CHAPITRE PREMIER
Les ondes sonores colligées par le paYillon et celles qui frappent directement l’oreille s’engagent dans le conduit auditif, partie rétrécie et tubulaire du cornet acoustique formé par l’oreille externe chez les animaux aériens.
Description. — Ce conduit commence chez l’homme au tragus en avant, et au bord saillant de la conque en arrière ; il aboutit au cadre tympanal et à la membrane du tympan. L’orifice extérieur du conduit de l’oreille s’appelle aussi méat auditif.
La longueur du conduit est fort variable; elle est en moyenne de 25 millimètres chez l’adulte. D’après Tillaux (1), les mesures oscillent entre 2 centimètres et demi et 3 centimètres.
De là, la nécessité d’avoir des spéculums auris pleins ou cylindriques de plusieurs dimensions (numéros 1,2, 3, de Toynbee, de Gruber, etc.); car le calibre du canal n'est pas moins varié.
On s’aperçoit tout d’abord, à ce premier examen de l’orifice externe, qu’il est dilatable, et qu’on l’ouvre en tirant le pavillon en arrière et en portant le tragus en avant. Cela tient à ce que le conduit est formé d’un fibro-cartilage dans
(1) Tillaux, Anatomie topographique .
Gellé. — Mal. de l’oreille. 2
2.6 OREILLE EXTERNE. -- CONDUIT AUDITIF, sa partie externe et à ce que ce fibro-cartilage constitue une gouttière ouverte en arrière.
L’orifice du conduit est caché en partie derrière la saillie du tragus, tout à fait superficielle.
Rapports de cet orifice avec le tympan. — Le méat auditif est situé sur un plan plus bas que le cadre du tympan (extrémité interne du conduit) ; de là la nécessité, pour voir le tympan, d’incliner légèrement sur le côté opposé la tête du sujet dont on examine une oreille avec ou sans spéculum (V. fig. 3).
De plus le méat est par rapport à la cloison tympanique sur un plan un peu postérieur : d’où l’indication, dans l’exploration des parties profondes du conduit, de faire tourner la face du sujet du côté opposé à celui qu’on étudie. Ainsi, on éloigne l’oreille de l’épaule : il est très utile dans cette observation de donner cette attitude particulière à la tête du patient, afin de ne pas être gêné par la saillie de l’épaule et du sein chez la femme.
Direction. — La direction générale est transversale ; nous avons dit plus haut (orientation) que l’axe auditif qui le continue idéalement dans l’espace est perpendiculaire au plan antéro-postérieur du corps. Les conduits aboutissent au centre de gravité de la tête et du corps et à l’axe de rotation de la tête sur la colonne vertébrale ; ils donnent la direction du bras de levier de la rotation, dont l’apophyse mastoïde forme l’extrémité saillante.
On retiendra mieux cette direction, légèrement oblique en avant, si l’on se rappelle que c’est celle des rochers, qui convergent en avant.
Le conduit offre une courbure générale à convexité supéropostérieure, d’où le précepte d’élever la portion fibro-cartilagineuse, mobile, en tirant le pavillon eù haut et en arrière, pour redresser Cette courbure et placer en droite ligne la lumière du conduit, l’œil de l’observateur et la membrane du tympan.
Calibre. — Le calibre est également variable ; et il diffère souvent d’une oreille à l’autre. Ce sont ces différences normales de calibre, de forme et de courbure, que le conduit offre dans les divers points de - son étendue ; qu’il importe
ANATOMIE. 27
surtout de bien connaître pour juger des altérations pathologiques.
L’entrée du conduit a la forme d’une ellipse à grand diamètre vertical, qui mesure 11 millimètres en moyenne.
Rien de constant cependant ni dans la forme ni dans les mesures. Souvent la paroi inférieure du conduit s’abaisse rapidement de dedans en dehors ; et le conduit est évasé en entonnoir ou comme égueulé en pavillon. D’autres fois, surtout chez les vieillards, les deux parois du méat (tragus et bord de la conque) se sont assez rapprochées pour transformer l’orifice en une fente linéaire, ou pour le clore à peu près complètement par la superposition des deux lèvres tragienne et semi-lunaire (on nomme ainsi le bord de la conque qui forme la moitié postérieure de l’orifice du conduit). De là, la nécessité de l’ouvrir en tirant le pavillon en haut et le tragus en avant. Derrière le point où le conduit est étranglé, son calibre est parfaitement normal.
