
jets 1° sous le rapport des différents matériaux qui peuvent
être employés dans leur construction ; 2° sous celui des dif-
férentes formes et proportions qu’ils doivent naturellement
avoir.
Lorsque nous serons bien familiarisés avec ces divers ob- Il Partie. jets, qui sont à l’architecture ce que les mots sont au dis- Cr cours , les notes à la musique, et sans la connaissance parfaite desquels il serait impossible d'aller plus loin , nous verrons 1° comment on doit les combiner entre eux, c’est-adire comment on doit les disposer les uns par rapport aux autres, tant horizontalement que verticalement ; 2° comment, au moyen de ces combinaisons, on parvient à la formation des diverses parties des édifices , telles que les portiques, les porches, les vestibules , les escaliers tant intérieurs qu’extérieurs, les salles de toute espèce, les cours, les grottes, les fontaines. Ces différentes parties nous étant bien connues , nous verrons 3° comment on doit les combiner à leur tour dans la composition de l’ensemble des édifices.
Autant il est préjudiciable à tous égards de substituer , INI° Partie. dans l'étude de l'architecture, la connaissance d’une foule ee de petites convenances particulières à chaque édifice, à la {l connaissance des convenances générales, Qui appartiennent à tous, et qui sont de tous les lieux et de tous les temps, autant il est avantageux , après une étude telle que celle dont nous venons de tracer le plan, de passer en revue et d’analyser le plus grand nombre d’édifices possible; rien n’est plus propre à exercer le jugement et à féconder l'imagina-
tion; à pénétrer de plus en plus des vrais principes de cet art, et à en faciliter l'application. Cette analyse faisait , il n'y a encore que peu d'années, la troisième partie de ce cours ; mais le temps destiné à l'étude de l'architecture ayant été restreint depuis, vu le besoin que l'on en avait pour d'autres études, nous sommes maintenant obligés de borner notre cours aux deux premières parties. Cependant nous tirerons de la troisième quelques exemples que nous répandrons dans le courant de nos leçons ; et les élèves qui croiront , après leur sortie de l’école, devoir faire de cet art une étude encore plus approfondie, en trouveront le précis dans le volume qui fait suite à celui-ci.
ia be D’après tout ce que nous avons dit, on doit sentir comthode. bien l'étude de l'architecture, réduite à un petit nombre d'idées générales et fécondes ; à un nombre peu considérable d'éléments, mais qui suffit pour la composition de tous les édifices ; à quelques combinaisons simples et peu nombreuses, mais dont les résultats sont aussi riches et aussi variés que ceux de la combinaison des éléments du langage : on sent, dis-je, combien une semblable étude doit être tout-à-la-fois profitable et succincte; combien elle est propre à donner aux élèves de facilité pour bien composer tous les édifices, même eeux dont ils n'auraient jamais entendu parler, et en même temps, à faire disparaître les obstacles que la brièveté du temps semblait leur opposer.
Division Dans tous les cours d'architecture, on divise cet art en ordinaire de : M f Hiiin :
is parties distinctes : la décoration, la distribution et la
l'architecture trO1
en trois par- . : RE + 1e 0e à tes : décora- CONSITUCTION. Au premier coup d'œil, cette division paraît
tons, din. simple, naturelle et avantageuse. Mais pour qu’elle füt telle utl e
construction. en effet , il faudrait que les idées qu’elle offre à l'esprit fussent toutes applicables à tous les édifices, que ces idées
fussent toutes générales , et comme des points élevés d'où
l'on pût embrasser l’ensemble de l’art, descendre ensuite à toutes les idées particulières, et en parcourir toute l'étendue. Or, des trois idées exprimées par les mots décoration , distribution et construction , il n’y en a qu’une qui convienne à tous les édifices. D’après l’idée que l’on attache ordinairement au mot décoration, la plupart des édifices n’en sont pas susceptibles. Par distribution, on n'entend autre chose que l'art d’arranger suivant nos usages actuels les différentes parties qui composent un bâtiment d'habitation; car on ne dit pas, distribuer un temple, un théâtre, un palais de justice, etc. Le mot construction, qui exprime la réunion des différents arts mécaniques que l'architecture emploie , tels que la maconnerie , la charpenterie, la menuiserie, la serrurerie , etc. , offre donc seul une idée assez générale et qui convienne à tous les édifices.