A mesure qu’on pénètre plus avant dans le canal, son calibre se rétrécit quelque peu au niveau de l’union du cartilage à l’os ; là, le diamètre n’est plus que de 7 à 8 millimètres. De plus, le grand diamètre n’est plus vertical; il s’est un peu incliné en avant; le spéculum plein, dont le bout est ovalisé à dessein pour l’accommoder à la forme du conduit qu’il doit traverser, devra donc être dirigé dans le même sens, et suivre la modification de courbure, de calibre et de forme, pour éviter en heurtant la paroi si sensible, de causer de la douleur.
Dans l’extraction des corps étrangers, Malgaigne a insisté sur la nécessité d’introduire les instruments, par la partie supérieure du grand diamètre de l’ovale que forme le conduit ; je recommande la même précaution dans la pratique de l’injection d’eau tiède.
Dans sa partie osseuse, non mobile, non dilatable, le conduit s’élargit auprès du tympan, et il atteint au cadre un diamètre de 10 à 11 millimètres de hauteur sur 9 à 10 millimètres de diamètre antéro-postérieur. Mais fréquemment la paroi antérieure de cette portion osseuse du conduit fait une saillie en dos d’âne qui le rétrécit absolument à ce niveau.
e l’apophyse mastoïde; 19, base m du pharynx, où l’on voit, dertro-tubaire ou fossette de Rosentendon du muscle du marteau.
28 OREILLE EXTERNE. — CONDUIT AUDITIF
Pour bien comprendre ces courbures, principale difficulté de l’exploration méthodique du tympan, il faut les étudier sur des coupes horizontales, verticales et transversales de l’appareil auditif (vov. fig. 3, 9).
(*) 1, pavillon de l’oreille ; 2, tégument de la région temporale ; 3, muscle temporal ; 4, os temporal (écaille) ; 5, cavité crânienne (fosse cérébrale) ; 6,6', artère carotide émergeant du rocher dans le crâne après l’avoir traversé de bas en haut (coude delà carotide) ; 7, méat auditif; 8, paroi inférieure du conduit cartilagineux; 8', paroi supérieure ; 9, paroi osseuse supérieure ; 9’, paroi inférieure de la portion osseuse du conduit ; 10, logette des osselets, au-dessus de la portion tympanique de la paroi supérieure du conduit, et têtes du marteau et de l’enclume articulées ; 11, membrane du tympan et manche du marteau ; 12, muscle interne du marteau, dans sa gaine, au-dessus de la portion osseuse de la trompe d'Eustache; 13, 13', portion cartilagineuse de la trompe et de ses muscles; 14, le péristaphylin interne ... - . . . . .
Fig. 3. — Coupe verticale en travers de l’oreille (’).
En nrncédant. à l'examen du conduit, on
saillie du tragus (voy. fig. I) (Ier obstacle à l’inspection); der-
ANATOMIE
rière lui, le creux de la conque, où s’ouvre le méat (vestibule), là se trouve le repli semi-lunaire de la conque au deuxième plan (2e obstacle à l’inspection); celui-ci écarté, le conduit est ouvert; mais souvent un troisième obstacle se présente, c’est la saillie formée par la paroi antérieure au niveau de l’union de la portion cartilagineuse avec l’osseuse.
Enfin, le regard est fréquemment arrêté par un quatrième obstacle, la saillie en d’os d’âne, de la portion antérieure du conduit osseux (fig. 4, 5, 6). Cette conformation est un obstacle qu’on ne peut enlever ni tourner ; et souvent l’inspection ne peut découvrir que le tiers ou même le quart supérieur de la cloison
tympanique (fig. B et fi). Au ploration du tympan> par point de vue de 1 exploration du su;te deda déformation en
conduit et de l’introduction du ados d-âne » de ]a paroi
spéculum auris cylindrique, il osseuse inférieure du conpeut donc se rencontrer, du fait duit auditif (*). de courbures plus ou moins anguleuses du conduit, trois obstacles qui apparaissent successivement de dehors en dedans; ce sont :
1° L’étroitesse de l’entrée (atrésie du méat) ;
2° Le rétrécissement à l’union de la portion cartilagineuse avec l’osseuse ;
3° Le dos d’âne de la paroi osseuse (fig. 4).
Les diverses manœuvres d’exploration permettent de franchir les deux premiers obstacles, le troisième est en dehors de notre action.
(*) 1, cadre tympanal ; 2, ligne indiquant la saillie de la paroi inférieure du conduit ; 3, autre ligne formée par une saillie plus accusée ; le triangle lumineux, risible en tO quand le niveau passe par 2, disparaît s’il passe par 3; 6, umbo ; 6 à 5, manche du marteau ; 4, partie sus-apophysaire (membrane flaccide) ; 5, apophyse externe du marteau ; 7, vue de l’étrier à travers la cloison ;
8, cloison tympanique, segment postéro-supérieur qui reste toujours visible •
9, segment inférieur et antérieur qui disparaît à mesure que le « dos d’âne » se' prononce davantage (2, 3) ; 10, triangle lumineux à demi caché par le niveau 2.
Fig. 4. — Figure schématique pour montrer la diminution du champ visuei, pour l’ex-
OREILLE EXTERNE. — CONDUIT AUDITIF
Quiconque veut faire sérieusement l’examen de l’oreille doit connaître à fond ces détails, quelque méticuleux qu’ils paraissent.
Sinus prétympanique . — Immédiatement derrière cette
Fig. 5 (*). Fig. 6 (*).
partie saillante de la paroi osseuse antérieure et tout près du tympan, celle-ci se. creuse en forme de cuiller jusqu’au cadre tympanal : c’est le sinus 2, 3 i prétympanique (ûg. 8 et fig. 5j.
,.Ce creux, succédant au dos \ d’âne de la paroi , doit être si¬
gnalé, car en ce point déclive le Fig. 7. — Obliquité externe pUg séjourne, ouïes corps étrandu tympan sur la paroi du gers s’enclavent; les fongosités conduit ; son plan semble , . „ .. . .
se continuer avec celui de et les Pirations tympamques, la paroi supérieure, et se le décollement du cadre se dissiconfondre avec elle. mulent. C’est une partie difficile
à nettoyer, c’est là que l’on trouve souvent la gouttelette de pus miroitante, agitée de battements isochrones au pouls ; c’est là aussi que la douche d’air ou l’épreuve de Yalsalva la refoulent et la font crépiter ou gargouiller, signes précieux de la perforation invisible du tympan.
Rapports. — Le conduit auditif aboutit à la cavité de (*) (**)
(*) 1, 1, parois supérieure et inférieure du conduit auditif; 2, cadre du tympan; 3, manche du marteau et son apophyse externe; 4, umbo et triangle lumineux; 5, tympan; 6, creux pré-tympanique.
(**) 1, paroi inférieure osseuse normale; 2, 3^03 d’âne plus ou moins accusé.
ANATOMIE
Fig. 8. — Coupe verticale et transversale de l’oreille
(*) 1, pavillon de l’oreille; 2, orifice du méat auditif; 3, coupe qui forme la paroi supérieure du conduit ; 4, coupe de la paroi carti u conduit, avec l’incisure antérieure, et les téguments fibreux qui l’unissent à l’os 3 ; 6, muscle auriculaire antérieur; 7, muscle temporal; 8, os temporal; 9, paroi crânienne, répondant à la fosse cérébrale moyenne, voûte de la caisse du tympan ; 10, portion osseuse du condùit auditif, au niveau de la logette des osselets de l’ouïe, ou portion tympanique de la paroi supérieure du conduit; il, ligament fibreux qui unit le cartilage en haut et en arrière à la portion osseuse et répond à la fosse temporale ; 12, tégument qui tapisse le conduit, ses glandes, ses poils; on voit que le derme se prolonge sur la partie supérieure du tympan (19) ; 14, membrane du tympan ; vue du manche du marteau (de 19 à 20), de son apophyse externe (19), et vers la caisse de l’attache du tenseur; à son extrémité inférieure, umbo (20), et spatule du marteau, point le plus enfoncé de la voussure tympanique ; 15, caisse et origine de la trompe (vue schématique) ; 16, oreille interne, coupe du limaçon, et du conduit auditif interne 22, où se trouve le nerf auditif; 17, enclume, branche horizontale; la longue branche ou verticale s’articule avec l’étrier ; 18, tête du marteau articulée avec celle de l’enclume ; entre les deux le ligament dit Suspenseur ; 19, apophyse externe du marteau, saillante vers le conduit auditif; 20, umbo; 21, entre le- manche du marteau et la branche descendante de l’enclumè, le ligament suspenseur de la corde du tympan, repli fibro-muqueux vertical et à peine distant du tympan à son bord inférieur que parcourt la corde du tympan et un vaisseau né de" la stylo-mastoïdienne.