Mais , puisque l'architecture est non-seulement l’art d’exé-
1° défaut
de cette mé-
cuter, mais encore celui de composer tous les édifices publics thode.
et particuliers , et que l’on ne peut exécuter un édifice quelconque sans l'avoir conçu, il faudrait qu'a l’idée de construction se trouvât jointe une autre idée générale, de laquelle découleraient toutes les idées particulières qui doivent guider dans la composition de tous les édifices. Or, cette idée générale n'étant point offerte par cette méthode, celle-ci conséquemment est vicieuse.
Non-seulement cette méthode est vicieuse, en ce qu'elle ne donné de l'architecture qu'une idée incomplete , mais elle est même dangereuse , car elle en donne les idées les plus fausses : la place seule qu'occupe le mot décoration rend ceci évident.
Et quand même cette méthode donnerait de l'architecture des idées justes et générales, l'inconvénient qui en résulte dans la pratique devrait suffire pour la faire abandonner.
2° défaut.
3° défaut.
Usage du dessin.
Qualités qu'il doit avoir.
Trois cspèces de dessin:
plan, coupe et élévation.
De cette division de l'architecture en trois arts indépendants les uns des autres, que l'on peut, que l'on doit même étudier séparément, il arrive que celui qui veut devenir architecte prend plus de goût pour l’un de ces arts, s’y attache de préférence , néglige les deux autres, souvent même ne s'en occupe pas du tout , et n’acquiert par conséquent qu’une partie des connaissances qui lui seraient nécessaires ; en voilà plus qu’il n’en faut pour faire abandonner totalement une pareille méthode.
Nous terminerons cette introduction par un mot sur la manière de dessiner l'architecture.
Le dessin sert à se rendre compte de ses idées, soit lorsque l'on étudie l'architecture, soit lorsque l’on compose des projets d'édifices ; il sert à fixer ses idées, de manière qu'on puisse à loisir les examiner de nouveau, et les corriger, sil est nécessaire ; il sert enfin à les communiquer ensuite , soit aux ordonnateurs , soit aux différents entrepreneurs qui concourent à l'exécution des édifices : on sent, d’après cela,combien il importe de se le rendre familier.
Le dessin est le langage naturel de l'architecture; tout langage, pour remplir son objet, doit être parfaitement en harmonie avec les idées dont il est l'expression; or, l’architecture étant essentiellement simple, ennemie de toute inutilité, de toute recherche, le genre de dessin dont elle fait usage doit être dégagé de toute espèce de difficulté, de pre tention , de luxe; alors il contribuera singulièrement à a la célérité, à la facilité de l'étude, et au développement des idées ; dans le cas contraire , il ne fera que rendre la main maladroite , l'imagination paresseuse, et souvent même le jugement très-faux.
Pour donner une idée complète d’un édifice, il faut faire trois dessins, que l'on nomme plan, coupe, élévation; le
premier représente la direction horizontale de l'édifice, le second sa disposition verticale ou sa construction ; enfin le troisième, qui n'est et ne peut être que le résultat des deux autres, représente son extérieur.
On pourrait faire tous ces dessins sur des feuilles de papier séparées, mais on économisera beaucoup de temps en les faisant sur une seule, la plupart des lignes des trois dessins devant se correspondre, et pouvant par conséquent être tirées tout-à-la-fois; l'ordre dans lequel on tirera ces lignes abrégera encore singulièrement ce travail.