l’oreille moyenne; dans son trajet, il traverse
OREILLE EXTERNE. — CONDUIT AUDITIF
couches de tissus et divers organes ; ces rapports anatomiques sont en otologie de la plus haute importance. Celui-là seul qui les connaît bien saura répondre, en face d’un écoulement purulentpar l’oreille, à cette question si fréquemment posée en clinique : « D’où vient le pus ? »
Pour la commodité delà description on distingue au conduit quatre parois, une supérieure, une inférieure, une antérieure, une postérieure.
1 0 La paroi supérieure ou crânienne ou méningée des auteurs répond en éfl'et médiatement à la cavité du crâne, mais ses rapports sont plus complexes. Cette paroi supérieure, plus courte que l’inférieure, offre trois rapports importants à connaître :
1° Au niveau de la portion fibro-cartilagineuse, le canal traverse la région temporo-mastoïde, et sa paroi exclusivement fibreuse en ce point est en contact avec les parties molles situées sous l’aponévrose épicrânienne (fig. 3 et 8).
2° Au niveau de la portion osseuse : A. D’abord, il répond aux cellules aériennes qui communiquent avec la caisse ; et au-dessus d’elles à la fosse sphénoïdale (fig. 18); B. Plus loin, près du cadre, la paroi supérieure est paroi de la caisse et répond à la «logette des osselets » (10, fig. 3 et 8).
Ces trois rapports sont de la plus grande importance et expliquent la pathogénie de graves complications des otites et des otorrhées, l’abcès prémastoïde, et temporal, la méningite, les fusées purulentes sans perforation du tympan, etc. On comprend que les collections du voisinage puissent s’ouvrir à leur tour dans le méat et s’écouler par cette voie toute faite, bien que l’oreille ne soit point la source du pus.
2° La paroi postérieure ou mastoïdienne répond aussi aux parties molles de. la région temporo-mastoïde; plus loin, aux cellules de l’apophyse mastoïde, et à travers le frêle tissu spongieux au sinus latéral; du pus sortant des cellules se fait jour dans le conduit; un séquestre se forme à ce niveau; ou bien c’est l’inverse, et l’ostéo-périostite du conduit peut amener la phlébite et la pyoémie par propagation (fig. 9).
3° et 4° Les parois inférieures et antérieures répondent à l’articulation temporo-maxillaire et à la parotide (fig. 8 et 9) ; la portion fibro-cartilagineuse est ici mobile avec la mâchoire. Ces
anatomie.
rapports expliquent les complications du côté delà jointure, si le pus fuse par là, ou vers la parotide (grande incisure), et la douleur exagérée par les mouvements delà mâchoire, etc., etc.
Fig. 9. — Coupe horizontale en travers du conduit et de l’oreille *.*).
Là, se trouvent les troncs vasculaires (artère auriculaire profonde) et nerveux (nerf auriculo -temporal) qui distribuent leurs rameaux dans le conduit auditif.
(*) 1, cellules de l’apophyse mastoïde ; 2, conduit auditif osseux, dont cette apophyse forme la paroi postérieure; 3, apophyse zygomatique couvrant la fosse temporale; 4, articulation temporo-maxillaire; la coupe a enlevé le fond de la fosse glénoïde ; S, trou ovale ; 6, fosse cérébrale moyenne ; 7, surface oblique de l’apophyse basilaire dans le crâne; 8, 8', sinus latéral et confluent de la veine jugulaire (9) contigu à la paroi de la caisse tympanique (14); le sinus latéral 8' fait corps avec les cellules mastoïdes (1) ; 10, il, coude de la carotide interne et du sinus carotidien, rapport intime avec la paroi osseuse de la trompe (12) ; 12, orifice tympanique de la trompe; 13, cadre tympanal, insertion de la membrane du tympan ; de 13 à 2, lamelle osseuse, paroi antérieure du conduit auditif et postérieure de l’articulation temporo-maxillaire (4) ; cette lamelle se continue avec le cadre (13) et avec la paroi osseuse externe de la trompe (12) ; 15, caisse du tympan, dont la paroi est 13, l’antérieur en 12, la postérieure s’ouvre sur les cellules mastoïdes, l’inféro-postérieure (9) confine à la jugulaire interne.
3i OREILLE EXTERNE — CONDUIT AUDITIF.
structure. — Le conduit auditif est fibro -cartilagineux dans le tiers externe de son étendue, et osseux dans les deux tiers internes; mais rien n’est plus variable que ce rapport; un anneau fibreux solide unit les deux portions d’une façon intime en avant et en bas seulement.
Le cartilage, sur la coupe en travers du conduit, figure une demi-lune qui ferme le sinus de l’angle né à la rencontre de l’apophyse mastoïde et de l’apophyse zy gomatique. La forme générale est celle d’une gouttière qui constitue les deux tiers antérieurs de la circonférence du conduit (fig. 10).
Le tragus fait partie de cette gouttière antérieure; celle-ci offre une Fig. 10. — Coupe en tra- large incisure dite incisure de Santo-
vers du conduit cartila- n/n', qui facilite le passage du pus de
gineux (*). la région parotidienne vers le conduit
et vice versâ.
Dans son tiers supéro -postérieur, le canal est exclusivement fibreux (2, fig. 10), par suite les rapports avec la région temporo-mastoïde sont immédiats (fig. 8). J’ai constaté de plus qu’en ce point l’adhérence du tissu à l’os est très facile à détruire; une traction en bas décollerait toute la paroi supérieure; au bas et en avant les trousseaux fibreux qui unissent le* cartilage à l’os sont au contraire extrêmement solides (fig. 3, 8 et 11) ; on s’explique ainsi la facilité avec laquelle l’inflammation périostique s’étale au loin, sur la région mastoïde. Duplay (1), Tillaux (2), Gervais (3) ont insisté avec raison sur ce sujet. Chez le vieillard, grâce à l’amincissement des tissus, à leur amaigrissement, la portion fibro-cartilagineuse dû conduit s’abaisse, par suite de l’atrophie musculaire
(1) Duplay, Phlegmon et abcès mastoïdien. ( Arch.méd ., 1875, t. H.)
(2) Tillaux, Anatomie topographique.
(3) Gervais, Des abcès mastoïdiens. Thèse de Paris, 1879.
(*) 1, coupe de la gouttière antérieure formée par le cartilage, épais au centre, effilé en haut et en arrière; 2, partie fibreuse postéro-supérieure du squelette fibro-cartilagineux du conduit; 3, lumière ovale du conduit auditif; 4, manchon de grosses glandes cérumineuses qui l’entoure ; 5, peau garnie de duvet fin..
ANATOMIE. 35
aussi probablement, et de là naît un coude accusé du conduit (3e obstacle).
Cette paroi mobile est unie intimement et solidement à l’articulation temporo-maxillaire; elle la suit dans ses déplacements ; ainsi l’abaissement de la mâchoire élargit le conduit; peut-être est-ce pour cela que la bouche béante est une attitude de celui qui écoute.
Ce rapport explique aussi la possibilité d’otorrhée par suite de fusées purulentes dans le cas de tumeur blanche de cet article, et comment un fragment du condyle a pu perforer le canal et causer l’otorrhagie (Voy. Hémorrhagie). Chez certains goutteux, dans l’arthrite sèche, et chez le vieillard on constate souvent à l’auscultation la production d’un gros craquement sonore, né dans l’article et qu’on ne saurait confondre avec un bruit auriculaire, bien qu’il se passe au moment où le sujet, pour déglutir, rapproche ses mâchoires : il s’entend à l’ait libre et sans otoscope. .