Ayant tiré dans le milieu du papier la verticale AAŸayant coupée à angles droits par l'horizontale BB, on mènera parallèlement à cette dernière les deux axes CC et DD, ét de la même ouverture de compas et parallèlement à l'axe principal AA ayant tracé les deux autres axes EE et FF, on continuera ainsi; s'étant donné l'épaisseur des murs, on en portera la moitié sur chaque côté de l'extrémité des axes secondaires, comme en ee, ff, ce, et dd, et l'on tirera les lignes qui indiquent l'épaisseur du mur ; s'étant donné ersuite la largeur des ouvertures qui doivent avoir lieu dans les murs que l’on viendra de tracer, on en portera la moitié sur les axes primitifs BB et AA, vers les points bb et aa, et l'on tirera les lignes qui fixeront la largeur de: ces ouvertures; alors, non-seulement le plan se trouvera tracé, mais même une grande partie de la coupe et de l'élévation. Pour distinguer dans le plan les vides des pleins, on hachera ceux-ci : cela étant fait, on poursuivra de cette manière : parallèlement à l'axe principal BB, on mènera les lignes de terre GG et GG ; d’après ces lignes on établira la hauteur de l'édifice d’une même ouverture de compas, ainsi que celle
des ouvertures et de la corniche ; tout ceci étant fait, il ne o
Planche 2.
Manière d'opérer avec promptitude et correction.
restera plus qu'a indiquer la hauteur du comble et la saillie de la corniche, et quand on aura haché les parties pleines de la coupe et du terrain sur lequel repose l'élévation, l'édifice se trouvera représenté sous toutes ses faces, de la manière la plus rapide, et par cela même la plus correcte et la plus claire.
Lavis. Les personnes qui pensent que l’architecture a essentiellement pour but de plaire aux yeux, par une conséquence nécessaire, regardent le lavis des dessins géométraux comme inhérent à l'architecture; mais si l'architecture n'était en effet qe l’art de faire des images, au moins faudrait-il que ces images fussent vraies, qu'elles nous présentassent les objets comme nous les voyons dans la nature: or, celle-ci n'offre à nos yeux rien de géométral; par conséquent le lavis des dessins géométraux , loin d'ajouter quoi que ce soit à l'effet ou à l'intelligence de ces dessins, ne peut qu'y jeter du louche, de l’équivoque; ce qui n'est rien moins que propre à les rendre plus utiles, ou même plus capables de plaire.
Ses inconvé- Ce genre de dessin doit être d'autant plus sévèrement see banni de l'architecture, que non-seulement il est faux , mais encore souverainement dangereux. De quelque manière que l’on considère cet art, les projets les plus propres à produire les plus grands effets dans l’exécution, sont ceux qui sont disposés de la manière la plus simple ;,or, de semblables
projets ne disent rien à l'œil géométralement ; qu'arrive-t-il ? c'est que celui qui attache une idée d'effet à un dessin géométral, estropie son plan pour que son élévation en produise; etsi par malheur, séduit par le charme étrange d'un pareil dessin, on passe à l'exécution, non-seulement l'esprit d'un spectateur éclairé n’est point satisfait, mais l'œil de
l'architecte lui-même cherche en vain les effets auxquels souvent il a sacrifié les convenances.
D’après toutes ces considérations, nous demeurerons done Usage du dans la persuasion intime que le lavis , dans les dessins géo- je métraux , doit se borner à distinguer par des teintes plates, dans les plans et dans les coupes , les pleins des vides, les parties coupées par un plan, de celles qui ne sont que projetées sur ce même plan; et que si le lavis peut être employé dans des élévations , ce ne peut être que dans des élévations perspectives qui, représentant les édifices tels que nous les voyons dans l'exécution, ne peuvent, étant lavées,
que les représenter avec plus de vérité.
LAB IL V UV VUS LR LL UVR LL RL LVL LL LULU ELU EUVLLULELLLULELULILLRELILELALULLULELL EL AT LULU LTL AR