L’artère auriculaire postérieure est bien plus proche de la peau du crâne que delà paroi postérieure du conduit (1). -
La portion osseuse, chez l’adulte, est formée en arrière par l’apophyse mastoïde même, et en avant par une mince lamelle osseuse qui sert d’enceinte à la cavité de l’articulation temporo-maxillaire (fig. 9).
Chez l’enfant jusqu’à 5 ans, l’ossification de cette lamelle est incomplète.
Chez le vieillard, le tissu se raréfie et souvent il se forme là une véritable lacune (2). En haut, l’écaille temporale se soude au rocher et forme là un tissu spongieux plus ou moins épais qui sépare le conduit de la fosse cérébrale moyenne. Dans les fractures de la base du crâne, cette paroi est brisée et le sang ou le liquide céphalo-rachidien s’écoulent au dehors par le conduit auditif.
Dans la fracture de la paroi antérieure, par chute ou choc sur le menton, il est possible que la fracture s’étende au cadre tym-
(!) De Trœltsch, Maladies de Voreille , trad. Darin.
(2) Vu sur la collection de 300 crânes de vieillards, au Musée ■d’anthropologie.
OREILLE EXTERNE. — CONDUIT AUDITIF
panai qui se continue avec cette lamelle osseuse (fig. 3, 8 et 9).
C’est le squelette du conduit que nous venons de décrire. Dans ce tube fibro-cartilagineuxet osseux se trouvent incluses la peau, et la couche épaisse de glandes cérumineuses et de tissu conjonctif qui l’entoure et l’isole delà paroi cylindrique inextensible.
Peau du conduit. — Le prolongement de la peau qui tapisse le conduit est remarquable par sa finesse, par sa sensibilité exquise, et par sa minceur qui va en augmentant de la portion cartilagineuse à l’osseuse.
Elle adhère au cartilage au niveau de l’orifice externe ; et partout ailleurs elle en est séparée par une couche extrêmement épaisse de glandes et de tissu cellulo-graisseux ; une coupe transversale montre parfaitement les rapports des parties (fig. 8 et 10). C’est dans cette couche cellulaire et glandulaire que se développent les furoncles et les abcès phlegmoneux du conduit, si atrocement douloureux.
A l’orifice, la peau a l’aspect et la structure de celle du pavillon ; peu à peu elle change, et arrivée à la portion osseuse, est assez modifiée pour avoir été comparée à une séreuse ; là elle se fusionne totalement avec le périoste.
Des poils roides garnissent et défendent l’entrée du méat : on y voit aussi à l’œil nu les orifices des glandes qui forment un piqueté noir.
Nous avons dit que la peau se modifie totalement au niveau de la portion osseuse. Cela n’est vrai qu’en avant et en bas ; en haut et en arrière, la peau reste nettement séparée du périoste par une couche glanduleuse et vasculaire jusqu’au pôle supérieur du tympan. Elle conserve là ses caractères tégumentaires, papilles, poils follets, glandes sébacées et glandes à cérumen, vaisseaux et nerfs nombreux (fig. H). De Trœltsch a insisté particulièrement sur cette disposition anatomique ; Duplay puis Tillaux en ont saisi l’importance (fig. 8). On rencontre assez souvent des décollements de la peau du conduit en ce point, des fusées purulentes nées delà caisse et qui suivent le faisceau vasculo-nerveux de cette languette de peau (otite tuberculeuse) (fig. 11).
Les poils forment une couche de duvet tout autour ; à
ANATOMIE
chaque poil sont annexées une ou plusieurs glandes sébacées souvent très grosses ; la peau offre là en somme les caractères qu’elle a sur les autres parties du corps du sujet.
Chacune de ces glandes peut devenir le siège d’iine inflammation circonscrite, clou, acné, furoncle, qui seront étudiés plus loin. La couche épidermique, très fine, se détache, sur la
pièce macérée, sous forme de doigt de gant, de toute la surface du conduit et du tympan.
Les squames de l’épiderme réunies au sébum et aux poils qui tombent, forment une partie des bouchons dits de cérumen, la cire altérée et retenue en constituant l’autre portion.
L’atrésie et l'oblitération du conduit se produisent dès qu’il
(*) Le pavillon et la peau (C) ainsi que l’aponévrose superficielle épicrânienne (B) sont détachés de l’os pour montrer le périoste (A, ligne ponctuée) qui se continue de la surface temporale sur la paroi supéro-postérieure du conduit osseux jusqu’au tympan.
Un pointillé marqué sur les parois de la cavité tvmpanique montre la continuité de la muqueuse-périoste de la caisse avec le périoste extérieur ou temporal.
Gellé. — Mal. de l’oreille. 3
Fig. 11. — Vue schématique d’une coupe verticale en l'oreille (*).
38 OREILLE EXTERNE. — CONDUIT AUDITIF
y a gonflement des parois puisque le squelette tubulaire ostéofibreux est à peu près inextensible.
Les sécrétions, les abcès du voisinage s’écoulent parle conduit (otite catarrhale, otite moyenne suppurée, abcès par congestion, carie du temporal, de l’apophyse masloïde, etc ); et tout obstacle à l’écoulement est un danger.
Glandes cérumineuses ; cire ou cérumen. — Sur la coupe transversale du conduit auditif, on voit qu’il est composé de trois couches : l’une externe, enveloppe fibro-eartilagineuse résistante ; la plus interne est la peau du conduit; entre les deux est la couche glandulaire qui atteint une épaisseur de 6 à 8 millimètres, surtout en arrière et en haut. Tillaux montre que c’est seulement en haut, dans la languette de peau si bien décrite par de Trœltsch, que la couche de glandes se continue dans le canal osseux.
Ces glandes visibles à l’œil nu sont tassées comme des grains de sable, les unes auprès des autres; un tissu cellulo-adipeux très vasculaire leur sert de support (fig. 11). Comme structure, ces glandes sont les analogues des glandes sudoripares de l’aisselle.
De chaque grain glanduleux part un conduit qui traverse le derme, et s’ouvre à la surface de la peau, sous la forme d’un point déprimé noir fort visible.
Chacun de ces grains glanduleux peut devenir le siège d’une adénite (hydradénite de Verneuil) et le point de départ d’un abcès du conduit (Wilde).
Le cérumen est le produit de sécrétion de ces glandes, si nombreuses et si volumineuses, qui forment un manchon à la peau du conduit. La cire est une substance visqueuse, épaisse, demi-solide, amère, jaunâtre, hygrométrique, composée, d’après Pétrequin de Lyon, d’une matière résinoïdè unie à un savon de potasse ; fait important, elle est susceptible de s’émulsionner dans l’eau qui la dissout en grande partie ; autre propriété importante à rappeler, c’est la capa-cité hygrométrique de cette substance.
La cire n’offre pas toujours cet aspect et ces propriétés. Une fois versée à la surface cutanée, pendant son séjour dans le canal, elle est modifiée par l’air, et mêlée aux autres pro-
ANATOMIE
duits de sécrétion, poils, débris d’épiderme, sébum, qui se déposent constamment à la surface de la peau du conduit.
Aussi, le bouchon prend-il l’aspect du miel, du bitume, du cambouis ; tantôt, au contraire, il est dur, adhérent, sec, grisâtre et constitué par les poils agglutinés et les squames amoncelées.
Ce sont la ies effets de troubles sécrétoires de nature morbide; il y a quelquefois de véritables flux sécrétoires, une séborrhée ou une sécrétion très fluide (congestions, inflammations chroniques profondes de l’oreille et de la gorge). Fréquemment, il y a au contraire absence de sécrétion ; le derme est sec, lisse, glabre et pâle, c’est le cas de certaines névralgies et des scléroses auriculaires. Ceci confirme cette opinion que l’oreille a son autonomie propre; que son innervation, sa circulation sanguine, sa nutrition, qui paraissent d’origines diverses, sont régies par un centre trophique spécial, qui commande la nutrition du conduit comme celle de la caisse.
Au reste, l’expérimentation a depuis longtemps démontré la subordination des diverses parties de l’oreille à un foyer commun d’innervation (Voy. expérience de Cl. Bernard sur le grand sympathique cervical et de MM. Duval et Laborde sur les origines bulbaires de la S° paire). Dans les lésions expérimentales du quatrième ventricule à ce niveau chez le lapin, on trouve toujours en même temps que les phénomènes extérieurs de dilatation vasculaire de l’auricule et de calorification si connus, des fluxions sanguines et surtout des plaques hémorrhagiques sur la peau du conduit, dans la bulle et dans le labyrinthe lui-même (1).
Le cérumen a une fonction : il oint la surface cutanée et la couvre d’une couche fine de vernis qui la protège. A l’état sain, le surplus se détachepar les mouvements de la mâchoire, et est versé au dehors dans les mouvements d’inclination de la tête. Tout liquide, toute humidité, toute sécrétion fluide est un ennemi pour la fonction : l’oreille doit être sèche.
Artères. — Les artères du conduit auditif sont fournies par
(1) Gellé, Communication à la Soc. de biologie , 1876 et 1880.
OREILLE EXTERNE. — CONDUIT AUDITIF
l’auriculaire postérieure et par les artères parotidiennes (Cruveilhier, Tillaux, etc.), d'où l’application, des sangsues sur la région anti-tragienne.
Veines. — Les veines se jettent daus la jugulaire externe et s’unissent aux parotidiennes.
Lymphatiques. — Les lymphatiques, d’après Sappey, n’ont été observés que sur la moitié externe du conduit, et se jettent, comme ceux du pavillon, dans le ganglion pré-tragien et dans les sous-mastoïdiens, quelquefois dans les ganglions rétropharyngiens.
Wilde a. remarqué que les sangsues placées en avant du méat, dans les affections du conduit, soulagent mieux que posées banalement sur l’apophyse mastoïde ; nous en trouvons la raison dans les rapports de celui-ci avec les sources vasculaires indiquées plus haut. S. Duplay partage cet avis.
Nerfs. — Les nerfs qui donnent au conduit sa sensibilité exquise sont :
1° Des filets multiples du nerf auriculo-temporal, branche de la cinquième paire (maxillaire inférieur, nerf masticateur) ;
2° Des rameaux de la branche auriculaire du plexus cervical superficiel ;
3° Le rameau fourni par le pneumogastrique (rameau d’Arnold, rameau de la fosse jugulaire). De ces différentes sources d'innervation sensitive, naissent des réflexes nombreux, soit spasmes, soit algies, quand la surface du conduit se trouve irritée (manœuvre au spéculum, affection locale douloureuse, corps étrangers). Ainsi s’explique la toux spasmodique provoquée par le contact du spéculum, et aussi certains accidents tels que vomissements, syncope, etc., causés par les corps étrangers ou par leur extraction, par action réflexe du pneumo-gastrique.
Notons la fréquence des accidents épileptiformes par les mêmes causes (1). De ces rapports d’innervation naissent aussi des algies spéciales : la douleur d’oreille, l’otalgie, dans les crises de douleurs de dent (carie des dents, dentition).
Par la même raison, on pourra soulager une,rage de dents
(l) Mégnin, Bull. Soc. biologie, 1881, p. 62.
PHYSIOLOGIE DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE. 41 en plaçant à l’entrée du méat un tampon d’ouate imbibée de chloroforme, un corps froid, un sédatif quelconque.
Le nerf auriculo- temporal étant un rameau du maxillaire inférieur, lequel contient la branche motrice de la cinquième paire, source des mouvements du muscle interne ou tenseur du tympan, on s’explique mieux comment les douleurs du conduit peuvent s’accompagner de bourdonnements d’oreille causés par les spasmes réflexes de ce muscle.
11 y a plus : d’après Cahen (I), certaines inflammations sympathiques naîtraient dans l’organe de l’ouïe (oreille externe et moyenne) sous l’influence des irritations de rameaux éloignés du même nerf trijumeau. Ainsi s’expliquerait l’otite externe suppurée si fréquente dans les affections douloureuses ou non des dents et dans celles de la mâchoire inférieure surtout.
Rappelons combien la sortie de la dernière molaire a de retentissement sur l’oreille. Tout le monde a entendu parler de la dent de l’œil; beaucoup ignorent l’otite sympathique (2).